DES LOBES OPTIQUES
avoir compté cinri iiuancos dilï'éreiites, ce qui s'expli(|uc aisômont quand on se rappelle que nos trois couches passent insensiblement de l'une k l'autrii et doivent produire, en conséquence, des nuances intermédiaires. Les couches admises jiar fiottsche sont en cfFet, en allant de dedans en dehors : 1" une lamelliï blanche formée i)ar lirradiation intérieure; 2" une lamelle gris-blanc; 3" uni' épaissi' lamelle Lirise; 4" uu(; lamelle gris clair; 5" iuk; lamelle gris-blanc avec des fibres blanches du iieifoiitiqiii'.
Des trois couches que j'ai admises, l'inléiieure, celle qui est formée par les faisceaux rayonnants, est seule séparable; cette couche mérite di' fixer un instant notre attention; le Brochet est un des types qui nous a paru se pièler le mieux ;i celle élu(le(i). Sur des préparations qui avaient séjourné quel(|ue temps dans du liijuide salin, j'ai pu enlever toute la couche grise extérieure du lobe ojitique en laissant intacte la couche interne; je me suis assuré ainsi (jue cette couche tapisse entièrement la face interne de chaiiue lobe, remonte jiis{|ii'au niveau de lalign(; médiane supérieure etpassedu côté opposé, reliant les deux lobes entre eux et formant une vaste commissure que je désignerai sous le nom de roinitilssnre th; la rofite optique. Ce sont les fibres de cette commissure que l'on aperçoit comme une lame médullaire striée transversalement lors(iu'on écarte les lobes opti^pies l'un de l'autre sur la ligne médiane. Cela se voit très bien chez les Cyprins, en parliculiei- sur le Guujon. Camper, Carus et Gottsche ont donné le nom de corps calleujc à cette commissure, qui n'est, comme on le voit, que le prolongement de la couche la plus interne des lobes optiques. Gottsche dit, du reste, qu'il n'a pu reconnaître si les fibres de ce corps calleux se continuent avec la couche défibres rayonnantes.
La commissure de la voûte optique est très large chez le Barbeau et la Carpe (2). Quoique je n'aie pas poursuivi les fibres de cette commissure, il y a toute raison de croire qu'elles sont, comme chez le Brochet, une dépendance de la couche interne. Si l'on place sous le microscope une mince lanii'lli; obtenue par une coupe transversale de la paroi du lobe optique, on voit que cette lamelle se compose, dans toute sou épaisseur, de substance grise entremêlée de fibres nerveuses; la matière grise prédomine dans la couche moyenne, tandis que les fibres blamlies sont plus abondantes dans les couches externe et interne; la couche interne surtout est formée à peu près exclusivement par les fibres blanches de la lame rayonnante. Au-dessous du plan de fibres transverses qui forment la commissure de la voûte optique, se trouve la lamccommissuraJe. Cette partie, découverte par Carus, a été décrite par Gottsche (3) . Son aspect est assez variable. Le plus sou ven t , elle se présente sous la forme d'une lame quadrilatère étendue d'avant en arrière sur la ligne médiane de la voûte optique; par ses angles ou piliers antérieurs, cette lame s'insère sur les côtés de la commissure antérieure; par ses angles ou piliers postérieurs, elle adhère soit au bord postérieur de la voûte opli(pie, soit en arrière de l'extrémité postérieure des renflements semi-lunaires (Trigles)(4). Sa face supérieure adhère à la commissure delà voûte; sa face inférieure, qui est libre, s'aperçoit immédiatement lorsque, après avoir incisé latéralement la voûte des lobes optiques, on rabat en avant la portion moyenne de cette voûte. Cette face inférieure présente sur la ligne médiane un léger sillon (]ui
(Il l'I. vil, li-. (j, 7, o'.
(■2) l'I. V, li},'. 2 e.
