‹ Recherches sur le polymorphisme naturel des Jaera marina (Fabr.) (Isopodes Asellotes): Essai de systématique évolutiveChapitre 31 sur 70 · CARACTÈRES QUALITATIFS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES QUALITATIFS

Mâles. — Ce sont les péréiopodes antérieurs, 1 à 4, qui, chez les mâles de l’espèce praehirsuta, montrent la différenciation sexuelle la plus marquante : leurs propodites, carpopodites et méropodites portent, du côté interne, en plus de quelques soies droites et d’une frange terminale, relativement réduite, de soies courtes, des soiïes recourbées dans leur moitié distale (fig. 36), analogues à celles qui garnissent les ischiopodites de P 6 et de P 7 dans la forme ischiosetosa, ou les carpopodites, méropodites et ischiopodites des mêmes péréiopodes postérieurs dans la forme posthirsuta. Les soies recourbées sont plus abondantes sur les deux premières paires de pattes que sur P 3 et P 4 ; il arrive cependant que le carpopodite de P 5 porte aussi quelques soies de ce type. C’est d’ailleurs sur les carpopodites de P 1 à P 4 que les soies, pour un animal donné, sont les plus nombreuses, leurs bases s’alignant assez régulièrement, sur plusieurs rangées, le long de l’article, dans sa moitié interne. C’est également sur les carpopodites qu’apparaissent, au cours de la croissance, les premières soies recourbées.

Le caractère sexuel secondaire se manifeste assez souvent dès le premier stade mâle, mais sa réalisation peut être retardée jusqu'aux deuxième ou troisième stades post-pubéraux ; les soies recourbées manquent chez tous les prémâles, quels que soient leur stade ou leur taille. Un mâle de petite taille (L — 1,2 mm.) portait 3 soies recourbées aux carpopodites de P 2, les autres articles de ce péréiopode étant dépourvus de telles soies, alors que les pattes thoraciques de nombreux prémâles bien plus grands (1,31 mm. < L < 1,48 mm.) gardaient, sans exception, un aspect juvénile. On doit sans doute mettre en corrélation avec le développement de la riche ornementation des péréiopodes antérieurs l'élargissement des articles sétigères, particulièrement marqué pour les carpopodites et les propodites (fig. 36). De même, l’élargisse-

Fra. 36. — J, m. prachirsuta. 1, P1 d'un mâle d'assez petite taille ; 2, méropodite, carpopodite et partie proximale du propodite d'un mâle de taille moyenne ; 3, contours de la partie terminale de P2. Le trait qui indique l'échelle représente 0,2 mm,

ment des carpopodites explique la géniculation proximale du propodite, chez les grands individus (fig. 36,).

Bien qu'elle soit moins apparente que celle des péréiopodes antérieurs,

une différenciation sexuelle se manifeste aussi sur les péréiopodes postérieurs, tout au moins sur P 7.

F1G. 37. — J. m. prachirsuta. Péréiopodes 6 et 7. Le trait qui indique l'échelle représente 0,2 mm.

Les carpopodites de P 6 et P 7 ont un contour normal et sont moyennement larges ; ils portent, dans leur partie distale, en plus de la soie droite sub-distale et de la frange terminale de soies courtes (accompagnée,

pour P 7, de festons superposés dans le quart distal de l’article), une ou plusieurs épines, très différentes pour P 6 et P 7.

Sur P 6, l’épine distale, que remplace assez rarement une soie simple, est presque toujours unique ; elle est peu développée et appartient toujours au type bifurqué. Je n’ai observé qu’un exemplaire pourvu de deux épines distales, toutes deux bifurquées. Il n’existe jamais d’épine com-

FIG. 38. — J, m. praehirsuta. Garniture de soies de la zone marginale du pléotelson chez un mâle (fig. I) et chez un prémâle (fig. II).

plémentaire, vers le milieu du bord interne du carpopodite. Enfin, une ou deux soies droites, exceptionnellement une soie recourbée, apparaissent distalement par rapport à l’épine (fig. 37).

L’épine distale de P 7, qui manque très rarement, est le plus souvent simple, parfois bifurquée ; à la différence de celle de P 6, elle est très longue, et orne le carpopodite de P 7 d’un ergot caractéristique. Elle est généralement accompagnée, chez les mâles de taille moyenne ou grande, d’une ou deux autres épines, plus courtes. On trouve fréquemment, en outre, une épine complémentaire assez courte vers le milieu du bord interne du carpopodite (fig. 37).

