DU 112 NOVEMBRE
ÉVÊCHÉ DE RENNES
MM. Louis-François de Rohan Chabot, vicomte de
Rohan, Francois-Isac du Boispéan, Jean-Auguste du Boispéan de la Pillardière, Charles-Pompée Bertaut du Hartray, Michel de TEpinay Villegerouart , François de TEpinay Villegerouart, capitaine au
régiment de Navarre, Jean-Marie Robineau et du Plessis père, Charles du Chatelier,
Charles-Bonaventure Louail delà Saudrais, Louis Tranchant ,
Eustache de Rosnyvinen de Camaret, François-Augustin Hay de Tizé, Etienne-Elisabeth de Grimaudet de Gazon, Toussaint de Francheville de Pélinec, René- Bernard de la Ferrière de Lantivy, Julien-Augustin Borel de Bouttemont, René de Kerboudel de la Courpéan , Julien-Joseph Pinczon du Sel des Monts, André de la Motte des Vaulx , Aimé-Germain de Francheville, Marc-Antoine-Hubert de la Massue, Huchet, chevalier de la Besnerays,
cette captivité me fera faire un? escapade, mais ce ne sera pas pour Monsieur le comte de Rével ; oui, monsieur, c'est non-seulement monsieur, mais c'est Monsieur le comte de Rével. Nous ne savons ce que c'est dans cette province que de nommer quelqu'un sans titre, cependant nous nous oublions quelquefois et nous l'appelons Rével, mais c'est sous le sceau de la confession, etc. » M. de Coulange disait que les enfants du Parlement de Rennes naissaient tous marquis et comtes.
MM. Paul de la Blinaye, René Gaschet Duval, Michel Mellet de la Tremblaye, Pierre-Jean Grignard de la Hunaudière, Théodore de Ravenel du Boistilleul, Guy Léziard de la Lézardière, Armand de la Fond, capitaine de grenadiers, Joachim Ferré de la Villesblanc, Pierre-François Prévost de la Pailaire, Joseph-Gilles Pioger, Gharles-Louis Liézard, Joseph Hyrel de Ghoisy, Glaude Picaud de la Pommeraye, René Prioul de la Rouraye, Pierre de Kergrist , Armand , comte de la Blinaye, Hyacinthe du Boisgueheneuc, François-Jean-Martin de PHermitage, Nicolas-Chrétien de Brilhac, Guy du Han ,
Joseph Huchet, vicomte de la Bédoyère, Hyacinthe Pioger, chevalier de Chantadreuc, Charles de la Moussaye,
Jean-Baptiste de Racinoux de la Glochais, capitaine de sapeurs , René Pinczon du Sel des Monts, Jean-Baptiste du Breil de Retz, Guillaume-Claude de Teil Guyet, Jean-Baptiste de Racinoux, Jean-Eustache de Lys.
ÉVÊCHÉ DE NANTES
Louis-Sévère Le Vay de la Fleuriais, Pierre de Cadaran de Saint-Maur,
MM. Pierre de Cornulier du Vernay, Joseph de Carheil , Martial de la Forest, Guy-Julien Le Sénéchal de Trédudé, Charles de Pontual de Besson , Jean-Baptiste Chomart des Marais, Hiérôme de Trévelec du Leslé, Joseph de Mellient,
Jean-François Ménardeau de Maubreuil, François- Alexandre Le Coutelier de Penhoët, Louis Houet de Kercheu , François de Tlsle de la Nicolière, François-Henri du Maz, Jacques Fleuriot de la Fleurières, Louis de Soussay, Jean-Baptiste de Pontual, chevalier de Tordre
militaire de Saint-Louis , Pierre-Claude de Bruc du Cléray, René-Hubert delà Massue, François Mouraud de la Sauvagère, Joseph des Vaulx , Antoine Espivent de la Villeboisnet, Le Lou de la Mercredière, De TEspinay de Briort, Jean-Baptiste de Tanouarn de Calac , Michel-Abraham de la Chevière de Pontlouet, Jean-Charles Le Flo de la Haye de Trémélo , René Biré de la Sénaigerie, Pierre de Bec de Lièvre, comte du Bouëxic, Pierre-Louis de Bruc de Beauvais.
ÉVÊCHÉ DE VANNES
François de Montigny de Kerisper, Pierre-François Dondel du Faouëdic;
MM. Etienne Couessin de Kerhaude,
Charles- Philippe-Michel de Carmoy, Guy-Anne-Jules Goyon de Goyon , Philippe Couessin de la Béraye , Louis-Jules-Hercule de Francheville de Bois-
Ruffié , Jean-Baptiste du Botdéru, Pierre-Dominique Huchet de Villechauve, Jean-Marie delà Bourdonnaye Boisry, Vincent-Charles Guihart, René de Sérent père, Joseph de Sérent fils, Clément Gouro de Pommery, Guillaume Fournier de Pellan, Louis-Joseph de la Houssaye, Yves du Parc de Keryvon, Cyr-René-Marie de la Souallays, Joseph-Gabriel Le Métayer de Kerdaniel, René Huchet delà Béneraye de Penbulzo, Jean-Victor de Marnières , François Deno du Pasty, Gille Gouyon de Coipel , Louis Moraud de Déron, Claude de la Chevière de la Gaudinaye , François de Visdelou de Bonamour, lieutenant
du Roi à l'île d'Oléron, Nicolas-François du Plessis de Grenédan , Jean-Joseph de Talhouet Boishorand.
ÉVÊCHÉ DE QUIMPER
François de Penandref, Sébastien Mahé de Kerouan.
ÉVÊCHÉ DE LÉON
Toussaint Le Bihan de Pennelé,
MM. Prigent- Marie de Kersaintgilly, chevalier de Saint-Gilles, Guy-François de Saint-Gilles de Kersaintgilly , Gabriel de Kergus de Troffagan , Rolland-François de Kermainguy de Saint- Laurent.
ÉVÊCHÉ DE TRÉGUIER
Gabriel Pinart de Cadoalan, doyen, Alexis-René de Goëtmen , Pierre-François de Launay, Charles-Maurice du Halgoê't de Luzuron, Isaac-Toussaint Garjan de Kerversault, François Le Gac de Lansalut de Kerhervé, Jean-Baptiste du Parc de Kerret, Louis-François de Saint-Aubin, Saturnin-François du Bourgblanc, Toussaint-Gabriel de Kerourfil deTrézel, Joseph-Gabriel-Martin de Léon, Allain Le Borgne de Coëttivy , Jean-René de Kerret de Keravel, chevalier de
Tordre militaire de Saint- Louis, officier de
mousquetaires , Olivier de Kermel , Maurice de Kermel du Pouillerdo, Louis-Jean -Baptiste CJrvoy de Saint- Bedan , Guillaume de Kerguézec, Paul- Romain du Pérenno.
ÉVÊCHÉ DE SAINT-BRIEUC
Paul-Allain de Lesquen de la Villemeneust, Marie du Fresne de Goazfroment, Louis de Triac de Préby, Julien-Marie Gouyon de Pontbreuil,
MM. François-Marie de Lescoe't-Rouxel, Joseph- Jean-Marie de la Boullaye, Louis-François Le Berruyer, Luc-Hyacinte Le Berruyer, René-Joseph de Boisgelin , René-Bernard Urvoy de Troudelin , Pierre-François Le Mintier des Granges , Nicolas-Claude Loz, comte de Beaucours , Joseph Raison delà Villebasse, Etienne Nouvel du Perron, Guillaume du Bouilly de la Morandais, Hiérôme Thomas de laCaunelaye, François-Marie de la Lande de Calan, Joseph-Marie de Bellingant de Crénan, De Talhouët de Trégomart, Claude de Kermarec de Traurou , René Milon des Landes, Joseph Berthelot du Gage, Pierre Berthelot de la Villesiou , Jean-Marc Bédée de la Bouëtardays père, Jean-Louis Berthelot du Gage, Olivier Poulain du Tramain , Toussaint Hersart de Kerbaul, Luc-Hyacinthe Le Berruyer du Tertre, Claude-Gabriel de Kergonant de Stuer , René de Fontlebon , Louis-Marcel Berthelot de Saint-Islan, Melchior le Vicomte de la Moissonnière, François Visdelou de Saint-Quéreuc, Ange-Annibal de Bédée de la Bouëtardays, Sébastien de Courson , Ange Geslin de la Ville-Solon , François Le Marc le Veneur de Beauvais, Jean-Baptiste Brunet, chevalier du Guillier,
MM. Gabriel-Emmanuel Milon de Bellevue, Jean-Baptiste Auffray du Guéhambert, Jean-François Le Veneur de Villeneuve, François-Joseph de la Haye du Quartier , Etienne Rouxel du Perrond , Charles-Yves Thibault, comte de la Rivière, François Brunet du Quillien, Michel- François de la Goublays, François Le Métaè'r du Hourmelin, Joseph Thibault, marquis de la Rivière, Jacques du Rocher de Saint-Riveul père, Claude de la Lande de Caian père, François- Marie de la Lande de Calan aîné, Louis-Philippe Le Corgne de Launay, Claude-Joseph Kermarec de Traurou fils.
ÉVÊCHÉ DE SAINT-MALO
Louis de la Forest,
René-Jacques Busnel de Montauray,
Yves Le Roi de la Trochardays, Anne-Charles de Cahideuc, chevalier du Bois
de la Motte, Jean-François de Trégouet, René L'Advocat de la Crochais, Claude L'Ad vocat, chevalier de la Lande Crochais, Jacques Scot, Joseph Scot,
Georges de Fernande de la Villescerfs, Joseph de la Villescerfs de Fernande fils, Louis du Chatel de la Rouraie, François de Vaucouleurs, René de Vaucouleurs, Jean-Baptiste de la Villelouays, Louis-Mathurin du Boishamon,
MM. René des Salles du Coudray,
Léon du Breil, chevalier de Pontbriand ,
Joseph-Mathurin Le Provost de la Voltais,
Marin-Joseph de Derval de Kerbra,
René- François Ferron de la Pironnais,
Paul de Volvire,
Anne Botterel de la Bretonnière , gouverneur de
Dinan , René Maudet de Bénichel, Gilles de Forsans de la Morinière , René-Joseph Troussier de Rougé, Pierre-François de Coaridou , Jean- Baptiste- René comte de Saint-Gilles, Victor de la Moussaye de la Villeguérif , Pierre Chaton ,
Jean L'Advocat de la Grochais , René-Julien de la Bouëxière, Julien-René de Bégasson de la Lardais, Mathurin de Trégoët , Jean-Baptiste-Joseph de Vaunoise, Emmanuel-Marie de Coëtlogon, François-René de Bégasson, André du Guiny, Jean-Baptiste Gouyon de Launay, Bonnabès Le Bel de la Gavouyère, Alexis du Bois de la Villefily, René-Marc Le Moenne de Launay, Joseph-Guy Thomas de la Caunelaye, Jean-Gilles de Racinoux de la Hazardais, François du Vauferrier, Julien Cheville de Vaulérauit , Nicolas Huchet de Pleumeleuc , Jean-Baptiste de Langan , Mathurin de Langourla ,
MM. Malo Blanchard de la Buharaye, Louis de Saint-Méloir, Urbain Dibart de la Villetanet , Jacques Ravenel de Monterfils, François-Mathurin de Nourquer, Pierre de Laubrière, Joseph de la Landelle, Pierre de Margaro , Jean-Baptiste de Bellouan , Christophle de Tanouarn , Guy-Louis de Rollon , Bernard de la Haye de la Gontraye, Bertrand Botterel du Plessix, François Brunet du Moulin Tizon, François Geslin de Coascouravan , François Martin de Montaudry, François de Farcy de Saint-Laurent , Armand-Henri Fabroni de la Garoulais, Nicolas Troussier de la Villagan, Joseph du Rocher de la Villeneuve, Riou des Gravelles de Brambuan, Joseph-Achille-Yves de Lauzanne, François- Anne de la Monneraye, Louis-René du Boberil, chevalier du Moian, Louis-Rolland du Noday, Claude-Guy Hamour de Gaslan , René Gouro, chevalier de la Boullais , François-Eustache Rogier du Creux, Joseph Huchet, vicomte de la Besnerais, Etienne-Marie de Saint-Malon , Barthélémy de Robelot, Yves-Alexis Pasquier de Villeblanche, Charles- René Rolland, François du Boisrobert,
MM. Louis de Coëtlogon, Alexandre du Bouê'xic, Henri Hingant de Saint-Maur, Joseph Gautier de la Sauldraye , François du Bouê'xic, Hyacinthe Pasquier de la Villeblanche.
ÉVÊCHÉ DE DOL
Pierre- Hyacinthe du Fournest, François-Julien de Trémigon , Joseph-Marie de la Haye d'Andouillé, Malo Blanchard de la Buharays, Charles-Guillaume de la Cornillère, Julien-Judes de Brunet de Montlouet, Luc-François de Brunet de Montlouet, Pierre-François Hingant de Toullan , Marie Hingant de la Guichardais, Jean-François-Xavier de Québriac, Marc- Antoine de Trans de Boisbaudry, Mathurin-François Le Bel de Penguily, Hyacinthe Hingant de la Tremblaye, René Huchet de Quénétain, René de Saint-Gilles de Ville-Claire, Etienne-Sébastien de Saint-Meleuc, François-Toussaint Boulleuc de la Villeblanche, René de Saint-Gilles,
Henri-François de Guéhenneuc du Boishue, Charles-François de Guéhenneuc de la Ville-
durand, François Dubreil de la Herpedaie.
ÉVÊCHÉ DE RENNES
Pierre Le Nyer,
François Quinement de Keralio,
MM. Pierre du Plessix d'Argentré, Paul Chupin de la Guitonnière, Pierre-Georges de Vaucouleurs de Lanjamet, Jean-Charles-Michel de Farcy, Hiérôme Le Maître de la Hay de Nos, René de la Villegontier, officier d'artillerie de
Saint-Malo, Jean-François Massac de la Rambaudière, Gabriel Le Hardeux de la Nourière, Claude-François Piedeloup, Jean-Louis-Joseph de Kerret, François-René de Saint-Gilles Durantais, Gaston de Rosnvvinen, Jean-Baptiste-Marie Des Vaulx, Charles-François-Annibal de la Motte, Jacques-Marie-Guy delà Motte Fouqué, Gédéon-Henri du Bouays , Louis-Pierre Visdelou, Hiérôme Champion de Cice, Louis-François de la Cornillère Dardennes, André-Marie-Gabriel LeCorsin de Chénesblanc, Jacques de Lézormel , Gilles-Jacques Quettier de la Rochette , Jacques-François-Augustin Pépin de Martigné, Jacques Busnel de la Touche, Charles- René de Tanouarn , Pierre Gascher du Tertre, Louis- Jean de Keraly, François Gesflot de Martigné, Michel Prioul de FEspinay, Laurent Daubert de Langron , François- René Guérin de la Grasserie, Jean-Judes de Saint-Pern, Pierre- François Guyet du Plessis,
MM. François-Charles de Martel.
ÉVÊCHÉ DE NANTES
Louis- Antoine Le Loup de la Biliais,
Pierre Picaud de la Pommeraye,
Alexandre Charette de la Gascherie,
François Besné,
Jean-Baptiste de laFilochais,
René-Charles de Marques de la Contrie,
Georges Briand ,
Maillard du Bois Saint-Lys ,
Pierre de Barberé,
Henri-Laurent de Guéhenneuc,
Prosper de Bruc, capitaine au régiment de
Bresse , Jacques de Bruc, René de la Barre du Cbatelier, Augustin Bitault du Plessis, Jean-Pierre Charbonneau, Pierre Goday du Perray de Chatîllon, Sébastien de Bruc, Joseph de Gouvello de la Cormerais, Gabriel de Trévelec, Jean-Baptiste de Saint-Apleton, René Freslon de la Frelonnière , Pantin de la Guère, Claude de Lesquen, Louis-Armand de Bourigan du Pé, marquis
d'Orvault.
ÉVÊCHÉ DE VANNES
Jean-Guy de Carné de Trans, François de Champlais, François du Bahuno de Berrien ,
MM. Marie-François de Lessart de Kerdavy, Nicolas- Roland du Fou, mousquetaire, Gabriel Le Valois de Séréac, Pierre- Mériadec de Robien, Jean-Rolland du Fou, mousquetaire, Jean-Baptiste de la Chapelle, François-Mathurin de la Landelle, Olivier de la Houssaye, Marc- Pierre Dibart, Claude Gibon, chevalier du Pargot, Vincent-François du Bot, Victor de la Landelle, Etienne de la Souallays, François de Lescoët,
Philippe-François de Talhouët de Sévérac, Jean-Louis Goyon de Vaudurand, Jean du Bot du Grégo, François de Castel, Charles-Marie de Coué, Joseph du Plessix de Grenédan , Jacques du Bot, Pierre de la Haye, Gilles-Marie des Forges, René- Vincent de la Landelle, Jean-François de Visdelou.
ÉVÊCHÉ DE QUIMPER
René-Alexis Le Sénéchal, comte de Carcado,
Allain-Gilles Le Rousseau,
Joseph- Louis de Tréouret,
Guy-René Melon de Trégain,
Gilles-Yves du Menez, chevalier de Lézurec,
Charles-Louis de Penandref,
Jean-Marie de Penfeunténio,
MM. Jean-François de Keratry,
Joseph-Rolland du Loch de Saulx.
ÉVÊCHÉ DE LÉON
Allain-Louis de Guernizac,
Michel de Kercadiou,
Joseph-Yves Thépault de Breignon,
Joseph-François de Poulpiquet de Keremen,
Louis de Kerguz de Troffagan ,
Sébastien de Kerleau de Kerhuon ,
Gouesnou (Matthieu),
Jean, comte deSansay,
Joseph-Guillaume de Poulpiquet de Keremen.
ÉVÊCHÉ DE TRÉGUIER
Joseph-Marie de Lauzanne, Maurice-Louis de Quélen , Guillaume Geslin de la Courneuve, Alexandre-François de Rigolet du Drézic, Ollivier-Gabriel Le Borgne de Coè'ttivy, Benjamin de Coe'thloury, Joseph Le Gonidec de Toulborzo.
ÉVÊCHÉ DE SAINT-BRIEUC
Alexandre de Calloët, Herminiginilde du Merdy de Catuélan, Louis de la Villéon ,
Louis-Pierre de la Bouessière de la Villetanet, Claude-Charles Gouyon de Vaurouault , Toussaint-René de la Goublaye de Nantois, René-Yves de Lesquen de l'Argentais, François-René de Lesquen de l'Argentais, Jean- Vincent Gallays de Chateaucroc, René du Quengo de Tonquedec,
MM. Olivier Visdelou de Bonamour, Pierre de Lanoë de Coëtpern, Louis-François de Lorgeril , Jean-François Le Forestier de Pondu, Jean Geslin de la Villeneuve, Toussaint des Cognets de THopital, Charles des Cognets Villeroger, Félix-Bonaventure de la Goublaye , André-Bernard de la Goublaye, François-Guillaume Chatton de Tréveleuc, René-Yves delà Rivière de Beauchesne, René-François Berthou , Antoine Espivent de la Villeboisnet, Louis-Claude de la Villéon, René-François de Visdelou, chevalier de Saint-
Quéreuc, Claude-Anne de Beauchamps, Pierre Le Métayer de Runello, François Le Métayer de Vaubouè'xel , Claude de la Guerrande, Pierre Guillermo de Condest, Joseph-François Pinel de Beauchesne.
ÉVÊCHÉ DE SAINT-MALO
Gilles de Trécesson , ''eutenant-général des armées du Roi, chevalier de Tordre de Saint- Louis,
Anne-Joseph de la Motte de la Provotais,
Jean-Baptiste de la Motte du Portai,
Jean Gouro, du Pont,
François Baudran de Launay,
Robiou de Lupin ,
Emmanuel-Louis de Coëtlogon ,
François- René Rogier, comte du Crévy,
MM. Hilarion de Forsans du Houx, Alexis-Joseph de Forsans, Vincent Tanouarn du Ghatel, Etienne-François Le Vayer, Pierre-Jean Le Vayer, Charles-Louis Hubert de la Hayrie, Louis-Claude du Breil de Pontbriand, Marc-Mathurin Jousseaux de Marcille, Louis-Joseph Péan de Pomphily, Julien-Gilles Le Vayer de la Morandais, Claude-François-Lambert de Craon, Pierre-François de Derval de Lanoë, Amaury Doudart de Vauhamon, François-Louis du Breil de Pontbriand, Hyacinthe Thomas de la Caunelaye, Jean Labbé de la Villeglé, René de la Coiinaye, Maurice de Boisadam, Louis-Charles-Martin de Montaudry, Louis Huchet de Cintré, François-Henri Hudelor, Jean-Baptiste Jousseaux de Bréhoussoux, François-Eugène de Saint-Gilles Fosse-au-Loup, Claude de Meslon,
Jean-François Thomas de la Caunelaye, Louis du Bouëxic de Launay, Claude-Luc du Bouëxic de Guichen, Luc-Urbain du Bouëxic de Guichen , Pierre -Joseph de Gouyon de Launay, François-Joseph Gouyon de Launay fils, Pierre-Jean-Baptiste Gouyon, chevalier de Launay, Luc-François du Bouëxic de la Driennais, Yves Le Roi de la Rougeraye,
MM. René Le Masson , Laurent Rehault, Laurent Rehault fils, René du Thierry du Plessix, Pierre du Bouëxic, Marc Guéhenneuc de Saint-Léger, Cochard de la Bintinaye , Jean- Louis Le Deurou du Bois-Passematet, Jean de Gaudrion de la Grimaudière, Philippe du Bois de la Bécassière, Pierre Gouro de També, Mathurin-François de Chateaucroc, Jean-Louis, chevalier de Saint-Gilles, Jean-Jacques du Rocher, François Le Noir de Tournemine, Jacques Joseph Jousseaux de Bréhoussoux, Ange-Thadée de la Monneraye, Georges-Félix de la Monneraye, Joseph Grignard, chevalier de Champsavois, Jacques de la Motte de Vauvert, Urbain Piron de la Giguays, Henri de Bénazé, Gabriel du Rocher du Quengo, Jean-François Martin de la Villedurand.
ÉVÊCHÉ DE DOL
Jean Rallier de Berzamen, Louis-René -Joseph du Boisbaudry, René-FrançoisGuéhenneuc, chevalierde Boishue, Ollivier de France, baron de Landal, Joseph Troussier de la Gabetière , François-René Ferron de la Sigonnière, François de Gaudrion de Faverolles, Jean Coézard de Beaumont ,
MM. Jacques-Henri de Gaudrion des Salles, Ferdinand- François de Gaudrion, Ferdinand-Marie de la Hygourdais , Jean-Marie de Saint-Prix de la Jugandière, Gilles Huchet de Quénétain.
ÉVÊCHÉ DE RENNES
Hyacinthe de Gouasnon,
Jean-Baptiste Gillot,
Michel Gillot ,
François-Pierre Marot de Blaizon,
Alexis Huchet de la Besnerays, lieutenant de
vaisseau, François-Olivier Drouet de Boisglaume, Jean de Garmeaux, Pierre-François de la Motte Fouqué, Nicolas Charles-Roger de Varicourt, Gilles de Frontigné Guérin, Joseph-Amador de Montbourcher, Anne-Jacques Tuffin , marquis de la Rouerie, Annes-Gilles Guérin de Saint-Brice, Pierre Le Bihan de Keralo, Ignace, comte de Tournemine Hunaudaye, Jacques-Anne-Bernard de Kergrée , Joseph de Mellon,
Marc-Antoine de Trans du Boisbaudry, Jean-Michel Beschais de Garmeaux, Joseph Rogon de la Motte, Louis du Chatelier Bouëxière, Louis-Hubert Maillart, Nicolas-Rene du Cellier de la Souchais, Gabriel de Sarans de Soulaine, Joseph-Claude de Monty de Rézé, Mathurin Le Gouvello,
MM. Claude- Eugène, chevalier de Beauveau , Joseph du Rocher du Lettier, Joseph Le Long du Dréneuc.
ÉVÊCHÉ DE VANNES
François du Bot de Talhouët, Vincent Talhouët de la Grignonnais , Louis Le Mettayer du Poulpry, Alexis Le Gouvello de Kerantré, Clément Le Gouvello, Louis-Constance Fournier de Pellan, Hiérôme Botterel de Saint-Dinar, Jean-Marc Gallais de la Salle, François-Joseph de Kersauson de Vieuxchatel,
ÉVÊCHÉ DE QUIMPER
Guillaume-Jacques-Auguste du Boisberthelot.
ÉVÊCHÉ DE TRÉGUIER
Guillaume-Marie du Fresne.
ÉVÊCHÉ DE SAINT-BRIEUC
François-Marie du Rocher de Saint-Riveul, Etienne-Joseph Lesquen de Kerohan, Ton ~ain Visdelou de la Vi letkéart , Jean Visdelou de la Villethéart, François Rouxel de la Closture , Nicolas de Kerret,
François-Hyacinthe de Trémereuc de Lehen, Louis-François-Nicolas de Lorgeril.
ÉVÊCHÉ DE SAINT-MALO
Jean-Baptiste Robinault du Boisbasset , Joachim Robinault de Saint-Régent,
MM. Claude Ghevré du Boiscouëlan , René Maudet de Saint-André, François Le Bouteiller du Perron, Joseph-Hyacinthe de Chateaubriand, François-René de Saint-Gilles, Jules Coëzard de Saint-Pern, Jean-René Le Vayer de Quédillac, Louis Jéhannot de Penquer, Jean Jocet ,
François Joseph Le Chauff, Pierre-Colas du Tertre.
ÉVÊCHÉ DE DOL
Ollivier de Fiance de Landal, Augustin de la Haye, Jean-François de France de Coê'tcantel, Yves-Bonaventure Le Forestier, Louis-Julien de Gaudrion.
ÉVÊCHÉ DE RENNES
Adrien de Colybeaux, Christophle Jeunesse de la Rivière, Emmanuel-Auguste de Cahideuc, comte du Bois
de la Motte, François-René de Keraly, Louis Picaud de la Pommeraye.
ÉVÊCHÉ DE NANTES
Hilarion du Lettier.
ÉVÊCHÉ DE VANNES
Charles Guériff, François-Marie du Fou, Joseph-Anne-Marie Maudet de la Briaye.
ÉVÊCHÉ DE QUIMPER
MM. Mathurin-Robert Hamon du Costier.
ÉVÊCHÉ DE LÉON
René-François de Coëtlosquet.
ÉVÊCHÉ DE TRÉGUIER
Jean du Hallays.
ÉVÊCHÉ DE SAINT-MALO
Amaury de Villeneuve de Pontcallec,
Louis Ferron , chevalier du Quengo,
Jean-François d'Andigné,
Joseph-René de Bégasson,
Jean -Baptiste- Joseph Provost de la Tourandais.
ÉVÊCHÉ DE QUIMPER
Julien de Kereliot de Kerret, Jean-Yves de Kereliot de Rumelin.
ÉVÊCHÉ DE RENNES
Anne Briand de la Villethébault , Charles-Marie du Plessix de Grenédan.
ÉVÊCHÉ DE SAINT-MALO
Jean-Baptiste de Lantivy,
Yves-René Le Douarin , chevalier de Lémo.
ÉVÊCHÉ DE RENNES
Guillaume-Joseph-Joachiin de Rosnyvinen, marquis de Pire.
ÉVÊCHÉ DE NANTES
Pierre Rouault de Tréguel.
ÉVÊCHÉ DE TRÉGUIER
MM. Jean- Baptiste de Grenan Perrien.
ÉVÊCHÉ DE SAINT-BRIEUC
Julien de Trémaudan.
Fait et arrêté en Assemblée des Etats, à Rennes, le 17 novembre 1736. »
Signé en la minute : f L. G., évêque de Rennes \ B. A. de Rohan Chabot, prince de Léon , et Bâillon.
Nota. — Les noms ci-après inscrits l'ont été par ordonnance de M. le maréchal duc d'Estrées, depuis la liste arrêtée.
ÉVÊCHÉ DE SAINT-MALO. MM. René-François Le Vayer de la Morandais.
ÉVÊCHÉ' DE LÉON
François-Gabriel, baron de Penmarc'h.
ÉVÊCHÉ DE NANTES
Jean- Baptiste Blanchard, marquis de la Musse.
ÉVÊCHÉ DE RENNES
François-Marie de la Bourdonnaye de Lire.
ÉVÊCHÉ DE VANNES
Francois-Marie Le Mintier de Léhellec.
ÉVÊCHÉ DE LÉON
Le sieur de Kermabon, officier de marine.
ÉVÊCHÉ DE TRÉGUIER
Paul-Marie-Bonaventure Le Hay du Plessis.
28w2 PROCÈS-VERBAL DE LA TENUE DE 1736.
ÉVÊCHÉ DE SAINT-MALO
MM. Jean-François Cadet de Bellevue, Le Voyer de la Vallée.
ÉVÊCHË DE TRÉGUIER.
Charles-Michel de Kerguiziau de Kervasdoué.
ÉVÊCHÉ DE SAINT-BRIEUC
Louis-Auguste Le Provost.
ÉVÊCHÉ DE TRÉGUIER
Louis du Boisboissel, garde du Roi (l>.
E>ix Tiers.
Messire Jean Bâillon, sénéchal de Rennes, président du Tiers.
MM
Rennes Bodin, syndic, premier député; Doré,
échevin, second député, et de Béchenec, lieutenant du présidial ; Harembert et de la Courbe le Moyne , conseiller au présidial , agrégés.
Nantes Barquistade, maire et premier député, et de Pleumangat, prévost et lieutenant-général de police, second député.
(1) De la disposition même de cette liste, il résulte que les gentilshommes allaient se faire inscrire à mesure qu'ils arrivaient; la liste était close le troisième jour, et, passé cette date , il fallait une autorisation spéciale du commandant en chef, pour pouvoir être inscrit.
MM
Vannes De Coëtdihuel, lieutenant, premier
député, et de la Guérinière Morin, maire, second député.
Quimper De Marigo, président du présidial,
député, en vertu d'ordonnance de MM. les commissaires du Roi, du douze de ce mois.
Saint-Malo.. . De Beauvais, maire, député.
Dol Laceron, sénéchal, député.
Rhuys De la Villehebert-Bissart , procureur
du Roi, député.
Brest Symon , maire, député.
Landerneau . . Labbaye, maire, député.
Lesneven De la Villerzouan, avocat en Parlement, député.
Guérande .... De la Porte, lieutenant, député.
Le Croisic. ... De Parc-Jumel Tanguy, maire syndic, député.
Lamballe De Launay le Corgne, alloué (J) et
maire, député.
Pontivy De Villegonan, sénéchal, député.
Trégnier Ménard, maire, député.
Hennebont ... De Villeneuve Laigneau, procureur
du Roi, député.
Morlaix Daumesnil, maire et lieutenant-général de police, premier député, et du Rumain le Minihy, ancien maire, second député.
Ploërmel . . .. Tuaud, sénéchal, député, et Charpentier, lieutenant, agrégé.
(1) L'alloué se disait, autrefois, du lieutenant-général du sénéchal ; c'est le titre que prit ensuite le premier juge.
MM
Giiingamp,. . . De Lespoulcalays, maire, député.
Josselin Hardouin , sénéchal, député.
Qiiimperlê. . . . De la Villeneuve- Auffret, bailli, député.
La Guerche. . . De la Mazurays Régnier, maire , député.
Châteaubriant. Du Breil du Chastelier, syndic, député.
Saint -Pol -de- Du Rotel, prud'homme, maire, dé-
Léon puté.
Quintin De Sourville, Nicolas, alloué, député.
Moncontour . . De Kerdu Bonnard, syndic, député. Concarneau. . . De Stangbihan, sénéchal, député.
Ancenis De la Sébillère Bore, syndic, député.
La Roche-Ber- De la Boissière Nerzic, maire, dé-
nard puté.
Vitré Du Bourg, maire, député.
Redon Mancel, alloué, député.
Dinan Du Fresne le Gaule, maire, député.
Fougères Du Chesnaye Beliesves, syndic, député.
Hédé Hervagault, sénéchal, député.
Malestroit . . . Dréhédino, maire, député. Mont fort Danet, sénéchal, député.
Tous les membres des Etats placés sur le théâtre, chaque ordre à sa place d'usage.
Et, à un bureau plus bas, étaient placés MM. les officiers des Etats, savoir :
Messire Charles-Elizabeth Botherel, chevalier, seigneur de Bédée, président aux enquêtes, procureurgénéral-syndic des Etats;
Jean -Baptiste-Simon Boyer, écuyer, sieur de la Boissière, trésorier-général des Etats;
Noble maître François Odye de la Thibaudière, avocat en Parlement, et substitut de MM. les procureurs-généraux-syndics des Etats;
Et le sieur Godefroy Berthelot , premier commis des Etats.
L'Assemblée ainsi remplie, M. de Bédée, procureur-général-syndic, ayant représenté qu'il avait toujours été d'usage de députer vers MM. les commissaires du Roi, pour les prier de venir faire l'ouverture des Etats, après qu'il en a été délibéré,
Les Etats ont, à cette fin , nommé et député :
<Z)e V Eglise. — MM. les évêques de Nantes et de Tréguier; MM. les abbés de Beaulieu et de Lan vaux; et MM. Gouyon, député du chapitre de Rennes, et Gardaya, du chapitre de Saint-Brieuc ;
De la Noblesse. — MM. le comte de Trécesson ; le marquis de Trans ; le comte de La Rivière ; le comte du Han; de Cintré fils, et le comte de Coëtlogon;
Du Tiers. — MM. de la Courbe Le Moyne, agrégé de la communauté de Rennes; Darquistade, premier député de la communauté de Nantes ; le lieutenant du présidial de Vannes; le député de Dinan ; le procureur du Roi, de Rhuys, et le sénéchal de Hédé C1).
