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Recherches sur les couleurs des végétaux

On sail qae le règne végétal ne nous offre qye trois couleurs simples, le bleu , le juuoe el le rouge, et qu avec ces Irois couleurs la iiaLure el l'art produisent toutes les autres, qui ne sont ainsi que des couleurs ii)ixles ou composées, ibrmées par rassociatioo des couleurs simples susdites, réunies géuéralement deux h deux. La matière colorante verte, si répandue dans le règne végétal, et propre à toutes les parties herbacées, n*est pas une couleur simple, puisque le prisme la décompose en bleu et en jaune. On est, d'après cela, tenlé de se demander si la ciiloropli}lie verte, au lieu de former une matière colorante primitive ou delioie. De constituerait pas plutôt une matière complexe, et ne serait pas formée de deux principes colorants distincts, Tun bleu, Fautre jaune, qui, par leur mélange, constitueraient le vert. Cette idée est d'autant moins irrationnelle, que le bleu et le jaune sont les couleurs fondamentales des fleurs, et que c'est de ces principes colorants que dérivent toutes les autres couleurs des parties pétaloides. Ainsi le bleu passe au rouge par l'action des acides, el du mélange de ce bleu avec le rouge, en proportion variable, résulte toute une série de nuances ou de couleurs, que les botanistes ont désignée, avec De Candolle, sous le nom de cyaniqvê. Nous pouvons reproduire cette série artificiellement, en ajoutant à la matière colorante bleue ordinaire des fleurs un acide faible en quantité d'obord minime, puis en augmentant progressivement la proportion

de Tacide jus(]U a ce que louie la matière bleue soii passée au rouge. Nous pouvons (le même imiter la série xanthiqae^ eo ajouiaot progressiveiAeiit au jaone uoe matière colorante rouge.

Il est plus que probable que la nature opère de la même manière dans la production de cette multiplicité de couleurs qui parent les fleurs vivantes (1). Rien n*est plus comnniu, au reste, que de trouver, dans les plantes, une n)alière colorante rouge, provenant du bleu par l'action des acides. Telle est, entre autres, la couleur rouge qui teint Tépiderme de la face postérieure des feuilles des Begtmia discoîor et «iftgtiîtMa. Cet épiderme, et surtout le Éoc du parenchyme immédiatement eontigu , ont une réaction acide Ifès-pronodcée, et si on tient à saturef Cet acidè par un alcali, la couleur rouge passe au bleu, pour redevenir rouge par Taclion d'un acide.

Mais toutes les matières colorantes rouges, dans les piaules, ne provleonent pas des substances bleues, rougies par un acide. Il y en a qui procèdent du Jaune par l'oxygénation; c'est le ronge de la iérit xanîMqw. Ce rouge, que les acides avivent on rendent ordinslirement un peu plus intense, [)eui exister ou se former sans leur intervention; il ne passe jamais au bleu par les alcalis, mais bien au jaune; et si, sur la couleur ainsi jaunie par Taicali, on verse un acide, le rouge se rétablit, à moins que Talcali n*aii été assez tort et son contact assez longtemps prolongé, pour détruire la matière colorante. Cest à cette deuxième espèce de rouge qu'il feut rattaehet le rouge des fleurs de carthauie, celui du bois de santal, celui des feuilles du Ùrneoituk ferreû var. picta et de plu-

(I) Notons cependant que les couleurs mixtes imitent auni parfois d'une MiperpoMUofl de cellnles diversement coloréel

tiaurs «nwnuiUie^^i odiii la lige apUiie et foliacée de VEfipkyUÊm»ir¥mMtum el doi fleun de cette j^te. Ufte solniioD de pcXesse fiiit pi»$er ee roige nu jaQiie« et non av bleu, comme dans le Bégonia diseoior; mais dans

Tun et Taulre ca:^, la couleur rouge se relablii par i'aciiou d'un acide.

Ou voit par là que la matière coloraote rouge, dans le» filles, est loin d*éire constamment la même» et qu'on a en ton de la «léaigner toiqoers par le même oem, celui élémWopkfffB, 'f\m eemble indiquer une identlié de nature.

La eouleqr rouge, qei se développe, à raolomne» daas* les feuilles de plusieurs plantes, appartient eommunémeut à la série cyanique ; telle est ceHe qui se manifeste sur les feuilles de quelques fraisiers, du Hibes sanguineum , eic. La couleur rouge, que prennent, au contraire, certaine» feuilles eu hiver, à la suite du développefiieBt de la xanih^phttUe ou de lu eulwatiea jauae« appurUeut à la

Si lu «atière eoloraete rouge varie eo nature dans le»

feuilles, elle varie également dans les Heurs, comme on peut s'en assurer à l'aide des alcalis. Jamais le rouge de la série cyanique ue peut passer au jaune, pas plus que oelui de h ^ne muihique ne saurait passer au bleu; ce qui explique pourquoi telle fleur rouge bleuit tacileoienl pur lea alealia, comme celle de certains Ecknm, taudis que telle autre ne bleuit jamais» comme celle des <2mma, celle du cartbame des teinturiers, etc.

C'est à ton que la généra li le des botanistes ont confondu les deux espèces de rou^e qui existent dans les fleurs et eu ont fait une seule matière colorante» appartenant, comme ils disent , aux deux séries de couleurs. C'est celte oonAisieu qui u donné lieu à certaines méprises au s^jet des cbaugemeois de couleur dans les fleurs. Ces cbango*

nents ne s*eipliqiiaiit ps» toujours en admettant que la couleur rouge peut relourner indiaiinctemeut au bleu el au jaune, on a étér porté ^ nier la corrélation des couleur»

des fleurs d'après les séries q^anique et xanthique. Il fiiut noter encore que les deux colorations rouges, savoir le rouge cyanique el le rouge xauihique, peuvent parfoi» élre mêlées, aussi bien que le bleu et te jaune dont elles dérivent, et qui, par leur réunion, produisent le vert. Or, dans ce cas , il y aura de grandes anomalies dans les mu-* tations de couleur que pourra éprouver ce rouge mixte« Ce sont ces anomalies qui ont fait repousser, par quelques botanistes, les séries ajanique et xanthique, comme n'ayant, suivant eux, aucune existence réelle dans les plantes. Le célèbre Berzelius a parfaitement signalé la nécessité, au point de vue chimique, d'admettre deux espèces de matière colorante rouge dans les fieurs; car il avait reconnu que quelques fleurs présentent une matière colorante rouge plus ou moins résineuse, très^soluble dana ralcool et peu sol ubte dans Tean , tandis que d'autres fleurs donnent une matière rouge irès-soluble dans Teau et peu soluble dans l'alcool anbvcire.

Quoiqu'il soit jusqu'ici presque impossible d'obtenir les matières colorantes des fleurs à l'état de pureté, et que les substances étrangères qui leur sont associées dorvent influer beaucoup sur leur solubilité, on peut admettre cependant que le rouge de la série cyanique est généralement plus soluble dans Feau que celui de la série xanthique, parce que le principe colorant bleu, dont il dérive par l'action des acides, est irès-soluble dans l'eau, tandis que la matière colorante jaune des Heurs ne nous offre ordinairement qu'une solubilité irès-iaible.

Si la couleur rouge» dans les plantes, peut constituer quelquefois une couleur complexe, ou dériver en partie

da bleu el eo partie du jtune, la eonleor ferte, dm iet plantes, ne oooatitae jamais» d*après nous, unecouleiir simple, mais toojmirs nue coalear compleie, formée da Meu et da jaune. Cest à tort que la plupart des botanistes

ont envisagé le vert, el entre antres celui de la chlorophylle, comme une couleur simple ou une matière colorante définie, sut generis. Clamor.Marquart avait supposé que c'était d'elle que dérivaient toutes les autres couleurs des plantes, savoir le bleu par déshydratation de la cbloropbjrile et le jaune par hydratation. Mais cette hypothèse^ nullement conforme aux réactions chimiques que présente la chlorophylle, a été depuis longtemps abandonnée. Une hypothèse infiniment plus rationnelle, c'est celle qui admet dans la chlorophylle l'existence de deux matières colorantes distinctes, Tune bleue, l'autre jaune, qui, par leur réunion, doivent constituer la couleur verte. Ce qui vient à l'appui de cette manière de voir, c*est que parmi les produits de la décomposition de la chlorophylle, on voit souvent apptraftre , d'après Mulder et Sebleiden , des matières colorantes bleues et jaunes, et même noirâtres, celles-ci n'étant, à la vérité, que des substances d'un bleu Irès-foncé.

