S^ DE 1812 A
BONNET — WOLF — NECKEL — CEnUTTI — RATIIKE — ETIENNE GEOFFROY SAINT-HILAIRE — ELBEN-SERRES — BRESCMET — CRUVEILIIIER — MORGAGNI — aiAUSSŒR — BÉCLARD.
La période comprise entre ces deux dates a été remarquable par Tapparition des idées et des systèmes qui se sont emparés de la science et qui la dominent encore aujourd'hui. Le moment n'est pas venu de soumettre ces théories à une discussion approfondie qui doit les faire juger; mais il est impossible de ne pas les mentionner tout d'abord, pour qu'on puisse apprécier, chemin faisant, l'influence qu'elles ont exercée sur l'obsenation même, laquelle n'a pas cessé de fonctionner sous et malgré leur empire.
Ces doctrines sont au nombre de quatre : la première, celle de Bonnet, ou de l'évolution graduelle des germes; la seconde, celle de Wolf, ou du développement successif des organes ; la troisième, celle de Mcckel, ou des arrêls de développement y et finalement celles d'Etienne Geofl'roy Saint-Hilaire, d'Elben, de Serres, de Breschct, de Cruveilhier, de Morgagni, Chaussier, Béclard, etc. , ou des lésions anatomiquesy des actions mécaniques et des affections pathologiques (1).
Chacune de ces doctrines, en réunissant à son point dé vue un certain nombre de cas particuliers de monstruosité, a contribué à donner à l'étude des monstres un caractère de généralité philosophique, d'où est née la tératologie proprement dite. Mais celte généralisation prématurée et exagérée a eu aussi l'inconvénient de détourner les esprits de l'observation impartiale,
(1) £n résumant, cl pcrsonnifiaiil dans leurs représentants les plus autorisés, les principales tliéorics de la monstruosité, nous n'entendons pas faire Phtstoire de la tératologie, mais simplement riiistoirc clinique des difformités chez les monstres. Lorsque nous nous occuperons de la partie générale de ce travail, nous nous efforcerons de retrouver les origines de chaque ordre d'idées et de rapporter à chacun de ceux qui ont concouru à les mettre en lumière la part qui lui appartiçnt.
agrandie par Haller et Waller, pour y substituer des aperçus d'ensemble, peu propres à favoriser et à approfondir la vue réelle des objet». C'est ce qu'on aura maintes fois l'occxision de constater dans rétude de clinique historique que nous allons continuer.
Bonnet (1) et Wolf (2;, antérieurs à cette époque, ont plutôt raisonné sur les faits précédemment observés qu'ils n'en ont observé de nouveaux. Disons seulement que le premier, en conservant au travail d'évolution de l'organisme une impulsion d'ensemble à laquelle Blumenbacli avait donné le nom de nisus formativtis (3), a rendu le développement de chaque partie solidaire du développement de l'ensemble. C'est de cette manière qu'il a considéré la monstruosité. Dans cette doctrine, la difformité est absorbée par la monstruosité, comme toute partic de l'organisme normal l'est dans l'ensemble de l'organisme.
La doctrine de Wolf, en vertu du développement successif des organes et en partant du système nerveux médullaire (4), permettait, au contraire, de considérer à part le développement de chaque élément de la monstruosité, et par conséquent de chaque vice de conformation et de chaque difformité. Conséquence inductive de ses études et de ses expériences physiologiques sur le développement particulier des intestins, sa doctrine téralologique attendait de l'avenir unejustilication expérimentale qui n'est pas venue.
Il en a été à peu près de môme de la doctrine des arrêts de développementreprésentéeparMeckel,mais instituée an térieu rement par Bl urne nbach (5) . Cepcndan t, à rencontre de ses prédécesseurs, ce célèbre analomiste a commencé par l'observation des faits. On peut dire même que durant la première période, de 1812
(1) Bonnet, Coruidéralions sur les corps organisés. Œuvres, t. Ul.
{t) Wolf, De ortu motistrorum^ 177:2, iiovi corn. ac. se. Pelropol., l. XVU, p. 5C0.
(3) hLVUt^hkCU, Nuperœ observationes de nisu formatioo et generationis mijsierio. Gœliing., 1787, in4.