Le héraut des Etats, messire Le Vayer de la Morandais, ayant été envoyé vers MM. les commissaires du Roi , pour savoir s'ils étaient en état de recevoir la députation, et ayant rapporté qu'ils l'attendaient, messieurs les députés sont sortis de l'Assemblée en
(1) Cette députation est nommée, une fois pour toutes, pour recevoir et reconduire MM. les commissaires du Roi, toutes les fois qu'ils entrent aux Etats, pendant la durée de l'Assemblée.
habits de cérémonie, précédés du héraut, revêtu de sa cotte d'armes, semée de fleurs de lis et d'hermines en broderie, ayant au cou sa chaîne de vermeil, et tenant à la main son bâton hermine et fleurdelisé.
Tous les commissaires du Roi étaient réunis, pour la circonstance, chez le commandant en chef, et, au moment où la députation arriva à la porte de l'hôtel, elle fut reçue par les officiers des gardes et entra, ceux de l'Eglise à droite, ceux de la Noblesse à gauche et le Tiers en arrière des deux premiers ordres. Au moment où les membres des Etats franchirent le seuil de la salle , les gardes portèrent les armes, et le héraut annonça, à messieurs les commissaires, l'arrivée de la députation. Aussitôt les commissaires se levèrent , et le duc d'Estrées, faisant quelques pas en avant, se porta à la rencontre de MMsrs de Sansay et de La Fruglaye qui, marchant en tête de la députation, exposèrent, en peu de mots, l'objet de leur mission, et se retirèrent après les compliments d'usage.
Aussitôt le départ des membres de l'Assemblée, le cortège se mit en marche pour se rendre à la salle des Etats; d'abord, s'avançait le corps de la maréchaussée, précédé de ses officiers et de ses trompettes ; derrière, venait M. de Saint -Melesse, grand-prévôt de la province, puis les gens de livrée du commandant, ses pages et ses gentilshommes. Derrière eux, marchaient les contrôleurs-généraux, ensuite les receveurs-généraux des finances et des domaines, tous en manteaux et en rabats ; le grand-maître des eaux et forêts en épée, le procureur-général de la Chambre des Comptes, et M. de Cuillé, conseiller au Parlement, second commissaire, en robe rouge.
Enfin, apparaissait M. le maréchal, ayant à ses côtés, et un peu en arrière, M. le premier président
du Parlement à droite, et M. de Pontcarré de Viarmes à gauche C1) ; tout près du commandant en chef, se trouvait aussi M. de Volvire, lieutenant-général, et, immédiatement derrière le premier président, M. le procureur-général de La Bédoyère et M. l'avocatgénéral de La Viîleguérin, que suivait, fermant la marche , un détachement des gardes.
En arrivant à la porte des Etats, les commissaires du Roi furent reçus par la députation qui était venue les prier de venir faire l'ouverture de la tenue.
Le maréchal traversa la salle , se dirigeant vers son fauteuil , salua les présidents de l'Eglise, de la Noblesse et du Tiers, ainsi que les trois ordres, s'assit et se couvrit. Ses gardes s'échelonnèrent sur les marches du théâtre, ses pages se placèrent sur les gradins de la plate-forme, et son capitaine des gardes, son secrétaire et ses gentilshommes se rangèrent derrière son fauteuil.
Au côté droit de la plate-forme, et hors le dais, étaient placés une chaise à bras , quatre chaises sans bras et un tabouret. M. de La Briffe d'Amilly, premier président du Parlement de Bretagne, prit place dans la chaise à bras, et, dans deux des quatre chaises sans bras, M. le procureur-général de La Bédoyère et M. Tavocat-général de La Viîleguérin.
Au côté sénestre de la même plate-forme, et aussi hors du dais, se trouvait une chaise à bras, où s'assit M. Pontcarré de Viarmes, conseiller du Roi en ses conseils , maître des requêtes ordinaires de son hôtel,
(1) Lorsqu'on entre dans la salle des Etats, ou lorsqu'on se trouve dans un endroit resserré, l'intendant marche devant le commandant en chef, et le premier président derrière.
Lorsqu'il fait mauvais temps, chacun se rend, on chaise à porteurs, aux Etats.
commissaire départi pour l'exécution de ses ordres en Bretagne, et premier commissaire du conseil.
Au-dessous de lui, dans une chaise sans bras, M. de Cuillé, conseiller au Parlement, second commissaire du conseil ^ et, sur un banc, couvert d'un tapis vert, placé au-dessous desdites chaises, sur la même ligne : M. Védier, trésorier de France et général des finances; MM. de Bonnefond, Arnauld, receveurs-généraux des finances *, les autres commissaires entourant le fauteuil du commandant en chef (!).
Le duc d'Estrées ayant pris, alors, des mains de son secrétaire, la commission générale, Ta fait donner au greffier des Etats, qui Ta passée au premier commis, qui s'est levé, et a lu ce qui suit :
Commission générale pour la tenue des Etats de Bretagne.
Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à notre très-cher et très-amé oncle , le comte de Toulouse , amiral de France, gouverneur et notre lieutenant-général en notre pays et duché de Bretagne, et, en son absence, à notre très-cher et très-amé cousin, le duc d'Estrées , pair, maréchal et vice-amiral de France , chevalier de nos ordres , et notre lieutenant-général et commandant en chef , pour notre service, en notre dite province, et à notre très-cher et bien-amé le comte de Châteaurenault, notre lieutenant-général au gouvernement des huit évêchés de la haute et basse Bretagne, et à nos amés et féaux conseillers les sieurs de la Briffe d'Amilly, de Robien, de Langle, de Larré, premier, second, troisième et quatrième présidents à notre cour de Parlement de Rennes, de Becdelièvre et Grout de Bélesme, premier et second président en notre
(1) Il y a des commissaires du Roi qui ne viennent jamais à l'ouverture de la tenue, ne voulant pas se soumettre à occuper les places qui leur sont destinées ; ce sont les trois plus anciens présidents à mortier du Parlement, et le premier président de la Chambre des Comptes.
La porte de la salle est gardée , par la maréchaussée, sous les ordres directs du grand-prévôt.
Chambre des Comptes de Nantes, comme aussi à nos amés et féaux les sieurs Védier, Bouchard de la Papotière, Fresneau de la Couronnerie et Danguy, trésoriers de France, généraux de finances audit pays, et à nos chers et bien-amés les sieurs de la Pierre, grand-maître enquesteur et général réformateur des eaux et forêts de Bretagne , et de la Boissière, receveur-général de nos finances audit pays, Bonnefond et Arnault , receveurs-généraux de nos domaines , salut :
Nous avons toujours fort à cœur de faire connaître à nos peuples combien nous sommes disposés à les soulager dans les charges que les besoins de l'Etat et les nécessités de la guerre nous ont obligés d'augmenter, et nous avons été fort aise d'en donner des preuves à nos bons et fidèles sujets de notre province de Bretagne, autant que les circonstances présentes des affaires ont pu nous le permettre ; et ce témoignage de la sincérité de nos dispositions , joint à la connaissance que nous avons de leur zèle pour notre service et le bien de l'Etat, nous persuade qu'ils y répondront, en nous accordant avec empressement ce que vous leur demanderez de notre part ; et, à ces causes, nous avons commis et députés , et , par ces présentes signées de notre main, commettons et députons, mandons et ordonnons, à cinq de tous, en l'absence ou empêchement des autres , de vous trouver, au douzième jour du mois de novembre prochain, en notre ville de Rennes , où nous avons convoqué l'Assemblée des trois Etats de notre dite province , pour leur faire entendre , de notre part , l'état susdit de nos affaires et les requérir qu'en continuant envers nous la bonne volonté et affection qu'ils ont toujours portées aux Rois, nos prédécesseurs , et au public de notre royaume , ils nous veuillent accorder et fassent payer, pour les années 1737 et 1738, un secours extraordinaire pour nous aider à subvenir aux dépenses que nous sommes contraints de faire ensemble , pour les fouages , sept sols monnaie ordinaire pour chacun feu , ainsi que par le passé , y compris les douze deniers par livre qui ont accoutumé d'être payés avec lesdits fouages , par chacun évêché de notre dit pays et duché, et ce , en outre les crues ci-devant accordées par lesdits Etats , et payables en la forme des fouages , tant pour la solde de notre gendarmerie , commutation d'ustensiles et débris de logis , que pour l'augmentation des gages de notre Cour et Parlement, du prévôt des maréchaux de ladite province, ses lieutenants, greffiers et archers et partie du payement des postes , ainsi que le payement s'en est ci-devant fait , comme aussi les deniers d'impôts et billots, ainsi que d'ancienneté ils ont été levés, et les sommes à quoi se trouveront monter tous lesdits fouages , droits de douze de-
niers par livre , et toutes les crues susdites , ensemble les deniers d'impôts et billots , que vous , trésoriers de France et généraux de nos finances , ferez lever pour lesdites années , comme il est accoutumé en tous les évêchés de notre province de Bretagne, le fort portant le faible, le plus justement que faire se pourra, sur toutes sortes de personnes y contribuables et qui , de tous temps , y ont été cotisés et imposés, excepté ceux qui, d'ancienneté, en ont été et en sont quittes, francs et exempts , et les deniers qui en proviendront , ensemble des impôts et billots , vous ferez recevoir par ceux des receveurs-généraux de nos finances qui seront en exercice èsdites années , et à ce faire, contraignez et faites contraindre tous ceux qui auront été imposés , nonobstant oppositions ou appellations quelconques , et tous arrêts et autres empêchements pour lesquels ne voulons être différé , et , s'il y a débat ou opposition , lesdits deniers préalablement payés nonobstant ce que dessus , nous voulons lesdits opposants ou faisant lesdits débats, être renvoyés par-devant les juges auxquels la connaissance en appartient, leur enjoignant, toutes choses délaissées et toutes affaires cessantes , faire procéder les parties par-devant eux, sommairement, et faire aux parties ouïes, bonne et brève justice. Vous défendons trèsexpressément , et auxdits gens des trois Etats , comme v aussi à leurs commissaires et députés , et pareillement à tous capitaines , échevins , consuls , gouverneurs des villes , marguilliers des paroisses , assesseurs, collecteurs de fouages et tous autres, de quelque nature et condition qu'ils soient, d'imposer, asseoir et lever, ni exiger, permettre et souffrir qu'il soit imposé, assis, ni levé, ni exigé aucunes choses quelconques, que les sommes auxquelles se monteront lesdits fouages, y compris les douze deniers pour livre, et les crues et impôts susdits, sans notre congé ni permissions expresses portées par nos lettres patentes , signées de l'un des secrétaires de nos commandements , suivant nos règlements et ordonnances , sur les peines portées par icelles ; enjoignons à nos procureurs , tant de nos cours supérieures que de nos sénéchaussées et autres juridictions dudit pays, d'empêcher la contravention à nosdites défenses , à peine de privation de leurs charges , et d'en répondre en leurs propres et privés noms ; défendons aussi très-expressément auxdits gens des trois Etats de faire aucun don ni gratification à quelques personnes, de quelque condition qu'elles puissent être , par forme de gages, pensions ou autrement , fors à ceux auxquels , de tout temps , ils ont accoutumé d'en donner, et qui prennent soin de leurs affaires , par notre aveu et commandement ; et , si lesdits Etats vous baillent par écrit quelque-
plaintes et doléances, vous les recevrez, pour en pouvoir savoir en des choses qui ne sont de grande conséquence , et , quant aux autres , vous nous les renverrez pour y donner telles provisions que nous verrons être à faire. De ce faire , nous donnons pouvoir, autorité et mandement exprès par ces dites présentes , mandons à tous nos officiers et sujets et justiciers, qu'à vous ce faisant, ils obéissent, prêtent et donnent conseil , confort , aide et prison , si requis en sont ; et , parce que desdites présentes on pourra avoir affaire en plusieurs et divers lieux, nous voulons qu'aux vidimus dûment collationnés par nos amés et féaux conseillers secrétaires et faits sous le scel royal , foi soit ajoutée comme au présent original , car tel est notre plaisir. Donné à Versailles, le dixième jour d'octobre, l'an de grâce 1736
et de notre règne , le 22e.
Signé : Louis.
Et plus bas , de par le Roi : Philippeaux.
Ensuite, ont été lues les commissions de MM. de Volvire, de La Bédoyère et de La Villeguérin, leur donnant droit et entrée aux Etats, et, tous pouvoirs compris, dans la commission générale.
Après la lecture desquelles commissions, Mer le maréchal d'Estrées, M. de La Briffe et M. de La Bédoyère ont fait, chacun, un discours qu'ils n'ont pas déposé au greffe, et, les discours finis, messieurs les commissaires du Roi sont sortis de l'Assemblée, reconduits au bas du théâtre par les mêmes députés qui étaient allés les prier de venir faire l'ouverture des Etats, et, messieurs les députés étant remontés et ayant repris leurs places :
Sur la représentation qui a été faite par M&r l'évêque de Rennes, qu'il était d'usage de faire célébrer, le lendemain de l'ouverture des Etats, une messe solennelle du Saint-Esprit, pour demander ses lumières sur les affaires qui devaient se proposer dans le cours de la présente tenue \
Les Etats ont ordonné qu'il sera célébré, demain,
en la manière accoutumée, une messe du Saint-Esprit, par Msr Pévêque de Vannes, qui a été prié d'en faire la cérémonie, et qui a choisi, à cet effet, pour diacre d'honneur, M. l'abbé de Bocquen, et M. de Blanche-Couronne, pour sous-diacre d'honneur; M. Le Vallois, député du chapitre de Vannes, pour diacre d'office:, M. Morin, député du chapitre de Saint-Malo, pour sous-diacre d'office; et M. l'abbé de La Vieuxville, pour assistant. Laquelle messe du Saint-Esprit sera célébrée à neuf heures et demie du matin, dans l'église des Pères Cordeliers de cette ville.
Les Etats ordonnent aussi qu'avant d'enregistrer les commissions lues, il sera nommé trois députés de chaque ordre, pour les examiner et en faire rapport.
L'Assemblée a été remise à demain, neuf heures du matin, ce qui a été banni par le héraut; la minute signée de MM. les présidents des ordres.
(Biblioth. naU MSS. 828p.)
Correspondances. — Chaque jour, le contrôleurgénéral se faisait rendre compte de ce qui s'était passé aux Etats, par plusieurs personnes. C'est ainsi que, sur presque toutes les séances de la tenue , il existe une correspondance des plus intéressantes , que nous reproduisons en grande partie, et qui permet de suivre, dans leurs moindres détails, la marche des événements, l'attitude des différents ordres et de leurs présidents, les divisions qui se manifestent parfois entre les commissaires du Roi, l'habileté du président des Etats, la sagesse et la prudence du commandant en chef. Nous y voyons des preuves bien claires de l'indépendance de
cette Assemblée, et des ménagements de toutes sortes que le pouvoir était obligé de prendre pour obtenir ce qu'il désirait. Plusieurs des lettres du président des Etats, Monseigneur de Rennes, font défaut : il nous a été impossible de les découvrir. Plusieurs autres, émanant du lieutenant-général, M. de Volvire, du premier président et du prince de Léon , ne présentent que peu d'intérêt. Nous ne donnerons donc que quelques-unes de ces dernières, ne voulant pas grossir, outre mesure, ce travail déjà trop étendu.
ce Rennes, 12 novembre 1736.
» Monsieur,
» L'ouverture des Etats de Bretagne s'est faite aujourd'hui, suivant l'usage ordinaire, sur les sept heures du soir, par la lecture de la commission générale et des commissions particulières. M. de La Chalotais (alors avocat général au Parlement) n'a point assisté à la cérémonie, et sa commission n'a point été lue. J'estime qu'il y avait à l'Assemblée six cents gentilshommes. M. le maréchal d'Estrées a parlé avec fermeté et dignité. Il avait jugé à propos de faire défense au commis-greffier des Etats d'inscrire les membres de l'Assemblée qui seraient au-dessous de l'âge de vingtcinq ans. Cette démarche était d'autant plus nécessaire, que les Etats paraissent trop enivrés de l'idée de croire que l'enregistrement de la déclaration du Roi au Parlement n'était pas suffisant, et qu'elle ne pouvait être exécutée sans avoir auparavant été enregistrée au greffe des Etats.
» Je suis , Monsieur, etc.
» PONTCARRÉ DE VlARMES. »
» Rennes, 12 novembre 1736.
» Monseigneur,
» J'aurai l'honneur de vous informer, comme par le passé, de tout ce qui arrivera dans notre Assemblée. M. le maréchal d'Estrées en a fait l'ouverture aujourd'hui, sur les six heures du soir, à la manière ordinaire. Les Bretons ont reçu avec un grand contentement, son discours qui nous annonce une paix certaine, et que le dixième finira avec l'année. L'ordre de la Noblesse est nombreux et paraît bien composé. L'Assemblée a été remise à demain , neuf heures.
» Je suis, Monseigneur, etc.
» Bâillon. »
Le trésorier des Etats, M. de La Boissière, écrit de son côté :
« MM. les commissaires donnèrent, dimanche, une défense par écrit au greffier des Etats d'inscrire sur les registres aucun membre de l'Assemblée au-dessous de vingt-cinq ans. Le motif de cet ordre a été vraisemblablement de prendre date de l'exécution de la déclaration avant l'enregistrement aux Etats.
» Lundi, à six heures, se fit l'ouverture*, il y avait une foule prodigieuse de noblesse , parmi laquelle on distingue beaucoup de gens de considération. On assure qu'il y en a aussi beaucoup dans le cas de la déclaration, c'est ce qui se verra plus sûrement par la liste des inscrits qui doit être arrêtée le troisième jour.
» M. le maréchal d'Estrées, dans son discours, annonça la paix et la suppression du dixième. On ne parla point de la déclaration. »
(Arch. nat.y fonds du contrôle général.)
9 h. du matin.
Sommaire. — Entrée de M. de Boisanger Brêart, agrégé de la communauté d'Hennebont. — Départ des Etats pour la messe du Saint-Esprit. — Déclaration du 26 juin 1J36.
Correspondances. — Lettres de l'intendant et de M. Bâillon.
M^ rêvêque de Rennes ,
M<>r le prince, comte et baron de Léon,
M. le sénéchal de Rennes.
M. de Boisanger Bréart, sénéchal d'Hennebont (*), est entré dans l'Assemblée, et y a pris place et séance en Tordre du Tiers, en qualité d'agrégé de la communauté de la dite ville, après avoir déposé sa procuration au greffe.
En exécution de la délibération du jour d'hier, Messieurs des ordres sont allés en corps à l'église des Pères
(1) En 1723, M. de Boisanger, sénéchal et agrégé de la communauté d'Hennebont, avait été député en Cour avec MBr l'évêque de Nantes et M. le marquis d'Acigné ; les agrégés pouvaient donc être nommés députés en Cour. En 1765, nous trouvons aussi M. Frollo de Kerlivio, agrégé de la communauté de Lorient, comme député du Tiers à la Cour avec Mer de Cheylus, évoque de Tréguier, et M. le comte de Guesbriant. En 1604, un autre sénéchal d'Hennebont, M. de la Coudraye de la Boulaye, avait représenté le Tiers à la Cour; en 1612,1e député de la Noblesse, M. Jégado de Kérolain, chevalier des ordres du Roi, était des environs de la môme ville.
Cordeliers de cette ville, pour assister à la messe du Saint-Esprit, conduits par les officiers et archers de la maréchaussée, précédés du héraut revêtu de sa cotte d'armes , Messieurs des ordres de l'Eglise et de la Noblesse marchant sur deux colonnes, l'Eglise à droite, la Noblesse à gauche, MM. les évêques et abbés en rochet et camail, et les députés des chapitres en habits longs et bonnets carrés, et ensuite marchaient l'ordre du Tiers et les autres membres des Etats à la suite des trois ordres.
Messieurs des ordres étant entrés dans l'église se sont placés dans le chœur et chanceau , Mgr l'évêque de Rennes sur un prie-dieu, près duquel se trouvait un banc de seize pieds de long pour les autres évêques de la province.
Et à gauche de l'église était aussi un prie-dieu pour M&r le prince de Léon, qui avait à sa droite un banc où étaient quelques messieurs de la Noblesse; et MM. les abbés et députés des chapitres, de la Noblesse et du Tiers se sont placés dans le choeur indistinctement des deux côtés (*).
Après la messe finie, Messieurs des Etats sont revenus sur le théâtre dans le même ordre qu'ils étaient allés à l'église, et, quelque temps après, M^Tévêque de Vannes, qui avait célébré la messe, est rentré avec Messieurs ses assistants, lequel a été remercié et ses dits assistants (2).
(1) D'après l'art. 7 du règlement de 1687 des Etats, la messe du Saint-Esprit devait être chantée solennellement en musique ; les autres jours, dit le même article, la messe sera célébrée à voix basse par les aumôniers des Etats.
(?) Quand le commandant en chef assiste à la messe du Saint- Esprit, il a un prie-dieu en avant et au milieu de ceux des présidents de l'Eglise et de la Noblesse ; le premier président et l'inten-
Sur Tavis qui a été donné à l'Assemblée que MM. les commissaires du Roi y allaient entrer, MM. les mêmes députés qui y étaient allés, le jour d'hier, pour les prier de venir faire l'ouverture des Etats, sont descendus au bas du théâtre pour les y recevoir, et, à l'instant, MM. les commissaires du Roi sont entrés et ont pris les mêmes places que la veille.
Après quoi, M?r le maréchal d'Estrées a pris la parole, et dit qu'il était chargé de la part de Sa Majesté de déclarer à l'Assemblée que l'intention du Roi était, avant qu'on délibérât sur aucune affaire, que la déclaration qu'il avait rendue, le 26 juin 1736, concernant l'entrée aux Etats de cette province, fût enregistrée au greffe des Etats. Auquel effet, il l'a, en l'endroit, remise à M. de Bédée, procureur-généralsyndic des Etats, pour en requérir l'enregistrement, et sont ensuite MM. les commissaires du Roi sortis avec le cérémonial accoutumé.
M. de Bédée a ensuite représenté la déclaration du Roi du 26 juin 1736 (rapportée au chapitre VII) et en a requis l'enregistrement. Sur quoi, après lecture donnée de ladite déclaration, Messieurs des ordres se sont retirés aux Chambres pour en délibérer, et, revenus sur le théâtre, ont ordonné l'enregistrement de cette déclaration dans le procès-verbal de la présente tenue.
Ordonnent, en outre, qu'il sera nommé une commission de six députés de chaque ordre, pour dresser, au nom des Etats, de très-respectueuses remontrances, et ont, à cette fin, nommé :
dant ne se trouvent point à ces sortes de cérémonies, non plus que les autres commissaires du Roi, par la difliculté de leur donner des places convenables.
De V Eglise. — MM&rs les évêques de Vannes et de Saint-Brieuc ; MM. les abbés de Beaulieu et de Bon- Repos; et MM. de Roustille, député du chapitre de Nantes, et Le Valois, député du chapitre de Vannes;
De la Noblesse. — MM. le comte de Trécesson, du Bouexic Becdelièvre, de Bégasson, Le Coutellier, de La Lande, et le comte de Saint-Gilles;
Du Tiers. — MM. Harembert, de Rennes; de Plumargat, 2e député de Nantes; le député de Quimper, le sénéchal de Josselin, le sénéchal de Ploërmel et le député de Châteaubriant, lesquels dits députés ont été priés de s'assembler, dès aujourd'hui, pour travailler auxdites remontrances.
L'Assemblée a été remise à demain, 9 heures 1/2 du matin , ce qui a été banni par le héraut, la minute signée des présidents des ordres.
Le même jour, l'intendant écrit :
« Les commissaires du Roi sont entrés ce matin aux Etats; M. le maréchal , après y avoir fait un discours sur l'obéissance qui est due aux ordres du Roi, a remis à M. le procureur-syndic une expédition en forme de la déclaration du 26 juin dernier, et lui a ordonné, de la part du Roi, d'en requérir l'enregistrement.
» Les commissaires du Roi sont sortis de l'Assemblée ; le procureur-syndic a requis l'enregistrement; on est allé aux Chambres, et il a été arrêté, du consentement des trois ordres, que la déclaration serait enregistrée, et qu'il serait nommé une commission pour dresser de très-respectueuses remontrances. »
Dans une lettre de M. Bâillon, il est dit : « M. le
maréchal d'Estrées est entré aux Etats , et a dit qu'il apportait une déclaration du Roi qui remédiait à différents abus, que son enregistrement au Parlement Pavait rendu notoire dans la province, et que la volonté de Sa Majesté était qu'elle fût enregistrée au greffe des Etats. Il ajoute qu'on a nommé une commission pour dresser des remontrances. »
Les autres lettres, qui parlent de cette séance, sont du 14, et en rendent brièvement compte, en même temps que de celle dite du don gratuit, qui eut lieu à cette date. (Arch. nat., I. H. 279.)
SÉANCE DU MERCREDI 14 NOVEMBRE 9 h. du matin.
Sommaire. — Demande du don gratuit de deux millions. — Nomination d'une commission pour l'examen de la Commission générale. — Don d'une somme de 6,ooo l. à la pauvre noblesse. — De 1,200 l. pour faire enfermer les mendiants de la ville pendant la tenue. — Députation paur complimenter le maréchal d'Estrées. — Députation pour visiter des membres malades de l'Assemblée.
Correspondances. — Lettres du maréchal d'Estrées, du prince de Léon, de M. de Bédée, de M. de La Boissière. — Tentatives faites par les Etats pour arriver à l'extinction de la mendicité. — Rapport de l'intendant Bertrand de Molleville.
Mgr Vévêque de Rennes,
Mgr le prince , comte et baron de Léon ,
M. le sénéchal de Rennes.
M. Le Saige, sénéchal de Moncontour, est entré dans l'Assemblée et a pris séance dans l'ordre du Tiers, en qualité d'agrégé de la communauté de la dite ville.
Après quoi, et sur l'avis qui a été donné à l'Assemblée que MM. les commissaires du Roi allaient y entrer, pour faire entendre aux Etats les intentions de Sa Majesté, MM. les mêmes députés sont encore descendus au bas du théâtre, pour les y recevoir, et MM. les commissaires, ayant été introduits, ont pris leurs places d'habitude.
De l'ordonnance de MM. les commissaires du Roi, il a été fait lecture de la commission de M. de Pontcarré de Viarmes, premier commissaire du conseil, et de celle de M. de Guillé, second commissaire du conseil.
Après cette lecture, M§r le maréchal d'Estrées a marqué à l'Assemblée que M. de Pontcarré deViarmes était chargé, par Sa Majesté, de faire entendre aux Etats sa volonté et ses intentions.
M. de Pontcarré a pris la parole et a fait un discours, à la suite duquel il a demandé, au nom du Roi, un don gratuit de deux millions de livres, pour les deux années 1737- 1738, à raison d'un million par chaque année; M. de Bédée a répondu au discours de M. de Pontcarré, et MM. les commissaires du Roi sont sortis avec le cérémonial accoutumé. Messieurs des ordres se sont ensuite retirés aux Chambres pour délibérer sur la demande de deux millions de don gratuit pour les années 1737- 1738.
Les Etats étant revenus sur le théâtre, après en avoir délibéré aux Chambres, ont, d'une voix unanime, accordé à S. Majesté, pour lui donner de nouvelles marques de leur zèle et de leur dévouement pour son service, la somme de deux millions de livres de don gratuit, sans cependant tirera conséquence pour l'avenir, et dont les payements se feront pendant le cours des deux années, au fur et à mesure que les fonds des Etats rentreront dans la caisse de leur trésorier (]).
(1) C'est habituellement le second jour des Etats que se fait la demande du don gratuit.
Le discours que le procureur-général-syndic adresse à l'intendant contient un exposé de la situation de la province. Aussitôt que le commandant en chef est averti que la demande du don gratuit a été accordée, il en informe la Cour par un courrier spécial, qui porte le
Ordonnent que, pour informer MM. les commissaires du Roi de la présente délibération, MM. les mêmes députés, qui étaient allés leur demander de venir faire l'ouverture des Etats, iront présentement vers eux, et MM. les présidents des ordres ont été priés de se mettre à la tête de la députation. Auquel effet, le héraut ayant été envoyé vers MM. les commissaires du Roi, pour savoir quand ils seraient en état de recevoir la députation, et ayant rapporté qu'ils l'attendaient, MM. les députés sont sortis de l'Assemblée en habits de cérémonies, MM. les présidents en tête, précédés du héraut.
La députation étant, peu de temps après, revenue sur le théâtre, Msr l'évêque de Rennes a marqué à T Assemblée que MM. les commissaires du Roi avaient reçu les députés avec toute la satisfaction que les Etats pouvaient désirer, et que M. le maréchal les avait, de plus, assurés qu'il ne manquerait pas de faire valoir, auprès du Roi , l'empressement avec lequel les Etats s'étaient portés à accorder le don gratuit qui leur avait été demandé.
M§rl'évêque de Rennes ayant ensuite représenté qu'il était à propos de nommer, dès à présent, une commission pour examiner la commission générale, et voir si elle était conformée celle de 1645 (qui sert de type),
titre de courrier du don gratuit ; comme une gratification est attachée à cette mission, c'est généralement un officier de ses gardes qui en est chargé.
Le soir de la séance du don gratuit, il y a un dîner de cérémonie chez le commandant en chef, où sont invités les commissaires du Roi etles membres les plus distingués des trois ordres. Il y a successivement des dîners chez le président de l'Eglise, chez celui de la Noblesse, chez le premier président du Parlement, cbez l'intendant et chez le président du Tiers ; on appelle ces dîners des dîners de commissaires.
les Etats ont nommé, à cet effet, six commissaires, deux de chaque ordre, M. l'abbé de Beaulieu et M. l'abbé de La Richerie en tête C1).
M. de Bédée, procureur-général-syndic, ayant aussi, de son côté, remontré que les Etats s'étant toujours portés, à l'ouverture de chaque tenue, à prendre sur les quarante-huit mille livres dont le Roi leur laisse la disposition, une somme de six mille livres pour être distribuée entre les pauvres gentilshommes et demoiselles de la province qui avaient le plus besoin de soulagement et de secours , et de plus une somme de 1,200 livres pour les mendiants de la ville où se tenaient les Etats, ils ne doutaient pas que l'Assemblée voulût bien encore ordonner les mêmes charités dans la présente assise.
Sur ce délibéré :
Les Etats ordonnent qu'une somme de 6,000 livres sera payée comptant par leur trésorier, pour être distribuée aux pauvres gentilshommes et demoiselles de la province, chacun dans le lieu de leur domicile, sans que ceux qui se trouvent aux Etats puissent avoir la moindre part dans ladite répartition;
Ordonnent pareillement qu'une somme de 1,200 1.
(1) Le texte de la commission de 1645 portait : « Nous avons besoin encore d'un secours extraordinaire de nos bons et fidèles sujets du pays de Bretagne, lesquels, en reconnaissance des soins que nous apportons à la conservation de leurs privilèges et franchises, doivent se porter plus volontiers à nous donner les assistances que nous devons en attendre, nous remettant à eux des moyens les plus doux et les plus faciles qu'ils aviseront, en sorte que nous puissions en être promptement secourus. » En 176J, il fut mis « que le Roi ne doute pas que les Etats ne lui accordent ce que les commissaires leur demanderont de sa part; » les Etats protestèrent, et exigèrent le rétablissement du vieux texte où la prière et la demande, qui comportaient un refus, tenaient la place de l'ordre qui n'admettait pas la discussion,
sera payée à l'administrateur de l'hôpital général de cette ville, pour être employée au soulagement des pauvres mendiants de ladite ville, qui seront, en conséquence , incessamment renfermés pendant le cours de la présente tenue, sauf à augmenter et à faire une nouvelle charité aux pauvres de ladite ville, si les Etats le jugent à propos (i).
(1) Tentatives faites par les Etats pour arriver à l'extinction
de la mendicité.
La question si difficile de Ja mendicité et de son extinction, ne laissa pas les Etats de Bretagne indifférents.
Dès 1607, le 12 novembre, les Etats avaient chargé leur procureurgénéral-syndic de se pourvoir au Parlement, pour obtenir un arrêt permettant de chasser les mendiants irlandais descendus dans les ports de la province et leur en interdisant l'accès à l'avenir.
En 1650, le Parlement avait rendu un arrêt de règlement concernant le service des pauvres en la province de Bretagne. L'art. 1 de l'arrêt ordonnait en la ville de Rennes la construction d'une maison de santé pour tous les pauvres valides ayant six ans de domicile dans la ville. Les femmes et les enfants abandonnés par leurs maris et pères devaient y être reçus.
L'art. 4 ordonnait que les aumônes publiques faites par la cathédrale, les abbayes, les monastères, seraient versées à l'hospice susdit.
La mendicité était prohibée dans la ville sous peine du fouet, et ceux qui faisaient publiquement l'aumône étaient passibles d'une amende de 20 1. Quant aux pauvres n'ayant pas de domicile acquis, ils devaient, sous peine de galères, quitter la ville et se retirer, sous huit jours, dans leurs paroisses respectives. Deux pauvres valides, munis de hallebardes, devaient être envoyés à chaque porte de la ville, pour empêcher les mendiants d'y entrer ni vaguer. Mais les fonds manquèrent, et l'arrêt ne put être exécuté.
En France, la question était toujours pendante depuis François Ier, qui avait établi à Paris le premier dépôt de mendicité. En 1767, une tentative des plus sérieuses fut faite pour arriver à réprimer le nombre toujours croissant des mendiants ; des dépôts de mendicité furent créés par tout le royaume, et, en Bretagne, des sommes considérables furent dépensées. Les résultats obtenus ne répondirent pas aux efforts.