Si la chlorophylle verte renferme à la fois les deux principes colorants bleu et jaune des fleurs, il faut admettre que les cellules qui la prodaisent sont susceptibles de don^ ner naissance à ces deux prindpés colorants, et dès lors il doit pouvoir se fiiîre que ces deux couleurs se rencontrent quelquefois isolément dans les cellules du tissu herbacé, soii que la matière verte se soit décomposée, soit que les circonstances n'aient pas été favorables à sa production. Nous avons un exemple très- remarquable de cette séparation des matières colorantes bleu et jaune, proprea i produire le vert^ dans les taillea des-tétes de.ebaox rouges. On sait que ces feuilles ne renlerment point do.

gnuMtltt vern; niait» à lior plaee, om irtaie* iati a^ dii

iemeoi au-deflsoas ée Tépideme, use eoadie eeilttleaBe

irès-mince, chargée d'une maiière colorante bleue, qui est faiblemeni rougie par un acide (l),el qui bleuilintensivemmi par raclion des alcalis, immédiatement au-dessous cette couche, qui semble, en quelque sorte, se confon^ 4n «fec répiderma* il^eiîMa une tmtckê de odlnlei «• im plus épiiase» d'un blane jannàtra |iftle» qoi janott vif«men( par raclion des alcalis, avrtent ioraqne tauf * ci sont employés en solution forie. Cette couleur jaune passe au rouge écarlale le plus Yif par laclion des acides, tandis que la couleur pourpre de la couche celluleuse Buperiicielia des feuilles ne passe, par les acide», quan rouge vineos. Gomme les cellules qui janniaaent par lea alcali» aont eontignéa à oellca qui Ûaniasanl» on eançoii que la rénniod de ces deux conlenn doit donner utk^ aance au feri ; et , en effet, quand on Terse ont aolulion de potasse à la surface d'une leuille de chou rouge, dont Tépiderme a été préalablement entamé par la pointe d*un cauif, pour faciliter la pénétration du liquide alcalin dans les cellules aoua-épidermiquea, On voit se former des iat ohea wies ; mais ces taehêa aoni manllMlemeni blenàtrea 4lana leur partie la plus externe oiu la ploa soperflcielle, et jaunâtres là où elles ae lermineni ^aôa le parenchyme de Ja feuiHe; de sorte que le Vert est ici évidemmeul le résultat de deux matières colorantes distinctes. Ces matières élant toutes deux, solubles dans l'eau et dans Talcool , on conçoit qu*ttne iu^usion» aoii aqueuse» soit alcoolique, des

(1) Cet acide est de Tadde carbonique; car un courant de vapeur d'eau que pai (ait passer à travers les feuilles rouges découpées, mises dans un tpjMMD abtilittflire, • wanlai btaaeoup d*«dd« «trbonique, et en m/km ttiniii h fimlenr iia fciiiHat t nuit m hlHL

feuilles Je choux rouges doil verdir (>ar les alcalis el rou" gir p^r l6s acides , comiu^ l'eipérieuce Ta constaté. Mais û çn ratisse les feuille^avac beaucoup de précaution, 4e ouh Bière à p*eolever que la pellicwle auperHoieUe roage&lre« OD peut, avec cette pellicule» obtenir une infiision qui no fasse que bleuir par les alcalis. D*autre part» en employapl les teuilles ainsi rati&séeS) elles ne font que jaunir par les alcalis, de même que rinfusiou que Ton préparc avec elles. On peut d'ailleurs, en laissant macérer les feuilles rouges intactes, pendant trois à cinq minutes sealeiueni, dans de ralcool, 'Obteoir une infusion d*on bleo pourpre trèe-p&le» dont la coaleur deviendra ,d*«tt bean bien assez inlense» si on n*y verse qu'une goutte d'une faible solution de potasse; car il faut peu d'alcali' pour (aire passer au bleo l'ranc la couleur pourpre de la surface des feuilles de chou rouge; el, comme la matière colorante jaune exige, pour son développement, une solution alcalioe plus forte, que, d'autre part» elle n'aura pas eu le temps de ae dissoudre abondammentdansi'aleool pendant le peude tempe qu'aura duré la macération, on conçoit que n^fuaioo alcoo(ique, ainsi préparée et peu colorée, ne fera d'abcrd que bleuir par l'addition de très-peu de potasse, et que sa couleur ne passera au vert (jue lorsque la solution de potasse aura été ajoutée en quanlile plus considérable.

Quand on voit les feuilles de chou rouge , à défaut de cbloropbylle verte, renfermer ainsi, daoe les cellules voi< aines du derme, des principes colorants qui» dans les mêmes circonstances, ou sous l'influenee des alcalis, peu* vent se transformer en matières colorantes bleue et jaune , et former par leur réunion du vert, on est bien lenlé d'admetiie que la couleur verte de la chlorophylle est due à deux principes colorants analogues.

Il ne résulte évidemmc|pt pas de là que Tin/usion a|eoo«

lique verle de la chlorophylle doive se comporter en tout comme celle des choux rouges verdie par un alcali; car les matières colorantes, dans la chlorophylle globolairey comme aassi dans les feuilles de choa, sont lonjoars associées à d*aatres principes organiques qui augmentenl 00 diminoent leor altérabilité, et qui peuvent modifier leurs caractères chimiques. Ainsi, la matière colorante jaune de la chlorophylle, qui ne paraît être autre que la^ xanthophylle colorant eu jaune les feuilles automnales, est toujours associée à un principe gras ou résineax» qui la rend beaucoup moins soiuble dans Tean el beaucoup moins altérable que la matière jaunâtre des feuilles &tt cboo rouge.

Cest parce que les matières colorantes bleues, dans les piaules, sont généralement plus altérables que les matières jaunes, qu'on peut s*expliquer pourquoi la chlorophylle, lorsqu'elle commence à s'altérer ou à se décomposer sous riofluence de la lumière, contracte d*abord une couleur jaune; c*est ce qui arrive même avec les solutions alcooliques vertes obtenues par macération des parties herbacées des plantes. On explique de même la coloration jaune que conlraclent les feuilles de nos arbres, lorsque la vie y languit en automne ou est près de seteindre. La partie bleue de la chlorophylle se décomposant alors la première, le jaune doit devenir prédominant, et on voit manifeste» ment au microscope que, dans les feuilles automnales jaunies, les granules verts de chlorophylle sont devenue jaunes. Rien n*empéche donc que nous considérions la xanthophylle comme une substance analogue au principe colorant jaune de la chlorophylle, et sa nature grasse, constatée par Berzelius, peut provenir de son association avec le principe gras que l'on rencontre toujours dans la chlorophylle.

Quant i la eoloralioo ronge que eontracteol certaines feuilles à l'automne, elle parait encore trouver son point de départ dans la chlorophylle; car ces feuilles rouges offrent souvent une réaction acide. Or, il est possible que

cet acide se soit développé avant la destruction de la matière colorante bleue de la chlorophylle, ou pendant que les cellules chlorophyllifères peuveut encore produire de la matière bleue; dans ce cas, celle-ci rougira par sa conibinaison avee Tacide et elle deviendra en mtee temps plus stable : car il est fiicile de constater que la matière bleue des fleurs , qui a été rougie par un acide , est beaucoup moins altérable que lorsquelle D*est pas combinée à cet acide. Ou peut donc considérer la couleur rouge des feuilles automnales comme constituant le plus souvent du rouge cyanique» aussi le rouge de la plupart de ces feuilles passe au bleu par les alcalis, et quelquefois aussi au vert; ce qui a lieu quand la feuille contient en mémè temps encore de la lanthophylle ou de la matière jaune» qui, avec le bleu susdit, donnera le vert.

Il ne faut pas conclure de ce qui précède que le rou^e , dans les feuilles automnales, soit constamment du rouge cyanique; car ces feuilles, et surtout les feuilles hivernales, peuvent évidemment aussi renfermer du rouge xanthique provenant du jaune de la chlorophylle ou de la feuille, sans aucune intervention de substances acides. Il n*est pas rare de trouver en hiver, sur certaines plantes, des feuilles jaunes qui renferment, à côté de la xanthophylle, un peu de suc rouge nullement acide. C'est ce que j'ai remarqué, entre autres, dans les feuilles jaunes qui tombent en hiver des orangers. Lorsqu'après avoir découpé ces feuilles, on les laisse macérer dans Téther, elles cèdent à ce dernier leur matière jaune ou la xanthophylle, et au-dessous de réther fortement coloré en jaune, on trouve une petite

iii)

couche d'un liquide aqueux, d'un rouge fauve, jaunissaut fortemeat par ie& alcalU ei rougUsaot faibieiueal par les acides.

VérylriiifhylU, on le principe ooloraol roiig» doefenilleiy o*e8t doue pas loi^ursde ménie nalare» comioe oo a ea 4e ravsDoer; mis il existe généralement dans les feailles à rétat solable oq de see aqueux. Celoi qui s*y déwriopfNi

postérieuremeDt à la xauthophylle, comme dans plusieurs feuilles hiveruales de piaules de pleiue terre, qui, quoique jaunes, restent souvent encore longtemps attachées aux tiges lorsque i'hiver est doux, semble provenir d*eiie alté* ratioD de la xantboplijflle» probabjeinent de seo ox^éna* tlon» et appartieel teiyonrs alors à la série xsoÂîqve. Cest oe que j'ai reeettoa en laiesant ioaaeém ses fiNilNes hivernales dans Téther, qui , tout en dissolvant la xanibophylle, exprime des feuilles un peu de suc d'un rouge fauve qui s'amasse au fond de ce liquide, n'offre aucune réaction acide, jaunit par 1^ alcalis, et rougit de nouveau plus ou moins par les acides. Ce rouge xanthique m*a paru aussi être tant soit pea solubledans Tétber; car llévaporatioa de la teinture étbérée obtenue avec des feuilles jaunes qui, par un long •séjour k Tair, ont un pea rougi , laisse toujours un résidu d'un jaune plus ou moins rougeâtre.