Au cours de la précopulation, le mâle se tient à la femelle à l’aide de ses péréiopodes 5. FoRsMAN à observé le rôle sexuel des brosses des péréiopodes 1 à 4.

La garniture de soies de la zone marginale du pléotelson (fig. 38), et des bords latéraux des segments thoraciques et de la tête, est aussi dense que celle de la forme ischiosetosa, mais les soies sont relativement moins longues.

L'élargissement postérieur du corps est très marqué chez les mâles praehirsuta. Le plus grand mâle obtenu en élevage mesurait 2,04 mm., mais des individus atteignant 2,30 mm. ont été récoltés dans la nature. La démarche rapide et très nerveuse des mâles praehirsuta est assez caractéristique.

Femelles. — Les femelles praehirsuta ne possèdent aucune particularité morphologique assez nette pour permettre leur détermination sûre. L’épine distale de leurs péréiopodes 7 est cependant particulièrement forte. Nous reviendrons par la suite sur certains aspects de leur coloration, qui semblent réellement particuliers à l’espèce prachirsuta.

2, — ÉTUDE BIOMÉTRIQUE.

Forme du corps.

Les mesures du corps ont porté sur 45 prémâles et 121 mâles.

Les coefficients de croissance relative des diverses grandeurs du corps, en fonction de L, et de bep. en fonction de L;:6o. figurent dans le tableau XIV.

Les valeurs de L, en logarithmes népériens, vont de 2,00 à 2,70 pour l’ensemble

des prémâles et des mâles, et de 2,10 à 2,70 pour les mâles ; Lpréop. varie entre 1,10 et 1,80.

Le gradient de croissance des mâles prachirsuta, que mettent en évidence les tableaux XIV et XV et la fig. 42, est très singulier : les valeurs successives de «, pour les segments du corps, au lieu de décroître régulièrement à partir de /, comme dans les formes précédemment étudiées, et comme dans l’espèce forsmani, continuent d'augmenter faiblement (les différences entre les constantes d'équilibre des segments postérieurs ne sont pas significatives), mais très régulièrement, jusqu’à L,, la croissance de l6o étant légèrement minorante par rapport à celle du dernier segment thoracique. Il est intéressant de noter, — ne serait-ce que pour

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poser un problème physiologique que mes résultats ne suffisent pas à résoudre —, la persistance, chez les mâles de la forme praehirsuta, d’un gradient de croissance analogue à celui des prémâles albifrons (fig. 21), mais très atténué. Il en résulte, en tout cas, que les constantes d'équilibre de l’espèce prachirsuta, très inférieures aux constantes homologues des mâles ischiosetosa pour les segments antérieurs du corps, deviennent un peu plus élevées que celles de cette espèce pour le septième segment thoracique et le pléotelson.

Péréiopodes.

Les coefficients d’allométrie des péréiopodes, pour la forme praehirsuta, sont donnés dans le tableau XVI.

Les valeurs de «x, pour L,, et L,, en fonction de L, ; — qui varie de 1,00 à 1,65 pour l’ensemble des prémâles et des males, et de 1,05 à 1,65 pour les seuls mâles — diffèrent indiscutablement (P << 0,001), la croissance de L,, étant majorante par rapport à celle de L, ;.

La largeur des carpopodites de P 6 et de P 7 a été définie comme la grandeur homologue de l’espèce ischiosetosa (p. 276). Pour /,;, étudiée en fonction de L, ;, une même droite d’allométrie convient à l’ensemble des prémâles et des mâles. Pour /, ;, étudiée en fonction de L, ;, les valeurs de x et B ont été calculées pour les seuls mäles, mais valent pour les prémâles de stades V ou VI. Les 164 valeurs de L, ; s’échelonnent entre 1,30 et 2,00, les 121 valeurs de L, , entre 1,35 et 2,05. La différence probable (P < 0,05) qui existe entre les constantes d'équilibre de /, 4 et !,, rapportées à leurs longueurs respectives tient probablement à la différence considérable des constantes d'équilibre de L, , et de L, ,

rapportées à L, ».

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