Sur ce qui a de plus été représenté par M§r Tévêque de Rennes, que l'Assemblée s'étant toujours portée, dans ses précédentes tenues, à envoyer complimenter Mesdames les épouses de MM. les commandants, lorsqu'elles se trouvaient dans les villes où les Etats étaient assignés, et pendant la tenue d'iceux, il était convaincu qu'elle voudrait se porter encore aujour-
A la séance des Etats de Bretagne, du 25 octobre 1770, les commissaires du Roi chargèrent le procureur-général-syndic de dire à l'Assemblée : « Que la Bretagne recueillant les fruits des soins de Sa Majesté par les dépôts établis dès le commencement de 1767, dans lesquels les mendiants arrêtés ont été enfermés, nourris et entretenus, ce qui lui a coûté plus de 139,000 1., et les besoins de l'Etat ne permettant pas de prendre, sur le trésor royal, la totalité d'une dépense aussi considérable pour tout le royaume, le Roi se contentera que les Etats contribuent à celle faite jusqu'à présent en Bretagne, pour une somme de 80,000 1., pour chacune des années 1769-1770; et qu'en faisant le même fonds de 80,000 1. pour 1771 et 1772, Sa Majesté se chargera de fournir à toute la dépense, à quelque somme qu'elle puisse monter, si mieux n'aiment les Etats délibérer que le montant de la dépense effective en Bretagne pour arrêter, garder, nourrir et entretenir les vagabonds et mendiants renfermés dans les dépôts de la province, durant ladite année 1769 et les suivantes, sera remboursé par leur trésorier, sur les états arrêtés dans la forme prescrite pour en justifier à Sa Majesté, et que si, ce qui n'est pas à présumer, les Etats se refusaient à cette contribution, il en résulterait que la Bretagne serait accablée, r.on-seulement de tous les mendiants de son propre pays, mais encore de tous ceux qui y reflueraient des provinces voisines où ils sont poursuivis. »
Après avoir délibéré aux Chambres sur la demande, l'Eglise et le Tiers furent d'avis de tarder à prendre une décision jusqu'à l'adjudication du bail des devoirs, mais la Noblesse, après avoir entendu ladite demande, la déclaration du 3 août 1764 et l'arrêt du Conseil, rendu en conséquence le 21 octobre 1767, par lequel le Roi se charge des frais de l'établissement, entretien des maisons de force et de la nourriture de ceux qui y sont renfermés, considérant d'ailleurs l'état actuel des finances, s'excuse de consentir au fonds demandé.
Le 28 décembre de la même année, le procureur-général-syndic donne lecture d'une déclaration, suivant laquelle le Roi réduit sa demande de 80,000 1. à 50,000 1. par an ; mais les Etats répondent
cThui à faire la même politesse à Mme la maréchale cTEstrées, pour lui témoigner la joie que les Etats avaient de la voir en cette ville.
Sur ce délibéré :
Les Etats ont nommé pour aller complimenter Mme la maréchale d'Estrées :
De V Eglise. — MMsrs les évêques de Quimper et
qu'ils se voient avec douleur dans l'impossibilité de remplir les vues de Sa Majesté, et chargent leurs députés en Cour d'en témoigner leurs regrets à M. le contrôleur-général, et de lui dire que l'on n'aurait d'autres moyens que d'augmenter les impositions de la province, déjà si onéreuses, qu'elles ne sont pas susceptibles d'accroissement.
En 1771, le 15 septembre, un arrêt du Conseil réunit tous les établissements de mendicité créés en Bretagne en un dépôt commun dans la ville de Rennes, et en confie l'administration à l'intendant.
En 1772, le 3 novembre, les commissaires du Roi- font dire aux Etats, que Sa Majesté veut bien leur faire remise des dépenses faites jusqu'à présent, pour les dépôts des mendiants, lesquelles montent à 60,000 1., dont la province aurait au moins à le rembourser, si elle l'exigeait, et qu'elle peut d'autant moins la dispenser de contribuer k l'avenir à cette dépense pour 50,000 1. par an, qu'elle serait trèsfondée à charger la province de la totalité.
Les Etats renvoient à délibérer sur la demande, après le rapport sur l'état de fonds, et, après ce rapport, ils se décident à voter les 50,0^0 1 , en chargeant les députés en Cour de demander que la Commission intermédiaire ait, concurremment avec l'imendant, l'administration du dépôt.
En 1775, les Etats refusent de nouveau les 50,000 1.; mais à l'endroit, l'Eglise demande acte de son avis, qui est de faire fonds des 50,000 1. pour les mendiants et vagabonds et d'une pareille somme pour être employée en travaux de charité, dont la Commission intermédiaire de chaque êvêché aura la surveillance.
Sur de nouvelles instances des commissaires du Roi, les Etats continuent le fonds de 50,000 1., mais ils chargent une commission de dresser un mémoire sollicitant la suppression des dépôts, vu les abus qui s'y produisent. En présence de ces réclamations, le Roi demande des renseignements à l'intendant et, en 1785, Bertrand de Molleville adresse au contrôleur-général un mémoire détaillé, auquel nous empruntons les extraits suivants, curieux à plus d'un titre :
de Saint-Brieuc, MM. les abbés de Saint-Gildas et de Blanche-Couronne, MM. de Champeaux, du chapitre de Léon, et Le Valois, du chapitre de Vannes*,
De la Noblesse. — MM. le comte de Carcado, le comte de Tournemine, de Kermel , du Loch, le chevalier de Bégasson, le chevalier du Fou:,
Du Tiers. — MM. de Beauvais, député de Saint-
« La première loi de la société est sans doute d'assurer la subsistance à tous les individus qui la composent. Elle doit nourrir à ses frais celui qui n'a, dans ses forces, dans son état ni dans sa ljrtune, aucune ressource pour vivre.
» Elle doit encore fournir, à celui qui ne peut vivre que par son travail, les moyens et les occasions de travailler pour vivre. (Ne dirait-on pas des lignes sur le droit au travail empruntées à un journal de 1848?) Ces deux obligations remplies lui donnent le droit de contraindre au travail tous les individus qui en sont capables.
» Ces trois principes de droit public indiquent naturellement trois moyens généraux de détruire la mendicité.
» Le premier est de destiner uniquement le produit des aumônes publiques et les secours des hôpitaux à la subsistance des vrais pauvres, c'est-à-dire des vieillards et des infirmes hors d'état de gagner leur vie et dépourvus de toute ressource.
» Le second est d'assurer du travail, dans des ateliers publics,, à tous les pauvres valides, de manière qu'ils ne puissent jamais recevoir aucun secours qu'à titre de salaire.
» Le troisième est de renfermer, dans des maisons de conection, tous les vagabonds et mendiants valides qui ne se rendront pas aux travaux publics.
» C'est du concours de ces trois moyens qu'on peut attendre la destruction de la mendicité en Bretagne ; la manière de les employer avec le plus de succès est l'objet de ce mémoire, que je divise en trois parties :
» Dans la première, j'examinerai les moyens de rassembler, d'augmenter, d'économiser et de répartir les fonds des aumônes publiques et d'employer le plus utilement les secours des hôpitaux au soulagement des vrais pauvres.
» Dans la seconde, je traiterai des ateliers de charité pour les villes et pour les campagnes et des différents travaux auxquels on pourrait occuper les pauvres valides.
Malo; Daumesnil, député de Morlaix; le député de Brest, le sénéchal de Josselin, le sénéchal de Pontivy, le député d'Ancenis; et, en conséquence, le héraut ayant été envoyé vers Mme la maréchale, pour savoir quand elle serait en état de recevoir la députation, a rapporté, au bout de quelque temps, qu'elle la recevrait à cinq heures de l'après-midi de ce jour.
» La troisième partie contiendra des détails et des projets sur les dépôts.
» Dans la première partie, l'intendant propose l'organisation de bureaux de charité par paroisse : « Le point essentiel, dit-il, est de pourvoir à ce que chaque paroisse ne soit chargée que de ses pauvres et soit autorisée à expulser ceux qui lui sont étrangers. Il faudrait' pour cet effet, que la loi qui interviendra enjoignît à tous les pauvres répandus dans le royaume, de se rendre dans leur paroisse dans trois mois au plus tard; passé lequel délai, ils seraient arrêtés partout où on les trouverait.
» Les bureaux de charité seraient chargés de faire distribuer des remèdes, etc. »
Quant à la seconde partie, la plus importante, nous la transcrivons en entier :
Ateliers de charité.
« Il ne suffit pas de pourvoir à la subsistance des pauvres infirmes ou invalides accoutumés de vivre des aumônes que la mendicité leur procurait, on peut même regarder cet objet comme le moins important dans le plan général que le gouvernement doit se proposer relativement à la mendicité. 11 est fâcheux et incommode, sans doute, d'être assiégé dans les rues et dans les églises par un nombre considérable de pauvres infirmes et invalides, mendiant leur pain ; mais la sûreté publique n'en est point troublée ; au lieu qu'elle le serait très-gravement si on ne la mettait pas à l'abri des violences que les vagabonds et mendiants valides sont souvent forcés de commettre par la nécessité de subsister, lorsque le travail et les charités leur manquent.
» Les ateliers de charité peuvent seuls remplir cet objet.
» Tout individu qui ne peut vivre que par son travail, a droit de demander du travail et du pain, et il n'est pas juste d'en refuser à ceux qui ne demandent qu'à le gagner. L'intérêt des pauvres et celui de la société se réunissent donc pour déterminer le gouvernement à établir des ateliers de charité.
Et, sur l'avis qui en a encore été donné à T Assemblée, que M. de Tizé, de Tordre de la Noblesse, et M. Labbaye, député de Landerneau, se trouvaient malades et indisposés, les Etats ont nommé pour les aller voir de leur part :
De VEglise. — MM. l'abbé de Prières, M. de Kermorvan, député du chapitre de Quimper;
» La justice et la nécessité de ces établissements n'ont jamais été contestées, mais on a toujours été effrayé de la dépense, des difficultés et des inconvénients que les lieux et les circonstances peuvent multiplier. Le point essentiel est donc d'imaginer des moyens plus simples et moins dispendieux que ceux qui ont été employés jusqu'à présent ou proposés dans les différents écrits qui ont paru sur cette matière, et tel a été le but de mon travail et de mes recherches.
» On ne peut douter que le nombre des mendiants valides ne fût infiniment moins considérable, s'il leur était expressément défendu de sortir de leur paroisse, et si le service de la maréchaussée était fait avec assez d'exactitude et de vigilance, pour que tous ceux qui seraient surpris dans une paroisse étrangère fussent arrêtés et conduits au dépôt, à moins qu'ils ne fussent munis de certificats ou passe-ports justificatifs des motifs de leur voyage. Combien de gens qui n'oseraient mendier dans leur paroisse à cause de leurs familles et qui n'y obtiendraient aucuns secours, parce que personne n'ignorerait si c'est par paresse ou par besoin qu'ils mendient, s'expatrient sans autre motif que celui de se soustraire à la nécessité de travailler pour vivre, grossissent la foule des mendiants et des vagabonds qui se répandent dans le royaume et sont la pépinière de tous les brigands et malfaiteurs dont la poursuite et la punition entraînent de si grands frais.
» Il est donc bien important que la loi qui interviendra ordonne à tous les mendiants valides ou invalides, de se rendre dans leurs paroisses, dans le délai de trois mois.
» A l'expiration de ce délai, des bureaux de charité, formés dans chaque paroisse, indiqueraient un jour auquel tous les pauvres valides ou invalides seraient tenus de venir se présenter au bureau pour y être examinés et compris, suivant leur âge et leurs forces, dans l'état des pauvres infirmes et invalides ou dans celui des pauvres en état de subsister par leur travail. Le produit des aumônes et les secours des hôpitaux seraient exclusivement destinées au soulagement des premiers ; à l'égard des pauvres valides, pour ôter
^De la Noblesse. — M. le comte de Rézé et le chevalier du Menez ;
Du Tiers. — M. le maire de Tréguier et le procureur du Roi d'Hennebont.
L'Assemblée a été remise à demain, neuf heures du matin, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée de MM. les présidents des ordres.
tout prétexte à ceux qui voudraient justifier leur fainéantise et leur mendicité par la difficulté de trouver du travail, il serait établi, dans chaque paroisse, une brigade particulière, dans laquelle tout mendiant valide qui n'aurait pu trouver d'ouvrage ou de condition dans le délai de quinzaine, serait tenu de s'engager pour une année, et, au moyen de cet engagement, le bureau de charité fournirait à leur subsistance et à leur entretien sur les produits des travaux auxquels ces brigades seraient employées. Les engagés seraient distribués en compagnies de vingt hommes, chacune sous le commandement d'un sergent choisi parmi eux, qui les conduirait tous les jours à l'ouvrage, et sans la permission duquel ils ne pourraient s'absenter.
» L'état de ces engagés serait renouvelé et arrêté tous les mois; les bureaux de charité n'auraient qu'à s'occuper des moyens de leur procurer du travail à proportion de leur nombre, pour éviter que les frais de nourriture et entretien, qui seraient pris d'avance sur la caisse de charité, ne fussent à la charge de leur paroisse. (Ces frais peuvent être évalués à 6 sols par jour, tout compris, pour chaque homme.) 11 faudrait que chaque bureau prit ses dispositions, de manière à toujours être assuré d'avance d'un travail suffisant pour occuper la brigade pendant quinze jours au moins.
» Les travaux publics à la charge de la paroisse, tels que l'entretien et la construction des grands chemins, seraient réservés pour le temps où la brigade serait moins occupée à travailler pour les particuliers.
» Le salaire de ces ouvriers pourrait être fixé à un dixième de moins que le prix ordinaire, quand ils travailleraient pour leur paroisse ou pour les propriétaires paroissiens, afin de les inviter, par ce petit bénéfice, à les employer plus souvent, et, s'ils ne s'y portaient pas volontairement, on pourrait leur en imposer l'obligation, en proportion de l'étendue des possessions de chacun d'eux.
» Les travaux faits sur les grands chemins à la décharge des paroisses et de la corvée, seraient payés par une contribution particulière, qui serait réglée en Bretagne, moitié au marc la livre des
Gomme on le voit, tout se passe avec la plus grande tranquillité, malgré les prévisions de M. de La Boissière, prévisions que tout le monde partageait, comme le prouve la lettre suivante du maréchal d'Estrées au contrôleur-général :
Rennes, 14 novembre 1736.
« Toutes nos affaires se sont passées très-tranquil-
vingtièmes, moitié au marc la livre de la capitation, parce que la taille n'y est pas connue.
» On peut calculer que les travaux publics et ceux qui exigent la culture ordinaire des terres, dans la saison des semences et des récoltes, suffiraient pour occuper toutes ces brigades six mois de l'année ; des dessèchements, le défrichement des landes dans les domaines du Roi et dans ceux des particuliers, l'exploitation des carrières, les coupes des bois; des canaux, des étangs, des rivières à creuser, des digues à construire, etc., leur fourniraient du travail pour les six autres mois.
» Le salaire de leurs journées serait payé entre les mains du sergent, au profit du bureau de charité, qui prélèveraitsur cette somme les frais d'entretien et nourriture de la brigade, à raison de 6 sols par homme, pour chaque jour, et remettrait la moitié de la somme restant à chaque engagé, à proportion de son travail. L'autre moitié serait réservée pour fournir aux frais de leur nourriture, les jours de fête et dimanche, pour achat et entretien des instruments nécessaires à leurs travaux, et pour donner, de temps en temps, quelque gratification aux ouvriers les plus laborieux.
» Si quelqu'un des engagés trouvait, avant l'expiration de son engagement, un emploi pour subsister, les administrateurs du bureau de charité pourraient, en connaissance de cause, lui accorder son congé, ainsi qu'à tous ceux qui entreraient au service du Roi.
» Ceux qui quitteraient leur brigade sans congé, ou qui sortiraient de leur paroisse sans s'être munis d'une permission écrite des administrateurs du bureau, seraient arrêtés, mis en prison, condamnés par jugement prévôtal à être détenus au dépôt de la province pendant deux ans pour la première fois, pendant quatre ans pourla seconde, puis remis aux juges ordinaires.
» Le moyen le plus sûr d'empêcher les évasions, ou, du moins, d'en diminuer le nombre, serait de bien traiter les engagés, et de les contenir par la certitude d'être arrêtés, s'ils s'évadaient. 11 faudrait pour cela que, deux jours après chaque évasion, le signale-
lement, Monsieur, contre l'attente publique. La déclaration fut enregistrée hier d'une voix unanime, aussitôt que je fus entré aux Etats, pour la leur porter moimême, et leur faire connaître les intentions du Roi. Toute la Noblesse qui est ici en si grand nombre, donna l'exemple et envoya , la première, son avis aux deux autres ordres. Nous avons entrée ce matin pour la demande du don gratuit, qui a été accordée avec
ment de l'évadé fût envo}ré au commissaire départi, qui l'adresserait à toutes les brigades de la province, etc.
» Il en serait de même à l'égard des mendiants infirmes ou invalides qui seraient surpris hors de leur paroisse sans passeports ni certificats.
» La correspondance qui existe entre tous les intendants des provinces, relativement à l'administration des dépôts, fournirait toujours le moyen de vérifier si tel ou tel mendiant, arrêté hors de sa province, a déjà été renfermé pour cause de mendicité ou de vagabondage. Les preuves que fourniraient à cet égard les registres d'écrou-dépôts, seraient au moins aussi décisives que celle delamarque au bras prescrite par la déclaration du 18 juillet 1724, et n'en aurait pas les inconvénients.
» On se plaint généralement que la culture des terres manque de bras, ce n'est pas que la population soit moins considérable dans les campagnes qu'elle ne l'était autrefois, mais c'est que l'attrait du vagabondage et de la mendicité les prive tous les jours d'un grand nombre de laboureurs.
» L'établissement des brigades fixera naturellement dans chaque paroisse les ouvriers qui lui appartiennent, et deviendra pour elles une source de richesse et de fécondité. Et si la loi qui interviendra sur cet objet important est bien exécutée, les villes et les grandes routes seront bientôt purgées de cette foule de vagabonds et de malfaiteurs qui troublent la sûreté publique. Les procès criminels deviendront infiniment rares, et ce résultat doit entrer en considération comme diminuant d'autant la dépense que ce nouvel établissement pourra entraîner.
» Les enfants ne seraient admisdans ces brigades, que quand ils auraient atteint leur seizième année; jusqu'àcetâge, ils seraient réputés invalides, et participeraient, en conséquence, à proportion de leur âge et de leur force, aux secours destinés à cette classe de pauvres, dans le cas où leurs parents ne seraient pas en état de les nourrir et entretenir.
la même diligence , et cTaussi bonne grâce. Je joins ici une copie de la délibération des Etats, pour accorder le don gratuit. J'espère que toute la séance des Etats se passera de même. Nous n'avons plus que nos fermes qui sont un objet principal, mais y ayant deux ou trois bonnes compagnies, il y a lieu de croire qu'elles se soutiendront sur le même pied qu'elles étaient aux derniers Etats. Conservez-moi la part que
» A l'égard desfemmes, celles qui seraient absolumenthors d'état de travailler, seraient traitées comme les hommes infirmes ou invalides, il serait pourvu à la subsistance des autres par des ateliers de filature ou de tricot, qui seraient établis sans aucuns frais, dans les villes capitales de chaque province. On trouverait aisément, en effet, des entrepreneurs manufacturiers qui ne demanderaient qu'un simple privilège de manufacture royale, pour se charger de monter des ateliers assez considérables pour recevoir et occuper les fileuses de toute espèce, au nombre de douze ou quinze cents, et qui se soumettraient à payer leur ouvrage au même prix qu'il le serait dans les autres manufactures.
» Cet atelier suffirait pour occupera Rennes foutes les pauvres femmes et filles qui n'ont point de rouets, et auxquelles il ne serait pas prudent de confier du lin ou du coton pour travailler chez elles. On pourrait donner des bas à faire à celles dont la probité et la bonne conduite seraient attestées par les recteurs ou par les administrateurs du bureau de charité de leur paroisse.
» Il ne serait pas plus difficile d'établir, dans chaque paroisse, des espèces d'entrepôts de filature, dont les bureaux de charité auraient l'administration qui consisterait dans l'achat des matières et dans leur répartition aux pauvres femmes et filles de la paroisse, qui les rapporteraient filées, et toucheraient, à mesure, le montant de leur ouvrage, au prix courant, pour chaque espèce de filature.
» Les seules difficultés que présente cet établissement consistent dans l'embarras où se trouveraient les bureaux de charité de faire des avances nécessaires pour l'achat des matières, et de débiter ces matières après leur filature. Mais il faut observer que la somme exigée dans chaque paroisse seraittrop modique, pour ne pas trouver des prêteurs, même dans la paroisse la plus pauvre. Puis, il ne faut pas douter qu'aussitôt que ces établissements auraient acquis une certaine consistance, ils n'obtinssent des marchands, pour l'achat des matières premières, le même crédit qu'obtiennent toutes les ma-
je mérite dans votre amitié pour les sentiments d'estime, passion sincère et attachement avec lequel je suis, Monsieur,
» Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
» Le maréchal d'Estrées. »
Le transport des dépêches se faisait assez rapide-
nufactures du royaume. Ce n'est donc que dans les deux ou trois premières années que les bureaux de charité de quelques paroisses auraient besoin d'être secourus, et ils pourraient l'être par le gouvernement sur les fonds destinés à la destruction de la mendicité. 11 suffirait d'établir, dans tous les dépôts de mendicité du royaume, des manufactures où les matières filées dans les paroisses pussent être mises en œuvre par des détenus ou par des ouvriers externes en cas de besoin. La modicité du prix de la fabrication de ces ouvrages en assurerait le débit. On en emploierait d'abord une grande partie pour l'habillement des détenus, ainsi que pour les lits, les draps et les couvertures du dépôt. Le Roi pourrait y faire fabriquer aussi les draps, les toiles et les étoffes de toute espèce pour l'habillement des troupes de terre et de mer.
» Toutes les paroisses seraient tenues d'envoyer, à la fin de chaque mois, au dépôt de la province dans laquelle elles sont situées, le produit de leur filature; celles auxquelles les matières auraient été fournies ne seraient payées que du prix de la main-d'œuvre, et. par cet arrangement, la caisse de la mendicité serait successivement remboursée des avances qu'elle aurait faites.»
Suit un détail des mesures à prendre pour empêcher le détournement des matières confiées aux travailleuses.
Dans la troisième partie du mémoire, Bertrand de Molleville traite la question des dépôts de mendicité et des maisons de force :
« Pourvoir à la subsistance des pauvres infirmes et invalides, et assurer du travail à ceux qui sont en état de gagner leur vie, c'est sans doute anéantir pour eux le besoin de mendier, mais ce n'est ni éteindre le goût, ni réprimer l'habitude du vagabondage et de la mendicité.
» Cet objet important ne peut être rempli que par l'établissement de maisons de dépôts, et ce dernier moyen concourant avec les deux autres, ne pourrait avoir aucun des inconvénients dont on se plaint aujourd'hui avec tant de raison; les détentions injustes et arbitraires n'auraient plus lieu.
ment, car, dès le 16 du même mois, M. Orry répond :
« J'ai reçu, Monsieur, par le gentilhomme que vous avez dépêché au Roi, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 14 de ce mois, touchant l'enregistrement aux Etats, de la déclaration de Sa Majesté du 26 de cette année, et la délibération unanime
» La maréchaussée n'étant autorisée à arrêter que les mendiants et vagabonds qu'elle surprendrait hors de leurs paroisses, ne pourrait plus être trompée par des dénonciations fausses ou supposées.
» S'il arrivait que des cavaliers de la maréchaussée abusassent de leur autorité au point d'arrêter des pauvres dans leur paroisse, ou munis de certificats, il serait essentiel qu'ils fussent sévèrement punis la première fois, cassés la seconde. »
Plus loin, l'intendant de Bretagne ajoute : « J'observerai à l'égard des filles et des femmes renfermées au dépôt en vertu d'ordres ou jugements militaires, que la forme dans laquelle ces ordres ou jugements sont décernés peut donner lieu à des injustices trop graves pour la laisser subsister. N'est-il pas possible et n'arrive-t-il pas trop souvent que des soldats subornent ou enlèvent avec violence des filles honnêtes pour satisfaire leur brutalité? Est-il juste, comme l'observent les Etats, qu'un tel sujet de larmes pour une famille soit encore solennisé par l'éclat d'une détention d'opprobre ordonnée militairement? Tel est cependant l'abus révoltant dont la forme actuelle est susceptible et dont il existe plusieurs exemples. »
Ces exemples d'arbitraire qui motivent de la part des Etats de fréquentes réclamations sont rapportés dans une longue lettre de l'intendant adressée au contrôleur-général, le 17 août 1785. Il est allé visiter le dépôt de Rennes et y a rencontré des gens arrêtés sans raison.
« Le citoyen le plus irréprochable dans sa conduite, dit-il, et le moins suspect de vagabondage et de mendicité, ne peut pas se promettre de ne pas être enfermé au dépôt, puisque sa liberté esta la merci d'un cavalier de la maréchaussée constamment susceptible d'être trompé par une fausse dénonciation ou corrompu à prix d'argent. 11 est difficile de calculer le résultat de ces erreurs et de ces prévarications. Mais je ne dois pas dissimuler que j'en ai trouvé dans le dépôt de Rennes les preuves les plus nombreuses et les plus révoltantes. J'y ai vu plusieurs maris arrêtés sur la seule dénonciation de leurs femmes, et autant de femmes sur celle de leurs maris,
qu'ils ont prise depuis, au sujet du don gratuit de deux millions, dont vous leur avez fait la demande, de la part de Sa Majesté. Le Roi est également satisfait de la soumission à ses ordres, et du zèle pour son service, dont les Etats viennent de donner de nouvelles marques. Sa Majesté est aussi persuadée que la manière avec laquelle vous avez fait connaître ses intentions aux Etats, n'y a pas peu contribué, et elle
plusieurs enfants du premier lit à la sollicitation de leurs bellesmères, plusieurs servantes, grosses des œuvres du maître qu'elles servaient, renfermées sur sa dénonciation, et des filles dans le même pas, sur la dénonciation de leurs séducteurs, des enfants sur la dénonciation de leurs pères, des pères sur la dénonciation de leurs enfants, et tous sans la moindre preuve de vagabondage ou de mendicité, tandis que les principales villes de la province et les grands chemins sont infectés de vagabonds et de gens sans aveu, et de véritables mendiants que la maréchaussée n'arrête pas, soit par négligence, soit parce que son ministère n'est pas provoqué par des sollicitations particulières.
» L'intention du législateur, continue M. de Molleville, a été, sans doute, de prévenir ces abus, en ordonnant que les mendiants et vagabonds arrêtés ne pourraient être enfermés au dépôt qu'en vertu d'un jugement prévôtal rendu en la forme ordinaire. Mais cette précaution n'est d'aucun secours pour l'innocent. Tout ce qu'il peut dire dans son interrogatoire pour sa justification est détruit par les faits avancés par la maréchaussée dans le procès-verbal de capture, et, en effet, il n'existe pas un seul jugement prévôtal qui ait rendu la liberté aux détenus pour cause de vagabondage ou de mendicité, malgré le nombre infini de ceux qui ont été arrêtés injustement. Il faut même observer que dans ce nombre plusieurs auraient dû obtenir avec leur liberté des dommages proportionnés à la longueur de leur détention, au chemin qu'ils ont à faire pour retourner chez eux, au dérangement de leur santé qu'ils doivent aux prisons malsaines dans lesquelles ils sont renfermés avant de parvenir au dépôt, et aux pertes souvent très-considérables que leur absence leur a fait essuyer. » (Les réflexions de l'intendant de 1785 ne pourraientelles pas être formulées de nouveau à l'époque où nous écrivons?)
Un progrès, c'est que les hommes ne sont plus renfermés avec les femmes dans la même prison.
« Aussi, dit l'intendant, il en résulte toujours que celles qui n'étaient
attend le même succès pour les autres affaires qui doivent s'y traiter. En mon particulier, Monsieur, je vous fais mon compliment bien sincère de ce qui s'est déjà passé; je ne doute pas, suivant ce que vous me faites l'honneur de me marquer, que vous n'ayez donné vos ordres aussitôt que 'vous Pavez jugé convenable, pour la publication des fermes des Etats, qui mérite dès à présent une des principales attentions. On
pas grosses quand elles ont éfcé arrêtées, le sont toujours quand au bout de deux ou trois mois de route elles arrivent au dépôt.
» Tous ces abus rendent chaque cavalier de la maréchaussée arbitre souverain, dans son arrondissement, de la liberté, de la fortune et de la vie de tous les citoyens ou du moins des gens du peuple.
» Les règlements concernant l'éducation des enfants qui naissent dans les dépôts ou qui y sont conduits m'avaient paru aussi sages qu'avantageux avant que j'eusse été à portée de connaître à quel point leur exécution était abusive et pernicieuse. Il semble, en effet, qu'on ne pouvait rien faire de mieux pour ces enfants que de les placer chez les laboureurs les plus estimés dans leurs cantons pour les attacher par l'habitude à la culture des terres. Mais le gouvernement, qui fait les frais de cette prétendue éducation, ignore que 'les laboureurs, qui se chargent de ces enfants, n'ont d'autre vue que de bénéficier sur la pension qu'on leur paie, et qu'avant l'âge auquel ces pensions sont réduites de vingt écus à un louis, à raison du travail que ces enfants doivent être en état de faire, ils ne manquent jamais de les ramener au dépôt où ils sont confondus avec tous les mendiants et vagabonds qui s'y trouvent, et dont la fréquentation habituelle corrompt bientôt toutes leurs inclinations. »
L'intendant propose dans son mémoire ce d'établir dans chaque maison de force différents ateliers d'éducation dans lesquels les enfants apprendraient les métiers, auxquels ils seraient les plus propres, sous de bons ouvriers auxquels il suffirait de fournir un logement avec la permission de travailler pour le public, et l'assurance d'obtenir gratuitement la maîtrise, quand ils auraient formé un certain nombre d'élèves. Ces enfants seraient nourris et entretenus au dépôt, sur les fonds de la mendicité, et au même prix que les autres détenus. Mais ils n'auraient aucune communication avec eux, il faudrait même qu'ils fussent habillés différemment, afin qu'on ne pût jamais les confondre, et que leur séjour au dépôt ne leur imprimât pas la plus légère apparence de flétrissure. »
ne peut rien ajouter au parfait attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très-humble
et très-obéissant serviteur,
» Orry. »
Le 14, l'intendant n'écrit que quelques lignes : « J'ai demandé ce matin aux Etats, au nom du Roi, le don gratuit de deux millions, qui a été accordé du con-
Dans le règlement qui intervint, en 1785, on persista à placer les enfants chez les agriculteurs, et par l'art. 19, on déclara que les enfants seraient toujours envoyés à la campagne ; mais pour stimuler le zèle des cultivateurs, on inséra dans l'art. 23, que lorsqu'un chef de famille aurait élevé un ou plusieurs de ces enfants jusqu'à l'âge de dix-huit ans, les pensionnaires garçons remplaceraient un certain nombre de fils, frères ou neveux de leurs maîtres qui seraient tombés à la milice.
Les Etats discutèrent longuement toutes ces questions relatives à la mendicité, et en général se montrèrent opposés aux dépôts; entre autres raisons, leurs commissaires alléguaient : « Que c'était un moyen nul et trop inhumain contre la mendicité forcée par l'indigence, et que le régime des dépôts était abusif et vicieux, en ce qu'il avait pour résultat de soustraire les malheureux détenus aux lois et aux magistrats et de les soumettre à un despotisme exercé le plus souvent par des subalternes, ce qui produisait une infinité d'abus. »
Les discussions des Etats et les rapports de leurs commissaires sont fort intéressants à consulter. Aujourd'hui, après cent ans de progrès, on en est toujours au même point, et journellement l'utilité des dépôts, le placement des enfants chez les agriculteurs, les ateliers de charité reviennent à l'ordre du jour de nos conseils généraux et municipaux. Croit-on que la publication de toutes les études faites déjà sur cette question et dans le même pays, ne pourrait pas arrêter des expériences qu'on croit nouvelles, et qui ont déjà été tentées, et en provoquer d'autres qui auraient plus de chance de réussir, quand on connaîtrait les motifs qui ont fait échouer les premières?
Citons à titre d'exemple le fait suivant : Dans son intéressant ouvrage sur l'Assistance en province, M. de Magnitot rapporte l'établissement, dans une commune de la Nièvre, d'un atelier de charité fondé en 1855, et d'un dépôt établi à Nevers qui réalisent en grande partie les plans et les projets exposés en 1785 par l'intendant de Bretagne. (Arch. nat., I. H. 354.)
sentement unanime des trois ordres qui composent cette Assemblée. » Le 16, le contrôleur-général lui répond en lui accusant réception de ses lettres, et en rengageant à continuer à lui faire part des délibérations des Etats.
Le premier président, M. de la Briffe, est aussi très-concis : « C'est avec une grande joie que j'ai Thon-
Les Etats votaient aussi fréquemment des sommes importantes pour les hôpitaux de la province. Toutes les villes de Bretagne étaient dotées d'établissements hospitaliers où les pauvres étaient soignés et recueillis. Non-seulement les villes, mais souvent les bourgs eux-mêmes avaient leurs hôpitaux; c'est ainsi que l'on voit, en 1705, un hôpital créé au bourg paroissial de Chantepie; en 1722, un hospice établi à Bourgneuf, et un. autre, en 1750, au bourg de Loroux-Bottereau (diocèse de Nantes).
Les grandes villes comme Rennes, Nantes, Vannes avaient même plusieurs hôpitaux. Certains couvents recueillaient aussi des malheureux. Dans une pièce des archives de Nantes, on voit, 1567-1568 : Enquête sur l'état et entretien des pauvres de la Ministrerie de Rhuys, dirigée par frère Etienne Copalle ; or, l'on sait que les couvents de Mathurins portaient le nom de Ministrerie, d'où l'on peut conclure qu'à cette époque ce couvent admettait un certain nombre d'indigents.
Presque toutes les villes ont des fonds affectés à des achats de grains pour les pauvres, plusieurs paient un médecin pour soigner les malheureux; dès 1674, on voit un sieur Mathieu Beccot, nommé médecin des pauvres de la ville de Nantes. A Rennes, les pauvres honteux étaient l'objet de soins spéciaux donnéspar une association qui portait le titre de : La charité de la marmite, et avait pour directeur, à la fin du XVIIIe siècle, M. Arot.
Les militaires et marins étaient soignés dans des hôpitaux spéciaux : à Brest, au Folgoët, au Port-Louis et à Belle-Isle. Ils avaient des salles réservées dans les hôpitaux de Lorient, Dinan, Landerneau, Morlaix, Nantes, Rennes et Saint-Malo.
