‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 1 sur 133 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Ces recherches, commencées depuis bientôt six années, ne devaient former d*abord qu'une série de monographies sur différents points de la structure du système nerveux cérébro-spinal. Frappé, comme la plupart des observateurs contemporains, des obscurités et des incertitudes que présente encore le diagnostic des maladies du système nerveux; convaincu, d*aulre part, qu'une bonne anatomie a été et sera toujours le point de départ indis* pensable de tout progrès scientifique et de toute description nosologique rationnelle, j'avais formé le projet d'apporter quelque précision dans la description des éléments complexes dont se compose le système nerveux central, et de généniliser les méthodes qui, mises en œuvre par Stilling, Lenhossck, Sch roder van der Kolk, Kolliker, Virchow, Jacubowitsch, J. Dean, F. Clark, etc., ont donné dans ces derniers temps des résultats si nets et si inattendus (1).

(1) n est en effet curieux de constater combien en France, au xn* siècle, la partie defcriptiTe du système nerveux, faite même par les auteurs les plus autorisés, ert

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A mesure que je m'avançai dans celle voie , je m'aperçus que l'élude analomique pure ne monlrail qu'un coin du lableau, et ne donnait que des résullals stériles, sans portée immédiate ; je vis qu'il fallait animer ces appareils dont je m'étais attaché à retracer les détails, les envisager en action, et poursuivre cette étude non-seulement dans les conditions de leur fonctionnement normal, mais encore dans les diverses phases do leur activité morbide. J'ai donc élé naturellement amené à faire de la physiologie et de la palhologie, et à diviser ces recherches en trois parlies, qui s'enchaînent et se complclent les unes les autres.

I. — La DESCIUPTION ANATOMiQUE scrt, en quelque sorte, de base à lout Tcnsemble : elle s'appuie sur une série de dessins que j'ai faits moi-même diaprés nature, et dont lous les délails sont indiqués minutieusement dans la partie vraiment analytique de ce travail.

J'ai essayé, en outre, de représenter a Toide de figures idéales, conslruites d'une façon synthétique (planches I, II, III, IV), la onarche, la direction et les rapporls théoriques des diiïérenls groupes d'éléments nerveux entre eux, de manière à donner une

encore abandonnée au hasard et aux inlcrprctations individuelles les plus arbitraires ; pour la masse encéphalique, on en est encore à Taire en quelque sortc^ sans t*en apercevoir^ de Tanatomio des formes. C'est ainsi que la plupart des auteura, lorsqu'ils décrivent le cencau, indiquent surccssivement^ sans méthode (iic, tout ce qui frappe la vue; une fois qu'ils ont mis les cavités ventriculaircs à découvert, ils décrivent soit le corps strié, soit les piliers de la voûte, soit la couche optique, aoit le corps calleux, tans chercher à isoler ou à relier ce qui est distinct ou réuni dans la natdre ; et ils font, sans s'en douter, quelque chose d'aussi illogique que si, ouvrant l'abdomen, ils décri\ aient successivement par plans ce qui frappe les regards, le mésentère, l'intestin, la vessie, le foie, la rate, puis la colonne vertébrale, l'aorlc et les reins, etc., sans chercher à apprécier les connexions ou l'indépendance de chacun de ces différents appareils entre eux.

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idée de Tensenible des (ibros el des appareils du système nerveux cérébro- spinal (1).

Je me suis appuyé, autant que cela nVa été possible, dans la partie anatomique, sur le témoignage de Tanatomie pathologique el de Tanatomie comparée. C'est ainsi, qu'après avoir fait la comparaison des différentes formes sous lesquelles se présente, d'une façon permanente, le système nerveux central des diverses classes de vertébrés, avec les formes par lesquelles passe successivement Tembryon humain dans ses phases de perfectionnement, j'ai obtenu une conception générale de la disposition du système nerveux central des vertébrés, el trouvé pour ainsi dire sa formule anatomiquQ tixe.

Je suis ainsi parvenu à constituer d'une façon synthétique ces deux grands systèmes de fibres, que j'ai appelés système des fibres convergentes inféi^ieures et système des fibres con-vergentes supérieures, et à montrer, au point de vue de la contexture générale des éléments nerveux, la fixité et l'importance des deux noyaux centraux de substance grise (la couche optique et le corps strié), qui sont les points communs de convergence et la clef de tout le système,

J*ai donc passé successivement en revue les principaux détails anatomiques qui concernent : 1*" le système des fibres convergentes inférieures, lesquelles contribuent à la constitution de Taxe spinal proprement dit, en rattachant à ce département spécial du système nerveux la description du cervelet et de ses annexes ^ et 2* le système des fibres convergentes supérieures dont les éléments constituent en partie le cerveau.

C'est ainsi qu'en faisant l'étude analytique des divers éléments dont la combinaison constitue le système nerveux central, en

(1) Tous ces dessins ont été, sous ma direction, reproduits a>ec un rare talent d'exécution par M. Lcveillé.