Toutes les fois que les feuilles |>rennent une couleur différente du vert, la chlorophylle verte y diminue notablement, sans devenir absolument nulle, ainsi que cela a lieu dans les eboux rouges. J'ai laissé macérer dans Tétherdes feuilles d*une variété de cbou crépu à couleur rose pâle, et j'ai obtenu au bout de vingt-quatre beures une teinture étbérée d*un jaune verdàtre , surnageant un suc de couleur rosée, neutre aux papiers réactifs, jaunissant vivement par les alcalis et redevenant rouge par les acides. Ici la matière colorante bkue qu'on trouve dans les choux rouges mao-

que complélemeul; on n'y trouve que le priocipe colorant jaune, offrant absolument les mêmes réactions que dans le chou rouge. Quant à la teinture éihérée, sa couleur annonçait que les feuilles employées n'étaient pas entière^ ment dépourvues de ehlorophylle; aussi son évaporatiou a laissé un légef résidu de elilorophylle mêlée avee de la matière jaune. Une infusion aqueuse des feuilles de ce chou rose m'a donné un liquide incolore, jaunissant par les alcalis^ au lieu de verdir comme l'infusion du chou rouge ordiflaire.

La présence du priaeipe colorant jaune sans le prineipe tolérant bleu, dans les fëuilles susdites, m*avait fiiit espérer que d'autres feuilles pourraient présenter le principe bleu sans le jaune. Dans ce but, j'ai fait macérer dans l'élher les pédoncules el les bractées d'un beau bleu de ciel de certains Erijngium , el entre autres de Y IirfjrKjinm Leavenworlini ; mais au bout de vingt-quatre heures, je n'ai obtenu qu*uue teinture éthérée d'un jaune verdàtre, dont l'évaporation ne m'a fourni d'autre résidu qu'un peu de chlorophylle mêlée au principe colorant jaunfttie propre aux feuilles de chou rouge, principe qui brunit psr l'acide suiftirique concentré, jaunit par les alcalis et se dissout iaciiement dans Teau. Aucune trace de la matière coioraiHe bleue ne s'est manifestée, sans doute parce que cette matière, lorsqu'elle n'est pas unie à un acide, se détruit de suite dans Téther, eomme on peut s'en assurer avec toutes les fleurs bleues. Dfailteuis, le bleu, dans les bractées des Bryn§Um, est accompagné d'une telle quantité de la matière organique susceptible de jaunir fortement par les alcalis, qu*une infusion aqueuse de ces bractées jaunit par la potasse au lieu de verdir.

Tous les phénomènes de coloration des feuilles s'expli-

qiient pai raiiement en adiiieUant que la chlorophylle reti» ferme deux matières colorantes différeules, l'une bleue, lautre jaune, et que ces matières colorantes peuvent parfois se former séparément dans des cellules disiiocles. Dans 06 sjfstéme, les fariaiioas de teinte que la partie verle offre dans diveraès plantes et à diverses époques de la vie de celles-ci» variations qne Schleiden a attribuées an mélange de la chlorophylle avec les matières bleue et jaune, qui peuvent provenir, dit-il, de sa décomposition, pourront être ailribuées plutôt aux changements dans ta proportion suivant laquelle le bleuet le jaune sont associés dans la chlorophylle. Les panachnres jaunes de certaines feuilles, comme dans VlUx aquifoUum foUU variegaliê, dans VAueuba jiipmica, proviennent de ce que certaines cellules ne renferment que la matière janne de la chlorophylle.

J'ai fait macérer dans de l'éther les parties jaunes des feuilles d'un Bhamnus alaternus^ foliis luleo-variegatis , et au bout de 48 heures» j'ai obtenu une teinture étbérée jaune» qui, par révaporation» a donné un résidu de matière jaunâtre , offiranl toutes les réactions de la lanthophylle; elle prenait une couleur jaune plus foncée par une solution de potasse , et devenait brune par le contact de l'acide sulfurique concentré.

Les variations de teinte dans la chlorophylle doivent être d'autant plus marquées que celte substance semble même se décomposer pendant la vie de la plante, c La chloro- » phylle, dit Beraelius(i), se détruit continuellemont; mais » les plantes conservent leur couleur verte, parce qu*elle

(1) Rapport aim%td sur lei progrès de la chimie, édition française, 6* année, p. 244. ,

» se réforme incessammeot. Cesi pour cette raison que » les plaotes perdent leur eouleur ?erte dent les rayons 9 qui ae peuvent pas engendrer la cblorophylle, et elles » se décolorent d'autant plus TÎte que les rayons qui leur » arrivent possèdent celle propriété à un moindre degré. » Par conséquent, une plante verte se décolore quand on » Pexpose pendant longtemps h lumière bleue pure,

> bien que celle-ci ne soit pas tout à lait dépourvue de la

> Cicultéde produire de la chlorophylle. Elles se décolo» B rent encore plus vile dans la lumière rouge et dans la » lumière violette. >

Le principe colorant bleu semble prédominer souvent sur le principe jaune dans la chlorophylle récemment formée, et cela d'autant plus que sa couleur est généralement beaucoup plus foncée que celle du principe jaune. De là la teinte bleuâtre de beaucoup de feuilles jeunes, qui» en .vieillissant» verdissent davantage» et finissent enfin par devenir jaun&tres, lorsque la matière colorante jaune est devenue prédominante sur la matière bleue. Celle^si se décompose toujours la première sous Tinfluence de la lumière; aussi dans les plantes qui croissent à Tabri de la lumière, les feuilles lombeot, d'après Me^eo» avec leur couleur verte.

Il résulte de ce que nous venons de dire que la matière colorante jaune des feuilles automnales, qu*on a appelée xanihopki/llê » existerait toute formée dans la chlorophylle; c'est en effet ce que Texpérience tend Si prouver.

La lanthophylle offre tous les caractères de solubilité de la chlorophylle; elle est, comme elle, soluble dans Talcool, dans l'éiher, et insoluble dans l'eau; elle est aussi associée à un principe gras comme Ta reconnu Berzelius. On peut Textraire des feuilles avec la même £icilité et à Taide des mêmes dissolvantsque la matière colorante verte;

t\ une solution alcooliqui^ on étliérée de folte dernière, qui a jauni par une exposilicm snlîisHmmenl pro!ongf*e à la lutnière, se comporte, avec les divers réactifH, de la même ttanièce qu*aiie ftolutioD alcooliqoe ooécbérée jaune, ob* ttmM eo laissant macérer, pendant un on deni Jours dans Faleool on dans Téther, des ftmilles Jaanes antomnales» résilies peu de temps avant on après lenr ehnte de» arbres. L'une el l'aulre de ces solutions évaporées laissent un résidu jaunâtre analogue, que l'acide sulfurique concentré brunit fortement. En contact avec les alcalis, ce même résidu gagne une couleur jaune plus foncée. Ëa toot cas , la réaction est la même, soit qu'on opèresUr la lanthophylte eatraiie^es feuilles jaunes automnales , soit qaVm opère sur le résidu d'une solution alcoolique «erie de chlorophylle, qu*on a laissée jaunir à la lumière a^ant de l'évaporer. Il est donc permis de croire que le jaune des feuilles automnales n'est que de la chlorophylle altérée sous rinttuence de la lumière et de Tair; cette opinion a déjà été mise en avant dans le Dictionnaire de chimie de MM. Liebig et Poggendorff, parce qu'on atait reconnu que lorsqu'une solution wte de dilorophylle dans Téther est devenue faune an bout de quelque temps , et qu'on l'éva* pore dans cet étal, elle ne donne pour résidu que de la xanthophylle, sans aucun mélange de chlorophylle (1).