(4) Wolf, De formatione intestinorum.., aliisque parlibus embrijonis gallinacei nondum visis. « Pnmum meduUare syslema producitur^ ■ etc. Acad. scient., Petrop, 17G8, t. XII, p. 47:2.
(5) Méckcl lui-môme reconnaît, comme il suit, les titres de Blumenbach à cette création, t C'est principalement le célèbre Blumenbach qui a signalé l'analogie des « vicei de conformation dans certaines espèces animales avec les formes normales « dans des espcccs appartenant à d'autres classes. Noi-même j*ai cherché, dans
S9i DIFFORMITÉS CONCtNITALES
ù 1826^11 a préludé lentement et graduellement à âa théorie, ainsi qu'en témoignent les faits particuliers qu'il a publiés durant cette période. Nous allons le suivre pas à pas, depuis son Traité d*anatomie pathologique (iSM) (1), à travers ses Archives de i812 à 1826(2), jusqu'à son principal ouvrage Descriptio monstrorum nonnullorum (1826) (3), dans chacun desquels 86 trouvent des observations propres à montrer sa manière d'observer les faits, et des commentaires suffisamment expli-* cites pour faire comprendre et apprécier ses idées.
Voici une première observation empruntée à son Manuel d'anattnnie pathologique (4).
OBSERVATION XVII
MONSTRE ANENCËPHALE AVEC DIFFORMrfÉS ; MECKEL, 1813.
SOMMAIRE.— Dettruotion compléta da o«rvMiQ rédtiit à im mtOBUi rougoâtrt. — Destraotlon partièUe de la moeUe, réduite dans tonte sa longnenr à nue lame. — Inonryation oonsldérable de la région œrricale, ren^ereement extrême de la tête en arriére. -> Ck>nrburee moltiplee de l'épine.
Le fœtus qui fait Tobjet de cette observation est âgé de sept à huit mois. Il appartient au sexe féminin.
La face, au lieu de regarder en avant, est tournée en haut et la base du crâne en arrière, se continuant dans le même plan que la colonne vertébrale. Les oreilles sont situées immédiatement au-dessus des humérus, et le menton est placé entre les extrémités supérieures de ces deux os. Il n'y a pas la moindre trace d*un étranglement indiquant le cou. La base du crâne, dans sa moitié postérieure, qui est de beaucoup la plus grande, est exclusivement recouverte par le périoste, et par conséquent on y voit les nerfs crâniens parcourir librement leur trajet avant de percer cette membrane. Mais
■ quelques publications spëcialesi et surtout dans mon Anatomie pathologique^ à
■ établir le parallélisme le plus complet possible entre tous les Tices de conforma- » tion chez rhomme et certaines fbrmes normales de certains animaux. • (Meocel, Arek, fUr tmatomie und phonologie, 1826, t. I, p. 303 et suiv.).
(1) Meckcl, Handbuch der pathologischen anatomie. Manuel d*inatomie pathologique, par Jean-Fred. Meckel, prof.d*anatomieàrUni¥ersité de HaUe. Leiptig, 18K. ^ (S) MiCKEL, Archif anatomie und phgtiologie, 1812 à 1828. ~ (3) Mbckcl, Descriptio monstrorum nonnullorum cum corollariis anatomico-physiologicis ; accédant tabula mntm VI. Upsiœ, 1826. — {A) T. I, p. 196.
en avant existe une masse rougeàlre composée de tissu cellulabe et de membranes difficiles k démêler. Cette masse s'implante sur la portion orbitaire du coronal par une base large de deux pouces, mais qui est très étroite d'arrière en avant. Tons les nerfs eràniens ae rendent de bas en haut dans cette masse et s'y perdent^ En arant elle se perd dans la peau, dont elle est cependant séparée par un étroit sillon.
