INTERPRÉTATION DES FAITS OBSERVÉS DANS L'IONISATION PAR BARBOTAGE
On peut établir un rapprochement intéressant entre les phénomènes observés dans le barbotage d’un gaz à travers un liquide et les considérations, énoncées au début de ce travail, sur la formation des gros ions par &iffusion sur des agglomérations matérielles, relativement grosses, de centres chargés beaucoup plus petits (petits ions).
Les liquides que nous avons appelés actifs émettraient, par barbotage avec de l’air ordinaire, de petits ions et de grosses agglomérations matérielles. Les petits ions seraient en nombre plus que suffisant pour charger toutes les grosses agglomérations et les transformer en gros ions peu mobiles et persistants. L'introduction préalable de centres neutres dans le gaz qui barbote aurait simplement pour effet d’augmenter le nombre des grosses agglomérations présentes et susceptibles de capter de petits ions.
Ainsi s’expliqueraient l'absence de centres neutres dans le gaz provenant du barbotage de l’air ordinaire et l’accroissement de la conductibilité persistante dû à l’introduction de centres neutres dans le gaz qui barbote.
Les liquides dits inactifs ne seraient pas susceptibles d'émettre par barbotage de petits ions ; ils fourniraient seulement de grosses agglomérations neutres. La présence préalable de centres neutres dans le gaz ne saurait dans
ces conditions le rendre conducteur. C’est en effet ce qu’on observe lorsqu'on met dans le barboteur un liquide inactif. Que le gaz introduit contienne ou non des centres neutres, il ne présente en aucun cas une conductibilité à la sortie de l'appareil.
Remarque. — Nous avons vu que les ions provenant de la charge des centres neutres de barbotage, par les radiations ionisantes, présentent les mêmes mobilités que les ions de barbotage eux-mêmes, mobilités mal définies, dont quelques-unes parmi les plus grandes se rapprochent de celles des petits ions.
Cette remarque soulève une question intéressante, quant à l’action ionisante exercée par le radium et les rayons de Rôntgen sur l’air ordinaire. On sait que le nombre des petits ions produits est toujours très faible par rapport au nombre des molécules d’air rencontrées par la perturbation (surface de l’onde solitaire dans le cas des rayons de Rôüntigen). Ce fait pourrait s'expliquer par une granulation de l’air, antérieure à l'action ionisante; celle-ci porterait alors sur les granules et non sur les molécules. Mais l’ensemble des recherches sur les petits ions est peu en accord avec cette hypothèse. Nous avons cherché à voir si l'air soumis aux actions qui Le débarrassent le mieux des centres neutres (filtration, chauffage, etc.) devient moins apte à l’ionisation par le radium. Nous n'avons constaté aucun effet de ce genre. Rappelons cependant que, dans ses recherches sur la condension des vapeurs dans les gaz, M. Barus a été amené à admettre la formation spontanée et presque immédiate de nouveaux centres de condensation dans l'air qui en avait été primitivement débar-
rassé.