{?>) (îollsciuî désigne lu laini; commissurale par les mois t'uniix cl liriicke il'oiiii.
(l) PI. IX, lig. 3<.
est la trace de la soudure de ses deux moitiés. A cette catégorie de Poissons possédant une lame quadrilatère appartiennent les Cyprins, les Trigles, le Brochet. Gottsche cite encore les genres Carunx, Scomhcr, Crenilabrus, Ammodytes, Clupea, Salino, Cyclopterus Lumpus, Esox Belone.
Dans d'autres cas, la lamecommissurale, de forme triangulaire, s'étend comme précédemment jusqu'au bord postérieur de la voûte optique (Perche, Pleuronectes Flesus, Uippofjlossus et Rhombiis). D'autres fois enfui, la lame commissurale est également triangulaire; mais au lieu d'atteindre le bord postérieur de la voi!ite optique, elle se termine vers le milieu de cette voûte à la face inférieure de laquelle elle est attachée. Nous citerons comme exemples de cette forme les Gadiis, Pleuronectes, Cottus, Murœna, Blennius, Si/ngnathus. Chez la Carpe, la lame commissurale est double, ou plutôt les deux moitiés qui la composent normalement restent séparées par suite de l'écartement des bords supérieurs des lobes optiques. Chez un certain nombre de Poissons, il existe deux petits mamelons placés transversalement et côte à côte sur l'extrémité antérieure de la lame commissurale, immédiatement au-dessus de la commissure antérieure ; je les nomme éminences commissundes; ils sont très apparents chez l'Ablette, la Tanche, les Cijprimis rutUus, Vimha et Mus.
Nous démontrerons par des expériences directes faites sur l'Épinoche que les lobes optiques sont véritablement les organes de la vision, puisqu'il suffit de détruire lavoûtedeces lobes pour anéantir aussitôt le sens de la vue. A la suite de cette opération, l'animal parait frappé de stupeur, comme si les organes qui sont le principe de la vision étaient ceux où s'élaborent la pensée et l'intelligence.
Les nerfs optiques naissent toujours des lobes optiques dont les fibres convergent en bas et en avant pour constituer leurs troncs d'origine. D'après Haller, ces nerfs recevraient des fibres du irigoniim fissum; ils en l'ecevraient également des lobes inférieurs, selon Cuvier. Ce qui est plus certain, c'est que chez tous les Poissons osseux, la commissure de Haller établit des rapports plus ou moins intimes entre les bases des deux nerfs optiques. Selon Gottsche, on verrait aussi chez la Raie quelques fibres passer d'un nerf dans l'autre. Généralement les nerfs optiques sont très volumineux; aussitôt après leur naissance, ils s'entre-croisent sur la ligne médiane de telle façon que le nerf de gauche passe à droite et réciproquement. Au niveau de cet entre-croisement, les deux nerfs contractent quelquefois des rapports assez curieux : chez le Hareng, le nerf du côté gauche présente sur le milieu une fente en boutonnière à travers laquelle passe le nerf droit: cependant, il n'y a pas échange de fdjres en ce point, mais simplement adhérence des nerfs par leur névrilème. Chez le Nase, le nerf optique du côté droit est perforé pour donner passage à celui du côté gauche. Chez le Labre, les nerfs optiques sont simplement entre-croisés de façon que le nerf optique du côté droit, c'est-àdire émané du lobe optique droit et se rendant à l'œil gauche, est placé au-dessus du nerf optique émané du lobe optique gauche et se rendant à l'œil droit : il n'y a aucun mélange des deux nerfs qui sont simplement superposés. Dans le Goujon et le Barbeau, cette dernière disposition existe aussi : le nerf de l'œil droit, chez le Barbeau, passe au-dessous du nerf de l'œil gauche. Parfois les nerfs optiques sont formés d'une membrane plissée en manière d'éventail et qui peut s'étaler avec assez de facilité, par exemple chez le Barbeau, le Labre, le Hareng (1), l'Alose, la Perche, le Callionyme, les Pleuronectes, etc. (2).