Tous ces phénomènes se conçoivent aisément en admettant que la chlorophylle ne diilëre de la xanthophylle que parce qu'indépendamment de cette dernière » elle ren^ ferme en néme témps un principe colorant bleu, analogue à celui qui teint lés fleurs ed èleu et qu'on rencontre aussi dans kaicfaout rouges. Or, on sait que cette matière

(i) Liebig, HandU)orUrimck der ÇMmi«f t. I , p. M5.

bleue, lorsqu'elle esl en dissolution dans leau, se décolore très-vice sous Tiofluence de la lumière el de Tair, comme autn en présence de Phydrogèoe oaissaot. Par la même niiaoD, la chlorophylle, lorsqu'elle est. à Télat dedissoli»lioo , jaunit vile à la lumière. £lle jaunit surtout très-vite sous l'influence de l*hydrogène naiflsant. Que Ton prenne une solution \erUi de clilorophylle dans de l'acide chlorhydrogène légèrement dilué, que Ton y plonge des lames de zinc et qu'on abrite le liquide autant que possible de l'accès de l'oxygène en ne le faisant communiquer avec l'air que par un orifice étroit , donnant passage k l'hydregènequi sedëgage» on verra le liquide jaunir promptement

L'association, dans la chlorophylle, d'un principe co* lorant bleu à une matière colorante jaune, dans la proportion nécessaire pour former du vert, ne doit aucunement nous surprendre; car celte réunion des deux couleurs existe jusqu'à un certain point dans beaucoup de ileurs bleues, où, à côté de la matière bleue » se trouve, comme dans les feuilles du chou rouge, tant soit peu d'un suc jaunàtre-pàle, jaunissant fortement par les alcalis, qui verdissent pour cette raison les fleura en question. On peut facilement constater l'exactitude de ce que je viens de dire en laissant macérer dans Téther les belles ileurs bleues de VEranthemun strie tum. Ces fleurs perdent leur couleur bleue dans Téther en moios de deux heures et prennent une couleur d'un jaune-pftle sale; elles communiquent aussi à l'éiher une teinte jaunâtre, surtout après vingt-quatre heures de macération, et lorsqu'on vient ensuite à évaporer ce liquide, on obtient un résidu jaunUlre extractiforme , qui jaunit fortement par les alcalis et est soluble dans l'alcool et dans l'eau.

S'il y a beaucoup de rapports entre le principe colorant

bleu des fleurs et celui qui se trouve dans les léuillei» du

cfaou roageou dans la chlorophylle verte, il y a égalenteui une grande analogie entre ia xanthophylle et la matière jaane de la plupart des fleurs, telle que eelle de$ narcissest celle des sépales des SMUMia, etc. Toutes ces matièies coloraotes jaunes sont presque insolubles dans Peau, mais solubles dans ralcool et dans Téther, qu'elles teignent en jauue. Toutes peuvent passer au rouge ou donner naissance à une matière colorante rouge, sous l'influence de l'oxygène ou des agents atmosphériques : ainsi on reacontre plus d'une fois des feuilles jaunes automnales qui « à mesure que l'hiver avance, finissent par contracter nue tdnte rouge&tre, surtout si les gelées précoces ne viennent pas les détruire de bonne heure. Or, dans ce cas, ces feuilles, qui, recueillies en automne et macérées dans l'é* ther, n auraient donné qu'une solution éthérée jaune de xanthophylle sans aucune substance rouge; recueillies, au contraire , à la fin de décembre et mises en macération dans l'éther, elles laissent échapper un peu de suc rouge qui se dépose au fond de Téther, pendant que celui-ci dissout la xanthophylle. Ce suc ronge n'est pas acide comme celui des feuilles qui renferment du rouge d'origine cyanique, et les ulcalis, au lieu de le bleuir, le jaunissent fortement; tandis que les acides le font retourner au rouge, mais sans le rougir très-vivemeul. J'ai constaté surtout ces phénomènes avec des feuilles jaunes d'orangers recueillies à la fin de décembre, comme aussi avec des feuilles jaunes de plusieurs plantes herbacées communes, croissant en pleine terre, et recueillies au commencement de janvier 1853. Le peu de suc rouge que l'éther expulse de ces feuilles m'a offert exacu iuent les mêmes réactions que le suc rouge plus abondant, exj)rinié par ce liquide des feuilles rougeâtres du Dracama ferrea, 11 résulte de là que Térytrophylle qui se développe tar-

divemenl dans beaticouji de teuilies jaunes, après que loule la chlorophylle s'y est déjà traust'ormée en xanttiophylle» proYÏent de celle-ci, sans doute par quelque altération cbimiqtfe, taodis que Térytrophylie, qui se développe de lionne heure en automne en même temps que la xantho* phylle , parait provenir de Vanthocyam ou du bien de la chlorophylle, rougi par an acide; elle est donc d'origine cyanique , tandis que l'autre appartient à la série xanthique.

Le rouge de la plupart des fleurs procède du jaune ou appartient à la série xanthique; il diil'ère de ï anthoxan- Une par sa solubilité dans l'eau et son peu de solubilité dans Téther. Aussi se sépare-t-il facilement de la matière jaune au moyen de Téther dans lequel on laisse macérer les fleursTOuges. Si on tient, par exemple, des fleurs rouges de Gesneria immergées dans Téther, celui-ci dissout un peu de matière colorante jaune pendant qu'il déplace des fleurs plus ou moins de suc aqueux rouge, devenant d'un jaune brun par les alcalis et retournant au rouge par les acides. Le liquide éthéré évaporé laisse une matière jaune, devenant brune par Tacide sulfurique concentré, à Tinstar de la xantbophylle.

En opérant de la même manière avec des fleurs ronge ronce du CamelUa japonica, j'ai ubteuii, au bout de deux heures de macération dans l'éther, un liquide éthéré jaunâtre, au fond duquel se trouvait un suc aqueux rouge, qui verdissait par les alcalis et retournait au rouge vif par les acides. Ce suc renfermait donc, outre le rouge xanthique, jaunissant par les alcalis, un peu de rouge cyanique, que les alcalis bleuissent; d'où la coloration verte. Mais telle est raliérabilité de ce rouge cyanique en pré> sence de l'éther, qu'au bout de vingt-quatre heures de séjour du suc rouge sous l'éther, sa couleur a pris une teinte fouve, et alors les alcalis oe font plus que le jaunir ,

et les acides ne le rougiî^seut plus aussi vivement. C'est que rien D*esi aussi aliérable dans l*étber que le bleu des fleon, ou ronMocyotie; amû le» fleura bleues ee décoloreot dans l*éther au bout de deoi à quatre heures» avec destructioD complète de leur matière cotorante bleue. . Comme le jaune passe tellement au rouge par loxygénation, on conçoit qu'il y aura peu de fleurs jaunes, de celles au moins dont la durée n'est pas éphémère, où le jauue ne soit plus ou moins mêlé de rouge, vu surtout que, dans la corolle» il se (ait un travail continuel d'oxygénation. L'expérience confirme cette déduction de la théorie. Ayant laissé macérer dans Téther des fleurs ligniées inlen* sÎTement jaunes du Chrysanthemum eoronanum, j*ai bb> tenu, au bout de vingt-quatre heures, une solution d*ua jaune intense; mais, à ma grande surprise, je vis au fond de l'éther un peu de sue oléagineux d'un ronge fauve, quoique les fleurs u^rissent pas la moindre teinte rougeàtre. Ce suc était neutre, prenait une couleur jaune franc par les alcalis et ne retournait que fisiblement an ronge par les acides. Célalt évidemment da rouge xanthiqne. Quant au liquide étbéré, il laissait, après éva|)oration , un résidu jaune, semblable à la xanthopliylle extraite par l'éther des feuilles jaunes automnales et offrant absolument les mêmes réactions que cette dernière, tant avec l'acide sulfurique concentré» ({u'avcc les solutions alcalines et les acides dilués.

£n laissant macérer dans Téther des fleurs ligulées fraîches du Chrytanthemum indicum à couleur d'un jaune fiiuve tirant sur le rouge , j ai obtenu , au fond de Téther,

beaucoup de suc aqueux d'un rouge fauve, neutre aux 'papiers réaclils, prenant une couleur jaune intense par les alcalis et retournant au rouge par les acides. Ici la matière colorante jaune de la fleur était passée, pour la majeure

fKirlie» au rouge; aussi Téiber n*élail que faiblement coloré en jaone el n'a donné, par Téfaporation » que irès-peu de résidu jaune, du reste identique avec cdui obtenu du Chrt/tanlhefnum eorùnarium.

J'ai aussi laissé macérer dans Téther les sépales jaune orangé des fleurs du Slrelitzia. Ou obtient encore ici une teinture élliérée jaune, qui, évaporée, laisse un résidu jaune un peu rougeàlre, neutre aux papiers réactifs et ne ehangeanl pas notablement de couleur, ni par les alcalis, ni par les acides fiiibles; mais par Taddition d*un peu d'acide sulfnrique concentré, il a pris une belle couleur bleue, qui passait de nouveau au jaune, soit par les alcalis, soit par l'addition d'un peu d'élher.

Celte coloration bleue différencie la matière jaune de la fleur de Strelilzia de celle des fleurs de Chrysanthemtim, comme aussi de la xantbopbylle. Toutefois, il ne faudrait pas en déduire qu'elle constitue une matière colorante entièrement distincte de celle-ci; car on sait que la chlorophylle, par la xanthophyile qu'elle renferme, donne, en se dissolvant dans Tacide sulfurique monobydraté» une liqueur d'un vert bleuâtre intense. La xanlhophylle semble donc aussi avoir la propriété de bleuir dans certaines circonstances par Tacide sulfurique concentré, et c'est de cette propriété que Clamor Marquart avait déduit la conséquence que le bleu deft fleurs ou VimOioeyane réf sultait de la déshydratation de la matière jaune ou antko^ xantine, et, par conséquent, aussi de celle de la chlorophylle dans laquelle on peut supposer que l'anthoiantine existe toute formée.