En même temps toutes les verlèbres sont bifides jusqu'au sacrom, et la peau manque dans toute cette étendue* La peau qui borde le »pina* bifida est couverte de poils, comme de okwêwp, jusque vers la région sacrée* Là on la peau se termine, on voit commencer une membrane
mince, s'ctendant à la base du crâne aussi bien qu'aux vertèbres dor* sales et qui recouvre ces parties. Manifestement distincte du périoste, elle n'est que lâchement unie aux os, qu'elle recouvre en entier. Un examen plus attentif fait voir que c'est la dure-mère cérébrale et rachidienne ; car à partir du sacrum la peau, réunie des deux côtés, se continue sur la ligne médiane ; à cet endroit les arcs postérieurs des vertèbres se complètent au moyen d'une substance fibreuse ; la queue de cheval est renfermée dans un canal formé par cette même membrane, laquelle, immédiatement au-dessus du sacrum, se divise, comme le canal vertébral, s'épanouit en une seule lame membraneuse qui recouvre la face postérieure des vertèbres, et se continue de chaque côté avec les téguments. La masse membraneuse indiquée plus haut, et qui est implantée sur la portion orbitaire du coronal, oiïre à la vérité une longueur de près de trois pouces, et descend) en s'amincissant graduellement jusqu'aux premières vertèbres lombaires, mais n'adhère qu'en avant, comme nous l'avons dit, et ne communique ainsi nullement avec la moelle épinière, qui commence à paraître à partir de la région occipitale. La moelle ne se présente en cet endroit que sous forme d'une lame membraneuse, dans laquelle viennent s'insérer des deux côtés les nerfs spinaux. Les vertèbres lombaires ont leur épaisseur normale^ et par conséquent les raeines des nerfs se trouvent & une distance convenable ; mais tous les nerfs cervicaux et dorsaux ont leurs racines très rapprochées les unes des autres, étant toutes entassées dans un espace qui n'a pas tout à fait la longueur d'un demi-pouce.
L'occiput, ouvert en arrière, descend jusqu'au niveau de la pre^ mière vertèbre lombaire, mais se trouve recouvert par la peau. L'omo^ plate est abaissée jusqu'au mémo niveau. Il s'ensuit nécessairement que tous les muscles qui se rendent de la colonne vertébrale, de l'épaule ou de la clavicule, sont en partie ou trop courts ou offirent une direction toute différente ou bien présentent les deux à la fois. Sont trop courts tous les muscles qui se rendent de bas en haut k
rextrémité supérieure; sont changés dans leur direction ceuxqui, au lieu de se rendre verticalement de Tocciput àla clavicule, parcourent un trajet horizontal. Ceux qui présentent la réunion des deux conditions sont les muscles qui se rendent de haut en bas de Toccipital à la colonne vertébrale.
La disposition des os est très incomplète. Au crâne manquent totalement la portion postérieure de roccipital et la portion frontale du coronal. Les pariétaux manquent aussi presque en totalité ainsi qu'une partie de la portion écailleuse du temporal. La considération des formes de la tète en général et des os en particulier donnera une idée du développement plus ou moins parfait de chacun de ces derniers.
La tête en totalité du menton à Tocciput représente un arc dont la partie la plus culminante est formée par les frontaux et dont la moitié antérieure est formée par la face, dont la direction est presque horizontale ou du moins très peu oblique, tandis que sa partie postérieure est formée par la base du crâne, qui est dirigée verticalement en bas.
A partir de la mâchoire inférieure, qui dépasse de beaucoup en avant la supérieure, la face se dirige sans interruption en haut et en arrière. Le plan de la base de Torbite n'est pas vertical, comme de coutume, mais horizontal, parce que la partie existante du coronal, au lieu d'avoir une direction verticale et de se trouver juste au-dessus du bord inférieur de l'ouverture orbitaire formée par le maxillaire supérieur et le malaire, est couchée horizontalement et se trouve à un demi-pouce trop bas et trop en arrière. Les os du nez sont également horizontaux. Par contre, la portion orbitaire du coronal offre une direction perpendiculaire et n'a que tout au plus trois lignes de long; tandis que, dans l'état normal, chez les individus du même âge, cette longueur est de 8 lignes à i pouce. L'orbite, qui devrait avoir près d'un pouce de profondeur, n'a que 4 lignes, d'où résulte chez cet individu, et ordinairement chez ceux qui se trouvent dans les mêmes conditions, la saillie caractéristique des yeux. Un os lisse, long d'un demi-pouce, large de 2 à 3 lignes, offrant à peine une demiligne d'épaisseur, est uni à l'extrémité externe du coronal à gauche; à droite il y en a deux. L'un d'eux, long de 3 lignes, large d'environ 2 lignes, s'unit par suture au coronal, et à l'endroit où ils s'articulent, se trouve en dehors une petite pièce o&seuse, lisse, arrondie d'un
Fie. 66.
