‹ Recherches sur les centres nerveux (volume 2)Chapitre 26 sur 29 · II. F. îf. F · texte numérisé non relu

II. F. îf. F

Janvier 21 10 16 5

Février 28 12 25 13

Mars 25 8 30 16

Avril.. 30 13 21 11

Mai 34 14 12 2

Juin 30 8 13 7

Juillet 23 6 21 8

Août 26 5 17 9

Septembre 38 12 13 2

Octobres 31 8 7 3

Novembre 18 5 19 9

Décembre 19 8 18 5

Au milieu des troubles auxquels la ville de Paris a été soumise, on négligeait la séquestration des paralytiques : leur délire, Tactivité désordonnée de leur existence, cette disposition morbide qui les pousse à réclamer des changements, à rechercher ce qu'ils croient être le bonheur de l'humanité, tout en un mot les excitait à prendre part aux événements qui s'accomplissaient sous leurs yeux. Du reste, ils apportaient à Tinsurrection des éléments appréciés : une confiance absolue en leurs facultés, la fertilité de leurs projets incohérents, leur inconscience du danger. Parmi ces hommes dont la valeur a été vantée par les journaux du moment, plus d'un, certainement, était atteint de paralysie générale; le récit de leurs actes téméraires rappelle plutôt l'imprévoyance du malade que le courage du soldat.

Les entrées des paralytiques diminuent après mars 1871 ;

beaucoup d'entre eux sont tombés pendant les trois mois de combat et les derniers jours de la lutte, victimes des circonstances au milieu desquelles leur délire s'est développé ; quelques-uns ont été enfermés dans les prisons ou conduits sur les pontons : car parmi les paralytiques entrés depuis, certains avaient subi un emprisonnement plus ou moins long pour participation à la guerre civile.

Vers la fin de 1871, on commence à voir se relever de nouveau le chiffre qui indique les entrées des paralytiques. Du reste ce que nous mentionnons n'est pas spécial à notre époque : on verra toujours des événements du même genre produire des conséquences analogues.

Au moment de la guerre contre les Allemands, beaucoup de paralytiques dirigeaient de ce côté leurs conceptions délirantes : aux idées de richesse, aux projets de réforme sociale avaient succédé des plans de campagne, des inventions d'engins meurtriers ou de fortifications indestructibles : ils vont couvrir la France de forteresses, fondre des canons à portée extraordinaire, entourer Paris de remparts inabordables. L'un d'eux croit avoir trouvé un système de ballons dirigeables; qui doivent emporter des machines explosibles, destinées à anéantir d*un seul coup toutes les armées allemandes : hommes, femmes ont la volonté de détruire l'ennemi de la patrie ; ils présentent leurs découvertes à l'hôtel du gouverneur et aux différents ministères, qui les renvoient à l'asile ; ils imaginent des moyens assurés de faire pénétrer dans la ville des approvisionnements abondants, ou encore de convertir en aliments succulents les substances les plus rebelles à la digestion. Du reste il était naturel que parmi cette catégorie d'aliénés on en vît beaucoup participer aux préoccupations du moment, tant que toute activité cérébrale ne se trouvait pas abolie chez eux. D'autres se croient choisis par Dieu pour apaiser sa colère ; dans leur élan généreux, ils veulent donner leur vie pour le salut commun.

L''âge des paralytiques se répartit ainsi :

20 à 30 ans.

Le plus grand nombre des paralytiques étaient âgés de 30 à 40 ans.

Dans quelques cas, outre les symptômes de paralysie générale, il existait de Tataxie locomotrice ou bien encore des paralysies partielles, plus ou moins durables.

Très- exceptionnellement on a noté dans les antécédents de quelques paralytiques la syphilis ou des accidents saturnins.

A Paris, des paralytiques sont assez fréquemment séquestrés à la suite de vols, de délits de diverse nature : Tun d'eux employé dans une maison de commerce a, durant plusieurs années, écrit aux clients pour rectifier les prix exigés par ses patrons, dont les prétentions dépassaient, d'après lui, la limite des gains autorisés par la morale. Un autre veut ouvrir le ventre de sa femme pour la purifier et la rendre digne ainsi que lui du bonheur éternel.

On voit par là à quels actes un paralytique est quelquefois conduit sous Tinfluence de son délire.

L'alcoolisme peut compliquer la paralysie générale et masquer plus ou moins les symptômes de cette maladie.

1870. Paralysie générale avec alcoolisme. 18 h. 5 f.

Démence.

Sous l'expression démence sont groupés tous les faits qui mt pour caractère commun un affaiblissement plus ou tioins marqué des facultés intellectuelles et de la mémoire ;

cet état s'accompagne assez souvent de troubles de la mo-

tîlité.

Avec la plupart des auteurs nous diviserons la démence en démence simple, démence avec paralysie partielle, démence sénile.

La démence simple comprend tous les cas de démence consécutifs aux vésanies, et quelques autres dont l'étiologie n'est pas toujours facile à établir.

La démence avec paralysie partielle est celle qui suit le ramollissement ou Thémorrhagie cérébrale^ les tumeurs, et certaines lésions à foyer circonscrit.

Dans la démence sénile, la démence n'est pas toujours en rapport avec l'âge : un certain nombre d'hommes, parfois les membres d'une même famille, ont la rare aptitude de parvenir à un âge avancé sans donner des signes d'un affaiblissement notable de leurs facultés.