Mais celte opinion , qui tendrait à faire dériver du jaune toutes les couleurs des fleurs, a été abandonnée avec raison, parce que Marquart n'a pas prouvé que l'aride sulfurique concentré agit sur i'anthoiantine par déshydrata-

lion. A celle raison, par laquelle Si hieiden combat la théorie de Marquari, on peut eo ajouter d'autres, bien plu» concluantes. S*il éiait vrai que le principe colorant bleu des fleurs n*était que de Tanthoiantine déshydratée, il ne . contiendrait jamais de Taiote dans sa composition, puisque cet élément n'a été rencontré jusqu*ici ni dans la ma« tière jaune des fleurs, ni dans celle des feuilles automnales ou xaulhophylle. Au contraire, la matière bleue des fleurs est toujours azotée. C'est ce qui a été constaté surtout par M. Morot (i) sur les fleurs de bluets, dont l'élher, tout en dissolvant une matière jaune qui est de nature grasse on cireuse, déplace une liqueur d*ttn bleu superbe, se rassemblant au fond de Tétber et qui est azotée. J*ai aussi rencontré de Tazote dans la matière bleue que Pétber déplace des feuilles de chou rouge sous la forme d'un suc pourpre ou bleu rougcâtre. (-e suc, dans lequel j'avais constaté préalablement Tabsence de ralbumiûe,coaceQlré au bain-marie et additionné ensuite de chaux Tive, laisse dégager un peu d'ammoniaque.

Ce qui montre d'ailleurs, d'une manière péremptoire, que la substance bleue, que Ton obtient par l'action de l'acide sulfurique concentré sur la matière jaune extraite par l'éther des sépales de Sireiiizia, n est pas de Vanthocyane, ou le bleu ordinaire des fleurs, c'est qu'elle ne rougit pas par les acides et qu'elle passe au jaune par les alcalis les plus faibles. L'addition seule de l'eau suflit, au reste, pour la décolorer en peu de iemps. Ce n'est donc qu'un produit de décomposition de Ja matière colorante jaune, qui lui-même est très-altérable.

Quoi qu'il en soit, la iiialière colorante jaune n'offre pas

(1) jimufyi dêê niêneu naturtikê, année 1849, p. SSS.

dans tontes les fleurs absolameot les mêmes caractèresw

Celle des flears de cartbame est bien plus solable dans l'eau que celle de la plupart des autres fleurs jaunes et aussi que la xanlhophylle. Mais ceci provient probablemeut de ce quelle uest pas associée toujours au principe gras que Ton a rencontré dans la laotbophylle et dans le jaune des fleurs de narcisses, il ne serait pas surprenant, du reste, que lorsque la matière jaune de la chlorophylle est eiposée dans la corolle à Faction comburante de l'oxygène conliuueliemenl absorbé par cet organe, elle ne perdît souvent le principe gras auquel elle esl associée, parce que c'est sur ce priucipe que l'oxygéoe portera principale^ ment son action.

Comme le bleu et le jaune constituent les couleurs fondamentales des fleurs, que celles-ci ne se forment gé^ néraleroent qu*après les feuilles, c'est-à-dire après la chlorophylle, qu'elles eommèncent même par étreTcrtes dans le bouton, il ne serait pas impossible que leur coloration eût sou point de départ dans la chlorophylle, ou qu'elle provint de sa décomposition (1); ce qui expliquerait pourquoi, en étiolant par l'absence de lumière les feuilles qui sont dans le voisinage d'un bouton à fleur, on nuit k réciat et à la vivacité de la couleur de celle-ci.

Il est possible , au reste, que les couleurs si vives que les corolles nous offrent résultent de l'oxygénation qu'y subissent des principes organiques, peu ou point colorés au moment de leur formation , et qui proviennent des mêmes cellules que celles qui sont capables de produire

(1) Nous savons, depuis les travaux de Mulder sm* la chlorophylle, qnt

ceUe substance, dissoute dans Tacide chlorbj'drique, se laisse décomposer en une maliiTC jaune qui '^p pr«^cipile et en une substance bleue i(ui reste dissoute. (Morol, Annales des scienceê natureUes, 184U, p. 164.)

de la chlorophylle dans des circonstances déterminées. La chimie nous a démontré, eu elh'i, qu'une foule de matières coloraDtes oe se forment que raction de i oxygène sur eerUÎDS principes organiques, souvent incolores par euxmêmes ; et comme dans les corolles il y s une absorption continuelle d*oiygène, il est proliable que ce gas concourt à produire leur coloration. Nous connaissons la belle ei* périencede M. Preisser, qui a plongé dans de l'eau bleuie par l'acide sulfo-indigotique (sulfate d'indigo) une balsamine avec ses racines , et a reconnu que la plante, tout en absorbant le liquide, ne devenait pas bleue, mais que les fleurs devenaient bleues : de sorte qn*il foUait admettre que l'indigo avait été décoloré dans les organes de nutrition de la plante pur désoxygénation, et que, sous Tinfluence oiydnntA de la corolle , il avait repris sa couleur bleue.

Il se pourrait donc que les fleurs reçussent des parties berbacées des substances qui , quoique peu ou poiot colorées dans le lieu de leur origine , se transforment en matières colorantes très-vives lors de leur oxygénation dans la corolle. Ainsi le chou rouge, dont les fleurs lont jaunes, pourrait bien puiser la couleur de ces dernières dans le suc jaunâtre à peine coloré qui se trouve dans la couche cellulaire immédiatement sous-jacente à la mince couche 80us-épidermique gorgée d'un suc pourpre on rouge, donnant sa couleur aux feuilles de la plante.

Comme les couleurs fondamentales, bleue et jaune, existent réunies dans la chlorophylle et, par suite, dans les feuilles, on conçoit qn*elles peuvent Fétre élément dans la corolle : cependant cette coexistence ti*a pas souvent lieu , du moins dans la proportion propre à produire le vert. En général, l'une des deux couleurs prédomine, et c'est le plus souvent la couleur jaune, parce qu'elle est

beaucoup moins altérable que la couleur bleue. Aussi celle-ci De se reDcoutre guère que dans les planles qui aimeni une exposition ombragée, parce que la vive lomière déiroil le bleu. (*ar la même raison, on trouve plus de ieurs apparlenam à la série xanthiqoe qa*à la série cya^ niqae« et la couleur rouge des fleurs dérive ordinairement du jaune et non du bleu , comme il est facile de s'en assurer à l'aide des alcalis, qui l'ont passer au bleu le rouge cyanique et plus ou moins au jaune le rouge xanthiqiie. Aussi qnand les deux rouges sont mêlés dans une tleur , ce qui ne m'a pas paru fort rare, la corolle verdit plus on moins sons rinflnence des alcalis. Celte réunion des deux espèces de rouge existe à un certain degré dans la fleur des Horlmsia, qui, à raison du rouge cyanique, peut passer au bleu dans la culture; mais qui , par les alcalis, ne donne jamais du bleu pur. Elle existe aussi dans quelques variétés du Chrysanthemiim indicum à fleur purpurine ou d'uo rouge violacé. Ces fleurs se colorent en bleu verdâtre dans les solutions alcalines. Il n'est pas inutile de faire observer ici que celles-ci ne doivent jamais être trop fortes ou concentrées lorsqu'on les emploie pour constater la nature d'une couleur rouge des plantes; car une forte solution de potasse altère ordinairement le principe colorant bleu en le jainiissant; de sorte qu'une solution conceuUée de potasse, au lieu de bleuir le rouge cyaoique, peut lui donner une teinte jaunâtre. C'est surtout en opérant sur les fleurs, que cet inconvénieni est à craindre. Il est moins marqué quand on opère aur des feuilles, parce que leur épîderme étant plus épais ou moins perméable aux liquides du dehors, ne laisse pénétrer ceux-ci que fort lentement dans le parenchyme sous-jacent où se trouve le principe roiige.

U importe donc, pour ne pas confondre le rouge cya-

nique avec Je rouge xanthique, de ne faire agir généralemeol sur le premier que les alcalis à faible dose. Pour s'en eonvaincre, il suffit d^opérer avec uue iDfosîoo aqueuse de chou rouge , qui , comme on sait , contient du rouge

cyaniqiie plus ou moins bleuâtre, associé à un principe organique susceptible de se colorer en jaune foncé par les alcalis. Celle infusion devient d'un ijeati verl quand ou n'y verse que peu de potasse, paries raisous déjà exposées plus haut; mais si on y verse une quantité très-forte de potasse, la couleur devient jann&tre. Le principe bien est alors entièrement masqué ou jauni par Texcès de potasse; mais en enlevant cet excès par un acide, on peut ramener la couleur au verl (1).

Le rouge cyanique se dislingue encore du rouge xanthique, parce que le premier offre une réaction plus ou moins acide, qui manque ordinairement dans le rouge xanlhique.