Quand des maladies épidémiques survenaient, les Etats, de concert avec l'intendant, expédiaient des médecins dans les localités atteintes du fléau.
En 1741, notamment, des maladies épidémiques ravagèrent la province, des médecins furent envoyés et les Etats votèrent un crédit de 902 livres pour le payement de leurs frais.
neur de vous informer que la déclaration du Roi fut hier enregistrée aux Etats. Les avis des trois ordres ont été unanimes, et la soumission à la volonté du Roi a été parfaite. »
La lettre de M. le prince de Léon, à cette même date du 14, donne un peu plus de détails : « La déclaration du Roi, Monsieur, fut enregistrée hier avec toute la tranquillité et la soumission possibles. L'avis delà Noblesse fut porté le premier aux Chambres, où Ton s'était réuni pour délibérer. Je lui dois rendre la justice de vous dire qu'aussitôt que je lui ai fait connaître les intentions du Roi et la nécessité de s'y conformer pour remplir notre devoir, l'affaire a passé sans difficulté, presqu'unanimement. Je suis, je vous l'avoue, bien soulagé de voir cette affaire terminée, et d'avoir été assez heureux de la finir de cette façon-là. Le don gratuit a été accordé ce matin de la somme qui a été demandée, et cela s'est passé avec tout le zèle, l'empressement et le respect convenables. J'omettais de vous dire que l'on a nommé, après l'enregistrement de la déclaration, six députés de chaque ordre, pour faire un mémoire sur les articles qui peuvent mériter quelques modifications ou explications, et que ce mémoire doit être remis à M. le maréchal d'Estrées, pour être, par lui, envoyé à la Cour, et supplier très-humblement le Roi d'avoir la bonté de vouloir bien y avoir égard. M. le maréchal d'Estrées avait dit à l'Assemblée, qu'après l'enregistrement, le
En 1742, le 31 octobre, les commissaires du Roi firent dire aux Etats qu'il serait bon de prendre des mesures pour l'établissement des sœurs grises dans les campagnes et pour la création de charges de médecins ; mais après discussion, les Etats, à la tenue de 1744, rejetèrent ces demandes en se fondant sur ce que ces établissements regardaient les paroisses et les villes.
Roi recevrait favorablement des représentations respectueuses, si les Etats jugeaient à propos de lui en faire sur quelqu'article. Je vous supplie d'être bien persuadé, Monsieur, qu'on ne peut être plus sincèrement que je suis, votre très-humble et très-obéissant
serviteur,
« Prince de Léon. »
Le 16, réponse et lettre de félicitations de M. Orry.
Le président du Tiers, M. Bâillon, écrit de son côté : « MM. les commissaires du Roi sont entrés, M. l'intendant a demandé le don gratuit de deux millions, les Etats l'ont accordé d'une voix unanime. M. l'intendant a très-bien parlé et a fait valoir la bonté du Roi, qui diminue les impositions, avant même que la paix soit déclarée. » Le 16, le contrôleur-général lui répond en le félicitant , et en le priant de lui envoyer des détails sur ce qui se passe aux Etats. Le procureur-général-syndic, M. de Bédée, donne, lui aussi, son contingent de renseignements, toujours à la même date du 14 : « Les Etats, Monsieur, s'ouvrirent le lundi , 12 de ce mois. Mardi i3, M. le maréchal y entra et apporta la déclaration du Roi , portant règlement pour les Etats, il me la remit, et m'ordonna d'en requérir l'enregistrement, ce que je fis-, il fut ordonné sans aucune contradiction. On nomma seulement une commission pour y faire quelques observations. Cette commission s'assembla hier, et finit son travail dont, apparemment, elle rendra compte demain.
» On a été extrêmement content du discours de M. de Viarmes, lorsqu'il a demandé le don gratuit. On a été pénétré de la bonté du Roi de s'être contenté de deux millions, et persuadé, Monsieur, que vos bons offices ont eu beaucoup de part à cette mo-
dération A peine les deux ordres étaient sortis du théâtre que, sans donner le temps à M. le prince de Léon d'achever la proposition , la Noblesse a accordé le don gratuit par acclamation des uns, et par un silence très-expressif de ceux qui étaient au bas du théâtre. M. le prince de Léon n'a pas eu besoin de quitter son fauteuil. La diligence n'a pas été moindre dans les deux autres ordres que dans celui de la Noblesse. Je me flatte, comme compatriote, que vous serez content des Etats, et j'espère que, dans la suite, tout ira comme il doit. »
Le 16, M. Orry lui écrit, comme à ses autres correspondants, une lettre de remercîments.
Enfin , nous avons encore, à cette date du 14, deux autres lettres : l'une, de M. de Volvire, extrêmement concise, et l'autre de M. de La Boissière, disant : « Hier matin, à midi, après la messe du Saint-Esprit, MM. les commissaires sont entrés, M. le maréchal tenant en main la déclaration, laquelle, après un discours d'instruction et d'exhortation, il remit à M. le procureur-général-syndic, pour en requérir l'enregistrement, après quoi ils sortirent,, et les ordres se retirèrent aux Chambres, où d'un commun avis, et presque sans aucune contradiction, la Noblesse ayant donné l'exemple, on enregistra la déclaration, et on nomma une commission de six de chaque ordre pour l'examiner et y faire des remontrances. MM. les évêques de Vannes et de Quimper sont à la tête de la commission, laquelle s'assembla dès hier au soir.
» Ce matin, les commissaires entreront pour la demande du don gratuit, qui sera sans doute accordé d'une commune voix \ j'aurai l'honneur, Monseigneur, de vous en informer par le courrier de M. le maréchal. Je suis, etc.
» M. le maréchal retarde le courrier ordinaire pour laisser prendre le devant au sien, c'est ce qui me donne le temps, Monseigneur, de vous informer que le don gratuit de deux millions vient d'être accordé unanimement. » (Arch. nat., cart. H. 278.)
A Versailles, tous ces lettres étaient examinées avec soin, comparées entre elles, et minutieusement annotées. A la suite des correspondances que nous venons de citer, se trouve une note ainsi conçue : « Relativement à la commission des Etats pour faire des remontrances : M. le maréchal, ni M. de la Briffe n'en font mention dans leurs lettres, M. de Viarmes parle dans la sienne de très-respectueuses remontrances, M. le prince de Léon de représentations respectueuses , M. Bâillon de remontrances, M. de Bédée se sert de termes fort ménagés, » on hésite à en parler dans les réponses à faire, tant qu'on ne sera pas mieux fixé sur ce qui s'est passé; enfin, une annotation de la main de M. Orry porte : « Expédier les lettres à l'ordinaire, sans mention de la commission des Etats pour faire des remontrances. » D'après une autre note, qui se trouve également aux Archives, on voit que le contrôleur-général a répondu à des lettres de M** l'évêque de Rennes et de Madame la maréchale d'Estrées, lettres que, malgré toutes nos recherches, il nous a malheureusement été impossible de retrouver.
9 heures du matin.
Sommaire. — Représentation du contrat de 1734. — Nomination de commission. — Rapport sur les remontrances à adresser au Roi relativement à la déclaration du 26 juin 1736. — Communications diverses.
A/for Vévêqne de Rennes,
Mgr le prince , comte et baron de Léon,
M. le sénéchal de Rennes.
M. de Bédée, procureur-général-syndic, a représenté, à T Assemblée, le contrat passé, le 24 novembre 1734, entre les commissaires du Roi et les Etats, en leur dernière assise tenue en ladite ville de Rennes; aussi les lettres patentes du Roi, du 6 mai 1735, portant ratification dudit contrat; le tout dûment enregistré au greffe du Parlement de Bretagne et à la Chambre des Comptes.
Les Etats donnent acte, à M. de Bédée, de la représentation de ces différentes pièces, et ordonnent qu'elles seront déposées au greffe, pour y avoir recours en cas de besoin.
Msr Tévêque de Rennes ayant représenté que les Etats avaient l'habitude de nommer une commission, pour faire le dépouillement de toutes les affaires qui avaient été proposées et commencées dans les précédentes tenues, afin de vérifier si elles avaient été toutes
remplies et consommées, il estimait qu'il serait dans Tintérêt des Etats de nommer encore une semblable commission, qui ferait une vérification exacte des affaires commencées et non consommées, pour, sur ladite vérification, prendre, dans la présente assise, de nouvelles délibérations. Sur quoi, après en avoir délibéré :
Les Etats ordonnent qu'il sera nommé une commission chargée de faire l'examen de toutes les affaires commencées et non consommées, et nomment, à cet effet, les mêmes députés chargés déjà de l'examen de la commission générale. M. l'évêque de Quimper a, pour lui et ses co-députés, rapporté à l'Assemblée, qu'ils allèrent, le jour d'hier, chez Mme la maréchale d'Estrées, pour la complimenter, au nom des Etats, et lui témoigner la joie qu'ils avaient de la voir en cette ville, qu'elle leur avait marqué être très-sensible aux égards et à l'attention des Etats, et les avait priés d assurer l'Assemblée de sa parfaite reconnaissance. M. l'évêque de Vannes a fait, ensuite, rapport à l'Assemblée, de la commission dont il avait été chargé, avec Messieurs ses co-députés, pour dresser, au nom des Etats, des représentations relatives à la déclaration du 26 juin; et, après lecture du mémoire, Messieurs des ordres se sont retirés aux chambres pour en délibérer, et, revenus sur le théâtre, les Etats ont arrêté :
Sur le Ier article, que Sa Majesté sera très-humblement suppliée d'agréer que les membres des trois ordres aient le droit d'entrer à l'âge de 20 ans, quoiqu'ils n'auront voix délibérative qu'à 25.
Quant à la représensation des extraits baptistères, le Roi sera supplié d'agréer qu'elle sera faite aux présidents des ordres.
Sur le 2e article, Sa Majesté sera suppliée de vouloir bien donner pour époque au droit d'entrer aux Etats, la réformation de 1667 ; de plus, comme la réformation a fini plus tôt qu'on n'aurait cru, ce qui a pu empêcher plusieurs personnes, même de trèsbonne origine, de s'y pourvoir, le Roi sera supplié de les renvoyer à se pourvoir au Parlement, ainsi qu'il est dit pour les extra-provinciaux.
A l'égard des articles 3 et 4, les Etats ont ordonné qu'il n'en serait point parlé.
Et, sur le cinquième, Sa Majesté sera priée de vouloir bien le restreindre, à ce que ceux qui ne seront pas arrivés dans les trois premiers jours seront exclus de toute commission, ainsi que les Etats l'ont décidé, le 1 5 décembre 1717*, même d'ordonner qu'ils seront privés de toute gratification, mais leur conserver voix délibérative.
Ordonnent, en conséquence, que la présente délibération sera remise, avec les mémoires sur lesquels elle a été rendue, à Messieurs les députés qui ont été priés de dresser des remontrances, conformément à ce que dessus.
M. de Bédée a représenté à l'Assemblée : que Messieurs les commissaires du Roi l'avaient chargé de dire aux Etats que l'intention de Sa Majesté était qu'on fît lire l'arrêt du Conseil, du 2 janvier 1712, au sujet des gratifications, afin qu'ils s'y conformassent dans toutes ses parties ;
Et de représenter, pareillement, que l'intention de Sa Majesté était que les commissions fussent nommées le quatrième ou le cinquième jour de l'ouverture des Etats, afin que l'on pût travailler, sans retard, aux affaires qui devaient y être traitées.
En conséquence de laquelle représentation, il a été
fait lecture de l'arrêt du 2 janvier 17 12, et ont, au surplus, les Etats renvoyé à demain pour procéder à la nomination des commissions.
L'Assemblée a été remise au lendemain, à neuf heures, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée de Messieurs les présidents des ordres. »
Nous n'avons, à cette date, qu'une lettre sans intérêt de M. Bâillon, qui mentionne que les Etats sont entrés en séance, à neuf heures, après la messe, le reste comme au procès- verbal.
SÉANCE DU VENDREDI 16 NOVEMBRE 9 heures du matin.
Sommaire. — Entrée de M. de Siïguy. — Lecture du règlement de 1637. — Nominations de commissions. — Députation pour Ventrée d'étrangers de distinction aux Etats.
M(jr Vêveque de Rennes ,
M$r le prince, comte et baron de Léon ,
M. le sénéchal de Rennes.
M. de Silguy, sénéchal du présidial de Quimper, est entré dans l'Assemblée, et y a pris place et séance dans Tordre du Tiers, en qualité d'agrégé de la communauté de ladite ville, par ordonnance de Mer le maréchal d'Estrées, du 12 de ce mois, qu^il a déposée au greffe.
Il a été fait lecture et signature des délibérations des deux derniers jours.
En suite de quoi, de l'ordonnance des Etats, il a été fait lecture du règlement de 1687, qui a pour titre : « Règlement général fait par les Etats de Bretagne, pour être gardé et observé inviolablement ; du i 1 octobre 1687, imprimé chez Joseph Vatar (0. »
Après laquelle lecture, M. le président du Tiers
(1) Donné in extenso avec ses modifications successives, à la fin de l'ouvrage de M. de Carné, Histoire des Etats de Bretagne.
ayant représenté qu'il paraîtrait avantageux aux Etats, toujours attentifs au bien public, de nommer une commission de six députés de chaque ordre , pour dresser des mémoires dans la présente tenue, sur tout ce qui pourrait servir à soulager et augmenter le commerce, tant intérieur qu'extérieur, et inspirer de Tindustrie aux habitants de la province, MM. des ordres se sont retirés aux Chambres pour en délibérer, et pour procéder, en même temps, à la nomination des commissions.
Les Etats ont nommé, pour la recherche des fonds par estime :
De V Eglise. — M. l'évêque de Quimper, M. l'abbé
de la Vieuxville, MM. de la Richerie et de Kermorvan ;
De la Noblesse. — MM. le marquis du Bois de la
Motte, le comte du Bouê'xic-Becdelièvre, du Loch et
de Stuer;
Du Tiers. — MM. de la Guérinière-Morin , du Beneach-Thomas, de Launay le Corgne et de Kerdu- Bonnard.
Pour la vérification de l'état de fonds de la dernière tenue :
De VEglise. — M. l'évêque de Vannes, M. l'abbé de Boquen, MM. Le Valois et Gardays ;
T)e la Noblesse. — MM. de Trémigon, de Galan, du Liscouet, de la Bouëtardais père;
T)u Tiers. — Le lieutenant de Guérande, le sénéchal de Vitré, l'alloué de Quintin et le député de La Guerche.
Pour la vérification des hors-fonds et étapes : <De l'Eglise. — M. l'évêque de Nantes, M. l'abbé de Bonrepos, MM. de Roustille et Morin;
cDe la Noblesse. — M. le vicomte de la Bédoyère , MM. de Coètlogon, du Lettier et le comte du Creux;
Du Tiers, — M, Bodin, les députés du Croisic, de Ghâteaubriant et de Guingamp.
Commission pour la vérification des contrats convertis , échangés et remboursés :
De V Eglise. — M. Tévêque de Quimper, M. l'abbé de Lanténac, MM. Gouyon et de Kermorvan;
De la Noblesse. — MM. du Plessix d'Argentré, de Villechauve, de Galloët et de Ghampsavois;
Du Tiers. — Le député de Lesneven, le sénéchal de Concarneau, le député d'Ancenis, le sénéchal de Montfort.
Gommission pour les conditions des baux et des devoirs :
De V Eglise. — M. l'évêquedeSaint-Brieuc, M. l'abbé de Blanche-Couronne, MM. de la Richerie et Gardays;
De la Noblesse. — MM. Le Gouvello, de la Landelle, de Derval et Le Loup *,
Du Tiers. — MM. Harembert, de la Courbe le Moyne, le lieutenant du présidial de Vannes, le procureur du Roi d'Hennebont.
Commission pour l'examen des contraventions :
De l'Eglise. — M. l'évêque de Tréguier, MM. les abbés de Saint-Gildas et de Montfort, MM. Gouyon, de Cuillé et de Ghampeaux ;
De la Noblesse. — MM. le comte de Carcado, le comte de Trécesson, de Cintré, du Han, de Beaucours et de Lorgeril ;
Du Tiers. — MM. le maire de Tréguier, le sénéchal de Moncontour, Daumesnil, du Rumen, de la Bouëxière-Nerzic et Simon.
Commission pour les haras :
De l'Eglise. — M. l'évêque de Nantes, M. l'abbé de Lan vaux, MM. de la Richerie et de Roustille;
De la Noblesse. — MM. le marquis de Goe'tmen,
le marquis du Trans, de Rosnyvinen et du Botdéru;
T>u Tiers. — MM. de Labbaye , les députés de Carhaix et de Lannion, l'alloué de Redon.
Commission pour l'examen des procès :
'De V Eglise. — M. l'évêque de Vannes, M. l'abbé de Montfort et MM. de Champeaux et Morin;
<De la Noblesse. — MM. Le Coutellier, de Saint- Gilles, de Kerminguy de Saint-Laurent, de la Villethéart ;
cDu Tiers. — MM. Doré, de Plumargat, le bailli de Quimperlé et le sénéchal de Pontivy.
Commission pour les francs-fiefs (T), centième denier et autres :
(1) Franc- fief. — Quand la Révolution éclata, les anoblissements avaient été nombreux depuis deux siècles; ce qui avait été plus fréquent encore, c'était le passage de la terre seigneuriale aux mains de roturiers. Les hommes du Tiers-Etat, enrichis par des charges lucratives, parle commerce ou la finance, parla faveur du Roi ou de quelque prince, avaient acheté de la terre noble. Le gouvernement avait fini par autoriser cette déchéance des seigneuries, moyennant un droit à payer au fisc, le droit de franc-fief. Le besoin d'argent conduisit à laisser toute facilité aux ventes, du domaine seigneurial, faites à des bourgeois. Quand, en 1696, Louis XIV, à bout de ressources, aliéna des fractions de son domaine, il permit à tout individu, sans distinction de naissance, d'acquérir ainsi des droits seigneuriaux. Il est vrai que deux édits, ceux de 1705 et de 1715, donnèrent, aux seigneurs, la faculté de dépouiller les acquéreurs en remboursant le prix; les achats de terres seigneuriales, par des roturiers, n'en furent pas moins très-nombreux.
Une fois propriétaire d'un fief, le roturier était substitué, dans la jouissance des avantages faits jadis à la noblesse, au gentilhomme dont il avait acquis l'héritage. Sans doute, il ne devenait pas, pour cela, noble, il ne pouvait prendre le titre que portait le fief, mais il en avait tous les droits utiles, il pouvait s'en dire le seigneur. Ue la sorte, par un simple contrat, des roturiers se glissaient journellement dans les rangs de la noblesse terrienne. Les bourgeois étaient partout propriétaires de fiefs et de censives, acquéreurs de redevances féodales et de mainmortes, propriétaires de justices seigneuriales, avec droit d'y nommer des juges. Souvent, aussi, le posses-
T)e V Eglise. — MM. les abbés de la Vieuxville et de Lanténac, MM. de Guillé et de Ghampeaux ;
T>e la Noblesse. — MM. de France père, de Bégasson, de Launay, du Boisberthelot ;
T)u Tiers. — Le sénéchal de Pontivy, le sénéchal de Hédé, le sénéchal de Ploè'rmel, le député de la communauté d'Auray.
Commission pour le commerce :
T)e l'Eglise. — M. Tévêque de Vannes, MM. les abbés de Beaulieu et de Boquen, MM. Morin, Le Valois et Gardays ;
De la Noblesse. — MM. de PArgentais, du Pérenno, du Loch, Le Loup, du Menez, de Vauleraut.
Du Tiers. — MM. de Beauvais Le Fer, maire de Saint-Malo, Darquistade, Daumesnil, le sénéchal de Josselin, Rosselin et du Breil du Chatellier.
Msr Pévêque de Rennes a, ensuite, pour lui et ses codéputés, nommés par les Etats, dans leur dernière assise de 1734, pour porter à Sa Majesté le cahier de leurs très-humbles remontrances, et pour la suite et instruction de leurs autres affaires en Cour, fait rapport à l'Assemblée de tout ce qu'ils avaient fait pendant tout le cours de leur députation pour le service des Etats et le bien de la province; il a, en même temps, représenté le cahier desdites remontrances, avec les réponses de Sa Majesté sur chaque article.
M. de Bédée a, aussi, commencé son rapport de toutes les affaires qu'il avait instruites, et poursuivies
seur d'un fief cédait à la tentation d'en usurper le titre, usurpation qui devenait plus facile quand c'était non par achat, mais par héritage, que la terre féodale arrivait entre ses mains. (Alfred Maurt, Lutte du pouvoir royal et des juridictions, Revue des Deux-Mondes, 1er novembre 1873.)
au nom des Etats et en exécution de leurs ordres, et dont la continuation a été remise à demain.
Et, sur ce qui a été représenté par M§r le prince de Léon, que, quand il se trouvait, dans les villes où se tenaient les Etats, des personnes de distinction, on avait coutume de les envoyer prier, par députation , d'entrer dans l'Assemblée, qu'ainsi, il était persuadé que les Etats voudraient bien se porter à faire la même politesse à MM. le comte de la Carte, le marquis de Rével et le chevalier de Menou, enseigne des gardesdu-corps, qui se trouvaient actuellement dans la ville, les Etats ont député, vers ces messieurs, les mêmes députés qui furent nommés pour aller voir les membres malades de l'Assemblée.
L'Assemblée a été remise à demain, à neuf heures du matin, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée de MM. les présidents des ordres.
Les Etats, d'après une lettre de M. Bâillon, qui ne signale rien de particulier, se sont séparés vers les deux heures et demie.
9 heures du matin.
Sommaire. — Remerciements aux députés en Cour. — Présentation du cahier des remontrances. — Rapports de M. de Bèdèe, de M. Odye.
Correspondances. — Lettre du maréchal d'Estrées. — Réponse de
M. Orry.
Mgr répêque de Rennes,
Msr le prince, comte et baron de Léon,
M. le sénéchal de Rennes.
Il a été fait lecture et signature des délibérations du jour d'hier. Et, sur ce qui a été représenté par M§r le prince de Léon, que les Etats s'étant toujours portés, après le rapport de MM. les députés en Cour, à les remercier, il était persuadé que l'Assemblée voudrait bien se porter aujourd'hui à en user de la même manière, et à faire la même honnêteté à Msr Tévêque de Rennes, et à MM. ses codéputés, et à ordonner, en même temps, le paiement de ce qui leur était dû de reste, pour l'effet de leur députation, Msr l'évêque de Rennes s'étant retiré, et Msr l'évêque de Quimper ayant pris sa place, et présidé dans l'ordre de l'Eglise, après qu'il en a été délibéré :
Les Etats ont fait droit aux demandes qui viennent de leur être faites par Msr [e prince de Léon, et donné
acte aux députés en Cour de la présentation du cahier des remontrances répondu par Sa Majesté, ordonnent que le dit cahier et le rapport de Msr l'évêque de Rennes seront déposés au greffe, disent qu'il sera fait trois copies du cahier des remontrances, pour être distribuées dans les trois ordres, et pris telles délibérations que les Etats jugeront bonnes pour le bien et utilité de la province.
En suite de quoi, Msr l'évêque de Rennes ayant repris sa place, il a été de l'ordonnance des Etats fait lecture et évocation de tous les membres de l'Eglise et du Tiers qui ont comparu dans la précédente tenue.
Il a été pareillement fait lecture de MM. de la Noblesse qui se sont fait inscrire jusqu'à ce jour.
M&r l'évêque de Rennes a représenté qu'étant à la tête de la Commission intermédiaire, qui avait été nommée dans la dernière tenue, il était obligé de prévenir les Etats qu'elle était encore actuellement chargée d'une infinité d'affaires, auxquelles il était absolument nécessaire de pourvoir, surtout par rapport au casernement; qu'ainsi, en attendant le rapport qu'ils espéraient être bientôt en état de faire, il priait l'Assemblée de donner aux membres de cette commission les ordres nécessaires pour continuer leurs fonctions jusqu'à ce moment. Sur quoi délibéré : les Etats autorisent la Commission intermédiaire à continuer les affaires jusqu'au rapport de la commission.
M. de Bédée a achevé son rapport sur toutes les affaires qu'il avait à poursuivre en Cour, au nom des Etats, en même temps représenté plusieurs pièces et mémoires au soutien de son rapport , comme aussi le bâton qu'il avait acheté à Paris pour le héraut, de tout quoi, il a demandé acte.
Le sieur Odye, substitut, a fait ensuite son rap-
port des affaires suivies par lui dans la province , depuis la dernière tenue.
De tout quoi les Etats ayant donné acte, remercié M. de Bédée, et témoigné au sieur Odye leur satisfaction et contentement de ses soins pour les intérêts de la province, ordonnent, en conséquence, que lesdits mémoires et pièces à l'appui seront déposés au greffe, desquels dits mémoires il sera aussi fait trois copies pour être distribuées dans les trois ordres, pour sur le tout être délibéré aux Chambres, et pris telles décisions que les Etats jugeront à propos.
L'Assemblée a été remise à demain neuf heures du matin, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée de MM. les présidents des ordres.
Le même jour, le maréchal écrit :
« Vous avez appris par mon courrier, Monsieur, de quelle manière la déclaration a été enregistrée purement et simplement, contre l'opinion générale de toute la ville de Rennes. Ce qui s'est passé en cette occasion doit, ce me semble, faire changer ce qui est porté à cet égard, dans les instructions, soit générales, soit particulières.
» Les Etats ont cru qu'après avoir fait et donné, en cette occasion, des preuves de respect et de leur obéissance aux ordres de Sa Majesté, elle ne trouverait pas mauvais qu'ils lui fissent des représentations pour donner des explications à quelques-uns des articles. Ils ont nommé à cet effet une commission qui viendra en députation vers MM. les commissaires du Roi, aussitôt qu'elle aura achevé son travail. Permettez-moi de vous dire qu'il ne me paraît pas qu'il y ait aucun
inconvénient à recevoir les représentations que cette commission fera, pour les envoyer à Sa Majesté. Cette demande n'engagera à rien, le Roi répondra ce qu'il jugera à propos, cela n'ira pas plus loin; c'est une petite satisfaction qu'on donnera aux Etats, en recevant leurs représentations.
« Je puis vous répondre même que cela ne causera aucun retardement dans les affaires qu'il y a à traiter, parce que je ne la recevrai qu'à cette condition expresse -, ainsi vous pouvez être assuré et que cette petite grâce ne causera aucune langueur, et ne donnera lieu à aucune discussion. Je ferai cependant ce qui dépendra de moi pour les dissuader de faire ces représentations.
» On a nommé aujourd'hui toutes les commissions, ce qui, jusqu'à présent, n'avait été que le dixième jour après l'ouverture des Etats. J'en ai même fait nommer une nouvelle pour examiner ce qu'il y aurait à faire pour augmenter le commerce de cette province, les causes de la diminution qu'il y a eu depuis quelques années , et les moyens les plus propres pour y remédier. J'avais chargé le procureur-général-syndic de demander que ces commissions fussent nommées, en lui recommandant cependant de ne point faire connaître cet ordre , si les Etats se portaient d'euxmêmes à faire cette nomination, comme ils l'ont fait.
» J'espère que les fermes se soutiendront au prix auquel elles ont été portées aux derniers Etats.
» Il y a six cent quarante-huit gentilshommes inscrits au greffe des Etats, et quoique dans ce nombre il y en ait encore qui ne devraient pas y être admis, il y en a plusieurs autres qui n'ont pas osé s'y présenter. Ce serait une grande discussion, et presqu'impossible pendant le temps des Etats, d'examiner les
titres de ceux qu'on croit d'une noblesse douteuse -, je me contenterai de faire exécuter la déclaration à l'égard d'un ou deux dont la noblesse est reconnue douteuse, par toute l'Assemblée, ce qui ne laissera pas que de donner à penser à ceux qui sont à peu près dans le même cas.
» Nous avons ici un grand nombre de noblesse et gens de conditions; aucun de ceux qui n'ont point l'âge de 2 5 ans ne se sont présentés pour entrer aux Etats, et je ne me puis trop louer de leur sagesse :
» J'ai l'honneur d'être plus parfaitement qu'homme du monde, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
» Le maréchal duc d'Estrées. »
Le contrôleur-général répondit le 23 :
« Il aurait été à désirer que les Etats se fussent contentés de charger leurs députés en Cour des représentations qu'ils jugent à propos de faire sur quelques articles de la déclaration; c'est la voie ordinaire et la plus régulière, mais je doute que vous soyez à temps pour pouvoir les réduire à prendre cette route.
» Il serait à souhaiter que vous fissiez un exemple en exécution de la déclaration, ne fût-ce que sur deux sujets qui n'eussent pas la noblesse requise. Je pense que cet exemple serait absolument nécessaire et ferait bon effet pour le présent et pour l'avenir.
» Orry. »
SÉANCE DU DIMANCHE 18 NOVEMBRE 9 heures du matin.
Sommaire. — Travail du cahier des remontrances. — Charges à MM. les députés en Cour et au procureur-général-syndic. — La capitalion. — Les fouages.
Correspondances. — Lettres de MM. de La Boissière et Bâillon.
Mor Véveqne de Rennes ,
M(Jr le prince, comte et baron de Léon ,
M. le sénéchal de Rennes.
Ms* Tévêque de Vannes a présenté à l'Assemblée le projet de remontrances dressé par la commission nommée à cet effet, et relatif à la déclaration du Roi du 26 juin 1736, concernant rentrée aux Etats. MM. des ordres se sont retirés aux Chambres pour en délibérer, ensemble, sur les rapports de MM. les députés en Cour, sur ceux de MM. de Bédée et Odye, sur le cahier des remontrances de la dernière tenue et sur les réponses de Sa Majesté; et, revenus sur le théâtre, les Etats, commençant par le cahier des remontrances, ont ordonné :
Que le premier article du dernier cahier, concernant les bénéfices de la province, qui ne doivent pas être attribués à des étrangers, sera repris, et porté dans
le nouveau cahier, aussi bien que le quatrième, demandant une décharge dans la capitation C1);
Que le huitième, tendant à obtenir une diminution sur les fouages, sera maintenu, ainsi que le douzième, pour supposer aux évocations contraires aux privilèges delà province-, renvoient l'article concernant la levée des gens de guerre à la commission des contraventions-,
Tardent à délibérer relativement à la subsistance
(1) Capitation. — La capitation était un impôt personnel dont la répartition avait lieu en Bretagne en raison des facultés de chaque contribuable. Cette imposition fut établie dans tout le royaume par déclaration du 18 janvier 1695. Les Etats l'abonnèrent le 8 novembre de la même année, à raison de 1,400,000 1. par an, et n'en consentirent la levée qu'à la condition qu'elle cesserait à la paix. Ils nommèrent, le 11 du même mois, quatre députés de chaque ordre, par évêché, pour travailler, conjointement avec les commissaires du Roi, à un tarif par classe, et à la répartition générale. La capitation ayant été supprimée en 1698, le Roi la rétablit par déclaration du 12 mars 1701. Les Etats, par délibération du 31 juillet 1701, consentirent à la levée de la capitation et à l'abonnement à raison de deux millions par an.
Cet abonnement fut régi d'abord par des commissaires que nommèrent les Etats, mais la Cour n'ayant plus voulu de bureaux diocésains à la suite des troubles de 1717, la capitation fut levée par l'intendant de 1718 à 1734, et produisit chaque année une moyenne de 1,400,000 1., c'est-à dire moins que par l'abonnement. On revint à ce dernier en 1734, et le 4 novembre de cette année, les commissaires consentirent, au nom de Sa Majesté, qu'il fût nommé, pour cette imposition, trois commissaires des Etats par évêché.
Cet impôt était réparti par évêché, et dans chaque évêché entre trois classes : Noblesse, villes et communautés, paroisses de campagne.
Le taux de chaque classe variait en raison du prix de l'abonnement.
Le 12 août 1701, les Etats arrêtèrent que les membres de la Noblesse qui prenaient les titres de comtes, marquis, etc., ne seraient modérés à la capitation, qu'en renonçant à ces titres pour lesquels le tarif les assujettissait â une imposition de 375 1., qui était celle de la 4' classe établie par l'arrêt de 1701. A part cette mesure, les Etats n'admirent pas la capitation par classe tarifée, qui ne fut appliquée
des troupes de la Compagnie des Indes, après le rapport du compte des étapes ;
Ordonnent les Etats, que les articles concernant les lettres de bénéfice d'inventaire et d'émancipation, le dixième, les billets sous signature privée et le casernement, seront extraits du nouveau cahier des remontrances;
Ordonnent pareillement , que , dans le nouveau
qu'au Parlement, à la Chambre des Comptes, aux officiers de la
Chancellerie, et au trésorier des Etats.
Tous les corps ci-dessus dénommés payaient une somme fixe d'à
peu près 64,000 1>, quel que fût le tarif de l'abonnement, et les chiffres
ne variaient pas. Ainsi, le premier président payait toujours 1,500 1.
pour lui et 70 1. pour ses domestiques; chaque président à mortier
450 1. pour lui, et 18 1. pour ses domestiques; un conseiller 225 I.
pour lui, et 1 1. 10 sols pour ses domestiques. En 1734. les rôles ne montaient qu'à 1,556,828 1., savoir :
Pour la Noblesse 102,508 1.
Pour les villes.. 293,780
Pour les campagnes 1,097,235
Pour le Parlement et autres.. . 63,305
Total.... 1.556,828 1.
Les Etats prirent ces chiffres pour base de la répartition de leurs rôles. Ce taux était fixé non-seulement pour les trois classes, mais encore pour chaque évêché, de manière qu'on ne reportait pas la part d'un diocèse sur un autre, ni de la Noblesse sur les villes, ni des villes sur les paroisses.
Cet art. 2 subsistait toujours dans le cahier des remontrances, les Etats y rappelaient la promesse de Louis XIV de supprimer à la paix la capitation, et chargeaient, en tout cas, leurs députés en Cour de demander un soulagement proportionné à la situation des peuples.
Le clergé était exempt de cet impôt, mais il payait des décimes ordinaires et extraordinaires.