(i) Pl.VIlI, fig. 2=, fig.32.
(2) Clit'z l'Epinoche, la rétine présente une longue fente sur son côté externe; cette fente tient probablement au rapprochement des bords de la membrane formée par l'épanouissement du nerf optique.
DE LÉMLNENCE LOBÉE,
DF, L lOlIMEMCE LOBKK
[.'éiniiicncc lobée csL une des parties du cerveau les plus variables au pouil de vue de la forme et du vdkune. Très développée chez tous les Cyprins, elle remplit chez beaucoup d'entre eux à peu près complètement la cavité des lobes optiques; c'est chez la Carpe et le Barbeau qu'elle acquiert ses plus grandes dimensions; chez la Carpe surtout, son développement est tellement exagéré que son extrémité postérieure fait saillie en dehors du lobe optique ( 1 ). L'éminence lobée est également très considérable chez le Maquereau (2). Dans le Brochet, la Perche, le Saumon, l'Alose, le Hareng, le Merlan, le Gardon, elle est bien développée, mais beaucoup moins que dans les types précédents (3). C'est dans la Lote, le Chabot et le Gadas Molva qu'elle m'a paru oITiir les dimensions relatives les plus faibles (4).
La forme et la structure de réminence lobée n'offrent pas moins de différences que le volume. Il serait même difficile de donner une idée exacte de l'organe par une description générale; je choisirai donc quelques exemples qui deviendront ensuite des termes de comparaison.
Prenons d'abord la Lote : Dans ce Poisson, l'éminence lobée se présente sous l'aspect d'un petit renflement légèrement bilobé, placé au fond du lobe optique entre les deux renflements semilunaires (5). Cette éminence occupe, en étendue, à peu près le tiers postérieur de la cavité du lobe optique, et son diamètre transversal équivaut environ au tiers de la largeur de cette cavité. Lorsqu'on examine la composition de cet organe, on voit qu'il est constitué par une lame nerveuse repliée sur elle-même d'avant en arrière et allant s'appuyer par son bord postérieur sur la base du cervelet. Entre les deux feuillets de cette lame ainsi repliée, se trouve circonscrit un espace étroit tapissé par une membrane vasculaire provenant de la pie-mère qui recouvre le cervelet. Cette membrane pénètre dans l'intérieur de l'éminence en s'insinuant au-dessous de son bord postérieur. Dans la Gremille, de même que chez la Lote, l'éminence lobée offre un développement peu considérable et laisse à découvert de chaque côté les renflements semi-lunaires. Elle est creuse et constituée par une lame de tissu nerveux repliée sur elle-même d'avant en arrière comme précédemment. En examinant la face supérieure, on y distingue, avec un peu d'attention, trois zones à direction antéro-postérieure : l'une moyenne et les deux autres latérales. La zone moyenne est de couleur grisâtre, un peu déprimée ; elle présente sur la ligne médiane un léger sillon. Les zones latérales sont plus blanches; leur bord interne se distingue de la zone moyenne par un bourrelet très peu apparent. La structure des parois de l'éminence lobée rend parfaitement compte de cette disposition. Cette paroi est, en cflet, composée de deux feuillets concentriques, l'un intérieur, l'autre extérieur. Le feuillet intérieur représente une enveloppe fermée en dessus et dont les bords supérieurs rapprochés correspondent au sillon médian de la zone moyenne ; le feuillet extérieur est plus court que le précédent ; ses bords supérieurs n'arrivent plus jusqu'à la ligne médiane, ils restent écartés et laissent apercevoir, dans
(1) l'I. V, fig. 2 e'.
(2) l'I. IX, lig. 13.
(3) PI. VII, lis. 0 etO «.
(4) l'I. 111, li;,'. 7 e.
