‹ Recherches sur le polymorphisme naturel des Jaera marina (Fabr.) (Isopodes Asellotes): Essai de systématique évolutiveChapitre 33 sur 70 · CARACTÈRES QUALITATIFS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES QUALITATIFS

Mäles. — Chez les mâles /orsmani, les différenciations sexuelles des péréiopodes sont beaucoup moins apparentes que celles des autres formes de J. m. Elles n’en ont pas moins une existence réelle, qui interdit de considérer cette sixième espèce comme une forme relique, survivance d'une souche archaïque dont les pattes thoraciques conserveraient, durant toute la vie des animaux, une morphologie juvénile.

Les péréiopodes antérieurs sont de type normal pour tous les individus de taille inférieure à 1,75 mm. (fig. 39;) et gardent parfois cet aspect sexuellement indifférencié chez des mâles atteignant 2,1 à 2,2 mm. Mais, chez d’autres mâles, à partir de 1,75 mm., et chez tous les animaux de grande taille (L = 2,2 mm.), des soies recourbées, analogues à celles qui ornent les péréiopodes antérieurs des prachirsuta, mais très peu nombreuses, apparaissent au bord interne des trois paires antérieures de péréiopodes, le long de leurs carpopodites, à l'extrémité distale de leurs méropodites, et dans la partie proximale de leurs propodites (fig. 39). Le nombre des soies recourbées diminue de P 1 à P 3; pour un péréiopode donné, il est, en moyenne, plus élevé pour le carpopodite que pour les autres articles. Le quatrième péréiopode est généralement dépourvu de soies recourbées, qui manquent toujours sur P 5. La garniture la plus riche que j’aie observée, sur un mâle de 2,7 mm., compor-

F1G. 39, — J, m. forsmanti. P1 d'un mâle de petite taille (fig. 1) et d’un mâle de grande taille (fig. 2). Le trait qui indique l'échelle représente 0,2 mm.

tait (les couples de chiffres correspondent aux nombres de soies recourbées portées par les pattes droite et gauche d’une même paire de péréiopodes) :

Pour P 1 propodite : 0-2 carpopodite : 6-4 méropodite : 4-4

Pour P 2 » 0-0 » 4-4 » 2-2 Pour P 3 » 1-1 » 3-2 » 1-1 Pour P 4 » 0-0 » 1-0 » 0-0

On ne peut déceler aucun épaississement des articles sétigères.

Les caractères sexuels secondaires des péréiopodes antérieurs rappellent done, à tous égards, ceux de la forme prachirsuta, les seules différences étant d'ordre quantitatif : les soies recourbées se manifestent à des stades plus tardifs de la croissance chez les mâles /orsmani, et le degré de réalisation de la différenciation sexuelle ne dépasse guère, chez les mâles les plus âgés, celui qu'atteignent précocement de très petits mâles praehirsuta.

Les péréiopodes postérieurs des mâles /orsmani ressemblent également à ceux de l'espèce précédente. Ils ne présentent ni lobe, ni garniture particulière de soies sur l’un quelconque de leurs articles. Leurs carpopodites portent, dans leur partie distale interne, entre la soie sub-. distale et la frange terminale, une ou plusieurs épines bifurquées, très fortes (fig. 40). L’épine la plus développée de P 7 demeure relativement courte par rapport à l’ergot du dernier péréiopode des mâles praehirsuta et les épines de P 6 et de P 7 ont sensiblement même taille. Chez les prémäles, il n’existe en général qu’une épine à chacun des péréiopodes postérieurs ; cette épine manque parfois sur P 7 ; dans d’autres cas, ce même péréiopode montre, au voisinage de la première, une deuxième épine plus courte. Tous les mâles possèdent, à chacun des péréiopodes 6 et 7, une épine au moins, à laquelle s’ajoutent, le plus souvent, des épines complémentaires, sans qu’on puisse noter une corrélation étroite entre la taille des individus et le nombre d’épines de leurs pattes. Les chiffres les plus fréquents, pour les grands exemplaires, sont 2 épines pour P 6 et 3 pour P 7, mais quelques mâles, pourvus de 4 épines sur P 6 et de 5 épines sur P 7 ont été observés. Enfin, il se développe parfois, plus fréquemment sur P 7 que sur P 6, une épine, ou une soie épineuse, ou même une épine et une soie épineuse, vers le milieu du bord interne du carpopodite.

L'apparition tardive et timide de différenciations sexuelles sur les péréiopodes, marque d’infantilisme, doit sans doute être mise en relation avec la croissance rapide et le gigantisme des mâles forsmani : à un âge donné, ils sont plus grands que les mâles d’autres formes ; ils atteignent

WIG. 40, — J, m. forsmani. P7, Le trait qui indique l'échelle représente 0,2 mm.

aussi une taille limite supérieure : le plus grand mâle obtenu en élevage mesurait 2,92 mm. La forme du corps, qui montre un élargissement postérieur très marqué, est voisine de celle des mâles praehirsuta. L'ornementation de la zone marginale du pléotelson (fig. 41) et des bords latéraux des segments thoraciques et de la tête est moins dense

que celle de la forme praehirsuta. Elle paraît intermédiaire entre celle-ci et celle de l’espèce albifrons.

Femelles. — Les femelles /orsmani ont même forme générale que les femelles albifrons et ne se caractérisent par aucun trait morphologique important.

/ | F1G. 41. — J. m. jorsmani. Garniture de soies de la zone marginale du pléotelson chez un mâle (fig. I) et chez un prémâle (fig. I).

2, — ÉTUDE BIOMÉTRIQUE.

Forme du corps. — Les mesures du corps ont porté sur 54 prémâles

et 195 mâles.

Les coefficients de croissance relative des diverses grandeurs du corps, en fonction de L, et de 609. en fonction de L6op., figurent dans le tableau XVII.

Les valeurs de L, en logarithmes népériens, vont de 2,10 à 3,10 pour l’ensemble des prémâles et des mâles, de 2,30 à 3,10 pour les mâles ; Lpréop. varie entre 1,30 et 2,10.

Le gradient de croissance des mâles /orsmani, que mettent en évidence les tableaux XVII et XVIIT et la fig. 42, rappelle, par son allure

générale, les gradients des formes albifrons, syei, et ischiosetosa, avec un maximum des valeurs de « au niveau des quatrième et cinquième

segments thoraciques.

Péréiopodes. — Les coefficients d’allométrie des péréiopodes, pour la forme forsmani, sont donnés dans le tableau XIX.

Les valeurs de «, pour L,, et L,, étudiées en fonction de L, : (qui varie entre 1,05 et 2,00 pour l’ensemble des prémales et des mâles, et entre 1,25 et 2,00 pour les seule mâles) diffèrent indiscutablement (P < 0,001) et la croissance de L, , est, pour cette espèce, comme pour les précédentes, majorante par rapport à celle de L, ;.

La largeur des carpopodites de P 6 et de P 7 a été définie comme la grandeur homologue des formes ischiosetosa et praehirsuta. Les indications données pour ces espèces, relativement à la croissance de /Z, , et de !,, en fonction respectivement de L,, et de L,,, valent pour les forsmani. Les 246 valeurs de L, , s’échelonnent entre 1,35 et 2,30, les 190 valeurs de L, , entre 1,45 et 2,30.

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