Lorsque le contribuable présentait un certificat de pauvreté, et que la cote n'excédait pas 20 sols, la commission diocésaine rendait une ordonnance de décharge, sans communication de la requête. Les officiers de judicature étaient imposés dans l'ordre du Tiers, ainsi que les gentilshommes exerçant la profession d'avocat, ou pourvus
cahier, il ne sera point parié de l'article des quatre sols pour livre sur le droit de ferme du Roi, non plus que du denier pour le droit de confirmation ; disent qu'il sera fait mention de ces deux articles dans les charges du procureur-général-syndic, pour parvenir,
d'un emploi. Les rôles de la Noblesse étaient arrêtés dans chaque diocèse, par les commissaires de cet ordre, et la Commission intermédiaire les rendait exécutoires.
Les villes et communautés recevaient directement le mandement des sommes à lever, et, dans les huit jours, nommaient des commissaires pour en faire la répartition avec toute l'équité possible.
En ce qui concernait les campagnes, le bureau de Rennes, après avoir reçu des commissaires diocésains le tableau de la répartition par paroisse, instituait des confecteurs qui devaient établir les rôles, de concert avec les égailleurs et notables nommés, à cet effet, par le général de la paroisse.
Les Etats accordaient fréquemment des exemptions de capitation aux personnes qui avaient été éprouvées par un malheur quelconque, même parfois à celles qui n'alléguaient que des charges. C'est ainsi qu'à la séance du 5 février 1765, les Etats accordèrent exemption de capitation à Thomas-Pierre Le G-uével, notaire royal et procureur à Lorient, qui priait les Etats de le décharger de cet impôt, eu égard au nombre de dix enfants, lui restant de son mariage avec demoiselle Anastasie de Kermorial.. (Arch. nat., I. H. 354.)
Les questions relatives à la capitation étaient fort complexes ; voici quelques extraits des registres, relatifs à la seule ville de Lorient, qui permettent de se rendre compte des difficultés soulevées par la perception de cet impôt.
1738, 6 novembre. — Les Etats ordonnent que le rôle de Lorient sera extrait des paroisses, maintenant que Lorient est érigé en ville, et que l'augmentation que la Commission intermédiaire estimera que la ville de Lorient peut porter, tournera, jusqu'aux Etats prochains, au soulagement de la ville de Vannes.
1740, 28 octobre. — Les Etats ordonnent que la capitation de la ville de Lorient sera augmentée de 2,000 1., et que cette augmentation tournera en diminution de la capitation de la ville de Saint-Malo.
1742, 23 octobre. — • Les Etats renvoient, à la commission du plan de régie, la requête des notables de la ville du Port-Louis, tendante à rejeter, sur la ville de Lorient, les sommes que payent, pour leur capitation, les officiers de la Compagnie des Indes dans ladite ville, et à en obtenir diminution sur leurs rôles.
s'il est possible, à obtenir la décharge desdites impositions;
Passant aux affaires communes à MM. les députés en Cour et au procureur-général -syndic, les Etats ordonnent qu'il sera fait article, dans les mémoires de MM. les députés en Cour et charges du procureur-général-syndic :
30 octobre. — Les Etats ordonnent que les officiers, domiciliés à Port-Louis, seront extraits du rôle de la capitation de Lorient.
1746. — Les Etats renvoient, à la Commission intermédiaire, la requête de la communauté de Lorient, qui priait les Etats de fixer les rôles de la capitation de la ville, pour les dix années à venir, à 2,999 1. 18 s., comme elle l'était en 1734.
1748, 27 novembre. — Les Etats ordonnent que la diminution de 2,000 1. accordée à la ville de Lorient sur sa capitation, milice et casernement n'aura pas lieu pour 1749 et 1750, et on se réfère à la prudence de la Commission intermédiaire pour décider si les paroisses de Quiberon, Guidel et Plœmeur, jouiront, pendant 1749 et 1750, des mêmes décharges qui leur ont été accordées pour 1747 et
1752. — Les Etats chargent les députés en Cour d'agir avec la Commission intermédiaire, pour s'opposer à la diminution de 2,000 1. accordée à la communauté de Lorient sur la capitation de 1752.
En 1760, le 23 octobre, les Etats chargent les députés en Cour de demander le rapport de l'arrêt du Conseil du 23 juillet 1760, qui casse les ordonnances de la commission, lesquelles condamnent les inspecteurs des orfèvres de Lorient à faire la recette de la capitation et des deux sols pour livre, du dixième, au Port-Louis, et la Commission intermédiaire s'opposera à toutes nouvelles exemptions.
Les mêmes députés devront faire toutes instances pour qu'on soit autorisé à faire payer la capitation des officiers et employés de la Compagnie des Indes, sur le pied de six deniers par livre de leurs appointements, outre ce qu'ils doivent, à raison de leurs biens au commerce, et pour porter le taux de la ville de Lorient au prorata des autres villes et paroisses.
La requête des députés ne fut pas complètement admise, car nous voyons, en 1762, les Etats délibérer sur le rapport de la Commission intermédiaire, et ordonner, conformément à une décision du Conseil, qu'à l'avenir les officiers de la Compagnie des Indes ne seraient plus taxés que sur le pied de trois deniers par livre de leurs appointements.
34 i PROCÈS-VERBAL DE LA TENUE DE 1736.
i° De s'opposer, en cas de plainte, aux contraventions des commis préposés à la perception du droit de traite foraine (]);
De veiller à ce que le passeport pour les étalons qui entreront dans cette province, soit continué avec décharge de ce droit;
2° Sur l'article d'induit, les charges d'y veiller sans cependant agir d'aucune façon -,
3° Chargent les députés en Cour et le procureurgénéral-syndic de s'occuper des droits établis sur les toiles, de ceux prétendus sur les grains, et de l'affaire du sieur Guibert, négociant à Saint-Brieuc , à qui les fermiers- généraux réclament des droits de ports et havres ;
4° Les chargent aussi, en cas de plainte, de s'opposer aux innovations que les propriétaires des marais salants de Saintonge et de Poitou voudraient faire, contraires aux droits de la province;
5° De s'opposer à toutes évocations contraires aux privilèges de la province;
6° De continuer leurs soins pour obtenir, le plus tôt qu'il sera possible, un arrêt du Conseil, dans l'affaire du sieur curé d'Escoublac contre M. l'abbé de Saint-Florent;
7° De continuer pareillement à s'opposer à ce qu'on trouble les prêtres bretons dans la possession des bénéfices de la province;
8° Sur l'article qui regarde l'intervention des Etats, dans le procès pendant au Conseil, entre le général de Saint-Sébastien, de Nantes, et les prétendus privilégiés de la ville de Nantes, par rapport aux fouages (2),
(1) Droit sur les marchandises venant du dehors.
(2) Les fouages. — Les fouages ordinaires, qui étaient, dans le prin-
les Etats ont chargé M. le procureur-général-syndic de voir M. de Viarmes, commissaire départi, pour le prier de donner incessamment son avis sur cette affaire, et, quand il l'aura donné, de solliciter un arrêt du Conseil, commun à toute la province;
9° Renvoient l'article pour la décharge du demi pour cent sur les marchandises venant des îles et co-
cipe, des subsides accordés par les Etats aux ducs dans les besoins pressants, devinrent, avec le temps, un revenu annuel et ordinaire du Trésor, fourni par les roturiers, propriétaires de terres roturières dans les bourgs et les campagnes. Ils étaient compris dans l'état du Roi.
Les fouages extraordinaires avaient pour but de suppléer à l'insuffisance des recettes de l'état de fonds; ils étaient levés au profit des Etats pour contribuer aux charges générales, et équivalaient, en 1736, à un doublement de fouages ordinaires. Il n'y avait qu'un seul rôle pour les fouages extraordinaires, les ordinaires et les autres impositions portées à l'état du Roi.
Les Etats qualifiaient aussi d'emprunts sur les fouages, la levée des fouages extraordinaires, parce que dans l'origine de cette imposition, ils promettaient aux contribuables de leur restituer les sommes qui en proviendraient, lorsque la nécessité de ce secours pour fournir au Roi les sommes qu'il demandait, cesserait.
Les fouages extraordinaires étaient perçus par des receveurs que nommaient les Etats. Cette imposition, très-onéreuse aux propriétaires des terres roturières, était une taxe foncière, mais de plus personnelle, parce que le noble qui faisait valoir sa terre roturière n'y était pas soumis; peu équitable, parce que le nombre des feux ayant été diminué par les affranchissements, la taxe de chaque paroisse n'en resta pas moins la même.
Cette taxe s'imposait par feu dans chaque paroisse. On comptait un peu plus de 32,000 feux dans la province, autrefois il y en avait 37,000. Il est assez difficile de définir exactement ce terme ; on s'accordait cependant, en général, à décider que c'était une habitation entourée ou non entourée d'une certaine quantité de terre, et qui était présumée contenir une moyenne de cinq personnes.
D'après les règlements, les égailleurs ou répartiteurs ne pouvaient s'assembler au cabaret pour faire l'égail, à peine de nullité et d'amende. Ils ne pouvaient diminuer leurs impositions de l'année précédente, ni celles de leurs parents, jusqu'au degré de cousin-
lonies françaises, à la commission du commerce pour, sur son rapport, être statué*,
io° Ordonnent les Etats qu'il sera encore fait article, pour qu'on veille à ce qu'il ne soit pas rendu d'arrêt du Conseil, qui pourrait préjudicier aux droits de la province, sans que les requêtes et mémoires leur aient été communiqués ;
1 1° Ordonnent de continuer les instances pour faire décharger les terres roturières de l'aveu prétendu par la Chambre des Comptes , et pour obtenir un jugement définitif sur la contestation entre la communauté de Fougères et le sieur des Loges-Ménard;
Renvoient à délibérer, sur l'article touchant la commission générale, après le rapport de là commission nommée pour examiner celle expédiée dans la présente tenue;
12° Ordonnent les Etats, que MM. les députés en Cour et le procureur-général-syndic continueront leurs sollicitations pour obtenir la décharge du droit de vingtième et de quarantième prétendu par la prévôté et communauté de Nantes, sur les sels de Guérande et du Croisic-,
i3° Les Etats les ont pareillement chargés de demander que le capitaine-général du tabac soit obligé d'aller en personne dans les maisons, sans pouvoir envoyer des commis sans lui, et qu'il soit aussi tenu
germain, à moins d'une diminution dans leurs biens dont la preuve fût constante, sous peine du quadruple, lequel quadruplement était applicable, moitié au dénonciateur, et moitié en diminution des fouages de la paroisse.
En 1733, l'abbé de Pontbriand fît paraître un traité sur les fouages, divisé en neuf chapitres, et traitant des augmentations faites sur les fouages, des feux d'ancienne et de nouvelle provision, des aliénations de fouages, des annoblissements de feux, du taux de chaque feu de fouage, etc.%
de justifier, pour entrer dans les maisons, qu'il est pourvu de la charge de capitaine, et qu'il soit même obligé de se faire accompagner du juge le plus prochain, pour aller dans celles qui ne sont point soupçonnées de fraude, et qui n'y sont jamais tombées.
Les Etats les ont encore chargés de continuer leur adhésion en faveur des marchands de toile de Quintin, s'ils en sont requis.
Renvoient l'article concernant le droit d'ensaisissement des titres de propriété à la commission des francs-fiefs pour examiner la nature de ce droit et recevoir les mémoires et plaintes de ceux qui l'auront payé, pour, sur le rapport de la commission, être délibéré et ordonné ce qui sera vu appartenir.
A l'égard de l'article pour les arpenteurs, les Etats ont chargé le procureur-général-syndic qui résidera en Bretagne , de veiller à l'exécution de l'arrêt du Parlement, qui a fixé leurs journées à 6 1., hors la banlieue, et à 5 h, dans la banlieue.
Les chargent de se conformer au cérémonial qui doit être observé , lors de la représentation du cahier des remontrances, et de continuer leurs sollicitations pour ce qui concerne le droit de confirmation demandé aux propriétaires des maisons situées le long de la rivière de Landerneau.
Les chargent de s'employer pour faire décharger la ville de Brest de deux droits : l'un de lods et ventes pour les vaisseaux vendus dans le port et rade, et l'autre de cinq sols pour cent aunes de toile sortant du port.
Les chargent d'obtenir l'abonnement des droits de francs-fiefs, les chargent de conclure le dit abonnement aux meilleures conditions possibles pour, après
les avoir obtenues, les Etats faire régir le dit droit. Déclarent que le dit abonnement se fera même dans la présente tenue, si faire se peut, et M^r de Rennes a été prié d'écrire, par le premier ordinaire, aux fermiers-généraux, qu'ils aient à envoyer incessamment leur procuration, pour que le dit abonnement soit fait et conclu dans la présente tenue, sur le pied de 75,000 1. qu'ils ont demandées.
Les Etats les ont pareillement chargés de veiller pour empêcher la levée du droit que l'on veut prendre sur les marchandises transportées de Nantes à Saint-Nazaire.
Gomme aussi, de s'opposer à ce qu'il soit, à l'avenir, accordé aucun nouveau privilège.
De renouveler et de continuer leurs instances, pour obtenir un tarif définitif pour les coches et messageries, même dans la présente tenue, s'il est possible.
Sur l'article concernant les arrêts du Conseil, les Etats ont chargé M. le procureur-général-syndic de prier M. le commissaire départi de n'en faire exécuter aucun sans le rendre public.
A l'égard de l'article qui regarde l'élection de M. le comte de Meneuf, pour procureur-général-syndic, chargent les députés en Cour de renouveler leurs instances pour obtenir la révocation de l'ordre du Roi, qui s'oppose à sa nomination.
Renvoient à demain pour délibérer sur le rapport particulier de M. de Bédée et sur celui du sieur Odye. Les Etats ont ensuite approuvé les remontrances que la commission a dressées sur la déclaration du Roi concernant l'entrée aux Etats, décidé qu'elles seront insérées dans la minute du procès-verbal de la présente tenue, et qu'il en sera fait une expédition, qui sera portée par MM. les députés de la commission à MM. les
commissaires du Roi, qui seront priés, de la part de l'Assemblée, de l'envoyer en Cour, et d'appuyer les dites remontrances de leurs bons offices, pour obtenir des réponses favorables de Sa Majesté.
Suivent les remontrances, que les gens des trois Etats du pays et duché de Bretagne font au Roi, leur souverain seigneur, sur la déclaration donnée à Versailles, par Sa Majesté, le 26 juin 1736.
Sur le premier article, il est dit :
« Votre Majesté, trouvant avantageux au bien de la justice et de son service de permettre aux jeunes magistrats d'entrer dans le Parlement à 20 ans, pour s'instruire, sans voix délibérative jusqu'à 2 5 , par le même motif, les Etats supplient très-humblement Votre Majesté, si elle ne juge pas à propos d'accorder aux membres des trois ordres la voix délibérative, à l'âge de 20 ans, de leur permettre, au moins, d'entrer aux Etats à cet âge, pour prendre connaissance des affaires, et sans avoir droit de voter qu'à l'âge de 2 5 ans accomplis. »
« Sur le second article, ils demandent que le Parlement puisse juger les demandes des originaires comme des extra-originaires.
» Sur le cinquième, que, conformément au rapport de la commission, Sa Majesté réduise la peine contre ceux qui arriveront en retard aux Etats, à l'exclusion de toute députation et commission, ainsi que de toute gratification. »
En terminant, les Etats ajoutent : « qu'ils espèrent qu'on fera droit à leurs demandes, et qu'ils redoubleront leurs vœux pour la prospérité et pour la gloire de Sa Majesté. »
L'Assemblée a été remise à demain, neuf heures
du matin, ce qui a été banni par le héraut, et s'est séparée à trois heures; la minute signée de MM. les présidents des ordres.
Nous avons, à cette date du 18 novembre, une longue lettre du trésorier, M. de La Boissière : « Tout se passe jusqu'à présent dans la plus exacte règle et la plus grande tranquillité, et tous les échos répètent que cela durera. Je crois bien que les affaires générales iront leur train. Chacun se tient pour averti qu'il n'y ferait pas bon pour les gens de mauvaise humeur. Mais je plains le premier malheureux particulier qui tombera sous leur coupe ; ils lui feront payer cher cette craintive sagesse, qui leur pèse furieusement, et peutêtre que la bombe éclatera sur moi; je n'y vois, Monseigneur, que de me recommander à Dieu pour détourner l'orage, et à votre protection pour le dissiper. Je me tiendrai clos et couvert, ainsi que vous me l'avez ordonné. La séance de vendredi se passa à nommer les commissions ordinaires, etc.. Vous avez peut-être déjà appris que Mme de Viarmes accoucha, vendredi matin, d'un garçon, après un travail fort long et fort inquiétant. Je suis, etc. »
De son côté, M. Bâillon écrit : « Après la messe, M. l'évêque de Vannes a fait rapport du travail de sa commission sur les trois articles des remontrances concernant la déclaration du 26 juin 1736; il a fait lire, par le commis du greffe, le projet de ses remontrances; les trois ordres se sont retirés aux Chambres, ce projet a été unanimement rejeté. M. l'évêque de Saint-Brieuc en a envoyé proposer un, dans les Cham-
bres, qui a été approuvé des trois ordres, etc.. Quelques-uns de MM. de la Noblesse ont voulu proposer de prendre une délibération, pour demander le rappel de MM. du Parlement exilés-, mais ils ont été retenus sur l'assurance qui leur a été donnée que M. le premier président et MM. du Parlement avaient dit qu'il n'était point encore temps. Je suis, etc. »
9 heures du matin.
Sommaire. — Charges au procureur-génêral-syndic. — Rapport du sieur Odye, substitut. — Affaires diverses.
Correspondance. — Lettre de Monseigneur de Vaurèàl.
MQr Vévêque de Rennes,
Mgr le prince , comte et baron de Léon,
M. le sénéchal de Rennes.
Il a été fait lecture des délibérations du jour d'hier, après la signature desquelles, le héraut a été envoyé vers MM. les commissaires du Roi, pour savoir quand ils seraient en état de recevoir la députation qui fut ordonnée le même jour, pour leur porter une copie des remontrances, sur la déclaration du Roi, concernant l'entrée aux Etats, lequel a rapporté : qu'ils la recevraient à cinq heures de l'après-midi de ce jour.
En suite de quoi, MM. des ordres se sont retirés aux Chambres, pour délibérer sur les rapports de M. de Bédée et de M. Odye, et revenus sur le théâtre :
Les Etats chargent MM. les procureurs-générauxsyndics de s'opposer à l'enregistrement de tous édits, déclarations du Roi, arrêts du Conseil contraires aux libertés de la province ;
De continuer les suites requises et convenables pour
presser la contribution du clergé de Nantes aux réparations des ponts de Pirmil ;
De continuer l'intervention des*Etats en faveur de MM. de Cuillé et de Haute-Touche;
De continuer l'intervention des Etats en faveur des propriétaires de la forêt de Brécilien, et défaire ce qui conviendra, pour appuyer leurs prétentions contre les habitants et usagers de ladite forêt;
De continuer les suites de l'intervention des Etats pour demander le rapport des droits indûment exigés et perçus sur la vaisselle d'argent armoriée;
De veiller toujours à ce que les habitants de la province ne soient pas troublés dans le transport de leurs vendanges ;
De persister à demander que les sommes prises sur les octrois des communautés demeureront appliquées au secours des hôpitaux des villes mêmes qui y contribuent.
Les Etats, sur l'article concernant le renouvellement des lettres d'octrois des communautés, ont encore chargé M. le procureur-général-syndic de demander, en cas dudit renouvellement, qu'il ne puisse être accordé, sans le consentement des Etats, conformément à leurs droits ;
De tenir la main à l'exécution de l'arrêt qui décharge du droit de centième denier les domaines congéables nobles, suivant l'arrêt du Conseil du 2 septembre 1732;
De continuer à s'opposer aux innovations des fermiers des ports et havres par rapport aux brieux (r),
(1) Brieux. — Permission de naviguer que tous les vaisseaux doivent prendre des gouverneurs ou des juges de l'amirauté pour sortir d'un port. (Dict. de Trévoux.)
C'était un droit qui consistait, en 1568, en 52 sols 6 deniers, et qui était perçu par le fermier des ports et havres. Dès 1567, les Etats
acquits à cautions, etc., et de les obliger à la restitution des sommes qu'ils pourraient avoir indûment perçues*,
De veiller à ce que la brigade de gabelle se retire toujours en Anjou W ;
De faire tout ce qu'il conviendra pour parvenir au payement des sommes dues aux Etats par la succession de feu M. le comte de Villeneuve ;
De prier encore MM. du Parlement et M. deViarmes de vouloir bien tenir la main à ce que tous les édits, déclarations du Roi, arrêts du Conseil qui leur seront adressés soient publiés exactement dans toutes les paroisses de la province, afin que personne n'en prétexte cause d'ignorance;
De continuer d'avoir attention à ce que la communauté de Rennes ait toujours soin de faire toutes les réparations nécessaires au piédestal de la statue équestre ;
De continuer d'écrire, après l'adjudication du bail des devoirs, des lettres circulaires aux ecclésiastiques, gentilshommes et juges, pour les engagera accorder leur protection , pour la régie et exploitation de la ferme des devoirs;
D'intervenir aux frais des Etats, en faveur de M. de Tréméreuc de Léhen , pour faire confirmer l'arrêt du Parlement de Bretagne, rendu, en sa faveur, contre l'hôpital général de Saint-Malo.
demandaient que ce droit ne fût pas perçu sur les navires allant à Terre-Neuve.
(1) Le 31 octobre 1760, les Etats chargent les députés en Cour de solliciter pour les Bretons qui feront le commerce des sardines en façon d'anchois, la permission de transporter, enmême temps, la quantité de saumure nécessaire pour en aouiller les barils, et qu'il soit permis, aux marchands des pays, où la gabelle est établie, d'en avoir en magasin pour aouiller lesdits barils, dans le cas où la vente est retardée.
A regard de l'article concernant la réfection et l'élargissement des grands chemins et banlieues des villes, les Etats ont chargé MM. les députés en Cour d'agir et de travailler de concert avec MM. les commissaires du Roi, pour prendre, avec eux, des arrangements convenables pour la décision de cette affaire;
Gomme, aussi, de faire les diligences convenables pour faire remettre, au greffe des Etats, par les héritiers de feu sieur de Lesnen , vivant leur grenier, les dix-huit volumes des doubles des assises référés dans la délibération du 5 décembre 1730, et ce, au cas qu'ils se trouveraient parmi les papiers recueillis après le décès de M. de Saint-Cyr, fils aîné dudit feu sieur de Lesnen;
Renvoient à délibérer sur l'article touchant le nombre des échevins des villes qui doivent être exempts du casernement, après le rapport de la Commission intermédiaire;
M. le procureur-général syndic a pareillement été chargé de continuer ses sollicitations pour soutenir, au Conseil, les arrêts rendus au Parlement de Bretagne, au rapport de MM. de Kerhor et de Kerverzio , sur l'affaire des gabelles, et de faire, en conséquence, tout ce qui conviendra pour en faire ordonner l'entière exécution ;
Comme, aussi, de veiller à ce que les ponts, sur lesquels on lève des péages, soient toujours réparés et entretenus aux frais des propriétaires desdits péages ;
Donnent acte, à M. de Bédée, de la représentation, par lui faite, du recueil de toutes les requêtes et mémoires qu'il a faits, pour le service des Etats, depuis la dernière tenue, ordonnent qu'il sera déposé au greffe.
Finalement, sur le dernier article des charges par-
ticulières de M. de Bédée, les Etats ont arrêté qu'on sollicitera un arrêt du Conseil, qui substitue M. de Viarmes à M. de Brou (son prédécesseur), pour donner son avis sur les comptes des engagistes des droits d'entrée.
Passant au rapport fait par M. de Bédée, des affaires qu'il a suivies, à la Cour, pendant les années 1 735 et 1736,
Les Etats ont chargé M. le procureur-général-syndic de continuer, au Conseil, les suites de son intervention, en faveur des habitants de la ville de Fougères, contre le sieur des Loges;
De faire de nouvelles instances, pour faire décharger, s'il est possible, les habitants de la paroisse de Varade, évêché de Nantes, du droit de confirmation qui leur est demandé ;
Renvoient à délibérer sur les articles concernant la capitation du sieur Montaudoin , officier monnayeur de la ville de Nantes, et autres qui font la même profession, comme aussi sur l'article qui regarde la contestation entre M. de Viarmes et MM. les commissaires des Etats, au sujet des fourrages et casernement des sieurs Le Jeune et Epivent, habitants de Nantes, et celui touchant l'exemption du casernement prétendue par les officiers subalternes des eaux et forêts, après le rapport de la Commission intermédiaire.
Les Etats donnent acte, à M. de Bédée, de la représentation, par lui faite, de seize volumes, contenant plusieurs édits, déclarations et arrêt du Conseil, concernant la régie des droits du Roi qu'il aurait achetés à Paris, par l'ordre des Etats, ensemble de deux consultations des avocats du Parlement de Paris et du Conseil, touchant plusieurs questions qu'il a suivies, à la Cour, depuis la dernière tenue;
Renvoient l'article dernier du même rapport, relatif à la gratification du sieur de Gennes, avocat des Etats, au Conseil, après l'examen de l'état de fonds;
Ordonnent, au surplus, que tous les autres articles, dont il est aussi parlé dans le rapport de M. de Bédée, seront extraits des charges de la présente tenue.
Les Etats, délibérant ensuite sur le rapport du sieur Odye :
Chargent leur procureur-général-syndic de tenir la main pour l'entière exécution des arrêts concernant les digues de Dol et autres, pour que la visite des dites digues soit toujours faite par les juges de Combourg, et sans frais, et pour faire, encore, contraindre les propriétaires adjacents à l'entretien de ces digues*,
De s'opposer toujours à ce qu'aucune communauté ne puisse lever, à l'avenir, aucune augmentation de deniers d'octrois, sans en avoir requis et obtenu la permission expresse des Etats;
Donnent acte, au sieur Odye, de la représentation des reçus des receveurs des fouages, des baux des devoirs et des étapes, ainsi que de l'arrêt concernant le sceau des rôles des fouages, comme aussi, des états des troupes qui ont marché, par étapes, dans la province, depuis la dernière tenue, lesquels dits états seront servis à la commission nommée pour l'examen des comptes des étapes ;
Donnent acte, au sieur Odye, de la représentation de plusieurs ordonnances rendues concernant les grands chemins faits par l'ingénieur, en présence et sous l'inspection de MM. les commissaires des Etats, et de l'acte de ratification des contrats d'emprunts faits au nom des Etats, par leur trésorier, en vertu de leur procuration, pour l'abonnement du dixième, pour l'année 1734; de l'apposition de sceaux faite, à sa requête et
en sa présence, au domicile de feu M. de Jacquelot, vivant greffier des Etats, du lief de scellés, fait en la même forme, et du programme d'un armoriai de France, à lui envoyé par M. de Viarmes ;
Sur l'article concernant la somme de 38,55o L, restant des fonds qui avaient été faits, en la tenue de Tannée iy3o, pour être employés au remboursement de contrats aux particuliers, qui auraient fait leur soumission de bâtir dans la partie incendiée de la ville de Rennes;
Les Etats donnent acte, au sieur Odye, de la représentation de la notification faite à Mesdames de La Guibourgère, du Plessix et de Gherville, et à MM. de Robien et du Parc- Kery von, de l'arrêt du Conseil du 27 octobre iy35, qui, par grâce, leur donnait six mois pour bâtir, après lequel délai, les fonds faits pour les dits remboursements demeureraient aux Etats (*);
(1) Le 21 décembre 1720, un effroyable incendie ravagea la ville de Rennes, et causa une certaine émotion jusqu'à Paris, comme on le voit d'après le Journal de Barbier qui en rend compte à la date du 28, dans les termes suivants :
« Le dimanche, 21 décembre, sur le minuit, le feu a pris dans une maison particulière de la ville de Rennes, en Bretagne, mais le feu a duré de telle manière qu'il a duré six jours et six nuits, et que toute la ville en général est brûlée. Il ne reste plus que les faubourgs. Ça été une désolation comme l'on s'imagine. Tout le monde a fui la ville, et s'est allé camper avec des tentes au milieu des prés autour de la ville. J'ai vu des lettres datées : Aux prés de Rennes. Tous les habitants sont ruinés. Ils écrivent tous : Il n'est plus de Rennes. Le marchand dont j'ai vu la lettre écrit qu'il rend grâce à Dieu d'avoir sauvé sa femme et son enfant, mais qu'il a perdu trois maisons dans la ville et un magasin plein de marchandises.
» La cathédrale est brûlée ; Saint-Sauveur qui était bâti de neuf il y a un an, le Palais, les Cordeliers et les Carmes ne le sont pas. Il y a le bel horloge, qui est une tour de pierres de taille, on y a porté des marchandises, toutes les minutes des notaires et autres papiers
Comme aussi, d'une requête présentée, à l'Assemblée, par M. du Parc-Keryvon, qui justifiait avoir fait bâtir une maison de 40,000 1., dans remplacement de Tîlot E, et qui suppliait les Etats de vouloir bien ordonner, à son profit , le payement de la somme de 10,000 1., pour laquelle il avait été compris dans l'état de répartition des i5o,ooo 1., dont il avait été fait fonds, dans la tenue de 1730, pour le remboursement des contrats aux bâtisseurs de la ville de Rennes.
Sur quoi , ayant aussi été délibéré aux Chambres, les Etats ordonnent :
Que, sur les 38,55o 1. restant dans la caisse de leur trésorier, il sera payé, dès à présent, une somme de 10,000 1. à M. du Parc-Keryvon;
Donnent pareillement acte, au sieur Odye, de plusieurs ordonnances rendues, sur son intervention, par M. de Viarmes , l'une contre le fermier du contrôle qui se faisait payer le contrôle en entier d'un billet sous signature privée, en partie acquitté et endossé, et deux autres, l'une en faveur de Mme Vaurouault , l'autre, au profit de la dame de Loiselo Névou, contre
croyant les mettre en sûreté : la tour a fondu et tout a été brûlé. Le Parlement était en robes rouges qui a fait travailler tout le peuple. Il a conduit les religieuses Ursulines dans la maison des Pères Bénédictins , qui est hors la ville.
» On a abattu jusqu'à dix maisons, pour arrêter le feu; mais il reprenait partout. Toutes les nouvelles des bourgeois portent que ce sont les soldats qui y sont, qui mettaient le feu à mesure qu'il s'éteignait pour piller. On en a pris un sur le fait qui volait un saintciboire d'or rempli d'hosties : il a été brûlé, je l'ai vu marqué dans deux lettres, voilà une désolation épouvantable. » (Journal de Barbier, t. I.)
Cette accusation portée contre les soldats n'a jamais été justifiée; voir au surplus de nombreux détails sur cet incendie, dans les deux histoires si complètes de Rennes de MM. A. Marteville et Ducrest de Villeneuve.
le fermier et préposé à la perception du droit de centième denier, qui a été débouté de ses demandes du demi-centième denier, sur les douaires des dites dames W.
Les Etats ordonnent que ces ordonnances et autres, concernant les contrôles, seront imprimées, en cahier, pendant la présente tenue.
Les Etats chargent le procureur-général-syndic de renouveler les instances, auprès de M. de Viarmes , pour faire débouter, s'il est possible, le fermier du contrôle, de sa prétention de contrôler les procèsverbaux d'apposition de scellés, faits et rapportés par les greffiers, sans réquisitoires des parties.
Donnent ordre, au sieur Odye, de poursuivre les procureurs du Roi de Fougères et de Dinan , pour la reddition de leur compte, et de faire, en conséquence, tout ce qu'il estimera convenable pour y parvenir et pour le jugement d'iceux*, renvoient, au surplus, à délibérer, sur l'affaire du sieur Dufresne, receveur des fouages extraordinaires de Saint-Brieuc, après le rapport de la Commission intermédiaire, ordonnent le dépôt de toutes pièces et mémoires invoqués par M. de Bédée et le sieur Odye, au greffe des Etats.
(I) En 1757, les Etats rachetèrent la ferme des contrôles et droits y joints tels que papier timbré et autres, pour le prix de 40 millions, et, le 14 février 1759, ils nommèrent, pour l'administration desdits droits, une commission composée de MM. les abbés de Saint-Jeandes-Prés et de Géneston, de La Borderie et de Romilly, chanoines de Rennes ;
De MM. de Kerguézec, de Kersauson Coëtanscours, de Higouyer et de Pontual;
De MM. de Coniac, sénéchal, Logeois, alloué, Viard, conseiller au présidial, et Malherbe le fils, avocat.
A la même tenue, les 9, 10 et 11 novembre, l'évêque de Vannes fit un rapport fort détaillé sur les nouveaux tarifs.
L'Assemblée s'est séparée à trois heures, et a été remise à demain, à neuf heures du matin, ce qui a été banni par le héraut; la minute signée de MM. les présidents des ordres.
Les procès-verbaux de ces dernières séances donnent une idée assez exacte du rôle important des députés en Cour, des procureurs-généraux-syndics et de leurs substituts ; comme on peut le voir, par la quantité de charges qui leur sont imposées, leurs fonctions étaient loin d'être des sinécures, et surtout, pour celles de procureur-général-syndic ou de substitut, il fallait des hommes d'expérience, travailleurs et rompus aux affaires. Pour le moment, l'Assemblée n'a qu'un procureur-général-syndic, par suite du refus du Roi d'approuver la nomination de M. de Méneuf, et malgré toute la capacité et l'intelligence de M. de Bédée, ce dernier se plaint souvent de ne pouvoir suffire, ni à toutes les exigences de la place, ni au surcroît de travail que lui vaut le non remplacement de son collègue décédé. Quant à l'Assemblée, elle tient des séances de six heures bien remplies, comme le prouvent les comptes-rendus, et la lettre suivante de son président, M^r de Vauréal, qui nous initie en même temps à certains détails qui ne figurent pas dans le procès-verbal :
ce Rennes, lundi 19 novembre.