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rapprocliant dans une descriplioii commune les éléments nerveux qui me paraissent homologues, et en isolant ceux qui me semblaient dissemblables, j'ai fait des groupements et des divisions naturelles, et simplifié le plus possible en laissant en quelque sorte les faits parler eux-mêmes.

1^ Relativement à Taxe spinal, par exemple, j'ai donné une formule générale de la disposition des racines postérieures, et montré que dans les régions les plus inférieures de cet axe aussi bien que dans les régions les plus élevées, le tracé du même plan anatomique se retrouvait constamment, et que les mêmes fibres centripètes obéissaient partout aux mêmes lois de distribution ; j*ai encore cherché a spécifier le mode d'émergence, la direction et la terminaison des différents systèmes de fibres spinales, et à séparer nettement le système des fibres fasciculées postérieures de celui des fibres fasciculées antérieures et latérales de Taxe.

2"" Relativement au cervelet, j*ai vérifié la plupart des données acquises et signalées par Purkinje, Gerlach, et démontré de plus le rapport et la combinaison de ses fibres efférentes (les pédoncules cérébelleux) avec les régions antérieures, exclusivement motrices, de Taxe spinal; j*ai insisté pareillement sur le mode de dissémination périphérique des éléments cérébelleux, et montré leur pénétration jusqu'au sein de la substance grise du corps strié,

3*" Quant au cerveau proprement dit, j*ai confirmé les faits indiqués déjà par K'ôlliker au sujet des fibres cérébrales qu'il a appelées fibres convergenies^ et généralisé ce qu'il n'avait qu'entrevu -, j'ai montré que presque toutes les fibres blanches cérébrales se groupaient au pourtour de la couche optique comme

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une série de rayons, et que les fibres des pédoncules cérébraux se terminaient exclusivement dans la substance du corps strié, sans remonter jusque dans la couche corticale.

J'ai donné une description complète de la couche optique et des divers noyaux isolés de substance grise dont elle est constituée {centres de la couche optique), puis, signalé la continuité de la substance grise du troisième ventricule avec celle des régions centrales de la moelle-, j'ai enfin décrit une calégoric spéciale de fibres spiroïdes, émanées de la substance corticale, et allant directement se perdre dans Tintérieur même de la masse du corps strié (fibres cortico-striées) , etc., etc.

II. — Dans la description physiologique, j'ai suivi un ordre d'exposition calqué sur celui qui m'avait précédemment servi.

Ayant reconnu que parmi les conducteurs centripètes qui s'acheminaient vers les régions centrales du système nerveux, s'il y a une catégorie d'entre eux qui s'amortit dans les divers segments de l'axe spinal, il en est d'autres qui remontent vers le sensorium, je suis arrivé à admettre d'une façon générale que, parmi toutes les impressions recueillies à la surface des expansions sensorielles, il en était un certain nombre qui, destinées à demeurer inconscientes, n'élaient aples qu'à éveiller des réactions purement automatiques, tandis que les autres, élaborées par le sensorium, étaient neiiemewt perçues ^ et entraient en conflit avec les phénomènes de l'activité psychique.

Par suite, j'ai été amené à faire une étude comparée de ces deux ordres d'impressions sensorielles, au point de vue dos réactions automatiques qu'elles provoquent et des transformations qu'elles subissent, et à trouver que la couche optique dans laquelle les impressions conscientes viennent préalablement se concentrer avant d'élre irradiées vers la périphérie corticale, jouait le rôle d'un véritable sensorium commune.

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Dans un chapitre intitulé : Théorie des fonctiom cérébrales, j*ai envisage sous un jour tout nouveau les diverses aptitudes du cerveau en activité, les principaux phénomènes qui constituent la mémoire et l'imagination, les opérations du jugement, et j'ai tenté de faire une analyse des diverses opérations de Tentendement qui concourent à la production du langage articulé ou du langage écrit, etc.

J'ai fait voir combien la physiologie du cervelet était liée aux données anatomiques précédemment formulées, et quel rôle prépondérant ce foyer d'innervation névrosthénique jouait non-seulement dans l'évolution des actes purement somatiques de l'organisme, mais encore dans les divers phénomènes qui sont à proprement parler du domaine de l'activité psychique.

III. — La PARTIE CLINIQUE cst la couiirmation des données anatomiques exposées dans la première partie.

Après avoir étudié d'une façon générale les diverses altérations du tissu nerveux, en tant qu'élément anatomique, j'ai tenu à prouver, à l'aide du mode de propagation des dégénérescences passives des différents déparlements du système nerveux , la stricte solidarité qui les relie les uns avec les autres.