(5) l'I. 111, lig. 11 e.
leur intervalle, la portion du leuillet intérieur qui correspond à la zone moyenne. Lorsqu'on repousse en dehors le bourrelet qui représente le bord interne et supérieur du feuillet externe, on arrive sans peine à isoler ce feuillet du feuillet sous-jacent (1). La séparation est suffisamment nette pour permettre de supposer qu'elle n'est pas purement artificielle et qu'elle répond à quelque disposition organique (2).
L'éminence lobée de la Perche ne m'a pas paru différer de celle de la Gremille(3). Chez le Brochet, elle est relativement beaucoup plus considérable que dans ces deux espèces. Au premier aspect, cette partie offre la plus grande ressemblance avec les tubercules quadrijumeaux des Mammifères, et l'on conçoit aisément que celte apparence ait pu induire en erreur un certain nombre d'anatomistes. L'éminence lobée du Brochet paraît formée de quatre tubercules disposés par paire sur deux rangs, comme les nates et les testes. Les tubercules postérieurs sont arrondis et plus gros que les antérieurs; ils se trouvent séparés l'un de l'autre, ainsi que des tubercules antérieurs, par un sillon profond. Les tubercules antérieurs sont beaucoup moins apparents ; si l'on examine à la loupe la portion de surface qui leur correspond, on retrouve la disposition que nous avons signalée à la face supérieure de l'éminence lobée de la Gremille. On aperçoit, en effet, une zone moyenne déprimée, de couleur grisâtre, ayant la forme d'un cœur de carte à jouer dont la pointe dirigée en arrière se continderait avec le sillon médian qui règne entre les tubercdles postérieurs, puis deux zones latérales un peu plus blanches et séparées de la zone moyenne par un léger bourrelet. De même encore que chez la Gremille, la paroi de l'éminence est formée en ce point de deux feuillets concentiiques, dont l'externe, plus court que l'interne, laisse apercevoir dans l'écartement de ses bords supérieurs la portion de ce dernier qui correspond à la zone moyenne. Les deux feuillets se séparent aussi avec facilité. Par la dissection, j'ai reconnu que les tubercules postérieurs sont également formés de deux feuillets concentriques faciles à isoler et continus l'un et l'autre avec les feuillets correspondants des tubercules antérieurs (4). J'ai constaté entre le noyau et l'écorce une couche vasculaire et conjonctive très mince. Les vaisseaux sont bien développés.
Ainsi, on voit qu'au fond, l'éminence lobée du Brochet est constituée de la même manière que celle de la Gremille : dans l'une comme dans l'autre, il y a une cavité intérieure et une enveloppe formée d'un double feuillet. Voici la seule différence : chez la Gremille, les parois de l'éminence sont planes ou presque planes; dans le Brochet, elles sont fortement plissées, de manière à prendre l'aspect d'un groupe de petits tubercules. Or, on conçoit que le pHssement puisse se faire très différemment et qu'il puisse en résulter autant de nuances particulières dans la forme de l'éminence lobée. C'est ce qui a lieu : ou il n'existe que deux tubercules, ou il y en a quatre ; quand le dernier cas se présente, ce sont tantôt les mamelons postérieurs qui sont les plus développés (Brochet), tantôt les antérieurs. Souvent encore les quatre tubercules sont presque égaux (Saumon) (5); il peut se faire aussi que le plissement soit si faible, qu'il devienne difficile de décider s'il y a deux ou quatre
(1) Pour faire celte préparation, il est indispensable de laisser macérer pendant plusieurs jours le cerveau dans du liquide salin (alun et sel).
(2) PI. IX, fig. G.
(3) PI. IX, fig. 4 e, elfig. 5 e e'.
(4) PI. VII, fig. 9, 10, \\, 12, 15 e e'.
(5) PI. VIIl, flg. 7 ee.