Des altérations observées dans la démence ont montré la relation qui existe entre l'affaiblissement des facultés et le développement de la dégénérescence graisseuse de la tunique des artérioles du cerveau et des cellules nerveuses : du reste les différents tissus de l'économie sont progressivement envahis de la même façon, et l'on a signalé chez diverses espèces animales des lésions identiques, se développant avec les progrès de l'âge.

Il est entré pour démence :

1870. 225 hommes. 219 femmes.

Divisant les cas de démence suivant la forme, on a :

1870. 15.41 pour les hommes. 20.61 pour les femmes.

1871. 19.41 — — 23.27 — — Démence simple 1870. 29 hommes. 18 femmes.

Démence sénile 1870. 96 ■— 125 —

Démence avec paralysie partielle 1870. 100 — 76 —

Dans les premiers mois qui ont suivi l'insurrection, un certain nombre de vieillards se trouvaient dans Tindigence, incapables de subvenir à leurs besoins, sans famille pour veiller sur eux.

Ils étaient donc exposés à troubler l'ordre des rues, à mettre en danger la sécurité des personnes au milieu desquelles ils vivaient. Des considérations de ce genre provoquent habituellement l'admission de cette catégorie de malades : leur séquestration reste soumise à des influences particulières qu'il est toujours facile de restreindre ou de développer suivant les circonstances.

La démence s'accompagnait parfois de troubles de la motililé :

Démence avec hémiplégie droite. | . „'

Démence avec hémiplégie droite ( 1870.

et aphasie. f 1871.

( 1870 Démence avec hémiplégie gauche» J ion/

Démence avec hémiplégie gauche et aphasie 1870. » 1

Les déments peuvent présenter de l'excitation maniaque, qui s'accroît souvent la nuit, ou bien encore des conceptions délirantes variables dans leur manifestation, mais ayant un caractère commun, l'incohérence; des idées de persécution, des idées mélancoliques, des idées hypochondriaques, plus rarement du délire ambitieux :

Démence avec excitation ma- C 1870, 26 h. 20 f,

niaque. ( 1871.

Démence avec délire mélanco- ( 1870,

lique. ( 1871,

Démence avec délire de pcrsécu- { 1870.

cution. ( 1871.

Démence avec délire hypochondriaque. . .

Démence avec délire ambitieux 14 3

Los déments, comme tous les autres aliénés, se livrent à des excès de boisson. Il est entré dans ces conditions ;

Démence avec alcoolisme J .g-. ^^^ ^

Par suite de la misère, de Tabandon, des déments ^so livrent, sous des prétextes en apparence assez légers, à d os tentatives de suicide; dans Taccomplissement de leur ac^te se retrouvent le plus habituellement les signes de leur déchéance intellectuelle :

iicicie. \ .

Démence avec tentative de suicide. 5 îo-j/ o a a

EpUepsJe.

Réunissant ensemble les malades atteints d'épilepsie, d'idiotie, d'hystérie, de chorée, on obtient la proportion suivante par rapport au chiffre total des entrées :

1870. il. 78 pour les hommes, 14,73 pour les femmes.

Comme une indication aussi générale ne donne pas une idée suffisante de cette catégorie d'aliénés, il est nécessaire de les séparer en précisant chaque forme :

Idiots. Imbéciles.... ] .-^,

f 18 il. 84 51

Hystériques ...|i8^i. „ ^

^^^^^'^^^^ jl871. 1 1

Reproduire les entrées par mois de ces malades -serait peu intéressant; il suffira de faire remarquer que, vers la fin de 1870 et le commencement de 4871, dans le but de réserver des places pour les autres aliénés, on dut restreindre les admissions des épileptiques et des idiots aux cas seulement les plus urgents ; au moment de la Commune, ces mêmes malades furent laissés en liberté plus qu'on ne le fait en

temps ordinaire. A la fin de 1871, sur la demande de leurs familles, un certain nombre d'épilep tiques et d'idiots, transférés en province au moment de l'investissement, sont ramenés à Paris : ces translations ne peuvent être considérées comme des admissions nouvelles ; elles viennent accroître en apparence le chiffre des entrées. Le seul mois de décembre 1871 fournit 8 épileptiques hommes et 5 femmes qui se trouvaient dans cette situation.

Les épileptiques reçus dans les asiles sont atteints de troubles de Tintelligence assez variés : stupeur, état maniaque, délire mélancolique, idiotie, démence.

Epilepsie avec manie ] jiq^a a q

Épilepsio avec mélancolie 1 io-ii ' 4

Epilepsie avec idiotie ou imbécil- C 1870. 34 17

lité. I 1871. 29 14

Epilepsie avec démence ] .anà n a

L'hystérie a été associée à Tépilepsie chez quelques femmes.

Il est certains accidents plus ou moins fréquents chez les épileptiques, pour lesquels on peut réunir les deux années : ainsi des troubles de la motilité caractérisés par Thémiplégie, qui s'accompagnait parfois de contracture, phénomène permanent consécutif à des altérations secondaires du cer* veau et de la moelle, ont été observés chez 8 hommes et 7 femmes.

Vouloir énumérer tous les cas d'impulsion au suicide ou à rhomicide chez les épileptiques, il n'y faut pas songer: le plus souvent le malade n'en conserve pas le souvenir ; on a dû seulement mentionner le cas où l'impulsion instinctive s'est traduite par un commencement d'exécution.