» Nous avons bien travaillé samedi, dimanche et aujourd'hui, Monsieur*, tous les rapports de députés, syndics et substituts, sont faits. Quand il a été question de délibérer sur M. de Méneuf, la Noblesse n'a pas voulu de députation en sa faveur, et voici le fin,
elle n'a pas voulu s'attirer un refus absolu. Quand je dis la Noblesse, je veux dire les amis de M. de Méneuf, car le très -grand nombre est fort indifférent sur cette affaire.
» Les amis donc, pour conserver espérance, ont pris le parti de continuer, de charger le procureursyndic et les députés en Cour, de solliciter jusqu'à la prochaine tenue, et de demander au Roi de révoquer l'ordre qu'il a donné aux derniers Etats; c'est-à-dire qu'ils ont fait, avec M. de Méneuf, comme avec M. L'Olivier (l'autre substitut), à qui ils ne veulent point donner de successeur pour conserver l'espérance de le garder. Vous pouvez donc compter qu'on ne soufflera pas sur M. de Méneuf. C'est à vous à voir, si vous voulez, que M. le maréchal nous laisse dans cette incertitude, ou si vous lui manderez de nous déclarer, à la fin, les intentions nettes et précises du Roi.
» Je compte que nous ordonnerons demain les fouages, les impôts et billots. Je vais presser les chefs des commissions de travailler de suite, et de nous fournir de l'occupation. Notre plus grande, désormais, sera le rapport delà Commission intermédiaire; comme elle donnera lieu à la déclaration de suppression des commissaires diocésains, je crois qu'il faut, auparavant, ordonner toutes les parties du Roi, casernement, étapes, milices, boucheries, etc. M. le maréchal vous enverra, par cet ordinaire, nos remontrances, que nous lui avons remises, sans appareil de députation, et presqu'incognito. Je crois que c'est un bien qu'il vous les envoie, parce qu'elles vous donneront lieu à faire quelque chose qui, selon moi, pourrait être plus utile que la déclaration.
» Je vous envoie un mémoire, que je viens de griffonner, sur cela. Voilà tout pour aujourd'hui.
» Vous trouverez bon que je vous adresse le détail de nos affaires, que je compte rendre, en même temps, à Son Eminence (le cardinal Fleury), et à M. le garde des sceaux que je ne veux pas importuner de mes lettres.
» Je suis, avec autant de respect que d'attachement, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant
serviteur,
» f Evêque de Rennes. »
Voici encore quelque chose :
a Discours, dans la Noblesse, sur les démarches que les Etats devraient faire en faveur des exilés, tant de la Noblesse que du Parlement i1). M. le prince de Léon et moi, nous avons dit : Que M. le premier président nous avait parlé, et nous avait dit que ce n'était pas l'intention du Parlement. On est revenu à la charge, et on nous a dit que Ton savait bien que
(1) A part quelques difficultés qui s'élevèrent entre les Etats et le Parlement, vers 1651, nous voyons toujours ces deux grands corps unir leurs efforts pour la défense des privilèges de la province. A la séance du 14 juillet 1655, le procureur-général-syndic rapportait que les députés du Parlement lui avaient témoigné toutes les obligations qu'ils avaient aux Etats, en connaissance desquelles, cette Cour protestait d'être perpétuellement unie aux volontés et délibérations des Etats, pour le service du Roi et la conservation des privilèges de la province. A la séance du 15 décembre 1675, les Etats protestèrent contre la translation du Parlement à Vannes, et réclamèrent son retour; à la séance du 8 décembre 1724, ils augmentèrent ses gages, et le 23 octobre 1726, M. de Bédée ayant dit dans son rapport que le Parlement avait été très-attentif à lui faire communiquer les affaires qui intéresseraient les Etats, l'Assemblée chargea son procureur-général-syndic de remercier le premier président.
Cet accord épouvantait plus tard le duc d'Aiguillon qui écrivait : « Ce commencement d'union des Etats et du Parlement est effrayant parles suites qu'il peut y avoir. » Et dans le chapitre consacré par M. de Carné au procureur-général La Chalotais, le môme auquel on défendait d'assister, en qualité de commissaire, à la présente tenue,
le Parlement le désirait, et que les Etats se déshonoreraient s'ils ne faisaient pas quelque chose; ce mouvement était assez languissant et ne paraissait fait que pour l'honneur.
» Nous avons parlé à M. le maréchal, qui est monté sur ses grands chevaux; enfin, nous sommes convenus, avec lui, que nous ferions en sorte que cela se réduisît à le prier d'accorder ses bons offices aux membres des Etats, et que, dans l'instant, il nous interromprait, en nous disant : « Pour vos membres, passe, mais ne me parlez pas d'autre chose, sans cela, parla mort! » (Arch. nat., L H. 278.)
Cette lettre, qui est la première, relative à cette tenue, que nous ayons pu découvrir du président des Etats, est conçue en termes tels, que nous aurions presque été portés à croire qu'elle était réellement la première écrite, par lui, au contrôleur-général; « vous trouverez bon, lui dit-il, en effet, que je vous adresse le détail de nos affaires, » si nous n'avions eu, sous les yeux, une note, de l'écriture de M. Orry, constatant qu'il avait répondu à une lettre de Monseigneur de Rennes, à propos de l'ouverture des Etats. A partir de ce moment, sa correspondance se succédera sans interruption, et avec lui, surtout, nous pénétrerons dans les arcanes de la vie parlementaire d'alors, où se jouaient, comme de nos jours, bien des comé-
on peut voir jusqu'à quel point les membres de ces deux corps faisaient cause commune.
L'enregistrement de la déclaration du 26 juin 1736 avait rencontré des résistances au sein du Parlement, et l'on se rappelle que M. de La Boissière parlait, dans sa lettre du 9 novembre, de deux conseillers, MM. du Gage et du Parc, qui venaient de recevoir des lettres d'exil ; c'est en leur faveur que se produisent des réclamations au sein des Etats.
dies politiques dont le public voyait le dénouement sans en connaître les ressorts cachés. Il est bien certain que les membres de la députation qui entendirent le vieux maréchal s'écrier, d'un air exaspéré : Par la mort ! ne se doutaient guère que le premier commissaire du Roi ne faisait que jouer son personnage dans une pièce, dont les rôles avaient été distribués à l'avance.
Nous retrouverons, dans le courant de la session, plusieurs exemples de cette singulière façon d'agir, usitée aussi, si nous en croyons certains écrivains, dans d'autres Assemblées que celle des Etats de Bretagne.
9 heures du matin.
Sommaire. — Rapport sur la commission générale. — Rapport de la commission chargée d'assister au jugement des comptes. — Consentement donné par les Etats pour la levée des fouages, des impôts et billots. — Démarche en faveur des membres des Etats et du Parlement absents par ordre du Roi.
Correspondance. — Lettre de Monseigneur de Vauréal.
M^ Véveque de Rennes ,
APr le prince , comte et baron de Léon ,
M. le sénéchal de Rennes.
Il a été fait lecture des délibérations du jour d'hier, après la signature desquelles M. l'abbé de Rouvière a fait à l'Assemblée le rapport au nom de la commission chargée d'examiner la commission générale, donnée pour la présente tenue, laquelle il a dit, à quelques mots près, être conforme à celle de 1645.
Les Etats chargent MM. les députés qui seront nommés dans la présente tenue pour aller en Cour, et M. le procureur-général-syndic qui les accompagnera, de continuer leurs instances pour que la commission générale de la prochaine tenue soit conforme à celle de 1645.
M. l'abbé de Rouvière a ensuite fait son rapport pour lui et MM. ses codéputés nommés dans la tenue
de 1734, pour assister, au nom des Etats, à l'examen et au jugement des comptes de cette province, rendus par M. de La Boissière, leur trésorier, pour les années 1733, 1734 et de six requêtes d'apurement sur les comptes des années 1720, 1721, 1722, 1723, 1724, 1725, 1726, 1727, 1728, 1729, 1730, 1 73 1 et 1732, le tout dûment examiné et arrêté, et a dit en même temps, qu'ils s'étaient entièrement conformés aux ordres et au cérémonial qui leur avaient été prescrits par les Etats.
Sur quoi délibéré, les Etats remercient M. de Rouvière et ses codéputés de leurs peines et soins, et ordonnent qu'ils seront payés de ce qui leur est encore du.
Après quoi, sur les représentations de M. de Bédée, les Etats ont donné leur consentement pour la levée des fouages ordinaires, et pour les impôts et billots pendant le cours des deux années 1737 et 1738, en ces termes :
Les gens des trois Etats du pays et duché de Bretagne consentent, pour les années 1737 et 1738, la levée des fouages ordinaires à présent payables à raison de sept livres, sept sols monnaie, payables par chacun feu, ainsi que par le passé, y compris le droit de douze deniers par livre, avec l'augmentation du taillon (!) et les gages du prévôt des maréchaux, des lieutenants, greffiers et archers, en outre les huit mille livres destinées à leurs nécessités et affaires, qu'on a coutume de lever avec lesdits fouages.
Consentent aussi la levée des impôts et billots, à condition que ledit devoir de billot ne sera levé que sur
(1) Taillon. — Impôt réparti par feux pour servira payer une partie de la maréchaussée.
le pied de cent pots par barrique, et de deux cents pots par pipe, lesquels consentements les Etats donnent au Roi, à la charge que les gages des officiers et rentes sur les fouages soient entièrement acquittés, et que le bail des impôts et billots se fera en l'Assemblée des Etats, suivant les formes anciennes et accoutumées, et que les deniers provenant des devoirs entreront en la recette générale de la dite province, et seront employés dans l'Etat du Roi (*).
Les Etats chargent leurs députés en Cour de continuer à redoubler leurs instances, pour parvenir à la suppression des droits des inspecteurs aux boucheries.
En ce qui touche les francs fiefs, M^ l'évêque de Rennes a dit : qu'après avoir examiné attentivement cette affaire, il était convaincu qu'on ne pourrait avoir d'abonnement , à moins d'obtenir que la ferme des dits droits de francs fiefs fût extraite de la ferme générale.
On en délibère, et on charge la commission des francs fiefs d'aller vers Msr le maréchal d'Estrées,pour le prier d'employer ses bons services auprès du Roi ,
(1) Impôt. — Droit fort ancien de 22 sols 10 deniers sur chaque barrique d'eau-de-vie et de vin venant du dehors, de 11 sols 5 dedeniers sur le vin du cru, le cidre et la bière débités.
Billot. — Droit de six pots par barrique d'eau-de-vie, vin, cidre et bière, de tous crus à raison du prix de chaque pot vendu au détail.
Le pot, mesure de Paris, contenait 1 litre 86 centilitres et la barrique 120 pots ou 223 litres 20 centilitres. La pipe contenait deux barriques.
Ces deux derniers droits étaient des droits du Roi particuliers à la province, comme le don gratuit, à la différence des droits de douane, de contrôle, de l'impôt sur le tabac, du droit annuel et de la poulette, des décimes ordinaires et extraordinaires du clergé qui étaient communs aux autres provinces du royaume.
afin d'obtenir qu'il fasse rendre un arrêt en son Conseil, pour extraire ces droits de la ferme générale, et leur en concéder l'abonnement sur le pied de 75,000 1.
MsT de Vannes a dit à l'Assemblée qu'il avait été avec MM. ses codéputés, vers MM. les^commissaires du Roi, pour leur porter la copie des remontrances sur la déclaration concernant l'entrée aux Etats, que Mst le maréchal d'Estrées avait bien voulu s'en charger, et avait promis de l'envoyer en Cour par le premier ordinaire, et de l'appuyer de ses bons offices, ainsi que les Etats le désiraient.
Sur ce qui a été représenté, qu'il serait à propos que l'Assemblée fît des démarches convenables pour le retour de ceux des membres des Etats et du Parlement, qui sont absents par ordre du Roi, les Etats ont chargé MM. les présidents des ordres d'en conférer avec M. le maréchal et de lui témoigner combien l'Assemblée est touchée de leur disgrâce, et de lui demander, par l'amitié qu'il a pour la province, les moyens les plus sûrs pour obtenir, pendant la présente tenue, la révocation des ordres du Roi, et de joindre ses bons offices pour la réussite des sollicitations des Etats.
L'Assemblée s'est séparée à deux heures, et a été remise à demain neuf heures du matin, ce qui a, été banni par le héraut, la minute signée de MM. les présidents des ordres.
Parmi les lettres écrites à cette date, celle de M&r de Vauréal présente seule de l'intérêt.
« Mardi, 20 au soir.
» On nous a pressés, Monsieur, en faveur des exi-
lés; j'ai dit que j'avais déjà parlé de mon chef à M. le maréchal, et qu'il m'avait déclaré que si nous voulions parler de MM. du Parlement, il ne nous écouterait pas, et ne recevrait à ce sujet aucune députation. Il y a eu un peu de mouvement pour sauver l'honneur -, les pliÉ empressés disant qu'il nous recevrait s'il voulait, mais que le public saurait du moins que nous avions voulu faire la démarche. Enfin, ils se sont contentés de charger les présidents des ordres d'en conférer avec M. le maréchal ; nous avions convenu ensemble de nos faits; j'en viens, il nous a répondu que le Roi lui avait absolument défendu de nous écouter de la part des Etats, sur le Parlement, que ce serait le moyen de nous faire perdre le mérite de notre bonne conduite, et qu'il l'espérait, etc., etc. Mais, monsieur, ai-je dit, aurons-nous la consolation de les voir au milieu de nous avant la fin de la présente tenue, car ce serait du nanan pour nous, et nous méritons bien qu'on nous en donne; oh! pour cela, messieurs, a répondu le maréchal , c'est ce que je ne puis vous promettre (j'aurais été fort fâché qu'il nous l'eût promis), mais aussitôt après vous pouvez espérer que le Roi lèvera les lettres de cachet, et qu'en les levant , il sera marqué que les sollicitations respectueuses des Etafs y auront eu part. Nous avons aujourd'hui consenti les impôts et billots.
» Je suis avec respect et attachement, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur (*),
» f Evêque de Rennes. »
Comme on peut le voir encore par cette lettre, si
(1) Instructions pour l'Assemblée des Etats de Bretagne. (Arch. nat., I. H. 278.)
Ton s'en fiait aux procès-verbaux des tenues pour écrire l'histoire des Etats, on courrait grand risque de se tromper, et sur le caractère des hommes, et sur le sens exact à donner aux événements.
9 heures du matin.
Sommaire. — Réponse du maréchal aux démarches faites pour le retour des exilés. — Nomination d'une commission pour déterminer les conditions de la charge de greffier. — Demandes du Roi présentées par h procureur-gènéral-syndic. — Vote de yoo,ooo livres pour les droits de courtiers et autres. — Vote de la fourniture des étapes. — Vote de diverses sommes pour le maréchal, l'intendant et les députés du commerce.
Correspondances. — Lettres du maréchal d'Estrèes, du prince de Léon,
de M. de Viarmes.
Mar lévêque de Rennes,
M^r le prince, comte et baron de Léon,
M. le sénéchal de Rennes.
Après lecture et signature des délibérations du jour d'hier, Msr l'évêque de Rennes a fait son rapport, à l1 Assemblée, de la commission dont il avait été chargé la veille, avec MM. les présidents des ordres et a dit : « qu'ils avaient fait, auprès de M&r le maréchal d'Estrèes, les plus vives instances, en faveur, tant des membres des Etats que de MM. du Parlement-, que le maréchal avait répondu qu'il ne pouvait qu'approuver la sensibilité de l'Assemblée sur ce que quelquesuns de ses membres auraient eu le malheur de déplaire au Roi, qu'il se joindrait volontiers à nous, et nous accorderait ses bons offices, pour demander leur
retour, qu'il n'estimait pas que ce pût être pendant la présente tenue, mais qu'il espérait que, dans peu de temps, les ordres du Roi seraient révoqués, et que, dans les lettres de révocation, il serait marqué que les instances et sollicitations des Etats auraient contribué à ladite révocation. Mais qu'à l'égard de MM. du Parlement, il ne pouvait consentir à aucune démarche des Etats qui y eût rapport, ayant, à ce sujet, des défenses du Roi les plus expresses; qu'il n'aurait même pu recevoir la députation, que de pareilles démarches étant entièrement contraires aux intentions de Sa Majesté, elles ne pourraient que nuire aux Etats et à ceux mêmes qu'elles auraient cru devoir servir. »
Sur ce qui a été ensuite représenté, que la charge de greffier des Etats étant devenue vacante, par la mort de M. de Jacquelot, il serait bon, avant qu'il fût mention de pourvoir à la dite charge, d'en régler et d'en arrêter les conditions; les Etats, après en avoir délibéré, ont nommé une commission présidée par M. l'abbé de Vieuxville, pour examiner les conditions de la dite charge de greffier, et les additions qu'on y pourrait faire pour l'avenir.
Le sieur Odye, substitut de MM. les procureursgénéraux-syndics, a représenté les doubles des comptes rendus par les receveurs des fouages extraordinaires, et droits y joints, pour les années 1733 et 1734, déclarant qu'il les avait examinés et jugés, en exécution de l'arrêt du Conseil, qui l'avait commis à cet effet.
Les Etats donnent acte de la représentation des dits comptes, qui seront déposés au greffe.
M. le procureur-général-syndic expose : que les commissaires du Roi l'ont chargé d'expliquer, aux Etats, les intentions de Sa Majesté, contenues dans les articles suivants, extraits de leurs commissions :
Art. VIL — Le Roi, voulant bien laisser encore aux Etats, pendant les années 1737, 1738, l'administration de Timposition des fourrages et du casernement, Sa Majesté ordonne que, conformément à l'arrêt du Conseil, du 3o janvier 1733, il sera fait fonds, dans la présente tenue, de 700,000 1., pour cette dépense, à raison de 35o,ooo 1. pour chaque année, à l'effet de quoi, il sera fait, sur tous les contribuables au logement des gens de guerre, une imposition au marc la livre de la capitation des dites années.
Permet Sa Majesté, aux Etats, d'imposer de moins, sur les dits fonds de 700,000 1., ce qu'ils auront de revenant bon de la même dépense des années 1 734 et 1735, compensation préalablement faite de l'excédant qu'il peut y avoir dans cette dépense, pendant la présente année 1736.
Art. VI IL — Le Roi, ayant bien voulu accorder à la province de Bretagne l'exemption qui a été demandée par les Etats de l'établissement et de la perception des droits de courtiers, jaugeurs, inspecteurs aux boucheries et aux boissons, ordonnés comme devant être levés au profit de Sa Majesté, par les arrêts de son Conseil, des 20 et 22 mars 1722, et par sa déclaration du i5 mai de la même année, à condition que les Etats payeraient la somme de 35o,ooo 1. par an, pour tenir lieu, dans cette province, de la levée des dits droits, dont la perception a été prorogée jusqu'au dernier décembre 1738, et les Etats ayant fait le fonds de cette somme pour les années 1735 et 1736, l'intention de Sa Majesté est qu'ils continuent de faire le même fonds de 35o,ooo 1. par an, pour chacune des deux années 1737, 1738, à la déduction de celle de 25, 000 1. aussi par an, pour l'indemnité due aux dits Etats, ainsi qu'il est porté par l'arrêt du
Conseil, du 19 août 1732. Enjoint Sa Majesté aux dits commissaires, de tenir La main à ce que les Etats fassent fonds, entre les mains de leur trésorier, de la somme de 65o,ooo 1., pour les dites deux années 1 737 et 1738.
Art. XII. ■ — Enjoint Sa Majesté aux dits sieurs commissaires de tenir la main à ce que les Etats fassent un fonds de 200,000 1., pour la dépense des étapes, des années 1737, 1738, et de la somme qui pourra se trouver être due aux entrepreneurs de la fourniture des étapes de 1735 et 1736; permet Sa Majesté que l'adjudication de cette fourniture se fasse dans la prochaine Assemblée des Etats, comme précédemment.
Art. XV. — L'intention du Roi est que les Etats continuent de faire un fonds de 17,650 1. par an, pour les gratifications de la Cour.
Art. XVI. — L'intention du Roi étant que le commissaire départi dans la province de Bretagne soit payé des 4,000 1. par an, qu'il a toujours touchées, sur le fonds des étapes, et qui lui tiennent lieu d'appointements, Sa Majesté ordonne qu'il soit fait fonds de 8,000 1., pour les années 1737, 1738.
Art. XVII. — Le Roi, désirant que la province reconnaisse les soins que prend M. le maréchal d'Estrées, en qualité de premier commissaire de Sa Majesté, en l'Assemblée des Etats, Sa Majesté veut qu'il soit payé de la somme de i5,ooo 1., dont elle ordonne aux Etats de faire fonds, dans la présente tenue.
Art. XVIII. — Sa Majesté ordonne également qu'il soit fait fonds de la somme de 12,000 1., pour les appointements des députés du commerce, des villes de Saint-Malo et Nantes, à raison de 3, 000 1. par an, pour chacun.
Fait à Rennes, le 20 novembre 1736.
Signé : Le maréchal d'Estrées, La Briffe, Pontcarré DE VïARMES, DE FaRCY DE CuiLLÉ, Le LlÈVRE DE LA VlLLEGUÉRIN.
Sur toutes lesquelles représentations, ayant été présentement délibéré :
Les Etats ordonnent, en premier lieu, qu'il sera fait fonds, dans la présente tenue, de la somme de 700,000 1., pour la dépense des fourrages et casernements, à l'effet de quoi, il sera fait, sur tous les contribuables au logement des gens de guerre, une imposition au marc la livre de la capitation des dites années; ordonnent que, dans Tannée 1737, il sera imposé la somme de 35o,ooo 1., et ce, sans aucune diminution, sauf à imposer et à lever de moins, sur Tannée 17^8 seulement, le montant du revenant bon des années 1735, 1736, au cas qu'il s'en trouve, après l'examen des dits comptes, auquel effet, pour l'exécution de la présente délibération , les Etats autorisent la Commission intermédiaire, qui sera nommée dans la présente tenue, à recevoir le compte des deniers du casernement de la présente année 1736;
Ordonnent qu'il sera fait fonds de 700,000 1. pour les droits de courtiers et autres, à raison de 35o,ooo 1. par an, déduction faite de la somme de 2 5, 000 1. par an, pour l'indemnité due aux Etats t1)*,
Ordonnent, en troisième lieu, qu'il sera fait fonds de la somme de 200,000 1. par an, pour la fourniture des étapes des années 1737, 1738, et de la somme qui
(1) Les droits de courtage et de jaugeage se levaient sur les boissons.
Les 25,000 1., dont il est question, étaient l'intérêt de la finance déboursée par les Etats pour racheter différents offices, tels que ceux d'inspecteurs aux boucheries, langueyeurs de porcs et autres.
pourra se trouver due aux entrepreneurs de la fourniture des étapes des années 1735, 1 736? si celle de 200,000 h, dont le fonds fut fait dans la dernière Assemblée , ne se trouve pas suffisant ;
Ordonnent, de plus, que le bail de fourniture des étapes se fera dans la présente tenue pour lesdites deux années 1737 et 1738 ;
Ordonnent, en cinquième lieu, que pour les appointements du commissaire départi , il sera fait fonds de 8,000 1. sur le fonds des étapes, à raison de 4,000 1. par an (l).
Ordonnent, en sixième lieu, qu'il sera fait fonds de la somme de i5,ooo 1. que les Etats accordent à M. le maréchal d'Estrées, et qu'il sera prié, de la part de l'Assemblée, par M. le procureur-général-syndic, de l'agréer par reconnaissance des soins qu'il se donne en qualité de premier commissaire du Roi*,
Ordonnent, finalement, qu'il sera fait fonds de 12,000 i. pour les appointements des députés du commerce des villes de Nantes et de Saint-Malo.
M. de Bédée , procureur- général-syndic , a ensuite fait rapport de plusieurs requêtes présentées à l'Assemblée :
La première, par dame Louise-Prudence des Cartes, veuve de messire Christophe de Rosnyvinen de Pire, messire de Rosnyvinen de Pire, et messire Eustache
(1) Cette dépense, tour à tour sous le contrôle de l'intendant et des Etats, était prise sur le produit des fouages et des devoirs, et ne donnait pas lieu à une imposition spéciale. En 1736, les étapes étaient sous le contrôle de l'intendant. Il était défendu à l'étapier de convertir les fournitures de vivres et de fourrages en argent.
La fourniture du transport des bagages des troupes était d'abord à la charge des contribuables; plus tard, en 1756, les Etats firent un fonds de 40,000 1., pour permettre d'augmenter la rétribution accordée pour les charrettes et les chevaux de selle.
de Rosnyvinen de Gamaret , qui demandaient l'adhésion des Etats pour obtenir le renvoi au Parlement de Bretagne de l'affaire qu'ils ont avec Mme de Breteuil.
Sur quoi, ayant été délibéré :
Les Etats chargent le procureur-général-syndic, qui ira à la Gour, d'intervenir en leur nom au Conseil, en faveur et aux frais desdits requérants;
La seconde, par messire Toussaint des Cognets, sieur de l'Hôpital , qui demande aussi l'adhésion des Etats dans une affaire qu'il avait devant M. de Viarmes, au sujet du centième denier, sur quoi délibéré,
Les Etats chargent le procureur-général-syndic, qui résidera en Bretagne, d'intervenir en faveur et aux frais du sieur de l'Hôpital 0) \
La troisième, présentée par le général de la paroisse de Batz et Croisic , qui supplient les Etats, vu leur misère, de décharger les habitants de cette paroisse des fouages ordinaires et extraordinaires.
Sur quoi, les Etats ont renvoyé ledit général à se pourvoir vers le Roi ;
La quatrième, par les bourgeois et habitants de la ville et communauté du Croisic, au sujet des droits d'ensaisissement des titres de propriété. Renvoyée à la commission des francs-fiefs, qui prendra connaissance des faits , et en rendra compte à l'Assemblée ;
(1) Le centième denier est la centième partie du prix des immeubles, qui se paye au Roi par tous les nouveaux acquéreurs. Il n'y a que ce qui vient par succession en ligne directe qui soit exempt de ce droit.
Les Etats avaient fini par obtenir l'abonnement de ce droit d'enregistrement; deux ans plus tard, en 1738, ils chargèrent leur procureur-général-syndic de demander qu'.il ne fût point dû de centième denier, lorsqu'un père ou une mère partagerait leurs enfants, en se réservant la propriété et la jouissance des biens.
La cinquième, par le sieur de Lannux, négociant à Morlaix, qui demande aux Etats qu'il lui soit permis d'exercer, à l'avenir, l'office de receveur des fouages extraordinaires de l'évêché de Tréguier, acquis, sous le bon plaisir des Etats, du sieur de la Pigonnière;
La sixième, par esc. Louis Vitu , sieur de Kersaint, receveur des fouages ordinaires de l'évêché de Saint- Brieuc, qui demande à faire sa soumission pour acquérir la charge de receveur des fouages extraordinaires, que possède actuellement le sieur Dufresne, et qu'il a été informé être en vente. Renvoyée, ainsi que la précédente, à la commission des procès, pour y faire les attentions convenables, aussi bien sur les pièces, que par rapport aux cautions que chacun d'eux présentera, pour la plus grande sûreté des Etats. Ces derniers se sont séparés à une heure, et l'Assemblée a été remise au lendemain, à neuf heures, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée des présidents des ordres.
A cette date, du 21, le maréchal d'Estrées rend compte des démarches qui ont été faites, près de lui, par les Etats, et qui, comme il résulte d'une lettre de Msr de Vauréal, avaient été l'objet d'une entente préalable avec ce prélat :
« Rennes, 21 novembre 1736.
» Les Etats m'envoyèrent, monsieur, le 19 aprèsmidi, une députation pour me remettre uniquement les remontrances respectueuses qu'ils ont cru devoir faire sur quelques articles de la déclaration qu'ils ont enregistrée, à laquelle ils croient qu'il y aurait quelques changements à faire. Ils me prièrent, en même temps, de les faire passer au Roi. Je leur répondis :
que, quoiqu'il nous fût prescrit, par Sa Majesté, de ne recevoir aucune remontrance sur la déclaration , cependant, les marques qu'ils avaient données, en cette occasion, de leur respect et de leur obéissance à ses ordres, en la faisant enregistrer purement et simplement, m'engageaient à prendre, sur moi, de la recevoir, à deux conditions cependant : Tune, que les affaires, qu'il y avait à traiter dans l'Assemblée, n'en seraient pas retardées un moment, sous prétexte d'attendre une réponse-, l'autre , que, quelle que fût cette réponse, il ne serait plus question défaire de nouvelles remontrances.
» C'est à ces conditions que j'ai reçu les remontrances et que j'ai l'honneur de vous les envoyer. Cela ainsi établi, je ne crois pas qu'il y ait aucun inconvénient de répondre aux Etats, que Sa Majesté fera examiner leurs représentations, et que, cet examen ne pouvant être fait avant la séparation des Etats, elle fera savoir ses intentions aux députés en Cour.
» Je n'entrerai point présentement dans le détail des trois articles de la déclaration, sur lesquels tombent les remontrances des Etats, je le ferai, par un mémoire particulier qui vous mettra assez au fait, pour être à même de décider avec une pleine et entière connaissance.
» Quoique le calme règne toujours dans l'Assemblée, il ne laisse pas que de s'élever, de temps en temps, quelque petit orage, qui pourrait devenir considérable , si on n'avait pas l'attention de l'étouffer dans ses commencements, et, vous comprendrez aisément , Monsieur, que dans une Assemblée aussi nombreuse , il se trouve quelques particuliers qui pensent extraordinairement, même des esprits brouillons, qui cherchent à y mettre le désordre.
» Ce qui m'a embarrassé le plus , depuis cinq ou six jours , a été d'empêcher une députation des Etats pour demander au Roi le retour des exilés du Parlement. Il y a un certain nombre de conseillers des enquêtes qui, sourdement, pressent la Noblesse de faire cette démarche, leur représentant que le Parlement s'étant sacrifié pour soutenir leurs intérêts, il serait honteux, aux Etats, de ne pas donner quelque marque extérieure de leur reconnaissance, en paraissant s'intéresser pour ceux du Parlement qui ont été exilés. J'ai parlé d'une manière quia, jusqu'à cette heure, empêché une pareille députation, mais les trois présidents des ordres furent chargés de me venir voir, hier au soir, en particulier, pour me témoigner ce que les Etats pensent à cet égard. Après une longue conversation, je leurs dis : que toutes les fois que les Etats supplieraient, avec respect, le Roi de vouloir pardonner aux membres de leurs corps , qui ont été assez malheureux pour déplaire à Sa Majesté, je voudrais bien me charger de faire passer leurs supplications; mais, que s'ils s'avisaient de me parler des exilés du Parlement, je les priais d'assurer les Etats que je ne recevrais aucune députation à ce sujet, et qu'ils s'exposeraient à recevoir un affront, parce que, sûrement, je renverrais la députation sans vouloir l'écouter; que rien ne déplairait plus à Sa Majesté qu'une pareille démarche, et que c'était le moyen de perdre le mérite de tout ce qu'ils avaient fait de bien; que les Etats et le Parlement étaient deux corps séparés, qui ne devaient avoir aucune liaison ensemble; qu'il n'y avait que leurs plus grands ennemis qui puissent leur donner de pareils conseils; que je les priais de faire de sérieuses réflexions.
» Je n'ai point encore su l'effet qu'a produit cette
réponse, ni ce qui a été décidé sur toutes les demandes que j'ai chargé M. de Bédée de leur faire, et, pour ne point retarder la poste, je finis cette lettre, en vous priant d'être persuadé du très-parfait attachement, avec lequel je suis, Monsieur, votre très-humble et trèsobéissant serviteur,
» Le maréchal d'Estrées. »
Cette conduite, si modérée et si prudente, ne peut qu'être approuvée par le contrôleur-général , qui répond le 26 : « J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 1 1 de ce mois, touchant les représentations que les Etats de Bretagne nous ont fait remettre, par leurs députés, au sujet de la déclaration du Roi , du 26 juin de la présente année. Comme c'est par M. le comte de Saint-Florentin que les ordres que Sa Majesté jugera à propos de donner sur cela doivent passer, je ne doute pas qu'il ne vous les fasse savoir, dès qu'il aura reçu, de votre part, ces mêmes représentations (L). On ne peut, au surplus, Monsieur, trop louer les précautions avec lesquelles vous vous êtes chargé de ces représentations, et la manière dont vous vous en êtes expliqué, aux députés des Etats, qui préviendra tous les inconvénients qu'on avait eu lieu de craindre de cette démarche (je ne doute pas que la réponse du Roi ne
(1) Phelypeau, comte de Saint-Florentin, fils du ministre de La Vrillère, secrétaire d'Etat, occupa, pendant 52 ans, divers ministères, notamment celui de l'intérieur, en 1744, et celui de la maison du Roi, en 1749. Il était beau-frère de M. de Maurepas, qu'il remplaça, en 1740, dans l'administration de la généralité de Paris; il fut créé duc en 1770. En qualité de secrétaire d'Etat, il avait, en 1736, l'administration de la Bretagne dans son département, et recevait des Etats une gratification de 19,000 1. pour lui et ses commis.
soit conforme à ce que vous proposez). Le Roi est également satisfait, Monsieur, de la conduite que vous avez tenue au sujet des exilés, soit du Parlement, soit du corps de la Noblesse, et Ton doit espérer que, par les justes mesures que vous avez prises, la tranquillité régnera dans les Etats jusqu'à la fin. »
Le 21 novembre, le prince de Léon envoie aussi son rapport sur ces fameuses représentations : « Les Etats ont remis, hier, Monsieur, à M. le maréchal d'Estrées, un mémoire de très-humbles représentations, qu'ils prennent la liberté de faire, au Roi, sur le ier, le 2e et le 5e article de la déclaration. On ne paraît pas fort attaché au premier article*, l'objet du deuxième est non-seulement de donner une exécution pure et facile à la volonté du Roi, mais encore de le supplier de l'étendre, par les termes de noble d'extraction, pour purger et diminuer, d'autant plus, le nombre de ceux qui auront droit d'entrer aux Etats. La Noblesse paraît entrer, avec plaisir et reconnaissance, dans l'intention du Roi à cet égard, et j'ose vous dire que je crois très-utile de profiter des dispositions présentes, en accordant, aux Etats, ce qu'ils demandent sur cet article, et en commettant le Parlement pour l'exécution -, je crois que c'est le seul moyen de diminuer réellement le nombre, de n'y voir que de bonne noblesse, et de faire exécuter les ordres du Roi. Quant au cinquième article, il tient fort à cœur à toute l'Assemblée, et, si le Roi veut avoir la bonté, comme ils le demandent, d'autoriser la délibération qu'ils ont ci-devant prise à ce sujet, d'en ordonner l'exécution, même d'y ajouter la peine de privation de toute gratification, cela remplira, également, ce que le Roi s'est proposé par le cinquième article, et cela en assurera l'exécution et satisfera infiniment l'Assemblée. Je ne
38 i PROeÈS-VERBAL DE LA TENUE DE 1736.
vous erwoie point le mémoire des représentations, parce que M. le maréchal s'est chargé de l'envoyer en Cour.