DE L'É.MINENCE LOBEE. 75
tubercules, par exemple, chez la Perche, la Gremille. Ainsi doit s'expliquer sans doute, la divergence de quelques auteurs à cet égard, les uns ayant admis deux tubercules dans une espèce, et d'autres quatre. Toutefois, comme ce sont là des détails de peu d'importance, je n'y insisterai pas davantage. Le point capital, c'est de connaître la structure de l'émiuence lobée et de pouvoir nous rendre conqjte des variations si nombreuses qu'elle présente dans sa l'orme.
Au premier abord, l'éminence lobée des Cyprins paraît ne ressembler aucunement à celle des autres Poissons; cependant un examen plus attentif conduit ;i reconnaître que cette partie présente au fond une très grande analogie avec celle des espèces que nous venons d'examiner. Prenons pour exemple le Cijprimis ralilus. Chez ce Poisson, l'éiniuL'nce loljéc est très voliiinineuse et remplit presque entièrement la cavité du lobe optique. Une simple inspection permet d'y reconnaître deux portions bien distinctes, l'une périphérique et l'autre centrale. La portion périphérique se présente sous l'aspect de deux bourrelets saillants, d'une belle couleur blanche et ayant la forme de deux croissants qui se toucheraient par leur extrémité antérieure; Ilaller les désigne sous le nom de cornua Ammonis. ha. poriion ccnlride, qui est très déprimée, se trouve circonscrite par les bourrelets extérieurs; elle est de couleur grisâtre et présente à peu près la forme d'un cœur de carte à jouer : c'est le tuberculiis cordiformis de Haller. Lorsqu'on examine cette partie avec attention, on y distingue trois zones, une moyenne et deux latérales. Les zones latérales ressemblent à deux |)elils croissants concentriques aux bourrelets delà couche périphérique; elles se continuent directement en arrière avec deux faisceaux de fibres blanches qui remontent dans l'intérieur du cervelet. La zone moyenne est de forme ovalaire, avec un léger sillon sui- la ligne médiane; à son extrémité postérieure, on aperçoit un petit orifice quadrilatère, à angles très aigus, hforamen cœcnin. En repoussant en dehors le bourrelet périphérique, de manière à l'écarter du tubercule cordiforme, on reconnaît que ces deux parties se trouvent séparées l'une de l'autre par un mince prolongement de pie-mère. La première de ces parties peut donc être considérée comme une lame nerveuse enroulée, de dehors en dedans, autour de la seconde. Examinc-t-ou avec attention hï bourrelet péri|)liérique, on reconnaît qu'il est lui-même formé de deux couches qui se traduisent à sa surface par une petite ligne voisine du bord externe et parallèle à ce bord. La couche externe, qui est plus blanche, paraît formée principalement |)ar des fibres blanches, qui s'élèvent, en rayonnant, de la base dn lobe optique. Sur des préparations qui ont séjourné quelque temps dans du liquide salin, ces deux couches se séparent aisément, et quand la couche interne a été enlevée, l'externe reste sous la forme d'une petite valve arquée dont le bord concave adhère au côté externe de la zone latérale du tubercule cordiforme.
Bu forumen ccecum sortent plusieurs vaisseaux dont les misse dirigent en avant et les autres en arrière. Les vaisseaux postérieurs les plus grêles se ramilicut dans la pie-mère qui recouvre le cervelet; les vaisseaux antérieurs, au nombre de quatre environ, se portent au-dessus du tubercuia cordiforme et se ramilienl dans la |)ic-nière qui sépare ce tubercule du bourrelet péripliéri(|ue.