Epilepsie avec tentative do suicide. 1870-1871. 7 h. 2 f.

Deux hommes et une femme avaient manifesté des impulsions à l'homicide.

âOO STATISTIOUE DES ALIENES DE LA SEINE.

Cette femme épileplique avait failli mettre le feu à la maison qu'elle habitait : arrêtée demi-nue sur la voie publique, on l'enferma avec une compagne qu'elle eût étranglée, si Ton n'était venu porter secours à temps.

L'épilepsie guérissant rarement, c'est d'ordinaire à la suite d'améliorations que les malades quittent les asiles : les sorties pour eux sont moins fréquentes que pour les autres aliénés.

2« entrée

Plusieurs entrées. . .

Des épileptiques ont offert au moment de leur entrée des accidents alcooliques très-marqués :

1870. 5 hommes. 1 femme.

Les divers degrés d'arrêt de développement sont le plus habituellement désignés sous le nom d'idiotie, d'imbécillilé. de débihté mentale. Il est entré :

Imbéciles ] , „.

( 18il.

Faibles d'esprit \ !. '

( lo il ,

Les considérations présentées à propos des épileptiques s'appliquent aux idiots : à l'époque du siège, leur admission fut restreinte ; un petit nombre sont entrés pendant la Commune ; vers les derniers mois de l'année 1871 , certains parmi eux sont rappelés des asiles de province où ils avaient été dirigés, et réintégrés dans leurs anciens quartiers.

Les entrées par mois de ces trois catégories de malades frappés de faiblesse d'esprit donnent :

STATISTIQUE DES ALIÉNÉS DE LA SEINS. âOt

Janvier 8 7 16

Février 7 7 4 2

Mars 5 6 3 3

Avril 9 8 3 2

Mai 7 7 4 3

Juin 8 10 5 3

Juillet 7 11 14 .8

Août 8 8 13 8

Septembre 7 5 12 5

Octobre 8 3 9 6

Novembre 4 6 5 2

Décembre 3 3 11 9

Il se rencontre toute une catégorie de lésions plus ou moins fréquentes chez les idiots, pour lesquels il n'y a aucun inconvénient de réunir les deux années. L'hémiplégie, la paralysie partielle avec ou sans contracture s'est présentée chez 10 hommes et 6 femmes. La paralysie infantile, mieux désignée sous le nom de paraplégie, a été observée chez 3 garçons et 3 filles. Au moment où les individus atteints de paralysie infantile entrent dans les asiles, la période aiguë de la maladie a disparu depuis longtemps ; leur développement intellectuel varie beaucoup dans son étendue. Il est à noter que les difformités, résultat de la lésion médullaire, se sont définitivement constituées; comme elles n'empêchent pas ces infirmes de parcourir parfois une carrière assez longue, à moins qu'il ne soient enlevés par une affection accidentelle, il importe de ne pas laisser passer les occasions d'élucider les points obscurs de pathologie que soulève cette question.

MM. Roger et Damaschino, dans un travail récent, ont indiqué le début soudain de la maladie, la marche rapide des accidents paralytiques, une fièvre initiale, la généralisation de la paralysie aux quatre membres dans certains cas, et aussi le prompt développement de l'atrophie musculaire consécutive, phénomènes produits par une lésion de la moelle qu'on doit rapporter à la myélite.

La lésion de la moelle occupe dans la substance grise les cornes antérieures : son siège est en rapport avec celui de la paralysie et de Tàtrophie des membres ; le tissu spinal offre un ramollissement de couleur et de consistance variables, qui coexiste avec l'atrophie des cellules de cette substance. L'atrophie a son summum de développement au niveau des parties ramollies, mais on en retrouve les traces dans le reste de la moelle épiniére : il existe aussi dans les faisceaux antéro-Iatéraux de la sclérose diffuse.

Les intéressantes recherches de MM. Roger et Damaschino doivent être poursuivies, afin de faire connaître les modifications ultérieures que peut subir la lésion médullaire primitive, et consécutivement les altérations qui doivent se produire dans les différents tissus de l'économie. M. Gharcot a publié plusieurs faits de paraplégie remontant à l'enfance. C'est plus particulièrement dans les asiles que certains cas de paraplégie infantile se trouvent réunis.

Les idiots sont sujets à des troubles du côté des organes des sens : on a noté un certain nombre de fois la kératite ulcéreuse, le nystagmus, la rétinite pigmentaire ; la dureté de l'ouïe n'est pas rare. Une femme imbécile était sourdemuette.

Quelques enfants étaient en outre atteints de rachitisme, de scofules, de syphilis ancienne. Un garçon offrait tous les caractères des crétineux.

Beaucoup d'imbéciles montraient des instincts pervers, quelques-uns de la propension au vol, au suicide, à l'homicide.

Un garçon imbécile, rachitique, âgé de 25 ans, avait failli luer son père à coups de couteau. Plusieurs femmes imbéciles s'étaient livrées à des hommes pour obtenir quelque nourriture. Quelques-unes avaient été arrêtées à la suite d'actes contre la pudeur accomplis sur la voie publique.

Les faibles d'esprit sont sujets à des accès non motivés d'emportement; parfois re^cilation devient un accès

maniaque complet. D'autres ont offert du délire mélancolique; des idées de persécution, plus rarement des conceptions de nature ambitieuse.

xM • ^'U'^'i' i 1 ( ^870. 4 h. -4 f.