» On ne peut être plus sincèrement que je suis, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
» Signé : Le prince de Léon. »
Enfin, ' l'intendant, lui aussi, écrit à cette même date : « A l'égard du 2e article, la déclaration du Roi est enregistrée, et, suivant la lettre que vous avez écrite à M. le maréchal, il n'aurait pas dû recevoir les remontrances des Etats-, il devait répondre aux députés qui les vinrent apporter lundi, sur les six heures du soir, que les Etats pouvaient en charger leurs députés en Cour. Enfin, les remontrances sont reçues; il est à craindre, comme vous l'avez prévu, Monsieur, que l'Assemblée ne se flatte que Sa Majesté pourra se porter à faire quelques changements -, que, dans cette idée, les Etats ne fassent, dans huit jours, des députations pour demander des réponses sur leurs remontrances, et que, n'en ayant point, ils ne prennent de l'humeur; cet oubli sera réparé, si M. le maréchal suit l'avis, que j'ai pris la liberté de lui donner, qui est de vous écrire, de façon que vous soyez en état de lui répondre, que Sa Majesté est contente de la conduite des Etats, au sujet de l'enregistrement de la déclaration, qu'elle fera examiner leurs remontrances, et qu'elle fera remettre, à leurs députés à la Cour, les réponses qu'elle aura jugé à propos de faire.
» J'ignore la tenue du supplément d'informations que M. le maréchal a dû recevoir, par M. de Saint- Florentin, par rapport à l'article 20, des instructions générales, touchant l'emprunt de i,5oo,ooo 1. que
les Etats firent pour l'abonnement du dixième de Tannée 1734, mais j'espère que les Etats, ayant un excédant de fonds, de plus de 100,000 1., indépendamment du bail de 45 s., par barrique d'eau-de-vie, qui expire au mois de février prochain, et qu'ils peuvent renouveler, ne seront pas obligés d'avoir recours à une imposition, qui serait un prétexte, pour demander la continuation des bureaux diocésains, dont l'établissement est tout ce qu'il y a de plus contraire au véritable bien de la province et à l'autorité du Roi.
» Vous pouvez compter, Monsieur, qu'on insistera sur cet établissement ; je ne serai pas même surpris de voir M. le maréchal s'y prêter, à moins que Sa Majesté ne lui donne des ordres bien formels pour la négative. » (Arch. nat., I. H. 279.)
Comme il ressort de cette correspondance, l'intendant se défie des dispositions conciliantes du duc d'Estrées, et cherche à battre ce dernier en brèche, auprès du contrôleur-général*, pour lui, toute concession est une faute, et on en vient à se demander, un moment, comme un des correspondants du contrôleur, si M. de Viarmes n'avait point un intérêt quelconque à semer le trouble. dans l'Assemblée des Etats. Il n'en était rien, seulement, ce fonctionnaire, habitué à voir ses collègues des autres provinces, jouir d'un pouvoir presque absolu, cherchait à briser, par tous les moyens, une autorité rivale qui lui faisait, à chaque instant, échec.
SÉANCE DU JEUDI 22 NOVEMBRE 9 h. du matin.
Sommaire. — Rapport sur les francs-fiefs. — Rapport de la commission de la recherche des fonds par estime. — Droit de 4$ sols par barrique sortant du comté nantais. — Vote des devoirs. — Vote de différentes sommes demandées par le Roi. — Des droits d'usage et d'acquêt. — Demande du Roi relative aux haras. — Les haras en Bretagne. — Le cheval breton, mémoire de M. de la Bave. — Etablissement des conditions de la charge de greffier.
Correspondances. — Lettres de Monseigneur de Vauréal, du maréchal,
de l'intendant.
Mor Vévêque de Rennes ,
Mor le prince , comte et baron de Léon,
M. le sénéchal de Rennes.
M^r Tévêque de Saint-Brieuc a5 pour lui et ses codéputés, représenté le mémoire qu'ils avaient dressé, concernant l'abonnement des francs-fiefs , en a donné lecture à l'Assemblée, et conclu à ce qu'il plut au Roi accorder aux Etats l'abonnement du dit droit, à raison de 75,000 1. par an.
Les Etats ont donné acte du dit rapport, et, après en avoir délibéré , l'ont approuvé , dans sa forme et teneur, et ordonné qu'il sera déposé au greffe. Ont ordonné également qu'il en sera fait une copie, qui sera
portée par les députés de la commission, à M. le maréchal, auquel on demandera son appui, pour obtenir une réponse prompte et favorable.
M. Tévêque de Quimper a ensuite fait rapport à l'Assemblée de la commission dont il avait été chargé avec MM. ses eo-députés, pour la recherche des fonds par estime, et a, en même temps, représenté un projet de l'état qu'ils avaient dressé (1).
Dans ce projet, il est fait mention d'un fonds extraordinaire, dont les Etats pourraient s'aider, en cas de besoin, et qui consiste en un droit de 45 sols par barrique d'eau-de-vie sortant du comté nantais, comme il s'est pratiqué par le passé, et dont les Etats avaient fait une aliénation, pour quinze années, dans leur Assemblée de 1722, moyennant 326,000 1. Il y est dit également que, le bail expirant au mois de février prochain, il y avait apparence que les Etats seraient les maîtres d'en faire un nouveau, s'ils avaient besoin de fonds.
Les Etats ont donné à MM. de la commission, qui ont été remerciés de leurs peines et soins, acte de la présentation du dit projet, ordonné son dépôt au greffe et renvoyé, au surplus, à la commission des baux, l'article concernant le droit de 45 sols par barrique d'eau-de-vie sortant du comté nantais.
Ms'r l'évêque de Rennes ayant, après cela, représenté qu'un des principaux fonds consistant dans le produit des grands et petits devoirs et droits y joints, et les Etats ne pouvant, d'ailleurs, s'en passer, à cause des dépenses qu'ils ont à faire, il était à propos, avant de procéder à l'adjudication du bail des dits droits,
(1) L'état de fonds par estime, c'est le projet de l'état de fonds ou du budget.
d'en ordonner la levée, en la manière accoutumée, pour les années 1737, 1738.
Sur quoi, après qu'il en a été délibéré : Les Etats ordonnent que, pour satisfaire à leurs dépenses pendant le cours des dites deux années 1737, 1738, les devoirs et droits y joints, exprimés dans les derniers baux, et compris au tarif arrêté en conséquence, seront levés sur tous les vins et eaux-de-vie, cidres et poirés, bières et autres boissons y sujettes, pendant les dites deux années , conformément aux conditions qui en seront arrêtées par le nouveau bail (J). M. l'abbé de La Vieux ville a fait le rapport, au
(1) Devoirs. — On appelle devoirs en Bretagne, dit le dictionnaire de Trévoux, les droits qui s'y lèvent pour le Roi et les octrois qui appartiennent à une ville sur certaines marchandises. La définition n'est pas très-exacte, car on entendait surtout, par devoirs, les droits levés sur les boissons au profit des Etats. Il y avait bien aussi des droits levés sur ces mêmes boissons, au profit du Roi, mais ils prenaient alors le nom d'impôts et billots.
C'était naturellement le même fermier qui était chargé de la perception de ces deux droits; seulement, jusqu'en 1758, les impôts et billots faisaient partie des fermes générales, le fermier des devoirs en avait la sous- ferme.
Les grands et les petits devoirs, dit Chardel, sont des droits qui se lèvent au profit des Etats sur les boissons vendues en détail; ils forment l'ancien patrimoine de la province; c'est une imposition volontaire qu'elle a établie sur elle-même, pour payer le don gratuit qu'elle accorde au Roi, et pour subvenir à ses autres charges.
En 1593, on levait à l'entrée en Bretagne, 4 écus de grand devoir ou grande ferme par pipe de vin étranger, et 2 écus par pipe de vin breton transporté d'un diocèse dans un autre. On levait de petit devoir ou petite ferme, 20 sols par pipe de vin étranger lors de l'entrée, et 8 sols par pipe de vin breton transporté dans un autre diocèse. Les droits allèrent toujours croissant jusqu'en 1782; à cette date on payait : par barrique de 100 pots hors le cru de la province, de grand devoir 20 1., de petit devoir 5 1. 10 sols, un tiers en sus du grand ^ëvoir 6 1. J0 s. 4 deniers, le total faisait 32 1. 3 s. 4 d. Les droits pour le transport et le débit des vins-du cru étaient bien moins élevés. — Les cidres, bières, poirés payaient par barrique :
nom de la commission chargée de dresser les conditions de la charge de grenier.
M. de Bédée a représenté que les commissaires du Roi l'avaient chargé de dire aux Etats : Que l'intention de Sa Majesté est qu'ils lèvent, sur les contribuables aux fouages, pour les années 1 737 et 1 738, comme ils Font fait pour 1735 et 1736, la somme de 856?ooo 1. qui est, à raison d'un doublement entier des dits fouages, de 428,000 1. pour chacune des deux années-,
Que l'intention du Roi est que les Etats lèvent pareillement ? sur les contribuables aux fouages, pendant les années 1737 et 1738, les droits attribués aux offices créés sur les fouages depuis 1692, et réunis
de grand devoir 3 1. 6 s. 8 d., de petit devoir 2 1. 15 s., le tiers en sus 1 1. 2 s. 2 d., en total 7 1. 3 s. 10 d.
L'eau-de-vie supportait un droit de 25 sols par pot, plus les 4 d. pour livre. On ne pouyait vendre au détail sans l'agrément du fermier. Par les conditions secrètes de la ferme, les Etats réglaient le prix auquel l'adjudicataire était tenu de vendre l'eau-de-vie en détail aux ecclésiastiques, à la noblesse et aux notables bourgeois. Ce prix était ordinairement de 40 à 50 sols le pot. C'était aussi le fermier des devoirs qui levait les droits annexes, tels que ceux de courtage, jaugeage, etc. En résumé, dans la seconde partie du XVIII0 siècle, chaque barrique de vin étranger arrivait à payer 50 1. de droit, le vin du cru 19 1. et le cidre 12 1.
Le fermier des devoirs, outre le prix de son adjudication, devait encore supporter diverses charges; à la charge du grand devoir, des sommes importantes pour les pensions à la disposition du gouverneur, pour les aumônes à la disposition des évêques, pour les généraux des finances, pour le cautionnement des baux; la charge du petit devoir, les petits gages du Parlement se montant à79,000 1., 8,000 pour le procureur-général et les avocats-généraux, 14,000 pour la Chambre des Comptes; de plus, le fermier payait certaines sommes aux états-majors des places, à titre d'indemnité de cantine et de protection.
Le fermier était soumis aux tribunaux de la province pour les procès qui survenaient à l'occasion de sa régie.
aux dits Etats, en exécution de redit de novembre 1 7 1 1 , et du remboursement, par eux fait, aux acquéreurs et titulaires des dits offices , proportionnellement à la qualité de l'imposition des fouages;
Que les droits de nouvel acquêt, dus par les communautés laïques de la province de Bretagne, à cause de leurs usages (0, ayant été fixés à 7,338 1. 16 sols par an, l'intention de Sa Majesté est que les Etats ayant fait le fonds de cette somme et des deux sols pour livre, pour les années 1734 et 1735, lèvent, pour 1736 et 1737, pareille somme de 14,677 1. 12 sols, ensemble deux sols pour livre sur les contribuables aux fouages de la dite province, suivant les états de répartition qui leur en seront remis, pour être, ladite somme, payée au fermier des droits d'amortissement, francs-fiefs et usages, et les deux sols pour livre, au receveur et contrôleur du domaine;
Que Sa Majesté, pour le soulagement de la province de Bretagne, ayant trouvé bon que le dixième qui avait été imposé pour les besoins de la guerre, cesse d'y être levé à la fin de cette année, son intention est que les anciens rôles du dixième et les projets des nouveaux rôles qui avaient été donnés en communication aux commissaires des Etats, soient remis, sans retard , à ses commissaires.
Le Roi , ayant approuvé par les arrêts de son Conseil, les 14 octobre 1727 et 26 avril 1733, les mesures qui ont été prises pour les haras, et Sa Majesté voulant contribuer à la perfection de cet établissement, trouvera bon que les Etats fassent un fonds de
(1) Les droits d'usage étaient des droits qui se percevaient sur les habitants des bourgs et communautés laïques riveraines des forêts du Roi, pour les usages, pacages, glandages dans lesdites forêts, et dans les lieux vagues qu'on appelait communs.
5o,ooo 1. pour être employé à cet usage, pendant les années 1737, 1738.
Les dites représentations signées :
Le maréchal d'Estrées, La Briffe,
PONTCARRÉ DE VlARMES.
Sur lesquelles représentations, MM. des ordres se sont retirés aux Chambres pour en délibérer, et, en même temps, sur le rapport de M. l'abbé de La Vieuxville, relatif aux conditions de la charge de greffier des Etats, et, revenus sur le théâtre :
Ont décidé, en ce qui touche la charge de greffier des Etats :
i° Que le greffier qui entrera en charge et qui sera originaire de cette province et maintenu d'extraction noble, sera tenu d'avoir son domicile dans la ville de Rennes, et d'y avoir aussi son greffe, dans lequel seront tous les registres et titres appartenant aux Etats, et qu'il sera tenu de les faire porter dans chaque ville où se tiendront les Etats, et de les faire rapporter de même dans son greffe ;
20 Qu'il sera obligé d'avoir un livre de dépôt paraphé et numéroté, sur lequel seront couchées exactement toutes les pièces qui auront été déposées au greffe, soit par ordre du Roi, soit par ordre des Etats;
3° Que MM. les présidents des ordres signeront, à la fin de chaque tenue, le dit registre;
40 Que le greffier ne pourra délivrer, par original, aucunes minutes ou pièces qui auront été déposées au greffe, à quelque personne que ce soit; mais qu'il sera tenu d'en donner gratis des expéditions, pour ce qui concerne les affaires de la province ; qu'à l'égard des particuliers qui pourront avoir besoin de quelques expéditions pour leurs affaires personnelles, il pourra se
faire payer du prix du papier et de l'écriture seulement ;
5° Que le greffier sera tenu de (aire deux grosses des procès-verbaux de chaque tenue, à ses frais, pour servir aux délibérations des Etats, avec tables;
Enfin, le greffier devait encore faire imprimer, à ses frais, le règlement de 1687, in-quarto, et toutes les autres additions et délibérations rendues en forme de règlement, le tout en nombre suffisant pour être distribué, à chaque tenue d'Etats, aux membres des trois ordres.
Le greffier aura trois mille livres de gage par an, et cette charge sera exercée par commission, et pour quatre années seulement. Néanmoins, celui qui sera pourvu de la dite charge pourra être avant le dit temps, et même à la prochaine tenue, révoqué, si l'un des ordres le juge à propos, et sans que les Etats soient obligés de rendre raison de leur révocation.
Ordonnent les Etats, que le greffier qui sera nommé et entrera en charge , souscrira et acceptera les dites conditions pour les remplir et s'y conformer, et prêtera aussi le serment en pareil cas requis.
Passant ensuite aux représentations qui leur ont été faites de la part de MM. les commissaires du Roi, et sur lesquelles il a aussi été délibéré aux Chambres,
Les Etats, sur le premier article, ordonnent qu'il sera fait une députation vers MM. les commissaires du Roi, pour obtenir, s'il est possible, une diminution sur les fouages;
Ordonnent, sur le second article, que les droits attribués aux offices créés sur les contribuables aux louages seront levés ;
Ordonnent, sur le troisième article, qu'il sera pareillement levé , sur les contribuables aux fouages de
la province, la somme de 14,677 1. 12 sols, ensemble les 2 sols pour livre, pour ladite somme, être payée aux fermiers des droits d'amortissement, francs-fiefs et usages dus par les communautés laïques de la province, et les 2 sols par livre au contrôleur des domaines, sans cependant que la présente imposition puisse aucunement déroger ni préjudiciel' à l'abonnement, demandé par les Etats , par rapport aux droits de francs-fiefs et autres, et parce qu'aussi, à supposer que le Roi accorde ledit abonnement, la levée des droits d'usage se fera au profit des Etats;
Ordonnent , sur le quatrième article, que les rôles demandés seront remis à MM. les commissaires du Roi;
Ordonnent enfin qu'il sera fait fonds dans la présente tenue de 5o,ooo 1., pour la dépense et entretien des haras, pendant les années 1737 et 1 738 (L).
(1) Les haras en Bretagne. — Au commencement du mois de mai 1781, l'intendant de la province, M. Caze de la Bôve, dans un mémoire adressé au marquis de Polignac, directeur-général des haras, dépeignait ain^i le cheval breton : « On élève en Bretagne une grande quantité de chevaux, mais l'espèce est, en général, fort mauvaise, et malgré les dépenses faites depuis plus de cinquante ans par les Etats de la province, les chevaux bretons ne méritent aucune réputation ; ils sont mal tournés, disproportionnés dans leurs parties, ils pèchent tous par les jambes et par la tête. Celle-ci est trop grosse et les jambes sont trop faibles, trop chargées de chair et de poils; la partie appelée le bras est surtout très-défectueuse, ils n'en ont jamais assez ; les jarrets ne sont pas meilleurs, ils sont ronds et allongés. Les chevaux bretons jettent la gourme plus longtemps que les autres, sont plus sujets aux fluxions des yeux, aux eaux, et à toutes les maladies qui annoncent une surabondance d'humeurs; ils sont vieux de bonne heure. »
L'intendant, tout en reconnaissant que la province avait dépensé, depuis 1726, pi es de deux millions en achat d'étalons, blâmait l'administration des haras et réclamait l'établissement des haras fixes, a 11 est très-certain, ajoute M. île la Bôve, que le climat influe
M. de Bédée ayant représenté que l'Assemblée devait être informée que M. Scot, de Tordre de la Noblesse, étant décédé en cette ville, il était persuadé que
beaucoup sur les chevaux, mais il ne l'est pas moins que ceux de la Bretagne ont tous les défauts des chevaux du Nord, et n'en présentent, pour ainsi dire, que l'espèce dégénérée. Le premier pas à faire dans cette province était donc de croiser les races en opposant les climats, mais on a fait tout le contraire; en général, on n'a fait venir que des chevaux danois, allemands, anglais, hollandais, et peut-être parmi ceux-ci beaucoup de flamands ; souvent même, on a fait acheter en Bretagne des chevaux nés dans le pays.
» Au lieu de changer la race, on a donc travaillé à la maintenir, en amenant des chevaux de climats semblables ou un peu plus froids, sujets aux mêmes défauts que la race bretonne. Malgré tout, les chevaux bretons se vendent et il en sort de la province, année commune, environ 20,000, dont le prix moyen est de 120 francs. Us passent presque tous en Normandie à l'âge de deux ou trois ans. »
M. de la Bôve demande, à la fin de son mémoire, qu'on oblige les Etats à acheter leurs étalons de préférenoe dans les pays méridionaux, en Espagne, en Navarre et en même temps en Limousin; il demande aussi l'introduction de juments anglaises et normandes. (Arch. nat., I. H. 549.)
Depuis longtemps, les Etats se préoccupaient de cette intéressante question de la reproduction de la race chevaline, et il faudrait un volume entier pour dire tous leurs efforts. Rappelons seulement quelques faits et quelques dates : en 1685, le Roi ayant demandé 20,000 1. pour rétablir les haras dans la province, les Etats les accordent et en votent 30,000 dans les sessions suivantes.
En 1716, le fonds étant toujours de 30.000 1., les Etats confient à deux députés de la Noblesse, par évêché, qui prendront, le titre d'inspecteurs des haras, le soin de la distribution des étalons, dont l'achat est réservé aux députés en Cour. Un arrêt du Conseil du 14 octobre 1727 décide, que les étalons seront pris dans les écuries du dépôt dés haras du royaume, et qu'ils devront être présentés au directeur-général et approuvés par lui, avant d'être envoyés dans la province.
L'année suivante, en 1728, les Etats font un règlement aux termes duquel les gardes-étalons doivent être choisis par l'inspecteur et être payés 50 1. par an.
En 1731, le fonds pour les haras est porté à 50,000 1. En 1732, les Etats décident qu'il sera payé, à Rennes, 4 1. 10 s. pour chaque ju-
les Etats voudraient bien en user, pour ses funérailles et obsèques , de la même manière qu'ils en avaient toujours agi dans les précédentes tenues, en pareille
ment saillie par un étalon de race, et arrêtent que les gardesétalons seront exempts de tutelle, de curatelle, de logement des gens de guerre et que celui de leurs enfants qui soignera l'étalon, ou le domestique qu'ils en chargeront, sera exempt de tirer à la milice.
En 1738, le 8 novembre, les Etats accordent 1,200 1. au sieur Duchesne, pour l'aider à perfectionner son manège de chevaux à Rennes; ce manège reçoit une subvention de 2,000 1. en 1740, de 2,000 1. en 1748. En 1765, nouvelle allocation à ce manège qui, cette fois, porte le nom d'Académie.
En 1740, les Etats ordonnent un fonds de 60,000 1. pour les haras, et décident que les étalons seront envoyés, à l'avenir, à la Commission intermédiaire qui les enverra à leur destination.
En 1742, on achète sept étalons barbes et on décide que les chevaux de trait qui seront achetés ne dépasseront pas cinq ans et les chevaux fins, sept.
11 résulte d'un rapport du 16 décembre 1746, qu'il y avait, dans la province, 131 étalons effectifs, et le 19 du même mois, sur l'avis qui a été donné, que M. de Lescoët avait un très-beau cheval propre aux haras, les Etats prient la commission de le voir, et déclarent s'en rapporter à elle pour le prix, qu'elle fixe à 1,500 1.
Le 10 novembre 1748, les Etats ordonnent que les 2,120 1. pour les chevaux de M. de la Baptière, qui est absent, seront payés au nommé Caurin, son peigneur, qui les a livrés.
A la même séance, les Etats approuvent les achats d'étalons faits parla commission : 1,000 1. pour celui de M. de Langle; 2,000 1. pour celui du procureur-général-syndic; 800 1. pour celui de M. de la Noue, etc.
En 1750, la commission achète à M. de Pire, 1,800 1., un fort beau cheval anglais; en 1754, les Etats arrêtent qu'on achètera 50 étalons et 250 juments, bien que le rapport de M9r de Quimper parle de 157 étalons royaux et de 225 étalons approuvés.
En 1762, les Etats accordent une gratification de 50 1. à celui qui présentera le plus beau cheval de 3 à 4 ans ; les paysans seuls étaient admis à concourir, à l'exclusion des prêtres, officiers de justice et autres; cette décision n'était applicable qu'aux évêchés de Nantes, Quimper, Léon, Tréguier et Saint-Brieuc.
En 1765, le 4 janvier, les Etats décident qu'il sera donné une
occasion, et MM. de Launay et de la Houssaye, aussi de la Noblesse, ayant, en Tendroit, représenté et déclaré que le dit feu sieur Scot avait voulu être inhumé dans une paroisse dont il était seigneur, et que son corps y avait été transporté, à cet effet, dès le jour
prime de 50 1. à celui qui, dans chaque évêché, présentera le plus beau cheval de 2 ans, et que des récompenses seront distribuées aux gardes-étalons qui se seront montrés les plus soigneux; à la même séance, il est dit que les commissaires des haras qui ne pourront faire leurs revues, ne pourront se faire remplacer que par des gentilshommes.
Les procès-verbaux de ces revues sont fort curieux à consulter, ils renferment une foule de documents intéressants sur les efforts tentés. En examinant celui de 1771, rédigé par M. Fleuriot de Langle, commissaire-inspecteur pour l'évêché de Tréguier. on voit figurer à l'article k pays des étalons, » des normands, des anglais, des danois, des hollandais. Le procès-verbal de M. de Plœuc, commissaireinspecteur pour Quimper, partie septentrionale, constate que dans cette région, 8 étalons sont bretons, 2 danois, 1 du Holstein et un autre de la Gueldre; à la colonne qualité, ils sont marqués pour la selle. Le maximum des saillies paraît être en général de 35 par cheval. (Arch. nat., I. H. 569.)
A la suite du rapport de M. de la Bôve, en 1781, les Etats furent appelés, en 1783, à nommer une commission de trois membres de la Noblesse, chargée d'examiner les avantages et les inconvénients de la formation d'un ou deux dépôts pour toute la province, ou de plusieurs, particuliers à chaque diocèse.
En 1785, sur le rapport de cette commission, les Etats arrêtèrent qu'il serait établi des dépôts pour les haras dans toutes les parties de la province, où il est véritablement intéressant de soutenir et d'accroître le commerce des chevaux. Qu'il serait accordé 2,000 1. à l'évêché de Nantes, pour entretien de son dépôt et pour achat de juments. Qu'il serait établi dans la partie orientale de l'évêché de Léon, un dépôt de 12 chevaux; un second de 11 dans la partie occidentale; que Tréguier aurait deux dépôts de 12 chevaux chacun; que Quimper aurait un dépôt de 10 chevaux étrangers; Saint-Brieuc, un de 14 et un de 8 ; que 14,200 1. seraient distribuées en gratifications aux propriétaires des étalons approuvés, à raison de 3,200 1. pour l'évêché de Léon; 2,400 1. pour Tréguier ; 2,000 1. pour Saint- Brieuc; 3,600 1. pour Quimper; 1,200 1. pour Rennes et 1,800 1. pour Vannes, Saint-Malo et Dol par égales portions.
d'hier, les Etats ont ordonné qu'il n'en serait plus parlé (*).
Sur ce qui a été représenté par Msr Pévêque de Rennes, qu'il serait convenable de charger la commission des contrats convertis et remboursés de la vérification et ratification des contrats de l'emprunt qui avait été fait, de la somme de i,5oo,ooo 1., pour l'abonnement du dixième de l'année 1734, les Etats ont autorisé et autorisent la même commission à procéder à la vérification des contrats du dit emprunt.
L'Assemblée a été remise à demain, neuf heures du matin, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée des présidents des ordres.
La session marche avec un calme tel, que l'humeur belliqueuse du président des Etats n'y trouve pas son compte; aussi, écrit-il après la séance à M. Orry :
« En vérité r Monsieur, nous sommes si plats, qu'il n'y a point de plaisir. J'ai répondu, sec et net, que M. le maréchal nous avait dit : que le Roi trouverait
Qu'enfin, il serait établi un élève de l'école vétérinaire à Rennes, Quimper, Léon, Tréguier, Saint-Brieuc, qui, moyennant 600 1. par an, serait tenu d'avoir une forge et de se rendre, sur les ordres des inspecteurs, au secours des étalons, sans autre paiement que celui de ses déboursés.
Les villes envoyaient quelquefois, à leurs frais, des jeunes gens étudier; ainsi, aux comptes de la miserie de Nantes de 1778, l'on voit : frais d'une bourse à l'école vétérinaire de Paris.
(1) Les Etats assistaient toujours en corps aux funérailles des députés qui décédaient pendant la tenue. Les coins du poêle étaient portés par quatre membres de l'ordre auquel appartenait le défunt- Les Etats faisaient un fonds de 1,500 1. pour les députés de la Noblesse et de l'Eglise et de 800 1. pour les membres du Tiers.
fort mauvais que nous voulussions nous mêler des affaires du Parlement, que nous nous ferions beaucoup de tort à nous-mêmes, et beaucoup à ceux que nous devrions servir. On n'a pas dit le mot. Pour nos camarades, ils auront permission de venir aux Etats aussitôt qu'ils seront finis, et nous en sommes bien contents.
» J'ai empêché, sauf respect, que M. le maréchal ne fît demander 42,000 francs, pour les frais qu'avaient faits les directeurs que vous aviez envoyés dans la province, avant l'abonnement, pour y établir le dixième W. Oh! pour cela, monsieur, donner et retenir
(1) Le dixième était un impôt de deux sols par livre de revenu. En 1736, on était sous le coup de la levée du second dixième, abonné par les Etats à 1,500,000 1. le 1er janvier 1734, et qui dura trois ans. Les Etats, lors de l'abonnement du dixième des années 1735, 1736, fixèrent, dans les proportions suivantes, le taux des neuf diocèses de la province, y compris 100,000 1. pour les frais de régie et de recouvrement et pour subvenir aux décharges et aux non-valeurs :
Evêché de Rennes 213,571 1. 1 s. 8 d.
— Nantes 295,303 8 »
— Vannes.. 233,690 11 »
— Quimper 199,457 16 4
— Léon 115,846 17 »
— Tréguier 146,547 16 »
— Saint-Brieuc 152,332 7 8
— Saint-Malo 202,109 12 »
— Dol 41,140 10 4
Total 1,600,000 1. » »
L'art. 12 du mandement de la commission de 1734, porte que cette taxe sera répartie sur les négociants, marchands en gros et en détail, les maîtres de forges, les entrepreneurs de manufactures et de bâtiments, les fermiers des biens de campagne, dont les biens excéderaient la somme de 1,500 1., soit que ces biens appartiennent à des laïcs ou à des gens de mainmorte, et généralement sur tous ceux dont la profession est de faire le commerce ou de faire valoir leur argent.
ne vaut* vous avez lâché cette injuste prétention dans le mois de janvier iy35? j'ai fait souvenir M. le maréchal qu'il me Pavait écrit*, en conséquence j'en fis part au bureau et à tous les commissaires de la province , qui en chantèrent Y alléluia. J'ai retrouvé la lettre de M. le maréchal, elle est du 18 janvier 1 735, à Versailles *, elle dit que vous aviez voulu faire mettre dans l'arrêt qui autorisait la commission, que cette somme serait levée avec le dixième, qu'il vous en avait représenté les inconvénients, qu'il n'en avait pas été dit un mot dans les conditions de l'abonnement, etc., et qu'enfin vous vous étiez désisté de cette prétention. » M. de Viarmes, qui était présent, a dit après avoir lu la lettre : que peut-être vous aviez entendu vous désister de faire mettre cet ordre dans l'arrêt, mais non pas de la somme. Oh ! voilà la plus fiscale et la plus injuste prétention du monde, vous auriez pu changer d'idée sur l'arrêt, mais cela ne s'appellerait pas vous désister de votre prétention. La prétention d'un contrôleur-général tombe d'aplomb sur l'argent , et non pas sur la manière. Mais voici quelque chose à quoi il n'y a pas de réponse : je vous écrivis pour vous en remercier, et je vous mandais que vous faisiez bien mal les affaires du Roi, et que vous jetiez tout par les fenêtres. A cela vous répondîtes, le 8 février, proprio pugno : « Il est bien vrai que je jette tout par les fenêtres, mais que ne ferait-on pas pour vous plaire! » Oh, franchement si vous aviez lâché d'une main pour
Plus tard, en 1749, la taxe du vingtième, un sou par livre de revenus, atteignit tous les revenus, de quelque nature qu'ils fussent. Ce fut le premier impôt égalitaire de l'ancienne monarchie, et encore le clergé en fut-il affranchi pour les biens ecclésiastiques, à cause des décimes ordinaires et extraordinaires qu'il avait à payer.
reprendre de l'autre, vous n'auriez rien jeté par les fenêtres.
» Vint encore M. de Viarmes qui dit : que si nous avions levé le dixième en 1734, nous en aurions payé les frais. Avec sa permission, il n'a pas raison, non plus qu'en quelqu'autre point; nous ne pouvions payer qu'une fois les frais d'établissement du dixième, et si nous l'avions établi en 1734, ces frais, une fois faits, nous auraient servi pour les trois ans, et nous n'aurions fait qu'un an plus tôt ce que nous avons fait en 1735. Je vous dirai, de plus, que le Roi aurait été servi chèrement si les frais du recouvrement eussent été à proportion des frais pour le commencement de l'établissement; je dis pour le commencement, car ce que ces Messieurs avaient fait était tout-à-fait informe et fort peu avancé, et, de plus, si mai bâti, que nous n'avons pu en faire aucun usage. Savez-vous combien l'établissement réel et entier a coûté au bureau de Rennes, où tout a passé et où nous avons eu quarante commis, pendant trois mois? moins de 1 3, 000 1. Venez, après cela, nous demander 42,000 l. pour un travail inutile. Quand vous perdriez 42,000 1. sur trois millions que vous n'auriez jamais tirés, et sur lesquels vous auriez 200,000 1. de frais, vous ne seriez pas bien malade; enfin, pour dernière raison, je vous en supplie très-instamment.
» On ne se plaint plus ici que de l'inexécution de la déclaration; on voit des blancs-becs et des gens fort douteux, sur le théâtre, tout comme auparavant, et on ne leur dit mot. La liste de la Noblesse va être imprimée, comme à l'ordinaire; il y en a 640 de tous âges, et , à ce que l'on dit, de toute condition. Ceux qui sont bons disent que la déclaration n'aura servi qu'à acquérir aux douteux un titre plus authentique
que tous ceux qu'ils avaient à faire. Depuis ma dernière lettre, j'ai appris que, pendant la réformation, qui a commencé en 1667, et qui a duré jusqu'en 1671, le Parlement avait prodigué la qualification d'extraction noble à plusieurs, qu'encore à présent, on ne regarde pas comme gentilshommes ; ainsi, si vous prenez cette réformation pour époque, la marchandise sera bien mêlée.