L'éminence lobée m'a |t;irii dlliii' la mênn' roinposition chez Ions les Cyprins, .l'ai essayé d'étudier sa texture sur le Barbeau, au moyen de coupes verticales très minces obtenues pai- le durcissement du cerveau dans le liquide salin; voici ce que j'ai vu : Toutes les parties de l'éminence lobée renferment en abondance de la substance grise; celle-ci est foiini'e d'un mélange de matière granuleuse et de très petites cellules au milieu desquelles se liouveiit di5séiuiuées un certain uombre
de cellules plus grandes. Ces grandes cellules sont multipolaires, elles ne sont pas réparties uniformément dans toute l'épaisseur de la substance grise; ainsi on les découvre en assez grand nombre dans la zone moyenne du tubercule cordil'ormc; elles se trouvent surtout accumulées sur la limite commune de cette zone et des zones latérales. On aperçoit encore un certain nombre de ces cellules plus grandes sur la limite des deux couches qui forment le bourrelet périphérique.
En comparant l'éminence lobée d'un Cyprin avec celle d'une Gremille ou d'une Perche, on voit que le tubercule cordiforme paraît représenter à lui seul l'éminence lobée tout entière de ces espèces. Dans un cas comme dans l'autre, on a un organe formé d'une zone moyenne et de deux zones latérales. Le bourrelet périphérique des Cyprins me paraît être une partie surajoutée. Quant au forameii cœcnm, je le regarde comme le vestige de la cavité de l'éminence lobée des autres Poissons. Dans le Maquereau, l'éminence lobée a une disposition très curieuse. Elle se compose, comme chez les Cyprins, d'un noyau central (tubercule cordiforme) et d'une couche périphérique. Celle-ci a un aspect intestiniforme ; prise dans son ensemble, elle ressemble à un M dont les branches seraient ondulées et embrasseraient, dans leur écartement supérieur, le tubercule cordiforme (1). La même disposition existerait chez le Thon, d'après Cuvier. L'éminence lobée de la Sphyrène de laMéditerranéeestconstituée exactement de la même façon que celle du Maquereau, en forme de bourrelet replié. Celle du Labre est plissée aussi comme celle des Scombéroïdes. Cliez VEsox- Belone, elle présente une cavité très vaste, les parois sont minces: les deux moitiés se séparent aisément sur la ligne médiane. Chez la Truite, l'éminence lobée est plissée comme le cervelet des Squales (2).
L'embryogénie montre que l'éminence lobée ne se développe que très tardivement; ainsi chez le Saumon, elle n'est pas encore apparente quand déjà les lobes optiques sont fermés supérieurement. Chez une jeune Anguille ayant 7 centimètres de longueur, l'éminence lobée n'a pas encore les proportions relatives qu'elle doit avoir par la suite (3).
Les fonctions de l'éminence lobée sont encore inconnues ; jusqu'à présent rien ne paraît de nature à mettre sur la voie d'une solulion. Dans les espèces où le développement de cette partie est considérable, comme chez les Cyprins, le Maquereau, on ne voit aucun des nerfs crâniens croître en proportion avec elle. J'ai également essayé sans succès de découvrir quelque rapport, soit direct, soit inverse, entre le volume de cette partie et celui de quelqu'autre partie de l'encéphale. Un instant j'avais pensé, en examinant le Barbeau et la Carpe, que l'éminence lobée était en raison inverse de l'épaisseur des parois du lobe optique et du volume des renflements semi-lunaires; mais l'examen d'un plus grand nombre de types m'a forcé de renoncer à cette manière de voir.
Les rapports de l'éminence lobée avec la quatrième paire sont tellement intimes, que l'étude de ces deux parties ne doit pas être séparée. Le pathétique naît toujours entre les lobes optiques et le
(1; l'I. 1\, iig. 13.
(2) Au-dessous de l'éminence lobée, ciiez l;i Lofe, on trouve une très belle commissure transverse indépendante, dont les extrémités vont se perdre vers les origines du trijumeau. {?,) V\. VI, fig. 16 c, (ig. li e.