peu plus d'une ligne de diamètre. Ces pièces sont les représentants des pariétaux qui, dans les têtes normales du même âge, ont plus de i pouces de longueur et de largeur. Au-dessous d'elles et un peu plus en arrière se trouvent les portions êcailleuses des temporaux, qui n'ont pas tout à fait un demi-pouce de long, sur 4 lignes de hauteur en avant et i lignes en arrière, et qui présentent ainsi environ la moitié des dimensions normales. Ces deux os s'articulent en arrière par suture avec l'extrémité antérieure de la portion postérieure de l'occipital terminée en pointe, et qui diflere de l'état normal presque autant qu'aucun des qs décrits jusqu'à présent. La portion postérieure de cet os, qui, au moins chez les fœtus à terme, est réunie en une seule pièce, est ici divisée en deux parties, distantes de près de 2 pouces, et qui sont tellement déietées en arrière et en dehors, que leur face interne est devenue externe. La portion gauche a 1 pouce de long ; celle du côté droit est un peu plus longue, peut-être à cause du développement moindre du pariétal de ce côté. En arrière, où elles sont le plus larges, elles ont un demi-pouce ; en avant elles se terminent par une épine mince, longue de 5 lignes, qui s'unit au pariétal. Entre ces deux pièces se trouvent les portions latérales de l'os, qui se dirigent, non pas d'avant en arrière et un peu en haut, mais de dedans en dehors et de haut en bas, et qui sont beaucoup plus longues que d'habitude. La partie inférieure moyenne est normale, seulement un peu trop large. Le sphénoïde de même n'offre pas d'anomalie notable; mais les rochers offrent une direction exactement transversale, et sont par conséquent situés dans la même ligne, tandis qu'à l'état normal ils convergent d'arrière en avant et de dehors en dedans.
On peut voir, d'après cette description, que le crâne tout entier est comme tiré des deux côtés en dehors, et qu'il est devenu beaucoup plus large, mais qu'il a perdu en longueur ce qu'il a gagné en largeur.
La disposition de la colonne vertébrale est remarquable. Chez un enfant normal du même âge les régions cervicale et dorsale de la colonne vertébrale ont 3 pouces et demi de long; chez celui-ci, les mêmes régions mesurées en ligne droite, n'ont que 1 pouce i lignes. La cause de cette diminution est une courbure extraordinaire des vertèbres cervicales et dorsales. Les premières ont une direction entièrement horizontale, la face antérieure du corps tournée en haut, et par conséquent l'atlas presque entièrement en arrière. Au-dessus d'elles repose la partie postérieure du crâne, qui recouvre immédiatement leur face antérieure. Leur longueur totale est de trois quarts de pouce, et par conséquent sa longueur totale est de 1 demi-pouce moindre qu'à l'état normal. Les parties latérales des
M DIFFORMITÉS CONOiNITALES
cinq dernières eenricales se sont fondues de chaque eAté en une masse osseuse triangulaire, dont le sommet est dirigé en dehors et dont hi base s'implante sur les corps des vertèbres correspondantes. Goi rousses sont dirigées transfersalement en dehors. L'écartement dos sommets de ces masses latérales, qui devraient arriver presque en eontaet, est de plus d*un pouce.
La région dorsale de Tépine s'unit sous un angle très aigu avee la région cervicale. Cette région n'est formée que de huit vertèbres, avec un égal nombre de cètes; elle est la plus raccourcie, car elle devrait avoir environ i pouces 4 lignes, tandis qu'elle n'a que 1 ponee i lignes. Les parties latérales sont également fondues en une masse osseuse, qui de chaque côté oiïre la longueur de la région, mais qui ne se présente pas sous une forme triangulaire, qui est tout autant dirigée en dehors que dans la région cervi&le, et qui pour cela donne ansai an vertèbres plus d'un pouce de largeur. Les c^tes droites sont normales ; à gauche les quatrième, cinquième, sixième et septième sont soudées dans une petite étendue près de leurs extrémités postérienres. En outre, la sixième et la septième forment, dans leur partie moyenne, dans l'étendue d'un demi-pouce, un seul et même corps.
