OU CONSÉCUTIFS
Le fluide produit par les ulcères cancéreux primitifs est très-visqueux, et se concrète facilement, tandis qu’ils sont stationnaires*, mais dès qu’ils commencent à faire des progrès, le fluide qu’ils fournissent perd en viscosité ce qu’il gagne en quantité et en fétidité. L’ichor des ulcères consécutifs aux tumeurs est très-difluent et répand une odeur d’autant plus puante qu’il est plus abondant.
L’analyse qu’on a faite des fluides cancéreux
n’a conduit à aucune induction thérapeutique utile au traitement des cancers, parce qu’on a pris pour cause un simple produit de ces maladies, qui commencent, durent et même finissent sans lui dans les engorgemens et les tumeurs qui ne s’ulcèrent pas. C’est une illusion de chercher un virus ou il n’y en a pas \ mais c’est une autre erreur de représenter comme dépourvu de tout inconvénient un fluide fourni par des ulcères aussi sordides que ceux dont il s’agit.
Les expériences de quelques auteurs modernes , (M. le professeur Alibert et M. le docteur Biett) , sur des animaux et sur eux-mêmes, semblent démontrer dans l’ichor fourni par les ulcères cancéreux une grande innocuité j je ne crois cependant pas qu elles autorisent à négliger les précautions indiquées par la prudence dans le pansement des personnes affectées de cancers , dont les produits les incommodent elles-mêmes par leur odeur infecte. Nous touchons sans inconvéniens des malades dont les fluides cadavériques inoculent des accidens graves à ceux qui en font l’ouverture , s’ils viennent à se piquer, même très-légèrement, avec les scalpels qui servent à cet usage. On voit même des accidens sans piqûre : M. Nicod, interne de la clinique de la Faculté à l’Hôtel-Dieu , n’avait aucune écorchure aux mains en faisant
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l’examen d’un cadavre, cependant un sentiment de cuisson assez vif se fit sentir entre le pouce et l’index de la main gauche ; le lendemain il avait, sur la partie inférieure du radius , une pustule liée à une traînée inflammatoire qui remontait le long de la partie interne de l’avant-bras jusqu’à la partie moyenne du bras. Les accidens étant augmentés, le lendemain on toucha la pustule ouverte avec le nitrate de mercure liquide ; la traînée inflammatoire était flétrie dès le jour suivant , et la guérison complète le troisième jour. Il est à remarquer que le même accident est déjà arrivé à M. Nicod sans qu’il eût d’entamure aux mains. L’ichor qui est avalé dans les cancers de la bouche n’ulcère pas l’œsophage ni l’estomac \ celui qui s’écoule de l’utérus cancéreux ne produit pas l’ulcération du vagin ; mais il contribue probablement par son absorption à la propagation de la diathèse cancéreuse à d’autres organes. Quant aux conditions qui seraient nécessaires pour qu’il la propageât d’un individu à l’autre, elles sont encore inconnues.
ARTICLE VI
ENGORGEMENS CONSECUTIFS.
La dissection des engorgemens consécutifs aux ulcères cancéreux secs ou humides , a des boutons cancéreux secondaires à d’autres ulcères, y fait reconnaître le caractère couenneux ou solanoïde, avec l’état variqueux des veines du voisinage, et la friabilité de leurs parois.
Quelle que soit l’affection cancéreuse antécédente, les productions consécutives qui surviennent dans des organes différens de celui qui a été primitivement affecté, et surtout dans les ganglions lymphatiques, portent plus ordinairement le caractère solanoïde ou encéphaloïde ; plus rarement elles présentent l’aspect des squirrhes couenneux. Il ne faut pas confondre avec leur dégénérescence cancéreuse l’état inflammatoire des ganglions , qui conservent alors de l’élasticité, comme on l’a observé chez la personne du 28e fait. On a vu la dégénérescence se propager le long des lymphatiques, au point que chez un sujet de vingt-deux ans , mort d’un sarcocèle , Astley Cooper a trouvé le canal thoracique squirrheux jusqu’à sa partie supérieure, avec des masses encéphaloïdes de distance en distance.
ARTICLE YIÎ.
CACHEXIE CANCÈUEUSE.
Lorsqu’un sujet est tombé dans la cachexie cancéreuse , ses tissus ont perdu les couleurs de la vie; sa peau est devenue jaunâtre, livide; le dessèchement est porté plus ou moins loin avec des infiltrations ; les solides compris dans la sphère d’activité locale des maladies cancéreuses sont plus friables ; cet état est remarquable dans les vaisseaux , et je l’ai constaté dans les os voisins et éloignés. Le sang et tous les liquides, à une époque très-avancée , perdent leur coagulabilité et restent diffluens. Plus l’état cachectique est avancé , plus on trouve de productions carcinomateuses secondaires dans des organes éloignés.
Parvenus à leur dernier degré , les phénomènes de la cachexie cancéreuse peuvent se rapprocher de ceux d’autres cachexies avec lesquels il n’est cependant pas permis de les confondre. Une jeune fille chlorotique se décolore , souffre, maigrit, s’infiltre et fournit par la saignée un sang peu coagulable; une femme, dont l’utérus est devenu cancéreux, se décolore, souffre, maigrit, s’infiltre et finit par ne plus donner un
sang riche ni coagulable. La chlorose et ia cachexie cancëreuse sont-elles donc de la même famille ? Non , sans doute ; mais ces faits qui prouvent d’étranges rapports entre des affections si dissemblables par leurs causes, prouvent qu’un organe qui ne séparé pas de l’économie les substances qu’il est chargé d’en éliminer , peut devenir une source de maladies semblables par leurs formes à celles qui proviendraient de la résorption de principes nuisibles fournis à l’organisme par ce même organe malade. Ce rapport des derniers effets des maladies les plus éloignées les unes des autres dans leur commencement devient encore plus frappant si on compare a leur dernier degré le phthisique , le syphilitique , le scrophuleux , le scorbutique , le dartreux , le cancéreux et la jeune chlorotique *, lorsque ces cachexies sont parvenues à ce point , leurs caractères diagnostiques se confondent dans le marasme, les infiltrations et les décompositions organiques, comme les caractères botaniques se perdent dans le dessèchement ou la pourriture des végétaux , mais sans que cette confusion permette d’oublier les distinctions qui y existaient auparavant, ni de méconnaître les différences des propriétés spéciales qui subsistent encore.
ARTICLE VIII