Manie avec débilite mentale ] ifn\ o g>

Mélancolie avec débilite mentale., ! .^„.' „ ^

Nous avons déjà eu Toccasion de signaler l'alcoolisme venant s'ajouter à titre de complication dans les différentes formes d'aliénation : les faibles d'esprit, enclins à suivre leurs mauvais instincts, prompts à se laisser séduire^ portés à imiter les actes qui s'accomplissent en leur [présence, devaient fournir des accidents alcooliques.

Débilite mentale avec alcoolisme. ! .o^., ja a

( 18il. 10 2

Il n'est pas toujours facile de retrouver tous les cas d'hérédité chez les épileptiques et les idiots : les familles cherchent le plus souvent à dissimuler, et dans la classe ouvrière, avant comme après le mariage, c'est là une question que l'on n'a pas l'habitude d'élucider. On vit à ce point de vue, le plus ordinairement, dans l'indifférence la plus absolue. On arrive cependant quelquefois à rassembler des renseignements très-nets ; pour les épileptiques et pour les idiots se trouvent notés, comme antécédents, chez le père : Talcoolisme, Tépilepsie, l'aliénation; chez la mère: l'épilepsie, ou parfois une simple susceptibilité nerveuse qui, sans être la folie, témoigne cependant des dispositions morbides très-évidentes ; chez des consanguins : l'épilepsie, l'aliénation. Dans un cas d'épilepsie, trois générations étaient frappées de la même infirmité : la grand'mère, la mère et la lille.

Pour certains de nos malades, le père ou la mère se trouvaient, au même nioment, traitée dans de$ asiles comme aliénés.

Hystérie ' .

Dans le cours de Thystérie se développent quelquefois des conceptions délirantes, ou même des accès maniaques qui obligent de recourir à la séquestration.

En 1870 22 femmes hystériques ont été reçues. 1871 8 — — -, —

L'hystérie s'accompagnait d'un état maniaque chez 20 malades ; 4 présentaient du délire mélancolique avec de l'excitation, 3 du délire ambitieux avec agitation ; une offrait un délire mystique : Dieu lui parlait^ lui avait confié une mission; elle avait vu du sang s'écouler du corps du christ devant lequel elle s'agenouillait chaque jour.

Quant à leur état civil : 3 étaient mariées ; 24 étaient filles.

La condition sociale variait beaucoup : il y avait une religieuse, des domestiques, des ouvrières, trois filles publiques ; tout autant de malades suivant une hygiène très-différente.

5 avaient déjà été traitées une fois dans un asile.

Ô comptaient plusieurs entrées.

L'âge est ainsi réparti :

De 10 à -20 5

5 de ces hystériques avaient cherché à se suicider, répétant même plusieurs fois leur tentative ; une d'elles s'était efforcée à diverses reprises d'attirer l'attention dans l'accomplissement de l'acte lui-même, s'ingéniant en même temps par des manœuvres frauduleuses à compromettre les personnes les plus honorables. Quelques-unes étaient prévenues de vol.

Chorôe.

En 1870. 2 hommes. 2 femmes.

En 1871. 1 — 1 —

ont été reçus pour délire avec chorée.

Le premier malade, garçon de 9 ans, présentait outre la chorée des accidents alcooliques, du délire, de Tagitation, des hallucinations pénibles : des voisins avaient trouvé fort plaisant de le faire enivrer.

Le deuxième, jeune homme de 20 ans, garde mobile, d'une intelligence bornée, avait été exposé au froid : il offrait du délire avec de l'excitation maniaque.

Chez le troisième, âgé de 43 ans, la chorée s'accompagnait d'une agitation très-violento.

Des trois femmes, l'une couturière, 24 ans, très-faible d'intelligence, avait des idées mélancoliques avec impulsion au suicide et des périodes d'excitation. |

L'autre, âgée de 40 ans, se trouvait dans un état maniaque très-marqué.

La dernière, veuve, 72 ans, en démence, très-excitée, avait de plus des idées de persécution et des hallucinations.

Alcoolisme.

A ce titre il est entré :

1870. 377 hommes. 64 femmes.

La proportion pour cent donne :

1870. 25.82 pour les hommes 6.04 pour les femmes.

Les deux années, prises dans leur ensemble, n'offrent pas une différence bien sensible : la proportion reste à peu près la même pour les hommes; en 4871, le nombre des femmes alcooliques est un peu moindre.

Un examen approfondi de la question fournit des renseignements qui auraient pu échapper ; il suffit de comparer les entrées des alcooliques pendant les deux années, en indiquant les mois et les formes, c'est-à-dire en séparant les malades suivant qu'ils étaient atteints :

D'alcoolisme aigu (delirium iremens) ;

D'alcoolisme subaîgu (délire alcoolique) ;

D'olcoolisme chronique.

Alcoolisme aigu..

Alcoolisme subaigu

■ ( 1811. Ai

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Entries par rooit et par forme d'alcoolisme.