Comme les matières bleues végétales sont généralement azotées, ce qui n est pas le cas ponr les matières jaunes^ on

(1) Il est d'autaot plus important de n'employer qu'une faible solution alcaline pour constater la nature du rou{;c cyanique, que, si Ton extrait le principe colorant bleu de certaines fleurs, en les faisant macérer pendant qudques jours avec de i*aIcooI à 50 de^^és centésimaux, et qu'on évapore «Milite au baiD-mArie le liquide aloooliqiie, on ditîent ane matière l>Ieiie estraetiferme qiU rougit par les acidea et jaunit par lei aloatis. Si on emploie ces derniers en quantité asset nûnime pour ne jaunir qn*une partie de la matière extraclive, on obtient alors du vert par le mélange du jaune et du bleu. Ces caractères sont les mêmes que ceux que nous offre la matière colorante des feuilles de chou ron{je ; nouvelle preuve de l'identité du bleu des fleurs avec celui de<; parties foliacées. Au reste, si le bleu de la plupart des fleurs, extrait par l'alcool, jaunit fortement par la potasse, cela peut tenir à ce qu'il est {jénéralement accompagné, comme dans les feuilles de cbou rouge, d'un principe organique d'un jaune très-pâle, qui se colore en jaune foncé an eentact des alcalis. • •

peut expliquer ainsi la plus grande altérabilité des premières, surtout eu présence des akalis forts, qui tendent à les décomposer avec dégagemeul d'aiumouiaque. D'après eeU, la présence d'un acide, tout eo les rougissant, doit les rendre plus stables. Aussi le rouge cyanique esl une couleur assez fixe» comme on Tobserve sur les feuilles du Bégonia sanguUm» sur celles du Lottelia ignea Paxtoo.

Dans les Feuilles ronges automnales, et dans celles presque entièrement rouges du Lobelia ignea, il existe encore de la xantliophylle ou de la matière jaune. Aussi en plongeant ces feuilles dans une solution de potasse pas trop forte, on les voit passer en peu de temps au vert. Elles offrent alors la couleur verte ordinaire des feuilles; ce qui vient à Tappui de l'opinion que le vert delà chlorophylle provient du bleu et du jaune réunis. On voit aussi par cette expérience qu'il esl inexact de dire avec quelques savants, que la chlorophylle une fois altérée dans sa couleur ne saurait être reproduite; car les feuilles du Lobelia ignea verdies par les alcalis, comme il a été dit ci-dessus, offrent, même au microscope, tous les caractères des feuilles vertes ordinaires.

Si le rouge des feuilles automnales et le rouge des fruits apparliennenf le plus sonvent à la série cyanique , il n*en est pas de même du rouge des fleurs; et quoi qu'en ait dit Berzelius, on trouve peu de fleurs roiig( S qui bleuissent ou verdissent par les ah alis. Ainsi les fleurs rouges de VEuphorbia Boyeri, des Ixora, des Gemma, de VAchi' menei coceûm, etc., ne bleuissent et ne verdissent pas par les alcalis. Aussi je ne crains pas de dire que les */io** des fleurs rouges appartiennent à la série xanthique. Ehins les feuilles qui sont naturellement rouges dés leur jeune âge, comme dans les bradées écarlates de divers Billbcrgi^, c'est encore le rouge xaothique qui domine; taudis

que le ri>uge eyaniqae ae rencontre le plus souvent dan» les parties herbacées qui sont devenues accidentelleinent ronges ou par suite des progrès de leur v'éi^'ciaiion. Ce rouge cyanique est souvent mêlé ^ de la maiière colorante jaune dans les feuilles et même dans quelques ileurs, et dans ce cas, il verdit par h's ait alis.

Cest ia réuoioQ accidentelle du jaune ou du rouge lanthique avec le rouge eyanique dans certaines ûeurs, qui donne lien à ces variations de couleurs, anormales, qoi ne se rangent dans aucune des deox séries cyanique et œanthique.

Il esl rare de trouver dans une corolle la couleur bleue mêlée à la couleur jaune en proportion convenable pour faire du vert : cependant cela se rencontre quelquefois» comme dans VAquilegia vindifiora, dans ÏEpidendrum Parkûwmianum, où les pétales et les sépales sont vertes, sauf le tabeUum, qui est blanc.

Lorsque les matières colorantes existent dans les filantes à I elal de dissolution et non à l'état de granules ou de matière insoluble, on peut fariltmcnt les extraire et les séparer des substances colorantes insolubles, pourvu que celles-ci soient aussi insolubles dans Téther. Dans ce cas» on n'a qu*à plonger les parties colorées fraîches et bu« mides dans Félher. An bout de vingt-quatre à quarantehuit heures de macération, Téther aura pénétré par endosmose dans les cellules remplies des sucs colorés et en aura déplacé ceux-ci , qui vont former une couche de liquide coloré aqueux au-dessous de lether dans le tlacon. On conçoit qu'aucune matière insoluble ne pourra ainsi être expulsée du végétal par Téther, à moins que celui-ci ne puisse la dissoudre. En opérant comme je viens de le dire, on extrait facilement les sucs colorés des feuilles du chou rouge. On obtient ainsi au fond de Téther, qui reste

parfaitement incolore, une couche de liquide d'un bleu rougeâtre à réaction un peu acide, verdissant par les alcalifi ei rougissant vivement par les acides. Mais il oe faut pas que ce liquide reste plus de quarante-huit heures en contact avec Téther; sans cela il s*aUère, oiéme dans Tobscurité, et prend une couleur d*nn jaune fouve; ce qui annonce Taltération ou la décomposition de la matière coloranttt bleue. Aussi, dans ce cas, le iujuide ne verdit plus par les alcalis; mais il peut encore rougir par les acides à raison de l'action de ces derniers sur la matière jaunâtre des feuilles. Toutefois , après quatre ou cinq jours de macération , cette matière colorante est détruite à son tour» et alors le liquide ne rougit plus par les acides. Il semble donc que le principe colorant jaune dans le cboa rouge est beaucoup moins stable que le jaune de la plupart des fleurs ou celui des feuilles automnales; mais ceci dépend sans doute de sa plus grande solubilité dans l'eau ei de ce qu il n est pas uni à un principe gras qui le rend insoluble dans ce liquide, à Tinstar de la xantliophyile. Par la même raison, il est beaucoup plus sensible que celle-ci à Taction des acides et des alcalis, qui modifient sa couleur bien plus profondément. En tout cas, il est tant soit peu soluble dans lelher, quoique celui-ci ne se colore aucunement, même par une macération de deux jours avec des feuilles de chou rouge; mais si on évapore ensuite cet éther, on a pour résidu une pellicule de matière jaunâtre, devenant d'un jaune vif par les alcalis et ensuite rouge par les acides. L'acide sulfurique concentré ne la bleuit pas. On n*y trouve, au reste, aucune trace de chlorophylle. *

On extrait aussi facilement par l'étber la matière rouge qui colore les liges aplaties de VEpiphyllum Iruncaluvi var. ruUrum. Quand ou introduit cette tige, découpée eu

petits fragmenls, dans un flacon allongé rempli d*éllier,

on trouve, au bout de t2 à 5 jours, au fond de 1 eiher un suc très-rouge el visqueux, pendant que les fragments se sont décolorés, et i*éther n'a pris qu'une l^ère teinte jaune yerëfttre, que les alcalis et les acides ne modifient en aucane manière; mais le sue rouge, qui est entièrement neotret jaunit par les alcalis et retourne au rouge par les acides, absolument comme la couleur rouge des fleurs de cette plante. C'est donc du rougt; xanlliique, qui s'cbl produit non- seulement dans la Heur, mais aussi dans la partie herbacée du végétal. Ce suc étant de même nature dans toute rétendue de la plante, semble reconnaître une même origi ne. L*élher, dans cette expérience, n'ayant pris qu*une foible couleur d'un vert jaun&tre, c'est un indice que la plante ne renferme que peu de chlorophylle mélangée au suc rouge. Car tontes les fois qn*on plonge dans «l'étber une partie herbacée verte, l'éther se colore rorterncat en vert en moins de 24 heures. Ici l'éther n'accusait la présence que d'une minime quantité de chlorophylle, qui était même en voie de décomposition, eu égard à sa couleur jaunâtre.

Comme les feuilles de chou rouge découpées en fragments et immergées dans Téther se décolorent entièrement au bout de 48 heures, sans communiquer à ce liquide la moindre coloration, quoitju'on les ait tenues dans l'obscurité, c'est un indice qu'elles ne renferment pas de chlorophylle, dont le microscope, au reste, n'aunonce aucunemenl la présence dans ces feuilles.

Quelques botanistes ont donc eu tort d'avancer que les feuilles coloré;» renferment constamment, à côté du sue qui les colore, des granules de chlorophylle verte, dont la couleur est masquée par celle du suc. Ces granules, à la vérité, existent parfois dans les feuilles colorées, surtout

dans la coaehe cellulaire sous-jacente à celle qui contient

les liquides coloranls. Cest ce qui est très-manifeste dans les feuilles des Bégonia discolor el sanguinea; mais la chlorophylle manque aussi souvent lorsque la feuille entière offre une coloration pélaioïde bien prononcée el que son mésopbylle est très-mince. Ainsi dans les feuilles membraneuses et entièrement rouges du Dracaena ferrea, il n'y a qu'un suc rouge sans chlorophylle; car elles se décolorent dansTéther, qui Ini-méme reste incolore, pendant qu'il se rassemble au fond du llacou un liquide rouge aqueux neutre, jaunissant par les alcalis et rougissant de nouveau par les acides.