La longueur des vertèbres lombaires est, comme dans l'état normal an même âge, de 1 pouce 4 lignes. Leurs parties latérales sont écar* tées comme dans les régions cervicale et dorsale, ce qui leur donne également une largeur de plus d'un pouce ; mais ces parties ne sont point soudées entre elles. Le sacrum est normal.
D'autres organes, quoique non immédiatement intéressés, présen*» tent aussi quelques anomalies. Chez un fœtus petit et plus jeune, les ovaires ont plus d'un demi-pouce de long, tandis que chex celui-ci ils n'ont pas même 5 lignes. Dans un fœtus normal, les capsules surrénales ont trois quarts de pouce de long et de large, tandis que chez celui-ci ces corps n'ont que 4 lignes dans un sens et i dans l'autre. Les reins du fœtus normal ont un demi-pouce de long, tandis que chez celui-ci ils n'ont que trois quarts de pouce, et leur largeur est moindre dans la même proportion.
Celte première obsen'ation de Meckel prouve surabondamment qu'il n'avait pas encore, au moins d'une manière réfléchi^, Tidée de la doctrine qui Ta conduit plus tard à chercher ditna les dis* positions de chaque monstre la représentation des dispositions embryogéniques arrêtées dans leur développement. II a décrit
avec mioiitie les particularités caractéristiques de la forme anormale du monstre, ne se préoccupant encore, comme il l'a dit, que de la forme des parties^ qui avait à ses yeux une grande signification.
On fera remarquer en outre que ïfeckel n'avait jusque-là aucune idée du rapport réel des déviations de l'épine avec là monstruosité, et encore moins de l'eitrème brièveté des muscles spinaux avec l'incurvationi cervico^dorsale et avec la sotidut^e des corps vertébraux dû sujet monstrueux,
te silence de l'auteur à l'endroit de l'état des membres supérieurs et inférieurs, ne doit rien faire préjuger sur l'abience ou la présence de difformités dans ces membres, eellean» n'étant pas nécessairement liées, ft ses yeux, à l'erganisatioii de la mons^ truosité.
Voici maintenant comiment Heckel envisageait en i 81 2 Tensemble objectif de la monstruosité et des anomalies qui la com« posent, dans leurs rapports avec l'époque embryonnaire où elles avaient pu se développer (t).
< La forme des organes est d'une signification pins Importante et plus générale que leur texture, parce que tous les organes, même ceux qui plus tard présenteront les différences lés plus frappantes, apparaissent d'abord sous la même forme et sont la répétition du même type. Le corps de Tanimal, tout entier, présente d'abord le type primordial. Aussi la forme est-elle le premier fait qui attire Tattention de Tanatomiste. Ajoutons que les déviations de la forme normale sont les premières à se manifester, et que plusieurs d*entre elles ne peuvent avoir lieu que dans les premières périodes de la vie embryon* naiie, tandis que les changements de texture ne se manifestent de préférence que dans les périodes ultérieures de la vie. En outre, ces dernières sont des états plus complexes que les premières, et plus éloignés de l'état normal. Ceux-ci atteignent toujours une partie intégrante de Torganisme, existant dans Tétat normal, quel que soit son degré de déformation, tandis que les altérations de texture sont ordinairement constituées par des parties de formation nouvelle, occupant la place d'organes primitivement normaux, chassés, refoulés, remplacés par la substance nouvelle. Enfin, les déformations sont en même temps des états anormaux plus simples, parce que les conditions déterminantes de la forme sont seules affectées, tandis que les
(1) MccKEL, Manuel étanat, paiholt t. t, Uvre I. Leipiig, 1812.
dégénérescences de tissus n*aiïectenl pas seulement la texture, mais en général aussi la forme des organes.
» C*est par ces motifs que je commencerai par Thistoire des déviations de la forme. A cette classe appartiennent toutes les conditions anormales considérées sous le point de vue du nombre, de la dimension, de la situation, de la division de parties normalement réunies et de la soudure de parties qui doivent être divisées, etc.