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DécDmljri:

La statistique lue à l'Académie de médecine, sur les alcooliques entrés au bureau d'admission pendant les mois

de mars, avril, mai, juin 1870, et les mois correspondants de 1871, renferme les indications suivantes :

Dans le tableau comparatif de 1870-1871 , on voit pour les entrées des alcooliques en mars 1871, le fait assez inattendu d'une proportion inférieure à celle de mars 1870; les ivrognes étaient nombreux à cette époque, mais il est probable <qiie dans les premiers jours, au milieu du désordre général ciont s'accompagna Tinsurrection, les gardes nationaux alcooliques n'étaient pas séquestrés. Le mois d'avril, dans les deux années, n'offre qu'une faible différence en faveur encore de 1870; mais le mois de mai, héritant des excès accumulés dans les mois précédents, porte subitement en "1871 la proportion à 48 0/0, tandis que le mois correspondant de 1870 donne 26,92 0/0. Le mois de juin 1871, malgré la disparition d'un grand nombre de buveurs, fournit encore la proportion de 29,88 0/0, sensiblement plus élevée qu'en 1870.

Mais ce n'est pas seulement par leur nombre que les malades alcooliques de 1871 se distinguent de ceux de 1870, c'est aussi par le caractère plus aigu de leur intoxication ; les cas de delirium tremens, en effet, s'élèvent à 15 pourlo seul mois de mai 1871, nombre plus considérable que pour les mois de mars, avril, mai, juin réunis de 1870, qui n'ont donné que 14 cas de delirium tremens.

En dehors des alcooliques simples, il entre un certain nombre de malades atteints d'affections mentales diverses, et chez lesquels on voit, à titre de complications, des accidents alcooliques plus ou moins intenses. Ces aliénés avec complication d'alcoolisme, peu nombreux habituellement, ont atteint une proportion plus forte pendant les mois de mars, avril, mai, juin 1871 ; parmi eux les paralytiques généraux surtout doivent être remarqués. On trouve en mars, avril, mai, juin 1871, 16 paralytiques généraux avec accidents alcooliques, tandis que les mois correspondants de 1870

ne donnent que 4 cas. Les mois de juin fournissent un seul cas en 1870, et un seul cas en 1871.

En tenant compte des paralytiques généraux avec compliplication d'alcoolisme, pour le mois de mai 1871, on arrive à la proportion vraiment effrayante de 55,69 0/0 sur le nombre des entrées ; l'alcoolisme dans ce fatal mois de mai a donc ouvert la porte des asiles à plus de la moitié des aliénés.

L'alcoolisme s'observe chez l'homme surtout dans la période moyenne de la vie, comprise entre 20 et 60 ans.

DeJO à 20 ans.

fiO à 70

La forme mentale la plus fréquente a été sans contredit Tétat maniaque ; l'excitation présentait une intensité variable, ayant parfois les caractères de l'agitation la plus violente, comme dans les cas de delirium tremens. Durant la guerre ou la Commune, le plus ordinairement les conceptions délirantes étaient relatives à ces événements : des gardes nationaux s'imaginaient reconnaître dans les soldats de l'armée régulière les agents de police qui avaient fait auparavant le service de leurs quartiers respectifs, et pour quelquesuns ceux-là mêmes qui avaient eu occasion de les conduire au poste à la suite de tapage ou de délit sur la voie publique.

Un de ces gardes nationaux, appelé malgré lui à un commandement important, est pris de delirium tremens : dans son trouble mental, au risque de se briser la tète et les membres, il va arracher le drapeau rouge placé sur le fort qu'il doit défendre, et s'emporte violemment contre ses hommes qui

ont osé changer les couleurs nationales ; déclaré fou par ses compagnons d'armes, sur ce témoignage accablant, on lui fait signer Tordre de sa propre séquestration. Le délire mélancolique, les idées de persécution ne sont pas rares chez les alcooliques; sans prétendre avoir cité tous les faits dans lesquels souvent des hallucinations ont provoqué des idées délirantes de cette nature, il y a lieu d'indiquer les cas les plus nets qui appartiennent à cette variété :

Délire mélancolique avec idées de ( 1870. 45 h. 7 f. persécution. / 1871. 80 15

Les alcooliques avec délire ambitieux sont très-peu nombreux.

Certains alcooliques font usage de Tabsinthe ; des attaques épilep tiques peuvent en être la conséquence :

Alcoolisme aigu, absinthe avec attaques épileptiques 1870. 13 h. if.

Délire alcoolique, absinthe avec ( 1870.

attaques épileptiques. ( 1871.

Alcoolisme chronique, absinthe ( 1870.

avec attaques épileptiques. ( 1871.

Les buveurs d'absinthe ont été moins nombreux durant la Commune, qui distribuait surtout de l'eau-de-vie.

Les accidents convulsifs, désignés ordinairement sous le ^om de convulsions épileptiformes, se rencontrent dans les diverses formes d'alcoolisme :

Convulsions C 1870. 125 hommes. femmes.,

épileptiformes. ( 1871. 15 — 2 —

Les alcooliques retombent facilement dans leurs habitudes pernicieuses ; de nouveaux excès les ramènent sou- >^ent dans les asiles, quelques-uns dans le cours de la même année: .

1870. 51 hommes. 9 femmes.