£n tout cas, Véther peut toujours servir à reconnaître la présence de la chlorophylle verte, et à la séparer même des sucs colorés aqueux qui se déposent généralement au fond de i'éther dans lequel ils sont ordinairement insolubles. Cest ainsi qu'en opérant avec des feuilles plus épaisses et non entièrement pélaloides du JJracaeita ferrea, on constate lacileinent (ju'à colé ilu suc ronge dépi it é par l'éther, il se trouve encore plus ou moius de chlorophylle dont la couleur verte se dessine très-nettemeot sur les feuilles après qu'elles ont perdu dans l'éther leur suc rouge. Toutefois cette chlorophylle semble être en voie de décomposition dans les feuilles» puisqu'elle ne colore l'éther qu'en jaune verdâtre.

Dans les feuilles du Bégonia discolor, on peut facilement, par une dissection un peu soignée, séparer le derme avec le parenchyme rouge contigu, qui se trouve à la face postérieure de la feuille» du reste du mésophylle contenant de la chlorophylle verte. En laissant macérer ces pellicules rouges dans l'éther, celui*ci se colore en rouge sans extraire pour cela toute la matière colorante de ces pellicules, qui restent encore fortement lOu^es au bout de

9 joars, quoiqa'elles aient laissé ëehapper an peu de sue

rouge aqueux qui s'est déposé au lond de I eiher. Ce rouge, qui est d'origine cyanique, puisqu'il bleuit par les alcalis et relourue au rouge par les acides, paraît donc éire peu soluble dans Téther, aussi bien que Je rouge xanlbique. Touiefois, il y eei plus soiubleqne ce dernier; car en lais* sant évaporer la solution éihérée rouge, oblenoe comme il a été dît ci-dessns, j'ai eu pour résidu un peu de sue rouge d*one consistance sirupeuse qui offre une réaction aetde très-prononcée et bleuit itttensivemeut par les alcalis, en rougissant de nouveau par les acides.

L'emploi de Tétber est aussi Irès-avaulageui pour iaire reconnaître la nature des matières colorantes des fleurs; car il peut servir à extraire ces matières, soit à Téiat de sucs colorés, soit à Tétat de dissolution éthérée. Le jaune s*extrait ordinairement dans ce dernier état , tandis que les autres matières colorantes, généralement très-peu solubles daus lether, se laissent déplacer à lelat de sucs aqueux, qui s'accumulent au fond de l'élher et peuvent facilement en être séparés. Ainsi, eu laissaut macérer dans lether des pétales de roses de Bengale, j'ai trouvé, au bout de 34 heures, an fond de Tétber un sue aqueux de couleur rose, qui verdissait par les alcalis et rougissait très-vivement par les acides. JTai dû conclure de \k que le rouge des roses éiaii du rouge mixte, c'est-à-dire qu'il contenait à la lois du rouge cyanique et du rouge xauthique. Il doit donc élre possible à la culture (roblenir des roses plus ou moins bleues ou d'un pourpre violacé; et l'on y parviendrait probablement en leur donnant une exposition ombragée et des engrais riches en azote, qui me paraissent devoir être fovoraMes à la production des matières colorantes bleues.

Les fleurs d'un rouge foncé de quelques variétés de Camellia Japonica, soumises au même procédé d'analyse,

m'oul aus6i offert la présence d'uu peu de rouge cyauique, mêlé à une grande quaiililé de rouge xanthiqne.

Au contraire, dans les fleurs rouges écarlates de divers Cetneria el Ixora, je n'ai trouvé que du rouge xaotbique, offrant toujours les mêmes caractères.

Ce ronge lantbiqve est eonstanimont accompagné de plus ou moins de jaune dans les fleors; ce qui tend ^ mon*trer que sa formation n'est que consécutive k celle du jaune^ et qu'il constitue un dérivé de cette dernière couleur, qai se transforme probablement en rouge par l'oxygénation.

Je n'ai pas encore rencontré une seule fleur rouge de la série lantldqne, qni ne renfermé en même temps un principe colorant jaune» analogue à celui des fleurs jaunes ordinaito et se séparant fiMilinent da sac rouge par sa solubilité dans Féther. Tontes les fleurs rouges que j*ai mises en macération dans Téther, ont toujours laissé échapper un suc rouge qui s'amasse au fond de Téther, pendant que celui-ci se colore en jaune plus ou moins intense, et la teinture éthérée évaporée m'a donné constamment une matière colorante jaune à teinte un peu rougeàtre , offrant, avec les alcalis et les acides , les mêmes réactions que la matière jaune qu'on extrait par l'étber des feuilles jaunes automnales. Cest ce que j*ai observé avec les fleurs rouges des Gesneria, des Camellia, des roses, du carthame, etc. D'un autre côté, toutes les fleurs jaunes non éphémères, que j'ai examinées , contenaient tant soit peu de suc rouge; séparable par l'éther, et cela d'autant plus que le jaune de la fleur avait une teinte plus orangée on plus roogefttre.

On peut condnre de ces &its que le jaune tend tonyours k passer au ronge dans les fleurs. fleura jaunes devront, d'après cela, contenir d'autant plus de soc rouge que leur durée aura été plus prolongée. C'est ce qui est conforme à l'observation. Les fleurs de Strelitzia nous of-

freat d*àboid des sépalas «i des 'pétales d*M jmioe fur; mais bienlAl ce jaane passe à Torangé, ce qui tnooDee le

mélange du rouge au jaane, et lorsque la fleur e8t près de se faner, elle offre une couleur rougeâlre bien sensible'.

Nous avons vu de même (p. 1:28), dans les feuilles jaunes automnales, se développer au bout de quelque temps un pea de rooge xanthique.li existe do»c les plus grandi rapports enire la colonition des fleurs et des feailles. Ces rapports se moniMDl encore dans les flenrs dont la oonlenr est eiceptionnélleinenl verte. J*ai vu fleurir, dans les serres du Jardin botanique de Louvain , un Epidendrum Parkinsonianum dont les pétales et les sépales étaient d'un vert |)âle, à rexceptioii du labcllum qui était blanc. Lorsque la fleur conuneuçaii à se ùàoet, les pétales et les sépales pas^ sèreot au jaune, comme nne feuille qui se fane, et des parties jaunes 4e la flevr entièrement fanée, j*aî extrait , au. moyen de Téther, nn principe colorant jame, pareil k celui que donnent les HBnilles jaunes automnales.

Ce principe j^iuiie, qui est si répandu dans les fleurs, uoiire jjéueralenjenl qu'une faible solubilité dans lether, puisqu'il faut ordinairement plusieurs macérations successives daus ce liquide pour reolever complètement aux flenrs d*nne teinte jaune foncé

A côté de cette matière jaune, insoluble dans Tean, le trouve quelquefois nn peu de matière jaune soluble, qni provient probablement de quelque modiGcation eu altératiou de la précédeute. Caveutou a reconnu la présence

(1) Ceci se remarque surtout quand on fait macérer dans rélhcr les sépales d'un jaune orangé appar tenant aux Strelitzia. Une première uiacératioa de 24 heures suffit pour déjilaccr tout le suc rouge de la fleur j mais il faut ensuite 8 à 10 maccralion!> successives pour enlever à la (leur toute la matièie cidoranLe jaune.

de ces deux matières jaunes dans les fleurs du I\îarcis$u$ pseiuio-narcissus. Elles semblent encore exister réunies daa» les fleurs de Caribame; car, indépendammeni de U matière jaune . q«e les lavages à l'ean peoTent enlever aux fleors du (karikmiim iinctmiuê ^ celles-ci, quelque bieo hw to qu'elles soient, eonservent encore, à eM de la matière rouge Hie; une madère jaune sokibledans Téther qui , extraite de ce fluide par évaporation, maiii leste tous les caractères propres h la matière jaune ordinaire des fleurs. Elle oflre toutefois une teinte un peu rougeâtre; mais ce caractère est commun à la matière jaune que réiher eitndt de tantes les flenrs rougts, on même des flonrs jaune oraagé; et ce lait montre enoore la grande aflnité do janne et du ronge xantbique , en constatant que la matière jaune peut prendre un commeficement de coloration rouge sans perdre tous ses caractères propres et sa solubilité dans Tétlier. On pourrait, au reste, expliquer également ce pliénQmèpe eo admettant que la matièreraoge xantluqne, quplqnt beaucoup plus solnble dans l'eaii que dans réther, n'est cependant pas complètement inso* bible dans ce dernier liquide.