J'ai ensuite cherché à spécifier, a Taide des manifestations symptomaliques, le rôle dynamique de chacun de ces différents départements, et montré, de la sorte, que si la couche optique était, ainsi que l'anatomie Tindique, le point de convergence et Tavant-dernière étape de toutes les impressions sensorielles, sa destruction, en totalité ou en partie, était suivie de l'abolition concomitante, générale ou partielle, de ces divers ordres d'impressions sensorielles ;

Que si la substance grise du corps strié était exclusivement en rapport avec l'évolution des actes de la motricité, ses lésions étaient

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parallèlement accompagnées de perturbations du côlé des fonctions motrices ;

Que si la substance grise des circonvolutions était le dernier terme où venaient aboutir les impressions sensorielles, et le substratum organique au sein duquel elles évoluaient pour se transformer et entrer en conflit avec les pliénoînènes de Tactivilé psychique, la destruction graduelle de cette sphère d'activité nerveuse entraînait, du même coup, l'extinction de ses propriétés dynamiques, et finalement l'apparition plus ou moins rapide des symptômes de la démence;

Que si le cervelet, enfin, était exclusivement en rapport avec les régions affectées à la motricité, ses désorganisations, limitées ou généralisées, étaient suivies de perturbations exclusivement localisées du côté des phénomènes moteurs ; et, qu'en un mot, il était possible de préciser, àTaide des troubles fonctionnels apparents, quels étaient les divers départements du système nerveux central intéressés par une lésion quelconque.

Enfin, dans un résumé synthétique, qui forme le dernier chapitre de la partie clinique, j*ai essayé de grouper en propositions générales, les différents détails symptomatologiques que j'avais successivement passés en revue, et de formuler leur valeur sémiologique intrinsèque.

Tel est le plan que j'ai suivi et le but que je me suis proposé d'atteindre dans cette longue série de recherches. J'ai voulu, en un mot, à l'aide d'une anatomiedu système nerveux, mieux assise qu'elle ne l'était jusqu'alors et aussi rigoureuse que possible, qu'on pût pénétrer plus avant dans le domaine encore si peu précisé de la pathologie nerveuse, et donner un point d'appui solide et vraiment rationnel aux éludes symptomatologiques et cliniques. Je n'ignore pas que ce travail laisse encore bien des inconnues à résoudre, bien des lacunes à combler, car on dissèque

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le cerveau depuis Galien, a dil M. E. Serres (1), et il n*est pas d'anatomiste qui n*ait laissé quelque chose depuis ce temps à faire à ses successeurs. Esclave de Texactitude avant tout (ainsi qu'il ressort de Texposé de la méthode anatomique à laquelle j'ai eu recours), j'ai eu pour but de réduire les chances d'erreur au minimum^ en laissant^ en quelque sorte, les faits se grouper eux-mêmes ; aussi puis-je dire que ce travail est, à mes yeux, i la fois une œuvre de patience et une œuvre de bonne foi (2).

Honore déjà, il y a deux ans, des encouragements de TAcadémie des sciences, je me suis attaché depuis ce temps à compléter et perfectionner mes recherches. Je m'estimerai heureux s'il m'était permis de m'associer au mouvement scientifique de mon époque, et d'apporter ma faible part de labeur à ce fonds commun de données scientifiques que tous les hommes de progrès voient avec orgueil s'enrichir, tous les jours, d'acquisitions nouvelles. Plus heureux encore je m'estimerai si ce travail était jugé digne des maîtres vénérés qui m'ont guidé dans l'étude de la

'ly Anaiomie Cfimparée du rerv^nu ffnns hs (jiwtrp rlns^^x des nniwnux snn.< rrrtèfj/'es, Paris, 1827.

;2; C'est il dessein que J ai omis de faire un exposé historique des phases sncccssi\es par leiiqueiles a passi- l'étude du système neneux. Ce chapitre spécial a été déjà traité avec un rare talent par plusieurs savants. C'est pour éviter des redites stériles que je me suis abstenu, et que je renvoie aux auteurs qui se sont occupés de cette question. On lira, avec un grand intérêt, ce que MM. Serres et Fo\illc ont écrit sur ce point. Néanmoins, si je n'ai pas réuni en chapitre le rt'^sumé critique des travaux des principaux auteurs qui m*ont précédé, j'ai tenu à cœur de remonter aux sources et de consulter la plupart des recherches originales faites sur le système nerveux, tant celles de mon époque que celles des époques antérieures : c'est ainsi que j ai successivement compulse les œuvres de Willis, Vieussens, Vicq d'AxjT, Arnold, Baillarger, Ch. Bell, Cl. Bernard, Calmeil, Cru\cilhicr, (iall, Gratiolct, Flourens, Leuret, I^nget, Mûller, Rolando, Ticdeniann, etc.

En décrivant chaque détail anatomique, j'ai, autant que cela m'a été possible, cité expressément le nom de l'auteur qui en a donné le premier une indication précise, afm d'indiquer la part qui doit être fuite historiquement à chacun d'eux.

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