GÉNÉRALES
Les recherches auxquelles je me suis livré sur les préludes des maladies cancéreuses m’ayant conduit à des inductions prophylactiques, celles que je viens de faire sur leur histoire générale
m'amènent naturellement a quelques applications thérapeutiques , relatives à la médication des différentes espèces d’affections cancéreuses dans leurs diverses périodes , après lesquelles je présenterai les résultats thérapeutiques généraux,
ATÏCLE PREMIER.
REMARQUES THERAPEUTIQUES SUR LES ENGORGEMENS DIFFUS.
Pendant la période d’invasion , dont la durée est indéterminée, les organes malades n’ayant pas encore perdu leur structure normale, on peut concevoir qu’ils puissent la récupérer. Madame L..., de l’Introduction, et mademoiselle V..., du 10e fait, fournissent l’exemple de la résolution spontanée d’engorgemens mammaires du sein droit. Ces premiers engorgemens ayant été remplacés dans le sein du côté opposé par d’autres , et le tissu cancéreux ayant pris la place de celui des glandes mammaires, on doit croire que la même chose fût arrivée aux premiers s’ils ne se fussent résous ’, et sur ce point , Je fait communiqué par M. le docteur Parent est décisif. Les sujets des ier, 4% *1% i5% 1 6e, 19e, 20e, 49% 5i% 57e, 60% 62e faits , madame D.... et mademoiselle T , à la suite du Sup*
pîémcnt , et d’autres encore, fournissent des exemples de résolution d’engorgcmens diffus de nature à dégénérer en cancers , obtenue par ia seule compression. La plupart de ces engorgemens étaient anciens et avaient résisté à divers trai tenions plus ou moins prolongés \ et cependant , chez aucun de ces sujets , il n’y a menace de récidive.
C’est également dans la période ou les organes n’ont pas encore perdu leur structure , et surtout lorsque les affections locales dépendent de quelque vice rhumatique, herpétique, syphilitique , psorique sur lesquels on a de Faction , qu’on peut obtenir la résolution de divers engorgemens mammaires et autres, qui, abandonnés à eux-mêmes, finissent par dégénérer en cancers. J’ai fourni divers exemples de ce genre.
Dans la seconde période , surtout lorsqu’il y a des symptômes d’atrophie cancéreuse locale, ou de racornissement, comme la rétraction du mamelon , des sillons ou des étoiles à la peau qui recouvre les tumeurs, avec diminution du volume et augmentation de la dureté de ces dernières, il ne faut plus compter sur la résolution par aucun moyen. L’organisation carcinomateuse a, dans ce cas, remplacé la structure normale. La compression ne peut qu’affaisser ou
atrophier ces cngorgemens avec racornissement , dont l’ablation est à-peu-près constamment suivie de récidive } mais lorsqu’on a obtenu leur diminution en comprimant, il ne faut pas cesser l’usage de l’appareil , car la maladie locale , qui n’était qu’a ffaisse'e, fait ensuite des progrès ra« pides *, c’est ce qui est arrivé au sujet du 3qe fait, d’après le dernier rapport deM . le professeur Baud , de Louvain. La tumeur de madame G. était trèsdiminuée lorsqu’elle retourna en Hollande , oii elle cessa l’emploi de la compression. La tumeur, qui n’était qu’affaissée, reprit un volume considérable, et la malade est morte deux mois après. Le sujet du 27e fait s’est très-mal trouvé d’avoir suspendu la compression par laquelle on n’avait pu résoudre le petit noyau dur et isolé qui avait résisté : après la cessation de la compression la tumeur s’est étendue, et a acquis, en trois mois, le volume d’un disque aplati , de plus de trois pouces de diamètre *, on se borne à un traitement palliatif.
Le ramollissement des engorgemens, à cause de la résorption que procure la compression, peut avoir des inconvéniens qu’il est nécessaire de surveiller : cependant on a vu les accidens généraux diminuer, et la marche de la maladie fort retardée, chez le sujet maigre du 2e fait 9 il
ii en a pas été de meme chez la personne replète du 7e. La compression n’a pas été sans avantages primitifs chez celles des 6% 32e et 35e faits, mal» gré leur embonpoint.
Les avantages inespérés obtenus chez le sujet du 2e fait , et le succès inattendu du traitement du cancer ulcéré de celui du 1 1°, quoique la base n’eùt été détruite qu’en partie, ont commandé les recherches que j’ai faites sur des personnes qui se sont trouvées dans des circonstances analogues, et spécialement sur les sujets des i4% 22e, 24e, 28e, 4l° 46* faits. Il est résulté
de ces recherches , qu’on ne pouvait pas compter sur la compression pour résoudre le reste d’engorgemens échappés à la cautérisation, et que, chez le sujet du 22e fait , je n ai pu obtenir une cicatrisation définitive par la cautérisation avec le nitrate de mercure , mais seulement par l’application de la pâte arsenicale \ ce qui peut conduire à préférer , dans certains cas , ce dernier caustique, ou le cérat arsenical, au nitrate de mercure , en observant de ne jamais les employer sur une plaie saignante, immédiatement après une ablation , mais seulement après d’autres caustiques , ou après l’établissement de la suppuration.
L’état inflammatoire peut demander transi-
toirement 1 usage des saignées générales ou locales et des émolliens*, mais si la peau est déjà adhérente, on n’oubliera pas la facilité avec laquelle les endroits ou les sangsues ont piqué deviennent le siège de tubercules carcinomateux.
Quand il y a ulcération , lors même qu’on n’aperçoit aucun des signes de la cachexie cancéreuse, si l’on n’a pas l’espérance fondée de pouvoir dépasser de beaucoup l’affection locale , il vaut mieux se borner à une cure palliative par une compression douce et un pansement convenable, dans le genre de ceux que j’ai employés, ou d’autres analogues.
La destruction des engorgemens susceptibles de dégénérer en cancer doit être complète lorsqu’on se détermine à prendre cette mesure, et il est à ce sujet une remarque qui a frappé tous ceux qui ont pratiqué l’ablation des cancers, c’est que toutes les fois qu’il s’est développé un engorgement diffus de nature cancéreuse dans un organe quelconque, il est indispensable d’enlever l’organe en entier avec ses dépendances , sans quoi on n’aura aucune garantie contre la récidive. 11 est clair qu’il ne faut pas confondre les tumeurs circonscrites avec les engorgemens diffus.
ARTICLE IL