‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 94 sur 105 · EXAMEN DE LA PIÈCE ENLEVÉE · texte numérisé non relu

EXAMEN DE LA PIÈCE ENLEVÉE

Le corps de Futérus resté sain à l’extérieur avait dix-huit lignes de haut en bas, et vingtîine ou vingt-deux lignes d’un coté à l’autre *, le péritoine qui le recouvrait était sain. Le col tuméfié, mesuré depuis le sillon qui le séparait du corps de l’organe, avait deux pouces de haut en bas en avant, et deux ponces un quart en arrière ; son diamètre transversal était de deux pouces un quart, ou six pouces environ de circonférence ; on peut se faire une idée de l’ensemble de l’utérus et de la tumeur par la fig* de la Yh. pl.

Ouvertes par leur côté gauche, la cavité et la substance utérines se sont trouvées saines dans leur partie supérieure, mais malades à leur partie inferieure , qui prenait part au vaste ulcère cérébriformeque contenait la tumeur inférieure. On peut se faire une idée assez exacte de l’état intérieur de Futérus et de la tumeur par la fig. 2*. de la VL. pl.

SUITES DE l’opération.

L^ jour. — La réaction est très-modérée après une concentration également modérée , et le

ventre, souple et sans douleur, est un peu audessous du niveau du pubis ; cathétérisme quoique les urines s’écoulent librement; il n’y a aucune espèce d’écoulement par la vulve ; sommeil peu-: dant la nuit.

II®. jour, — Le pouls donne quatre-vingtdix pulsations par minute; le soir le ventre est moins alTaissé^ il est au niveau du pubis et sans douleur; on fait une saignée de six onces, on applique sur le ventre un cataplasme de farine de gr^aines de lin , on donne l’infusion de graines de lin pour boisson , et on continue le cathétérisme ; sommeil pendant la nuit; le sang était couenneux.

111®. jour, — La fréquence du pouls continue, le ventre est plus élevé que le pubis, il devient sonore, sans douleur, sans émission de gaz par bas comme sans selles. Quoique la malade puisse uriner sans secours étrangers, je fais continuer le calhét TÎsme afin d’éviter les efforts. Même cataplasme , même boisson ; une saignée de six onces le soir donne un sang couenneux, comme celui de la veille.

IV®. jour, — La fièvre est un peu plus prononcée, le pouls s’élève à cent pulsations, le ventre est plus développé et plus sonore. On fait dès le matin une saignée égale aux autres;

elle donne un sang à-peu-près semblable; cependant il contient un peu plus de sérosité. Meme traitement d’ailleurs, en y joignant un grain de calomel répété trois fois. Le soir , le ventre est plus te^^du et plus sonore, cependant il n’est douloureux que dans la région iliaque droite; les serre-nœuds ne causent aucune douleur , leurs fils ne sont point tendus ; il n’y a point de selles, ni démission de gaz par bas. On applique sur le coté droit du ventre quarante sangsues qui rendent très-peu. On continue de sonder la malade , afin d’éviter les efforts ; elle supporte bien les cataplasmes sur le ventre,

V^.jour, — La fièvre est modérée, la douleur de la région iliaque droite est très-diminuée; le ventre est encore balloné , sans selles et sans émission de gaz; je dégage les serre - nœuds sans retirer les fils; on applique de nouvelles sangsues ;

on donne deux fois, à deux heures d’intervalle, une pilule contenant un grain de calomélas et un quart de grain d’extrait de belladone. A quatre heures le ballonement du ventre est augmenté, la malade est agitée, et attribue son agitation aux pilules. On donne un bain d’eau tiède d une demi -heure; la malade en est soulagée, et rend par bas des vents pendant la nuit. Meme cat plasme^, uiéme boisson.