» Les causes éloignées de ces conditions anormales sont très différentes, quoique le résultat de ces causes, c*est-à-dire Tétat des organes déformés, soit exactement le même pour Texécution des fonctions.
» Il s^agit donc de savoir s*il ne serait pas plus méthodique de considérer ces conditions comme le point essentiel, et le mode de développement de ces difformités comme accessoire ou vice versa? En gêné" rai; il n'y a aucun doute qu*il ne faille répondre par Taffirmative à la première question, et la plupart des auteurs de nosologie aussi bien que d'anatomie pathologique procèdent d'après ces principes. Cependant les vices de conformation originels diffèrent trop de tous les autres pour qu*on ne soit pas obligé, du moins en anatoniie pathologique, de faire deux grandes sous-divisions, dont la première comprend les vices de conformation congénitaux et la seconde ceux qui surviennent après la naissance. La nature des deux ordres est, il est vrai, comme je Tai déjà indiqué, la même pour la forme et les fonctions ; mais la cause immédiate de cette forme est tout à fait différente, en ce que la difformité congénitale est le résultat d'une direction anormale de la force formativey tandis que la difformité postérieure à la naissance résulte, ou bien d'une influence toute mécanique, ou est au moins le produit d'un tout autre travail.
» Il n'est pas, à la vérité, toujours facile de déterminer dans un cas donné de difformité, si elle est congénit<ile ou si elle est survenue plus tard, d'une manière mécanique ou dynamique, et les considérations générales sur les difformités natives feront voir que plusieurs auteurs admettent qu'il n'y a pas, à proprement parler, de difformités congénitales, mais que toutes les difformités ne diffèrent que parce qu'elles se sont montrées à des époques différentes; mais comme j'ai l'espoir de prouver le contraire, j'ai cru devoir adopter la division de cette première classe de difformités.
» Mais quelles sont les anomalies de forme que l'on peut compter parmi les congénitales et lesquelles parmi les acquises ? La vie de tout organisme complet se divise en deux périodes, la première, comprenant la période qui s'écoule depuis sa première origine jusqu'à la naissance, époque où il est mis en rapport immédiat avec le monde extérieur et où il ne se nourrit plus aux dépens des sucs nourriciers fournis par la mère; la seconde, qui s'étend depuis la naissance jus-
CHEZ LES MONSTPiES, LE FOETUS ET L'ENFANT. 301
qu*à la fin de son existence. Les anomalies de forme qui aiïectent Forganisine dès la naissance sont désignées sous le nom de vices de formation (Missbildungen), et cette dénomination implique Tidée que l'organisme ou Torgane déformé s'est développé comme tel (1).
) Mais faut-il borner Torigine des vices de conformation à la période fœtale ? Au premier abord il paraît que Ton doive répondre en tout par Taffirmation ; mais un examen plus attentif y apportera nécessairement plusieurs restrictions à cette manière de voir.
1 Quoique, par exemple, la plupart des anomalies pures, produites par une activité spéciale de Torganisme, remontent à la période embryonnaire, on ne peut cependant assigner avec une grande exactitude cette période à une grande classe d'anomalies, celles qui consistent en une hypertrophie simple. A chaque espèce, aussi bien qu'à chaque âge, appartient une certaine mesure de développement pour le corps en général, aussi bien que pour chaque organe en particulier. A cette mesure correspond un certain degré d'énergie vitale, degré qui se manifeste par la qualité et la quantité de ses fonctions. Mais il arrive assez souvent que le corps tout entier ou un organe isolé, ou tout un système d'organes, se développent subitement à un degré tel que les limites de Vâge ou de Vespèce sont de beaucoup dépassées, quoique non seulement jusqu'à la naissance, mais encore dans toute la période précédente de la vie intra-utérine, les proportions fussent normales. A cette catégorie appartiennent les cas de maturité précoce, de naissance prématurée, de taille colossale, d'excès de développement de certains organes isolément. Ces cas sont évidemment des vices de formatioUy parce que leur principe consistant en une augmentation irrégulière des forces végétatives, est évidemment le même, qu'il se manifeste avant ou après la naissance. Peut-on leur donner le nom de maladies ? Mais ce ne sont pas des maladies : ce ne sont que des produits d'une maladie qui réside précisément dans cette angmentation de la force végétative. Tous les vices de conformation, de même que toutes les dégénérations et toutes les déviations quelconques se rattachent ainsi à une même origine, à une direction anormale de la force végétative (2).