DE LKMINENCK LOIIKE. 77
cervelet, de la face supérieure du pédoncule eérélnal. un |mii en dehors de réniinence lobée ; mais ce n'est là qu'une origine apparente. En étudiant le Merlan, j'avais vu li' Irone du pathétique s'en- Ibncer dans l'épaisseur du pédoncule qui forme la base du cerveau, et je pensais que c'est de là «lu'il naît. De nouvelles recherches m'ont démontré que l'origine réelle a lien plus loin, sur la face inférieure de l'éminence lobée. Ce fait est surtout évident chez le Brochet (1). Lorsqu'on examine chez ce Poisson la face inférieure de l'éminence lobée, on aperçoit au niveau de son extrémité postérieure, une commissure transversale, formée de deux faisceaux de substance blanche, placés immédiatement l'un dcniéie l'autre. Le faisceau |)Oslériein- m'a sendjlé se perdre par une de ses extrémités dans chacune des moitiés correspondantes de la moelle allniigéc ; le faisceau antérieur, au cuutraiiv, n'est autre chose que le prolongement des deux iieiis |ialhétiques, qui, après avoir traversé la base du cerveau, viennent se rejoindre sur la ligne médiane. Les fibres de ces nerfs m'ont paru naître, au moins en partie, de la face inférieure de l'éminence lobée (2).
Une particularité très intéressante s'est encore offerte à nous dans l'étude du pathétique; elle consiste dans l'existence d'une branche allant se ramifier à l'iutérieur de l'éminence lobée. Chez tous les Vertébrés étudiés jusqu'ici, lenerf pathétique s'est toujours présenté comme un nerf simple à son origine. Une exception des plus curieuses à cette règle m'a été offerte par le Merlan. Lorsqu'on examine avec attention le nerf pathétique de ce Poisson, on voit naître tout près de son j)uint d'émergence deux branches de bifurcation: l'une se rend à l'd'il et constitue le pathétique proprement dit, l'autre se porte en haut et en dedans, entre le lobe optique et la base du cervelet. En ponivuivant cette branche avec précaution, on la voit bientôt pénétrer dans l'intérieur de ces tubercules situés au fond du lobe optique, tubercules considérés par divers auteurs comme des corps quadrijumeaux, mais qui en réalité ne sont autre chose qu'un repli antérieur de la lame du cervelet. Après avoir excisé la paroi supérieure de ces tubercules, de manière à mettre à nu la cavité intérieure, on reconnaît sans peine, à l'aide d'un faible grossissement (3 à 4 diamètres), que la branche en question gagne le bord postérieur de l'éminence lobée, s'insinue sous ce bord et se ramifie dans l'épaisseur d'un prolongement (le la pie-mère, faisant suite à celle qui recouvre la face supérieure du cervelet. Ces ramifications se portenten avant et quelques-unes d'entre elles m'ont paru s'anastomoser avec des filets semblables provenant du nerf du côté opposé (3). J'ai constaté également l'existence d'im rameau de l'éminence lobée sur d'autres espèces que le Merlan; je l'ai vu sur des Cyprins, sur le Brochet. Quelle est donc la signification de cette branche?
On sait qu'après sa sortie du canal vertébral, chaque nerf spinal se partage en deux branches principales, l'une antérieure d'où émane le rameau intermédiaire, l'autre postérieure. Parmi les nerfs qui naissent du bulbe, quelques-nus (trijumeau et pneumogaslri{iue) présentent une disposition tout à fait analogue à celle des nerfs spinaux, mais là, déjà, apparaissent dans le mode de distribntidu des branches postérieures, certaines variations qu'il importe de signaler. Chez les Gades, les branches postérieures des nerfs trijumeau et pneumogastrique sont très développées ; celle du tri-
(I) l'our réussir aisément dans cetlc préparation, il Tant fciulre lo i)ulljc sur le milieu de sa face inférieure, et écarter ensuite ii's deux moitiés, de manière à mettre à nu la face inférieure de l'éminence lobée. (-2j l'I. VII, fi-. III.