VI*. joun — La malade éprouvé un sentiment de soulagement^ la fièvre est modérée, le ventre est encore baîloné, mais peu sensible et seulement vers les deux régions iliaques. Je prescris des sangsues sur ces dernières*, elles sont appliquées aux aines^ la malade s^'agite au sujet de cette erreur^ malgré un bain tiède, après lequel on applique de nouvelles sangsues sur les régions iliaques. On donne un second bain également d’aune demi-heure; la malade y rend des flatuosités et une selle après; elle dort pendant la nuit.

VIP. jour. — Fièvre modérée , pouls à cent pulsations par minute , peau lialitueuse ; ventre moins élevé et moins sonore , peu sensible au loucher. On donne du bouillon de veau, et on continue les cataplasmes et l’infusion de graines de lin.

Vers le milieu du jour , tranchées et douleurs dans la région iliaque gauche, et un peu à droite. Une traction légère des fils des ligatures ne cause aucune douleur ; l’examen du vagin n'y fait reconnaître aucune dureté; il est souple ; déjà la partie postérieure de la vessie adhérait à*la partie antérieure du rectum. Les ligatures n’étant pas tombées, je crois devoir m’opposer à cette réunion primitive, je sépare les deux organes et je

procure Fécoul^ment d’une once environ d’un Iluide rendu brunâtre par un peu de sang, et d’une odeur assez fétide. Je prescris un lavement, suivi de vingt sangsues sur les flancs et d’un bain tiède*, même boisson.

Vers le soir la malade rend une selle et le ventre se détend*, je fais écouler du fond du vagin , oii il stagnait , un fluide brunâtre , plus fétide encore que celui du matin. Cependant la fièvre est fort diminuée, la peau souple, la ]}oiiclie et la langue humides, comme les jours pi écédens ; la malade désire du bouillon , qui lui est accordé.

Ylll\ Jour. — Deux selles molles pendant la nuit *, émission de flatuosités par le rectum , diminution delà fièvre, point de chaleur â la peau , affaissement du ventre, qui ne reste douloureux en aucun point ; sentiment du besoin d’alimens ^ bouillon avec fécule , eau de riz sucrée.

IX®. Jour. — Continuation de la diminution du volume du ventre , diarrhée bilieuse , saveur de pourri â la gorge, et cependant bouche et langue humides et en bon état*, mais fréquence du pouls , qui est à cent c[uinze pulsations par minute*, point de chaleur à la peau, et cependant peu de sommeil y grande fétidité du fiuide séreux,

troubla, et grisâtre, que je fais ecouler en pressant sur la partie postérieure du vagin.

Jusques là je n’avais voulu faire aueune in^ jection dans le vagin ; je ne sais quelle crainte m’arrêtait, relativement au passage de l’injection dans le péritoine; mais dès que j’eus réfléchi que j’avais fait disparaître la fétidité du pus des empyèmes et la fièvre lente qui en dépendait, en tenant la plèvre malade seulement rem-^ plie dieau^ qu’on empêchait de s’écouler trop rapidement au moyen d'un tampon de charpie enfermée dans un linge, et en la remplaçant à mesure qu’elle s’écoulait, je cessai de redouter l’entrée de l’eau dans le péritoine, en supposant que les adhérences supérieures n’y missent pas déjà un obstacle suffisant, et je commençai à rem-^ plir le vagin avec de l’eau à 20" Pi, On continua les bains tièdes à cause de la fréquence du poids qui était beaucoup plus grande que celle qui avait eu lieu pendant la fièvre traumatique.

jour. — Ventre affaissé et sans douleur; mais fréquence du pouls à cent vingt pulsations par minute; point de chaleur à la peau, diarrhée bilieuse fréquente , appétit.