Plus de 5 entrées . . . J . «-. * vt 21 \ H

Sous rexpressîon : délire impulsif, se trouvent compris tous les actes qui sont le résultat, non pas d'une conception fausse, d'une hallucination ou d'une illusion, mais bien d'un mouvement irrésistible , s imposant à l'aliéné et le conduisant directement à l'homicide ou au suicide. L'alcoo- Hque qui, sous l'influence d'une hallucination, commet un acte de violence, frappe et tue un passant ou une personne de son entourage, pour se défendre contre des ennemis imaginaires, n'obéit pas à une impulsion homicide; celui qui se jette par la fenêtre, voulant prendre la porte ; celui qui se précipite dans l'eau, croyant échapper à une bande d'assassins; cet autre qui, dans la même situation d'esprit, tombe par accident sous les roues d'une voiture , ne se trouvent pas davantage sous une impulsion au suicide :

Impulsions au suicide ( 1870. 28 hommes. 9 femmes.

et tentatives. ( 1871. 24 — lo —

Impulsions de nature ho- ( 1870. 4 — » —

micide avec tentatives ( 1871. 3 — 1 —

Des délits de divers genres, des actes d'une brutalité parfois sauvage, accomplis même sur des membres de leurs familles, avaient motivé la séquestration d'un certain nombre d'alcooliques.

Deux alcooliques seulement ont présenté de Térythème pellagroïde : à ce sujet, il est utile de remarquer combien dans les asiles de la Seine les cas de pellagre sont exceptionnels, grâce au régime alimentaire maintenu jusqu'ici par l'administration.

Il se rencontre un certain nombre d'aUénés qu'il est parfois difficile de faire entrer dans les classifications ac-

ceptées: si parmi eux la plupart peuvent être rattachés à une forme définie, au délire partiel ou général, il en est cependant quelques-uns qui paraissent s'écarter des genres les plus habituellement admis ; c'est ce qui arrive pour quelques cas de délire partiel durant certaines périodes de leur évolution ; frappé de ces obscurités, un clinicien trèsexpérimenté, M. Falret père, s'est attaché à décrire en termes fort précis cette forme mentale ; c'est à bon droit qu'il a pu dire: « Indépendamment de cette multiplicité de délires qu'un examen attentif fait connaître chez tous les aliénés partiels, il existe chez eux également un état général que nous appelons le fond de la maladie, qui devient plus saillant dans certains moments, dans de véritables paroxysmes, mais dont plusieurs caractères persistent dans Tétat habituel, et même pendant les rémissions notables. On n'a pas assez remarqué chez les aliénés partiels ces paroxysmes qui se renouvellent beaucoup plus fréquemment qu'on ne croit, et pendant lesquels la confusion et le trouble peuvent arriver à un degré voisin de l'aliénation générale, et cette lacune dans l'observation est une des causes qui contribuent le plus à fortifier la croyance à la monomanie. »

Pour quelques malades dont le délire était systématisé depuis des années, circonscrit en apparence à un petit nombre d'idées, qui semblaient capables de raisonner sur quelques points étrangers à leurs conceptions délirantes habituelles, le spectacle des événements accomplis sous leurs yeux n'a pas eu pendant longtemps sa signification véritable. A cette classe appartenait un jeune homme, prédisposé à la folie, d'une instruction distinguée, atteint de délire de persécution : malgré les actes nombreux qui frappaient sa vue, il n'a pas voulu croire à la réalité du siège de Paris par les Prussiens , ni au régime de la Commune : cette longue série de luttes a été seulement pour lui une comédie jouée par ses ennemis : les acteurs de ces deux guerres étaient des sergents de ville déguisés en Prussiens, en soldats, en

gardes nationaux; le canon tonnait pour faire du bruit; les obus tuaient des individus ou effondraient des maisons pour mieux tromper; parfois on voyait tomber dans les deux, camps des victimes innocentes sacrifiées dans le but d'abuser Topinion publique ou d'assouvir la haine des agents de la police. Sous la pression de ses persécuteurs à lui, Paris avait assisté à tous ces massacres. M. Achille Foville a présenté à la Société médico-psychologique des observations analogues; très-intéressantes et fort probantes. Il faudrait cependant se garder de vouloir trop généraliser. En opposition à des cas de ce genre, d'autres malades également atteints de délire partiel s'associaient aux sentiments généreux du pays et dirigeaient même de ce côté leurs conceptions déUrantes : souvent, les femmes, elles aussi, partageaient les mêmes préoccupations. Il s'en est trouvé quelques-unes, appartenant à la classe ouvrière, sans grande instruction, d'une intelligence ordinaire, qui se croyaient appelées à renouveler le rôle de Jeanne d'Arc : « Dieu leur avait imposé la tâche de sauver le pays ; » et elles acceptaient avec résignation tout ce qui leur arrivait comme des épreuves destinées à mettre en évidence les caractères providentiels de leur mission, fortifiée par des hallucinations.

Il y avait parfois dans leurs paroles, dans les expressions, un caractère de sincérité si confiante qu'elles auraient pu à une autre époque attirer l'attention de la foule.

Manie puerpuérale.

En IS'ÎO 10 femmes.

En 1871 19 —

sont entrées pour délire lié à Fétat puerpuéraL . Presque toutes avaient de 20 à 40 ans ; quant à leur état civil, on compte autant de femmes mariées que de filles ; si pour quelques-unes l'avenir de leur enfant, l'abandon dans

lequel elles étaient plongées avaient pu, avoir une influence notable dans le développement du délire, les autres n'éprouvaient aucun sentiment de ce genre ; leur situation était parfaitement régulière et assurée matériellement.

Le délire était le plus généralement consécutif à l'accouchement, qui datait de plusieurs jours ou de plusieurs semaines ; quelques-unes étaient enceintes.

Le plus souvent on a observé de l'excitation allant parfois Jusqu'à l'agitation la plus violente; à cet état venaient parfois s ajouter de la mélancolie, des idées de suicide, du délire de persécution, très-exceptionnellement du délire ambitieux.