Qnoiqn'iVen soit, la matière colorante jaune se présente dans les plantes sous deux états, tantôt sous celui d'une substance extractiforme, très-soluble dans l'eau, d'un jaune pâle, prenant une couleur jaune intense par les alcalis et rougissant par les acides; tantôt sous la forme d*une matière grasse ou résineuse, insoluble dans Teau, ayant une couleur jaune intense, que les alcalis et les acides dilués ne modifient pu notablement. Cette dernière variélé de matière jaune , à laquelle se rattache la xanthophylle , ne me parait difl'érer de la première que par la présence d'un principe gras, qui lui est intimement associé. Cest cette Tari/été qui colore gcoéralement tes fleurs jaunes et qui

coDfltitae une couleur fort solide , tandis que le prineipé ]^ colorant jaunâtre, qui se rencontre isolément dans le* -à feuilles de certains choux crépus à couleur rose, appar- m tient à la première variété et est beaucoup plus altérable, p sans doute à raison de sa solubilité dans Teau.

J'ai fait aTec M. l'abbé Goemans quelques obserratioM microscopiques sur la dispositioD des matières ooloraotes dans les plantes. Nous avons reconnu que la matière eo- ;^ lorante pourpre des choux rouges se présente sous forme ■^. de globules ou plutôt deTésicuies spbériques, que Ton peut

faire éclater sous le microscope de manière à ce que le suc coloré s'en échappe. Ordinairement on Devoitqu'uoe seule vésicule pourpre dans chaque cellule do tissu sous-épider- ■ilque, d'autres fois il y eû a 5 ou 4 plus petites. Le soc de la cellule qui eoutleot ces vésicules est lui-même 1^^ lement coloré en pourpre violacé, sans doute par Iran^ sudation du liquide contenu dans les vésicules , dont la coloration est infiniment plus foncée que celle du suc environnant. Au-dessous de la couche de tissu rouge, qui se compose de â ou 3 rangs de cellules, se trouvent des cellules incolores ou d'une faible oooleur jaao&tre, contenant des grains de fécule, sans mélange de chlorophylle verte.-

Les sépales jaunes du Stnlitma regmae ne nous ont offert 4|u*un soc jaune, homogène, remplissant complètement (es cellules sous-épidermiques , sans aucun mélange de vésicules. Mais les pétales bleus de la même fleur nous ont présenté une masse de granulations bleues, solides et très-petites, remplissant presque entièrement les cellules sous-épidermiques. Chaque cellule renferme, au mmns, une cinquantaine de ces granules bleus, qui ne sont accompagnés d'aucun suc coloré.

Les feuilles rouges du Dracaena ferrea var. picta^ présentent, dans les couches cellulaires superficielles, un

hqaîâe rrage saM îoterfioiitioD de vésicules oa de gra*

Dules. Mais dans des couches cellulaires plus profondes, nous avons vu encore , au moins sur des feuilles tant soit peu épaisses, des granules de ( hlorophylie, à la vérilé, d'uQ vert-jaunàtre et moins aboodanls que ceux qu'où iroiiTe dans les féailies vertes ordioaires.

Noos avons observé la même disposiUon daos la Uge aplatie de YEpiphyUum tnmeatum var. wohu$um; c'esl- Mtre que, dans les eelliiles seperBcielles ou soos-épidermiques, il y avait un suc rouge, et, dans les cellules plus profondes, des granules de cbioropb^ile d'un vert jaunâtre.

11 n'est donc pas surprenant que celte plante, macérée datts réiher, donne, comme lions Tavons dit plus haut (p. 146) , on soc rouge, indépendamment d'une solution éthérée jaon&tre de chlorophylle en voie d'altération oo dont le principe jaune prédomine sur le principe colorant bleu.

En tout cas, la chlorophylle m'a toujours paru diminuée beaucoup en quantité dans les feuilles à coloration pélaloïde, et elle offre ordinairement, dans ces circonstances, one coalenr d'un vert pàle oo jaonfttre; ce qoi me porte à penser qoe les fonctions respiratoires de ces feuilles ne sauraient s'exercer aussi bien qoe celles des fratilles vertes

ordinaires.

La xanlhophylle des feuilles jaunes automnales est toujours disposée en granules dans les mêmes cellules qui contiennent ordinairement la chlorophylle, et elle n'est évidemment qu*on résultat de l'altération de cette dernière. L'éther n'exprime on nè déplace jamais de ces iëailles nn snc coloré jaune; il ne fait que dissoudre la xantbophylle, comme il dissoudrait la chlorophylle verte, Asnt elle est pro venue.

Les fiiitg eipoiés du» le C4NiraDt de œ oiéiBoin ne peraeiteai , je peese» d*éleblir les coodusioM nhraDies :*

1* Les deui seales couleurs fondamentales oa primi* tives, dans les plantes, sont le bieu cl le jaune, ou, eu d'autres termes, ïanthoofane et VanlhoxanUne ;

2° Ces matières colorantes primitives sont formées sou» rinflueoce de la vie, noo-eeslemeot par les parties pétaloidee, mais eiusl par les parties herbacées, et, daaa eelles-ei, elles soni le plas senvcnt asBOciées entie elles el avec d*aiities natières organiques, fonnaot ainsi la chlorophylle verte insoluble.

5° La chlorophylle tend toujours à jaunir dans le» plantes par suite de la grande altérabilité du principe colorant bleu, àmoins qae celoi-ci n ait été rendu plus stable par son union avee an aeide qui le rangit. Dans ce cas» la féaille, an lien de prendra une eenleur jaune par * ^altération de la chlorophylle, prend nne coloration rouge.

¥ La couleur rouge dans les feuilles n'est pas toujours le résultat de la préseuce d'un acide, soit que ce dernier ait agi sur le bleu , soit qu'il ait rouiîi le principe colorant jaune pâle des feuilles. La matière rouge des féuUles, ou ïerytrophjfUet peut aussi dépendre de roiygénation du principe jaune ou de la xanthophylle.

5* Les matières colorantes blene et jaune, et surtout la première, se trouvant souvent, lorsqu'elles sont isolées, à l'état liquide ou de dissolution, doivent se porter, dans ce cas, vers la surface de la piaule par la transpiration aqueuse, et par cela même elles doivent se foncer en couleur ou se concentrer dans les cellules immédiatement aous-jacentes à Tépiderme, où on les rencontre habituel* lement et où elles peuvent encore subir l'influence de Toxygèoe.

6* Quoique les sucs colorés existent généralement dans

les couches cellulaires les plus superficielles où la cbleropliylle est rare, ils peuvent cependant provenir de cellules plus profondes et avoir être amenés par l'endosmose vers la périphérie do végétai.

7* A mesure que les sncs ctdorés bleu, jaune on rouge «ppanisieiil dans les cellules des {larties herbacées, la chlorophylle diminue, et elle peutdisparattreenlîèreoient iorsque la coloration pétaloide devient très-iniense, comme dans les choux rouges.

8" La chlorophylle, pouvant donner uaissiuice, par sa décomposilioQ, à des matières bleues et jaunes, peut conœurir indirectement à la formation des couleurs des fleurs, comme à celles des leuilles colorées.

9" Les couleurs des fleura ne peuvent changer que d*après les variations dont le bien et le jaune sont susceptibles. Or, le bleu pouvant passer au rouge par les acides, les fleurs bleues pourront rougir, et, en outre, présenter toutes les couleurs qui résultent du mélange du bleu et du roui^'e; d'où uoe série de nuances ou de couleurs» appelée série eyanique,

â(f La matière colorante jaune pouvant rougir par oxygénation, et même aussi par les addes (témoin le suc jaunâtre de quelques cellules des feuilles du ebou rouge) , les fleurs jaunes pourront passer au rouge, et de plus revèiir toutes les couleurs résultant du mélange d» jaune et du rouge, couleurs qui consliluent la série xanlhique.

1 r La couleur rouge des deux séries est loin d'être la même, non-seulement quant k son origine, mais aussi quant aux variations de teinte qu'elle peut subir. Celle de la série xanthique est plus rare dans les feuilles que dans les fleurs. Cest le contraire pour le rouge de la série eyanique.

12° Les deux espèces de rouge , comme les deux cou-

leurs fondamentales , sont parfois réunies dans une même Heur, qui peut alors offrir toutes les variations de couleur imaginables.

Avant de terminer cette notice, je crois devoir faire remarquer que le bien ordinaire des plantes, 4}u'aTec la plupart de botanistes nous af ons désigné sous le nom dW t/uieyanê, ne sauraîl être eonfoodu avec le bleu de Tindigo ni avec celui du tournesol. Ces dernières matières bleuet n'existent pas tout formées dans les végétaux. Elles proviennent de substances organiques incolores, qui se colorent en bleu, en dehors de toute influence vitale, par de pures réactions cbîmiques qui en changent la composition; ce sont, en quelque sorte, des produits chimiques on artificiels. Aussi tout ce que nous avons dit plus haut des couleurs des plantes ne s'applique qu'aux couleurs naturelles à la plupart des végétaux vivants et non pas à toutes les matières colorantes organiques employées dans Fart du teinturier. Celles-ci sont généralement des substances organiques spéciales, produites par un petit nombre de végétaux, et qui, quoique dérivant peut-être, dans certains cas, des matières colorantes ordinaires, en diffèrent néanmoins par leurs propriétés et par une composi* tion chimique mieux définie.

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