Fvé fléchissant alors que les ligatures, dont les gcrre-nœiids étaient retirés depuis cinq jours ,

ne portaient point sur un pédicule isolé, que par conséquent je n’avais point de chute d’escarre à attendre, et qu’elles n’étaient qu’un corps étran-r ger désormais inutile, je les retirai avec précaution , et fis tenir le vagin constamment rempli d’eau tempérée, en faisant attention à ce que la seringue dont on se servait et qui contenait quatre onces d’eau , fût toujours exactement remplie, afin qu’aucune bulle d’air ne fût portée dans le fond. J’eus soin, en faisant écouler le fluide qui stagnait, de placer une main sur l’hypogastie et d’empêcher que l’air ne le remplaçât. Avec ces simples précautions la fétidité diminua immédiatement , l’agitation cessa et le sommeil fut moins mauvais. Légers potages.

XL jour, — Sommeil, appétit, quoiqu’il reste encore une saveur désagréable à la gorge; suspension de la diarrhée et diminution de la fréquence du pouls , état d’amélioration tout-à-fait remarquable ; diminution de l’odeur désagréable de la suppuration, qui est moins diffluente.

mV jour, — Il n’y a plus de chaleur â la peau; le pouls a encore de la fréquence, le ventre est souple; la suppuration n’a plus que l’odeur fade vaginale; on continue les injections d’eau; on donne encore un bain ; la saveur désagréable de la gorge persiste ; il y a encore plusieurs selles

jaunâtres liquides , maigre douze grains de diaseordiiim.

XlïP.ybwr. — Apyrexie , palpitations nerveuses*5 point de selles, suppuration abondante et inodore^ appétit*, potages.

XIV®. joui\ — Selle naturelle *, de ce jour jusqu’au Yingtième^ amélioration successive. La malade se lève tous les jours deux fois sur un fauteuil *, la suppuration diminue de jour en jour, l’appétit et le sommeil sont bons *, les forces se rétablissent. Le ventre est affaissé au-dessous du niveau du pubis, comme avant l’opération , et on peut le palper profondément dans toutes ses régions sans causer la moindre douleur. Ces faits ont été constatés ce jour-là par M. le docteur Moreau, membre de l’Académie royale de médecine et professeur d’accouchemens , agrégé de la Faculté de Paris, qui a touché la malade avec moi et a reconnu la nature louable du pus , et le bon état de la plaie qui le fournit et qui diminue ehaque jour *, on reconnaît en avant une surfaee étendue formée par la partie postérieure de la vessie , et en arrière la eolonne lisse et polie du rectum.

XXIP.yoi^r. — L’amélioration générale contiuue et la malade commence â se promener dans la salle.

' XXy IP. jour. — L’examen de la malade par M. B rescliet et par moi nous fait reconnaître a trois pouces de hauteur le haut du vagin formant un anneau souple, pouvant à peine admettre le doigt et communiquant avec un culde-sac de la profondeur des deux tiers de la première phalange de l’index, borné en avant par le fond de la vessie , et en arrière par le rectum , déjà réunis en voûte. La cicatrice marche de haut en bas, et converge vers l’anneau formé par le vagin, qui tend à se fermer; car il se rétrécit de jour en jour. Il n’y a presque plus de suppuration évidente, et surtout point d’odeur. M. Brescliet déclare la malade guérie des suites de l’operation. Depuis les progrès de la cicatrice la malade laisse parfois échapper un peu d’urine pen- ,dant le sommeil.

Le 25 aoLit, trente-unième jour de l’opération, M. le professeur Caillot, doyen de la Faculté de médecine de Strasbourg, M. le professeur Désormeaux et M. le docteur Patrice ont constaté 1°. le bon état du vagin et du reste de la plaie de l’opération , qui ne forme plus qu’un cul de poule souple^ et ne fournit ni suppuration, ni autre écoulement sensible; 2°. le bon état de , toutes les sécrétions et excrétions, et des autres fonctions de la malade qui se lève, marche, a

(le Tappétit, digère et dort parfaitement^ et dont le ventre est souple et sans aucune espèce de douleur.