L'enfant que deux d'entre elles portaient dans leur sein devait sauver la France : Dieu le leur avait annoncé ; ces femmes n'étaient point paralytiques.

Le plus grand nombre étaient à leur 1*'' accouchement, quelques-unes offraient des particularités à signaler :

La première était convalescente d'une variole, quand elle accoucha d'un fœtus, mort à 6 mois; elle avait du délire de persécution et des idées ambitieuses; deux accouchements antérieurs n'avaient pas été suivis de délire.

La seconde avait eu six grossesses sans accident ; à la 7% le délire éclate 9 jours après l'accouchement, elle a une attaque apoplectique avec faiblesse du côté droit ; à l'âge de 14 ans, elle avait de la faiblesse musculaire passagère, du même côté.

La troisième comptait 7 accouchements, et quatre fois des accès maniaques avaient suivi la parturition.

La quatrième prend de la manie à la suite de sa première couche, rien à la seconde, un accès à la troisième.

La cinquième avait eu trois accouchements prématurés, elle est frappée de délire maniaque à sa 10^ couche, et meurt d'un phlegmon de l'épaule.

La sixième est prise de mélancolie dans le cours de sa deuxième grossesse, elle jette sa fille aînée par la fenêtre,

s'y précipite après, avorte et sort au bout de quelques semaines dans un état d'amélioration très-marquée.

Délire symptomatique.

Il est quelques malades chez lesquels le délire a existé seulement à titre de complication, subissant dans son évolution les modifications imposées par Taffection principale; cette catégorie de malades ne doit pas être considérée comme ayant été atteinte d'aliénation:

1870 12 hommes. 3 femmes.

Les maladies sous Finfluence desquelles avait éclaté le délire étaient très- variables.

Délire avec fièvre ty- ( phoïde. (

hommes.

â femmes.

Délire avec pneumo- ( nie. (

Délire avec variole..

Délire avec scarlatine

Délire avec angine . .

Délire avec méningite )

cérébro-spinale de >

nature tuberculeuse ;

Contrairement au préjugé si répandu dans le monde, d'après lequel on voudrait soumettre les aliénés à un régime analogue à . celui des gens sains d'esprit, sous prétexte que dans la folie l'esprit seul est troublé sans que le corps soit atteint, les médecins ont toujours fait valoir Timporlance d'une alimentation réparatrice dans le traitement des différentes formes de vésanies, soit pour hâter la guérison, soit pour diminuer les chances de mortalité.

Sous la pression des événements et par suite des malheurs qui accablaient le pays, on a été amené deux fois en moins d'un siècle à réduire considérablement, pendant des mois, l'alimentation dans les asiles de la Seine, et Ton n'a pas

STATISTIQUE DES ALIENES DE Ul SEIXB. 215

tardé à voir le chiffre des morts s'élever dans une proportion effrayante.

Il suffît de citer ce résultat immédiat, sans vouloir parler d'autres conséquences plus ou moins éloignées, comme l'ac* croissement de la durée de la maladie, ou le passage de Tétai aigu à Tétat chronique.

Pinel a appelé d'une manière très-frappante l'attention sur ce point d'hygiène ; il paraîtra certainement opportun cle rapprocher ce qu'il a vu à son époque de l'observation contemporaine. Il s'est exprimé en ces termes : c Une expérience comparative, suite des événements de la Révolution, ji'a-t-elle pas constaté, dans l'hospice des aliénés de Bicètre, c[ue le défaut de nourriture n'est propre qu'à exaspérer et à prolonger la manie, lorsqu'il n'est pas funeste ?

€ Avant la Révolution, la ration ordinaire du pain pour chaque aliéné dans l'hospice de Bicétre était seulement

d'une Kvre et demie ; la distribution en était faite le matin, ou plutôt elle était dévorée à l'instant, et une partie du jour se passait dans une sorte de délire famélique. En 1792, cette ration fut portée à deux livres^ et la distribution en était faite le matin, à midi et le soir, avec un potage préparé avec soin. C'est sans doute la cause de la différence de mortalité cju'on remarque en faisant un relevé exact des registres. Sur 110 aliénés reçus dans Thospice en 1874, il en mourut 57, c'est-à-dire plus de la moitié. Le rapport fut de 93 à 151 en 1788. Au contraire, durant l'an ii et Tan m de Fère républicaine, il n'est mort que le huitième du nombre total. »

Et plus loin : c II suffit de rappeler aux amis de. Tordre quelques faits dont j'ai été le témoin oculaire, et dont le souvenir ne peut être que douloureux pour l'homme le moins sensible. C'est en calculant sagement les besoins des aliénés que la ration journalière du pain de ceux de Bicètre

t portée à un kilogramme sous l'Assemblée constituante,

»aîs vu pendant deux années les avantages de cette

n salutaire. Je cessai d'être médecin de cet hospice ;