(3) PI. III, (ig. G» ; pi. II, ,i-. N' ;•.
jumeau, après s'être anastomosée à l'inlérieur du crâne avec celle du pneumogastrique, traverse la voûte crânienne et, sous le nom de nerf latéral du trijumeau, va s'anastomoser le long du dos avec les extrémités des branches postérieures des nerfs spinaux.
Dans d'autres types (Brochet, Cyprins, etc.), ces branches postérieures des nerfs trijumeau et pneumogastrique existent encore, mais leur importance devient beaucoup moindre : au lieu d'aller, après un long trajet, s'anastomoser avec les nerfs spinaux, elles se réduisent à de simples fdets nerveux qui se distribuent dans les enveloppes du cerveau et dont quelques-uns seulement traversent les parois du crâne pour aller se perdre aussitôt dans la peau. Chez un certain nombre de Poissons, enfin, les branches postérieures des nerfs en question peuvent perdre davantage encore de leur importance, au point même de disparaître complètement. Ainsi, d'après Stannius, il n'y aurait pas trace de rameau postérieur du pneumogastrique chez les Scomber, Pleuronectes Rhombus, Salmo, Coregonus, Ammodytes, Chipea, Silurus, etc.
Ces faits nous permettent de comprendre aisément quelle est la nature de la branche postérieure du nerf pathétique chez le Merlan. Cette branche, qui se distribue dans les enveloppes du cerveau, est évidemment l'homologue des branches postérieures rudimentaires des nerfs trijumeau et pneumogastrique; elle est, par conséquent, l'homologue des branches postéi^ieures des nerfs spinaux. Elle n'existe, il est vrai, que d'une manière tout à fait exceptionnelle, mais cela n'a rien qui doive surprendre, puisque nous avons vu que, dans beaucoup de Poissons, la branche postérieure du pneumogastrique peut aussi avorter complètement.
Plus tard, ayant eu à ma disposition plusieurs espèces de Gades, j'ai voulu m'assurer si cette branche ascendante du pathétique observée sur le Merlan ne se retrouverait point aussi dans ce type. Dès les premières recherches, j'ai eu la satisfaction de voir mes prévisions se réaliser. Dans le Gadi(s Pollachius, j'ai trouvé un rameau dorsal très apparent. Dans le Gadus Molva, ce rameau est plus grêle ; c'est à peine s'il est visible à l'œil nu sur un individu d'une longueur de 60 à 70 centimètres. Il naît du pathétique, tout près de son origine, se porte en haut et en dedans dans l'épaisseur de la pie-mère et s'anastomose avec un rameau semblable venu du côté opposé.
Des recherches plus récentes poursuivies sur le Gadus Lota m'ont démontré que le rameau dorsal du nerf pathétique existe aussi dans cette espèce ; seulement, ce rameau est tellement grêle, qu'il est difficile de le découvrir et qu'il échapperait très probablement à un observateur qui ne l'aurait pas vu d'abord sur les types que j'ai indiqués. Je l'ai trouvé également chez le Labre, s'anastomosant, en formant une commissure très nette, avec le filet correspondant du côté opposé. Des filets de cette commissure, qui est située en avant du cervelet et en arrière de l'éminence lobée, m'ont paru suivre le trajet de quelques vaisseaux.
Quoi qu'il en soit et sans vouloir revenir ici sur l'importance de ce rameau dorsal considéré au point de vue homologique, je terai observer que l'existence d'une branche nerveuse aussi particulière dans les divers représentants d'un môme groupe naturel, montre les avantages que pourrait offrir l'étude du système nerveux périphérique au point de vue de la classification. C'est là un vaste champ d'observation qui reste encore à explorer.
DES PÉDONCULES CÉRÉBIIAUX, TROISIÈME VENTRICULE, ETC. — DE LA GLANDE PINÉALE. 79
DES I-LDONCULES CEUliltR AUX, Tlio 1 S I É.ME VENTRICULE, TUBERCULES PÉDO.NCUL.VIRES