) Même dans les déformations qui sont ordinairement occasionnées par influence mécanique du dehors, et dans la production desquelles l'organe déplacé est seul plus ou moins affecté, on voit quelquefois encore Tinhuencc de la force végétative, comme on le verra, par exemple, dans le chapitre des Hernies. Il est vrai que celles-ci se développent en général sous les influences mécaniques; mais il n'est
(1) Doctrine des germes anormaux; distinction faite par Mcry et Winslow, à roccasion de la première définition de Vexomphale; voy. p.ti'i, (i) C'est un dernier reflet de la doctrine de Blumenbacbi du nisiu formalivHS.
a02 DIFFORMITÉS CONGtMITAU»
pas rare de voir certains organes se déplacer par suite d*un mouvement spontané qui les conduit eq dehors de leur cavité.
> Quelles sont par conséquent les aberrations de forme que Ton peut ranger 4ans la classe des vices de conformation originels on vices de développement^ et quelles sont celles qui ne peuvent j être dassées?
» L'espèce d*anomalie parait seule déterminer la place qu'elle doit occuper. Il y en a quelques-unes qui ne peuvent se développer qit*à répo<|ue où l'organisme est encore à sa première phase de formation^ oà chaque organe prend une forme déterminée, et où par conséquent il peut prendre toutes sortes de formes. Une fois qu'il a pris une forme déterminée, il peut encore augmenter, diminuer et subir diterentes modifications sous l'influence d'impressions mécaniques; mais ce qu'il y a de caractéristique dans la forme qu'il a prise dans le principe, ne peut plus être enlevé par aucun agent, quel qu'il puisse être, parce qu'il est impossible qu'il se rétablisse une' nouvelle forma* tion fnmii\ye{BUdung8'Proceês)kVeiiie de laquelle une partie absente puisse être remplacée, une forme vicieuse rétablie, une situation anormale changée en situation normale. C'est cette classe d'aberrations de forme qui constitue les vices de formation originels ou les défauts de formation primitive.
» Par contre, il y en a d'autres qui peuvent survenir i toutes les périodes de la vie, leur origine ne se trouvant pas liée avec le mode de développement de l'organe. A cette catégorie appartiennent notam^ ment les changements de la masse de certains organes ou du corps entier. Elles établissent une chaîne non interrompue avec celles qui surviennent presque toujours après la naissance, et qui doivent ce développement tardif à ce qu*avant la naissance les conditions médiates ou immédiates de leur production manquent. Ces anomalies consistent spécialement dans des changements de rapport, de situation des organes, et des rapports des différentes parties d'un système entre elles et avec les parties voisines.
> Par conséquent toutes les formes qui sont si étroitement Kées à la première période de développement de l'embryon qu'elles ne peuvent avoir été produites que dans la première période de formation de l'embryon, on du moins avant le parcours complet de toutes les phases de développement des organes respectifs^ seront eitaminées par moi dans ce premier volume et dans la première partie dil deuxième sous le nom de vices de développement. C'est pourqU(îi Je «'en vais commencer par aborder l'cxposîtiort des conditions générales les plus remarquables. 9
Ce passage importanl est une date. Il prouve, comme nous Favons dk plus haut, que l'auteur n'était pas encore arrivé à la conception générale de sa théorie. Cependant il n'est pas sans intérêt de faire ressortir son insistance sur la signification qu'il attribue à la forme^ comme élément cai^actéristique de l'origine et de la nat^^e à^ vices de co&farmation et des difformités congénitales. C'est une sorte d'acbemâemefit A traders les idées de Blumenbach et celles de du Verney et de Winslow, à la doctrine où la forme deviendra pour lui la représentation caractéristique permanente d'une certaine disposition embryogéniquc extérieure correspondante.
Une seconde observation de monstruosité, d'une date postérieure, va montrer tout à la fois comment il considérait les difformités chez les monstres à cette époque, et jusqu'où sa doctrine commençait à se refléter sur sa manière d'observer et de décrire les faits.
OBSERVATION XVIII