mais dans .une de ces visites de bienveillance que je rendais de temps en temps aux aliénés (4 brumaire an iv.), j'appris que la ration du pain avait été réduite à 7 hectogrammes et demi, et je vis plusieurs des anciens convalescents retombés dans un état de fureur maniaque, en s'écriant qu'on les faisait mourir de faim. Les progrés délétères de la disette furent encore bien plus marqués dans la suite, puisque la ration du pain fut successivement réduite à environ 5, 4, 3 et même 2 hectogrammes, en y ajoutant un léger supplément de biscuit, souvent très-défectueux. L'effet fut tel qu'on devait s'y attendre, et il a été constaté que pendant deux mois seulement (pluviôse et ventôse an iv) le nombre total des morts dans l'hospice des aliénés a été de 29, tandis que celui de Tan n en entier n'avait été que de 27. Résultat analogue , mais encore plus prompt et plus déplorable pour les aliénées de la Salpêtrière, puisque dans le cours de brumaire de Tan iv, la mortalité fut de 56 par la fréquence extrême des flux de ventre coUiquatifs et des dysenteries. » Des documents recueillis en Angleterre ne font que confirmer le jugement formulé par le clinicien français. On lit dans Marcé : « Le médecin de rétablissement des quakers, près d'York, le docteur Thurnam, a fait ressortir dans ses tables statistiques l'influence qu'exercent les aliments trop peu nutritifs sur la longévité des aliénés. Il a pris pour point de départ une série d'établissements et les a groupés en deux catégories : dans l'une il a rangé ceux où le régime était convenable, dans Tautre il a compris ceux qui laissaient à désirer sous le rapport des aliments. Or, voici les résultats curieux auxquels il est parvenu. Il a constaté que là où les malades étaient bien nourris, on obtenait 43.70 guérisons sur 100 malades, tandis que dans les autres établissements la proportion n'était que de 37.75. Quant aux premiers, la mortalité était de 9,35 pour 100; pour les seconds elle s'élevait à 14,54 pour 100. Le docteur Conolly rapporte qu'à Hanwell on est arrivé au résultat qui confirme

les calculs de M. Thurnam : la quantité de nourriture ayant été augmentée, les sorties, qui n'étaient que de 22 avant cette amélioration du régime, ont atteint le chiffre de 28, et la mortalité, qui était de 11.69, est descendue à 8.56 \ »

Pour combattre la diarrhée, le scorbut, maladies fréquentes dans certains asiles, il suffit d'améliorer le régime, de donner de la viande, d'augmenter la ration de vin. Les A.nnales médico-psycholoffiques contiennent de nombreux mémoires qui démontrent l'accord des médecins sur cette question.

Non-seulement les aliénés sont soumis à toutes les influences pathogéniques qui agissent sur l'homme en santé, mais pour eux les causes de mortalité augmentent. C'est ce qu'on reconnaîtra facilement, si l'on étudie ce qui s'est passé durant le siège et les premiers mois qui ont suivi, au point de vue du chiffre de décès.

A un moment la nourriture était insuffisante, la viande manquait, les légumes secs et le riz, formant la base des distributions quotidiennes, n'étaient même plus relevés par un assaisonnement indispensable; le pain lui-même fut réduit à une pâte noire et grossière ou prédominaient les déchets du froment; toutes ces causes réunies ne tardèrent pas à amener des troubles digestifs, dont la terminaison était rapidement fatale. A partir du mois de novembre 1870, la mortalité s'accroît d'une manière très-sensible : les mois de décembre 1870 et janvier 1871 fournissent des chiffres très-élevés ; elle se maintient assez haut les mois suivants ; l'abaissement définitif se prononce seulement en août 1871. Il est intéressant de placer en regard du chiffre des entrées celui des décès, pour chaque mois, dans un tableau comparatif :

» Marco, Traité ilea maladies meut al es , p. lUr»,

âi8

Tableau comparatif des entrées et des décès par mois,

HOMMES

FEMMES

Entrées. Décès. Entrées. Décès.

Janvier 121

Février 112

Mars 108

Avril 137

Mai 130

Juin 150

Juillet 112

Août 115

Septembre 158

Octobre 124

Novembre 90

Décembre 103

HOMMES

FEMMES

Entrées.

Décès.

Entrées.

Décès.

En 1870, deux hommes et une femme étaient décédés quand on les a descendus de la voiture qui les conduisait.

En 1870. 5 hommes,

En 1871. 6 — 1 femme,

entrés agonisants, ont succombé peu d'heures après leur arrivée.

1870. 16 hommes, 3 femmes,

sont morts dans les 24 heures qui ont suivi leur admission. Comme un nombre considérable d'aliénés avaient été transférés en province, et que d'autres à un moment donné avaient été rendus à leurs familles, il en est résulté- que c'est parmi les nouveaux admis que la mort a fait des victimes:

Entrés depuis

à 20 jours.

20 à 30 — 1 mois

an

ans

ans

Le plus grand nombre des décès porte sur des malades qui étaient à l'asile depuis un mois au plus:

Décès 226 h. 108 f. 246 h. 194 f.

Entres depuis un mois . 170 80 153 121

La proportion des décès, parmi les malades récemment entrés, est plus particulièrement élevée durant les derniers mois du siège et les mois qui ont suivi immédiatement.

Beaucoup d'aliénés se trouvaient dans un état cachectique avancé au moment de leur admission : par suite des événements, de leur délire quelquefois, leur alimentation était depuis longtemps insuffisante; aussi les voyait-on succomber rapidement, avant que le changement de régime etle traitement eussent pu amener aucun changement dans leur

situation ; d'ailleurs, il ne faut pas ToubUer, c'est parmi les mélancoliques, les paralytiques, les déments que la mort a frappé, c'est-à-dire parmi les aliénés dont la résistance physique est diminuée et qui se trouvent sans défense contre les causes extérieures débilitantes qui viennent s'ajouter à leur affection mentale.

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