Le 26 août, trente-deuxième jour de Fopèration , MM. les professeurs Dubois , Dupuytren , Deneux^ Fizeau et Andral , et MM. les docteurs ogi cge's, Capuron, professeur d’accoucheniens ; Lisfranc , chirurgien en chef de l’hospice de la Pitiè^ J. C loquet, chirurgien -adjoint de l’hôpital Saint-Louis^ M. le docteur Fubbes, membre de l’Académie royale de médecine, et M. le docteur Ratheau , agrégé, ont constaté les memes choses, et ont immédiatement, chacun en particulier, rendu compte de leur examen , en présence des élèves de la clinique.

Le 27 août, trente-troisième jour de l’opération , MM. les professeurs Mar jolin et Roux, chirurgien en chef adjoint de l’hôpital de la Charité, et M. le docteur Kapeier, médecin de l’hôpital Saint-Antoine, ainsi que M. le docteur Baudelocque, agrégé de la Faculté de médecine de Paris, ont reconnu les memes choses que ceux de nos confrères qui, dans les jours précédons,' ont examiné la malade sans lui causer la moindre douleur.

Le 28 août, trente-quatrième jour, M. le professeur Fouquier, médecin de l’hôpital de la

Charité , et mon ami M. le professeur RicheranJ , chirurgien en chef de l’hôpital Saint-Louis oii il avait vu la malade auparavant, ont également vérifié et déclaré sa guérison. L’incontinence d’urine pendant le sommeil a déjà cessé, et l’action d’aller à la selle sur son séant ne développe aucune espèce de malaise. 11 ne reste plus de cavité appréciable au-dessus du petit anneau que forme le vagin et qui s’efface de plus en plus.

L’examen du vagin par le spéculum uteri, fait le 3 1 août , trente-septième jour , a confirmé tous les faits que je viens de rapporter.

On voit, par ce qui précède, que, malgré l’incident dont j’ai rendu compte , un grand nombre d’hommes des plus habiles dans l’exercice de la médecine et de la chirurgie ont déclaré la malade guérie des suites de l’opération , dès le vingt-septième jour après qu’elle a été prati-® quée. Je termine ici l’histoire particulière de la dame et je passe à quelques réflexions.

Réflexions.

Ce fait présente à considérer :

1®. La gravité de Laffection locale pour laquelle a été pratiquée l’op 'ration dont il s’agit La grande susceptibilité nerveuse de la

malade, qui le cinquième jour de l’opération a éprouvé une impression morale vive, par la brutalité d’un ivrogne qui troubla la salle où elle se trouvait ,

5“. L’absence de tout accident primitif;

4°. La modération de l’inflammation et de la

fièvre traumatique ;

5”. Les accidens provenant de l’altération du pus dans le fond de la plaie par l’action de l’air qui y avait pénétré, et la facilité avec laquelle ils ont disparu en tenant le fond du vagin rempli cr eau, comme je le fais pour la plèvre après l’opération de l’empyème^ pour les kystes bydatiques que j’ouvre avec la potasse , etc. , etc. Si la malade eut succombé à cet accident^ sa mort

eût pu être attribuée à l’opération, qui n’y était

pour rien.

6®. Les accidens ont été moindres que dans les trois excisions du col utérin que j’ai rapportées, et dont l’un des sujets a succombé. (Voy. à la fin du premier supplément.) Dans l’excision, la malade a contr elle les chances de l’hémorrhagie, les inconvéniens du tamponnement et les accidens de l’inflammation traumatique de l’utérus mutilé, lequel conserve son ascendant sur l’organisme , sans pouvoir lui être désormais d’aucune utilité. Dans l’ablation, la rhalade^^n’a aucune hémor-

rliagle à craindre ) elle n’est fatiguée par aucun tamponnement et n’a à supporter que l’inflammation du moignon des ligamens , et du bord coupé du vagin , en l’absence de l’organe utérin et de sa réaction sur l’organisme : d’après ces réflexions 5 Tablation paraît préférable à l’excision, à moins que l’affection ne se bornç strictement au museau de tanche.

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