» La bonne Noblesse désire que, si vous prenez la réformation pour époque, ce ne soit que pour ceux qui y ont passé sous le titre d'ancienne extraction, et que tous les autres soient obligés de prouver leurs trois partages nobles*, encore faudrait-il que l'examen fût entre les mains de gens bien intègres et bien sévères, car, en cette matière, il y a beaucoup de tricherie. Comptez que la bonne Noblesse sera très-fâchée si elle voit finir l'Assemblée sans exécution de la déclaration. Le Tiers a été fort attaché à l'abonnement des francs-fiefs ; cet ordinaire vous portera un mémoire pour accorder cet abonnement tout à l'heure. Je me doute de ce que vous ferez, mais si je me trompe, gardez-vous toujours de charger la commission de cette régie, car, à mon avis, elle prendrait plutôt la lune avec les dents.
» Demain, on nous annonce l'antienne de la capitatîon à 1,800,000 1., nous serons bien sots si nous le souffrons. Quand cette pilule aura été avalée, il ne restera plus qu'un point qui puisse nous mettre de mauvaise humeur, c'est la suppression des commissaires dans les diocèses*, elle sera d'autant plus mal reçue qu'il y a eu quelques mots lâchés sur la conservation des commissions* sans doute, je passerai pour avoir été l'auteur du projet, pour arripere imperium; pour peu qu'ils me parlent de travers, je leur jetterai
leur empire au nez, et je suis trompé si M. de Viarmes en est fâché; pour moi, j'en serai bien aise (*).
» Nous sommes en peine de notre courrier qui n'est pas encore arrivé, et nous l'attendions dès hier matin. Si vous ne voulez pas remercier, rendez donc l'argent.
» Bonsoir, Monsieur, il est minuit, et, si vous le
trouvez bon, je vais coucher le plus fidèle serviteur
que vous ayez.
» f Evêque de Rennes. »
Accompagnant cette lettre, se trouve une note de la main de M. de Vauréal, qui revient sur la déclaration de 1736 :
« Il faut observer, dit Tévêque de Rennes, que, depuis la réformation de 1667, plusieurs ont eu des arrêts par devant les intendants Nointel et Ferrand, et plusieurs, même au Conseil, à l'occasion d'un édit bursal ; le contradicteur, qui fut alors nommé, fit, dit-on, plus de nobles que le Roi, et passa la qualité d'extraction noble à plusieurs, qui avaient été condamnés à l'amende, pour s'être présentés à la réformation de 1667. Il serait donc nécessaire d'exclure tout autre titre que ceux qui auront passé à la réformation, par quelque raison et par quelque voie qu'ils aient été obtenus. »
Le même jour, le maréchal d'Estrées écrit :
« Les Etats nous ont envoyé, aujourd'hui, Mon-
(1) M. de Vauréal était président de la Commission intermédiaire, dont le pouvoir devait être accru par la suppression des bureaux diocésains. Ses relations avec M., de Viarmes se ressentaient de la lutte qui se produisait fréquemment entre ces deux pouvoirs rivaux : la commission et l'intendant; ce dernier n'aurait pas été fâché de voir M. de Vauréal, homme influent en cour, renoncer à cette présidence.
sieur, à cinq heures du soir, une députation chargée, en premier lieu, de demander une diminution sur Timposition des fouages, représentant que les peuples étaient extrêmement chargés, que cette imposition ne se faisait que par forme d'emprunt, que le Roi, dans tous les temps, avait fait espérer, aux Etats, qu'il Fôterait aussitôt que les besoins, qui Pavaient occasionnée, cesseraient, qu'ils suppliaient Sa Majesté de vouloir y avoir égard, présentement que la paix était faite. Il fut aisé de répondre, que les Etats avaient connu le désir que le Roi avait de procurer du soulagement aux sujets de la province de Bretagne, par la cessation de la levée du dixième, et d'une partie du don gratuit, qu'il ne pouvait faire aucune diminution sur l'imposition des fouages, et que son intention était qu'ils levassent, sur les contribuables aux fouages, la somme de 856,ooo 1. pour les années 1737, 1738, ainsi que je leur avais fait demander de la part de Sa Majesté, et qu'il était inutile de faire, sur cela, aucune représentation.
» Comme cette demande est purement de style, et qu'elle se fait à chaque tenue des Etats, pour faire voir aux peuples combien leurs intérêts leur sont à cœur, les Etats, sur la réponse qui leur sera faite, ordonneront, demain, la levée du fonds demandé.
» L'autre objet de la députation est la demande de l'abonnement du droit des francs-fiefs dans la province de Bretagne. Cet abonnement leur avait été accordé, en l'année 171 5, sur le pied de 5o,ooo 1. par an, mais tous les désordres arrivés, depuis, en Bretagne, furent cause qu'on ne leur continua plus l'abonnement. Ils demandent, présentement, que le Roi veuille bien leur accorder cet abonnement pour lequel ils offrent de donner 75,000 1. M. l'évêque de Rennes m'a as-
sure, qu'en ayant conféré avec M. de La Porte, fermier-général, il était convenu, avec lui, que l'offre, que faisaient les Etats, était fort raisonnable; cela supposé, l'intérêt du Roi étant ménagé, vous feriez un grand bien à la province de lui accorder cet abonnement qui lui éviterait beaucoup de vexations, sans compter les frais, que font les commis chargés de ce recouvrement, qui ne tournent point au profit de Sa Majesté. On ne peut rien ajouter, Monsieur, au parfait attachement, etc. »
Le 26, le contrôleur-général répondait :
« Une affaire de cette espèce, dans laquelle il s'agit de droits qui font partie du domaine de Sa Majesté, et qui sont unis à ses fermes générales, demande un examen très-exact de toutes les conséquences d'un pareil abonnement, et d'entendre, contradictoirement, et les Etats et les fermiers-généraux, sur la délibération que les Etats ont prise à la présente tenue*, c'est une chose qui ne peut se discuter et se traiter qu'avec MM. les députés, que les Etats enverront en Cour, après la fin de l'Assemblée. »
A cette même date, du 22, le maréchal envoie une seconde lettre; celle-ci, sans doute, un peu plus confidentielle, pour traiter cette question des 42,617 L, dont il est aussi question dans la correspondance de M. de Vauréal :
« Je n'ai point jugé, Monsieur, qu'il convînt de faire la demande des 42,617 L, pour les différents frais faits, en conséquence des ordres du Roi, pour l'établissement du dixième avant l'abonnement qui en a été fait, parce qu'une pareille demande aurait excité beaucoup de bruit dans les Etats, et, avec d'autant plus de raison, qu'il n'a pas été dit un seul mot, de
cette dépense, dans l'arrêt du Conseil qui autorise l'abonnement, et que, par conséquent, les Etats n'en ont jamais eu de connaissance. Il leur paraîtrait extraordinaire qu'au bout de trois ans, on leur fît une pareille demande, qui n'a jamais été comprise dans les conditions demandées, par le Roi, pour l'abonnement. Il y a plus : M. de Rennes m'a fait voir une lettre, que je lui ai écrite de Versailles au mois de janvier 1735, par laquelle je lui marque, précisément, que vous ayant parlé de la demande que l'on voulait faire d'une somme d'argent, pour le payement des frais faits avant l'abonnement, pour la confection des rôles et les appointements des commis qui avaient été envoyés sur les lieux, vous m'aviez assuré qu'il n'en serait point question ; que, sur cette parole, il en avait été donné part dans toute la province, où cette nouvelle avait été reçue avec beaucoup de satisfaction ; qu'il ne pouvait s'empêcher de représenter le mauvais effet que ferait une pareille demande, à laquelle les Etats ne peuvent point s'attendre. Il m'a ajouté que les frais qu'ils ont faits pour la levée du dixième et de la capitation, pendant deux années, ne montaient qu'à 74,000 1.; qu'il paraîtrait bien extraordinaire que ceux qui ont été faits, pendant trois mois, pour la seule imposition du dixième, montassent à la somme de 42,700 1. D'ailleurs, que M. de La Boissière n'a pu payer cette somme sur l'ordinaire de M. de La Tour, en qualité de trésorier des Etats, ne pouvant, en cette qualité, payer que les fonds ordonnés par les Etats et approuvés par le Roi. Ce serait le moyen de lui attirer bien des reproches des Etats, si on parlait de lui dans cette occasion.
» MM. les présidents des ordres pensent de même et m'ont prié de vous en écrire. J'ai cru, par toutes
ces raisons, que je devais suspendre une pareille demande. Si vous voulez absolument qu'elle soit payée, on peut la demander sous un autre prétexte; je croirais même qu'il ne devrait pas en être question dans cette présente année, et, comme suivant les apparences, vous ne laisserez pas toujours subsister Paugmentation mise sur la capitation, à cause de la guerre, on pourrait réduire cette imposition à i,5oo,ooo L, au lieu de 1,400,000 L, comme elle était auparavant. Pour moi, je vous demande seulement que, pour assurer la continuation de la tranquillité qui règne dans les Etats, on ne demande point cette somme de 42,617 1., sous prétexte du remboursement des frais qui ont été faits, avant l'abonnement du dixième, par les Etats. J'ai cru devoir vous faire envisager les inconvénients; vous y ferez vos réflexions, après quoi j'exécuterai les ordres du Roi que vous m'enverrez.
» J'ai l'honneur, etc. »
En présence des tendances si conciliantes du maréchal et du président des Etats, et relativement aux francs-fiefs, et par rapport à cette demande de remboursement, on ne laisse pas que d'être surpris de l'attitude prise par l'intendant ; nous n'avons pu découvrir sa lettre relative aux 42,617 1., mais voici ce qu'il écrivait le même jour que le commandant en chef, à propos des francs-fiefs :
« J'ai vu la délibération que les Etats ont prise, le 20 de ce mois, au sujet de l'abonnement qu'ils demandent des francs-fiefs, amortissement et usages de la province. Le prétexte des Etats est de remédier aux frais excessifs qui se font pour le recouvrement de ces droits ; mais leur vue est de se rendre maîtres de l'administration des droits qui se perçoivent au nom du Roi,
les termes de leur délibération le font sentir; ils demandent que cet abonnement leur soit accordé sur le pied de 75,000 1., pour, par eux faire faire la levée de ces droits, en la façon et de la manière qui sera jugée la plus convenable dans leur Assemblée. Leur but est d* arriver à se rendre le plus indépendants possible. Je ne dois pas laisser échapper une réflexion qui est importante pour les intérêts du Roi; il est certain que la somme de 75,000 1., que les Etats offrent, est, pour le moins, égale au produit effectif des droits dont ils demandent l'abonnement ; ils en sont persuadés, et ils n'espèrent pas même, par une régie remplie de ménagements, retirer cette somme; mais, pour suppléer à la recette, ils auront recours aux excédants de fonds, qui, cependant, ne devraient être destinés qu'à payer les dettes de la province, afin que, dans le temps où les besoins de l'Etat exigent des secours plus considérables, elle puisse y satisfaire, et vous sentez de quel objet sera, à la longue, l'accumulation de ces déficits. » Un autre objet encore du désir des Etats, pour la subrogation de cette ferme, c'est pour en venir à représenter la nécessité de leurs commissions, par évêché, sans lesquelles ils exposeront qu'il leur serait impossible de pourvoir à cette régie. »
Le contrôleur-général répond le 26 :
« Relativement à l'affaire des francs-fiefs, je vous envoie une copie de la réponse que j'ai faite à M. le maréchal d'Estrées; je remets à répondre, dans la suite, à la lettre particulière que vous m'avez écrite, au sujet de la demande des 42,700 1. avancées pour les frais d'établissement du dixième. Je vois, au surplus, par le détail de vos autres lettres, et par toutes celles que je reçois des Etats, que les affaires s'y
avancent, avec assez de diligence, pour espérer que la durée n'en sera pas longue. Je vous prie de vouloir bien continuer à me faire part de tout ce qui se passera. » (Arch. nat., I. H. 279.)
L'on voit, par la lettre de M. de Viarmes, le dépit que lui causait le pouvoir de la Commission intermédiaire et des bureaux diocésains, et les avertissements qu'il prodigue, sur les tendances des Etats, à se maintenir indépendants. « La position prise par l'intendant, dit M. Maury, dans son remarquable travail sur l'administration française avant la Révolution, en faisait dans la province un centre où venait aboutir tout le contentieux administratif, et, plus loin, les intendants avaierit conquis toute l'autorité attribuée autrefois aux gouverneurs, etc. » Ces réflexions sont vraies pour les autres provinces du royaume-, mais en Bretagne, bien plus qu'en Languedoc, l'intendant voyait son pouvoir renfermé dans des bornes relativement étroites; une bonne partie de l'autorité, qu'il possédait ailleurs, était ici aux mains des représentants des Etats, de leur Commission intermédiaire et de leurs procureursgénéraux-syndics. Ces pouvoirs, les intendants les combattent sans cesse ; parfois, ils arrivent à triompher, mais les Etats, unis au Parlement, recommencent toujours la lutte, et, finalement, au moment de la convocation des Etats-Généraux, la Bretagne était encore, de toutes les provinces de France, celle qui échappait le plus à l'omnipotence de l'autorité royale.
9 heures du matin.
Sommaire. — Réponse du maréchal à Monseigneur Vèvêque de Saint- Brieuc, relative à une diminution sur les jouages. — Vote de cet impôt. — Commencement de la lecture du rapport de Monseigneur de Rennes sur les opérations de la Commission intermédiaire.
Correspondances. — Lettres de MM. Bâillon et de La Boissière.
M*r Véveqne de Rennes,
Mgr le prince , comte et baron de Léon ,
M. le sénéchal de Rennes.
M. Tévêquede Saint-Brieuc a rendu compte, à l'Assemblée, pour lui et MM. ses co-députés, des réponses qui leur furent faites, le jour d'hier, par MM. les commissaires du Roi, tant par rapport à l'abonnement des francs-fiefs, que par rapport aux fouages dont les Etats les avaient chargés, de demander une diminution, et a dit : « Que M. le maréchal s'était chargé, avec plaisir, du mémoire au sujet des francsfiefs, et qu'il avait promis de l'envoyer en Cour par le premier ordinaire, mais, qu'à l'égard de la diminution que les Etats demandaient sur les fouages, M. le maréchal avait déclaré qu'il était inutile de faire sur cela aucune représentation, les ordres du Roi étant absolument opposés, » sur laquelle réponse ayant été présentement délibéré :
Les Etats ordonnent le fonds de 856, ooo L, demandé pour les années 1737 et 1738.
Sur ce qui a été ensuite représenté par M. de Rosnyvinen, que M. Jacquelot du Boisrouvraye fils, conseiller au Parlement, demandait aux Etats les gages intermédiaires de la place de greffier, depuis le décès de son père, jusqu'au jour de la nomination et réception d'un nouveau greffier : les Etats, ayant délibéré, ont accordé la demande.
M. Pêvêque de Rennes a, pour lui et MM. ses co-députés, commencé son rapport de toutes les affaires dont la Commission intermédiaire, nommée dans la dernière tenue, avait été chargée, et, premièrement, par rapport aux impositions et recouvrements du dixième, et de la capitation des années 1735 et 1736, dont il a, en même temps, représenté un état de tout ce qui s'était passé dans la dite Commission.
M. Tévêque de Rennes, ayant ensuite représenté qu'il serait à propos de nommer, dès à présent, une commission, pour examiner les comptes que doit rendre M. de La Boissière, leur trésorier, des deniers du casernement, pour les deux années 1734 et 1735, les Etats ont nommé et commis, à cet effet :
De V Eglise. — M. l'évêque de Saint-Brieuc, M. l'abbé de Blanche-Couronne, M. de Cuillé et M. de Gardays.
De la Noblesse. — MM. de Kermel , de Trans, de Talhouët de Boishorand, du Breil de Pontbriand.
Du Tiers. — MM. Beau vais le Fer, les sénéchaux de Pontivy et de Dol, et M. de Kersaint-Vitu, maire de Saint-Brieuc.
Il a été ensuite fait lecture de la lettre du Roi aux Etats, et de celles de Sa Majesté au maréchal, au
président des Etats et à M. le prince de Léon, pour remercîment du don gratuit.
L'Assemblée a été remise à demain, neuf heures, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée de MM. les présidents des ordres.
Dans le compte-rendu de la séance fait par M. Bâillon, nous trouvons une preuve bien remarquable de la susceptibilité de la Noblesse et des évêques : « La lettre du Roi à M. le maréchal, écrit le président du Tiers, portait qu'il le chargeait de témoigner aux députés des Etats , la satisfaction qu'il avait de leur conduite; le mot de député a blessé MM. les évêques et MM. de la Noblesse, parce qu'ils prétendent avoir entrée aux Etats, par leur qualité, sans avoir besoin d'être députés. Il a été convenu d'écrire à la Cour, pour proposer de réformer le mot de député, et de substituer, en la place : « les membres des trois ordres, » et, qu'ensuite, les lettres de Sa Majesté seraient enregistrées au greffe, suivant l'usage. »
Rien de particulier dans les autres correspondances, sauf un passage d'une lettre de M. de La Boissière, disant : « Toutes les apparences sont que nous finirons vers le 20 décembre ; toutes les commissions travaillent et sont en train de finir. Il semble que chacun se dispute, à cette tenue, à qui apportera plus de facilité et de diligence à la conclusion de toutes les affaires, et ce miracle paraît vraiment incompréhensible. » (Arch. nat., I. H. 279.)
9 heures du matin.
Sommaire. — Demandes de plusieurs pensions faites au nom du Roi et accordées par les Etats. — Nomination de M. de La Gavouyère-le-Bel comme greffier des Etats. — Rapport de M. l'évêque de Ouimper sur les contrats de l'emprunt de 1734. — Gratification de i,$oo l. accordée au courrier du don gratuit.
Correspondance. — Lettre de M. de La Boissière.
Mgr l'évêque de Rennes ,
Mgr le prince, comte et baron de Léon,
M. le sénéchal de Rennes.
Après lecture et signature des délibéralions du jour d'hier, M. de Bédée a dit que MM. les commissaires du Roi Pavaient chargé d'annoncer aux Etats que l'intention de Sa Majesté était qu'ils fissent fonds : i° d'une somme de 5, 000 1. par an, pour la pension de M. Tarneau ; 20 de celle de 5, 000 1. par an, pour M. de Laloë, secrétaire des commandements de S. A. S. Msr le comte de Toulouse; 3° de celle de 2,000 1. pour les secrétaires de M. le maréchal d'Estrées, pendant cette tenue; 40 de celle de i,5oo 1. pour le secrétaire de M. l'intendant. Les Etats, en ayant délibéré, font, droit à toutes les demandes formulées par M. le procureur-général-syndic.
De plus, M. de Bédée a ajouté que Sa Majesté
ayant appris que la charge de greffier était vacante par la mort du sieur de Jacquelot, et étant informé que les sieurs de La Gavouyère-le-Bel , de La Besnerays de Penbalzo, de Bruc de Cléray, de Saint-Gilles- Durantin et de Saint-Islan, avaient toutes les qualités nécessaires pour s'en bien acquitter, elle a chargé ses commissaires de faire connaître aux Etats qu'elle leur laisse le choix de l'un des cinq sujets ci-dessus nommés, celui qui leur conviendra le mieux pour remplir la place de greffier des Etats.
Les Etats, après s'être retirés aux Chambres et en avoir délibéré par scrutin, nomment M. de La Gavouyère-le-Bel pour remplir et exercer la dite charge par commission, et aux autres conditions arrêtées pour la dite charge, et qu'il a souscrites et signées; puis, le nouveau greffier a prêté le serment, en pareil cas requis, aux mains du président de l'Eglise.
M. Tévêque de Quimper a ensuite fait le rapport de la commission chargée de l'examen, tant des contrats convertis, échangés et remboursés, depuis la dernière tenue, par leur trésorier, que des contrats de l'emprunt de i,5oo,ooo 1., par lui fait en 1734, pour l'abonnement du dixième, et a dit, qu'après avoir vérifié les expéditions et ampliations des dits contrats, la commission les avait trouvés revêtus des formalités requises , et qu'il lui avait paru que les Etats ne pouvaient se dispenser d'en donner acte à leur trésorier, et de ratifier tous les dits contrats.
Après en avoir délibéré, les Etats ont ratifié les dits contrats, et remercié MM. de la commission; décidé, en outre, que les grosses originales seraient reliées, en deux volumes, pour valoir et servir d'enregistrement.
Sur la demande de Msr Tévêque de Rennes, les Etats ont ordonné qu'il serait fait fonds, dans la pré-
sente tenue, de la somme de i,5oo 1., en faveur du sieur de La Morélie, capitaine des gardes du maréchal, qui a porté la nouvelle du don gratuit à la Cour.
L'Assemblée est remise à demain, neuf heures, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée de MM. les présidents des ordres.
Aujourd'hui encore, pas de correspondance à signaler en dehors des quelques lignes qui suivent, écrites par M. de La Boissière :
« M. de La Gavouyère-le-Bel a été, ce matin, élu greffier dans l'Eglise et dans le Tiers. M. de La Besnerays avait plus de voix dans la Noblesse. Un gentilhomme a reproché publiquement, en pleins Etats, au nouveau greffier, de ne pas être gentilhomme, et, bien à tort, assurément, car il est de bonne et ancienne noblesse; aussi a-t-il remis ses titres, aujourd'hui, à M. le maréchal, et il se propose d'en requérir, demain, la lecture dans l'Assemblée; dans ce pays-ci, Monseigneur, de l'envie à l'outrage, le chemin n'est pas long. » (Arch. nat., I. H. 279.)
9 heures du matin.
Sommaire. — Lecture de l'arrêt confirtnatif de noblesse de M. de La Gavouyère-le-Bel. — Sur la demande du comte de Beaucours, les Etats décident qu'à l'avenir, personne ne sera invité à prendre place et séance d'honneur dans l'Assemblée. — Rapport de l'abbé de Beaulieu sur les affaires commencées. — Communications du procureur-général-syndic. — Remise d'un million de livres sur le don gratuit. — Autorisation d'employer les excédants de l'état de fonds au remboursement de l'emprunt de 1734. — Dèputation vers les commissaires du Roi pour demander la suppression ou, tout au moins, une réduction sur l'impôt de la capitation.
Correspondances. — Lettres du maréchal d'Estrèes et de Monseigneur
de Vaurèal.
M^r Vévéaue de Rennes,
M9r le prince , comte et baron de Léon,
M. le sénéchal de Rennes.
11 a été fait lecture et signature des délibérations du jour d'hier, après quoi, M. de La Gavouyère-le-Bel, qui fut honoré, le jour d'hier, de la charge de greffier des Etats, s'est présenté et a requis que, pour satisfaire à la première des conditions, il eût été fait lecture de son arrêt de noblesse qui renfermait toutes les qualités que les Etats désiraient.
Lecture a été faite du dit arrêt, et le sieur de La Gavouyère-le-Bel a été reconnu noble et issu d'ancienne extraction noble.
M. le comte de Beaucours, de Tordre de la Noblesse, ayant représenté à l'Assemblée que, jusqu'à présent, quand il s'était trouvé dans les les villes où se tenaient les Etats des personnes de distinction, l'Assemblée avait toujours eu l'attention, du moment qu'elle en avait eu connaissance, de les envoyer prier d'entrer aux Etats; que cependant, plusieurs de MM. les officiers, aussi gens de condition, qui sont en quartier dans la province, s'en étaient retournés mécontents de n'avoir pas été invités, comme plusieurs de leurs confrères l'avaient été, d'entrer aux Etats, et d'y prendre comme eux place et séance d'honneur, ce qui n'avait pas eu lieu , parce que les Etats n'en avaient pas été informés; qu'ainsi, pour prévenir dorénavant de pareils inconvénients, les Etats pourraient prendre une délibération pour arrêter qu'à l'avenir, aucune personne ne serait priée d'entrer à l'Assemblée; après qu'il en a été délibéré :
Les Etats ordonnent qu'à l'avenir, il ne sera fait aucune députation pour prier quelque personne que ce soit, et sans exception, d'entrer à l'Assemblée, et d'y prendre séance d'honneur, et sera la présente délibération exécutée par forme de règlement.
M. l'abbé de Beaulieu a fait ensuite un rapport à l'Assemblée, au nom de la commission du dépouillement des affaires proposées dans la dernière tenue, sans avoir été depuis consommées. Après laquelle lecture, M. de Bédée a dit : que MM. les commissaires du Roi l'avaient chargé de représenter aux Etats : que pour payer le montant de l'abonnement du dixième de l'année 1734, ils avaient fait, avec la permission du Roi, un emprunt de r,5oo,ooo 1., sous la condition expresse que le remboursement en serait fait dans les quatre premières années qui suivraient la suppres-
sion du dixième, par voie d'imposition, et non autrement; que, néanmoins, pour soulager autant qu'il lui est possible ses sujets de la province de Bretagne, il veut bien les dispenser de faire cette imposition, ainsi qu'ils s'y étaient obligés, et consent qu'ils emploient au remboursement qu'ils doivent faire de la somme de 75o,ooo 1. pour les années 1737 et 1738, les fonds qui excéderont la dépense de leur état de fonds dans la présente Assemblée ; que le Roi a bien voulu diminuer d'un million le don gratuit des années 1737 et 1738; qu'il désirerait pouvoir procurer encore d'autres soulagements, mais que la situation présente des affaires l'obligeant de continuer la capitation sur le même pied que pour les années 1 735 et 1 736, Sa Majesté veut qu'il soit imposé la somme de 1,800,000 1., pour chacune des années 1737, 1738, ensemble les 21 deniers pour livre de la partie de la dite somme qui y est sujette, et des sommes nécessaires pour les frais de régie et de recouvrement.
Sur lesquelles représentations, MM. des ordres se sont retirés aux Chambres pour délibérer, ainsi que sur le rapport de M. l'abbé de Beaulieu, et revenus sur le théâtre :
Les Etats, commençant par le rapport de M. l'abbé de Beaulieu : ordonnent qu'il sera fait seulement lec-a ture des apostilles marginales du procès-verbal de lâl dernière tenue, renvoient à la commission des francs*, fiefs l'article concernant le contrôle des baux des genso de main-morte, renvoient celui touchant l'adjudication à la folle enchère des grands chemins du Clos-Mahkp et de Saint-Méen, au rapport de la Commission interii médiaire. -.iulq
Sur l'article qui regarde la révision des comptes ude: leur trésorier des années 172g, 1730, 1 73 1 , i732yofces';
Etats ont chargé la même commission qui fut nommée à cette fin dans la dernière tenue, de continuer la révision des dits comptes, et d'en faire rapport, s'il est possible, avant la séparation des Etats, et ont, à cet effet, nommé pour remplacer les absents : MM. de La Richerie, de Roustille, de Kermorvan , à la place de MM. de Bouteville, Destreilles et Armand, nommés dans Tordre de l'Eglise.
Dans la Noblesse, M. de Prémigon au lieu et place de M. de La Freslonnière; et, dans l'ordre du Tiers, MM. Harembert, Darquistade , de Coëtdivel. le sénéchal d'Hennebon, le sénéchal de Josselin et le maire de Landerneau.
Ordonnent, au surplus, qu'il ne sera point parlé ni pris aucune délibération sur les autres articles du rapport de M. de Beaulieu.
Passant ensuite aux représentations de MM. les commissaires du Roi, les Etats ordonnent qu'il sera fait députation vers ces Messieurs, pour remercier le Roi de permettre d'employer l'excédant des fonds pour rembourser partie de l'emprunt du dixième de 1734, et pour remercier aussi, en particulier, MM. les commissaires de leurs bons offices.
Après lesquels remercîments, la même députation a été chargée de représenter à MM. les commissaires du Roi, que les Etats ayant lieu d'espérer à la paix la suppression de la capitation, et cette imposition étant extrêmement onéreuse, ils supplient très-humblement Sa Majesté de vouloir bien la supprimer, et, au cas qu'il n'y ait pas lieu d'en espérer la suppression totale, ils demandent, avec les plus fortes instances, qu'il plaise au moins au Roi, la réduire à 1,400,000 1., pour les années 1737 et 1738, et ont nommé et député à cet effet :
De l'Eglise. — M^r l'évêque de Nantes, MM. les abbés de La Vieuxville et de Lanténac, MM. Gouyon et Morin *,
De la Noblesse. — MM. le comte de Cintré père, de Trans, du Bouëxic-Becdelièvre, de Saint-Laurent de Kermainguy, de Beaucours;
Du Tiers. — MM. le sénéchal d'Hennebon, le maire de Tréguier, le sénéchal de Pontivy, le sénéchal de Dol , le maire d'Auray.
Ensuite de quoi, le héraut a été envoyé vers MM. les commissaires du Roi, pour savoir quand ils seraient en état de recevoir la députation, lequel a rapporté qu'ils la recevraient aux quatre heures de l'après-midi de ce jour.
L'Assemblée a été remise à demain, neuf heures du matin, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée de MM. les présidents des ordres.
Avant l'arrivée de la députation , à laquelle il s'attendait du reste, le duc d'Estrées écrivait, à cette date du 2 5 novembre, après avoir rendu compte du vote de l'imposition des fouages et de la nomination du greffier : « J'ai fait demander ce matin la capitation sur le pied de 1,800,000 1., sans leur parler d'abonnement, parce que je veux que les Etats me le demandent, et qu'ils le regardent comme une grâce que le Roi veut bien leur accorder. Je ne doute pas qu'il n'y ait une députation pour demander qu'elle soit diminuée et remise sur le pied qu'elle était avant la guerre, et peut-être une seconde pour réitérer leurs instances; mais cela ne doit pas embarrasser, il faut leur laisser cette petite satisfaction, après quoi, ils ordonneront le
fonds de la capitation, sur le pied que le Roi le demande. Je leur déclarerai, pour lors, que les commissaires de la commission de Rennes, qui avaient été répandus dans les différents diocèses, n'étant plus nécessaires, par la suppression du dixième, l'intention de Sa Majesté est que le bureau établi à Rennes subsiste, uniquement composé du nombre des commissaires qu'il leur a été permis d'avoir en 1732.
» Je presse autant qu'il m'est possible les évêques de travailler à leurs commissions, surtout celle des conditions des baux. Msr l'évêque de Saint-Brieuc qui en est chargé, m'a promis qu'il serait en état de faire son rapport aux Etats, jeudi prochain; s'il tient sa parole, je pourrai faire publier l'adjudication des fermes le 26 ou le 27. Il n'a point été question, jusqu'à présent, de l'élection du procureur-général-syndic, et je vois que M. de Méneuf a beaucoup perdu de son crédit dans les Etats, et si le Roi voulait proposer trois sujets pour remplir cette place, personne ne parlerait pour M. de Méneuf; je garderai cette affaire pour la dernière. »
« Le courrier du don gratuit étant arrivé vendredi matin, écrit de son côté l'évêque de Rennes, nous n'avons pas cru, Monsieur, que les marques de satisfaction du Roi dussent être suivies immédiatement par la demande de la capitation, et cette affaire a été remise à aujourd'hui ; comme elle enfile naturellement la suppression des commissaires diocésains, je la regarde comme ce qui nous reste de plus sérieux ; vous en saurez le succès par le premier ordinaire. Nous avons élu notre grenier, celui dont on parlait le moins, avec deux ordres pour lui, et le voilà greffier. La Noblesse, qui voulait le parent de M. le procureurgénéral, a crié et a voulu disputer la naissance de
Télu, qui a fait voir à M. le maréchal qu'il est d'ancienne extraction de la province.
» Il commence à y avoir quelque bruit sourd que la noblesse veut abandonner l'affaire de M. de Méneuf, et prier le Roi de nommer aux Etats d'autres sujets qui lui soient agréables. Si cela était, je croirais qu'il en faudrait profiter, parce que nous avons pris une délibération qui charge encore les députés futurs de solliciter pour M. de Méneuf. Cela fera une importunité pour Son Eminence, pour M. le garde des sceaux et pour vous, au lieu que, si l'on fait une nouvelle élection, il n'en sera plus question.
» Vous dites, Monsieur, que je vous dois un compliment, et moi, je vous ai dit que vous m'en deviez l'avis -, voilà comme le cœur complimente •, le mien est bien à vous, vous le savez, et je sais que j'ai, dans votre amitié, la part que mérite mon tendre et respectueux attachement. Je prévois, avec peine, que le commerce sera difficile avec M. l'intendant. J'ai examiné ses démêlés avec la commission, et, avec beaucoup de prévention contre elle, j'ai trouvé qu'elle avait eu raison en tout. M. de Viarmes, non-seulement n'a pris son avis sur rien de ce qu'il a voulu changer dans l'administration des chemins, mais, même, n'en a parlé à aucun des commissaires, et je puis vous assurer que les intendants dont la province a fait le plus de plaintes, en ont toujours mieux usé avec les commissaires. Cependant, pour le bien de la paix, j'ai fait changer les choses dont il s'était plaint, et je lui ai donné gain de cause là où il n'avait pas raison. Je proposerai une conférence avec M. le maréchal, dans laquelle je tâcherai de faire convenir d'une conduite uniforme et réglée pour l'avenir. Si cela peut réussir, j'en serai bien aise. »
Si M§r de Vauréal se plaint de l'intendant, au nom de la commission, M. de Viarmes adresse aussi ses doléances au contrôleur-général :
« J'ai été souvent forcé, Monsieur, de me plaindre à vous des tracasseries que j'ai essuyées de la part de la commission, à l'occasion des grands chemins de la province. M. de la Tour, qui en était las, céda, pour acquérir le repos, toute l'autorité que les arrêts du Conseil lui donnaient dans cette partie, et, quand il a quitté la province, il n'avait plus, en vérité, d'autres fonctions que de convertir en ordonnances les avis des commissaires. Je n'ai pas cru, Monsieur, devoir suivre son exemple; j'ai tâché de mettre de la règle où il n'y en avait point, j'y suis parvenu, malgré toutes les oppositions que j'ai trouvées. Vous savez les arrangements que j'ai pris, vous avez même bien voulu les approuver, et, pour tarir la source des contestations que vous aviez prévues de la part des commissaires, vous avez eu la bonté de mettre, dans l'article i3 des instructions générales, que les arrêts du Conseil, des 18 décembre 1725, 4 septembre 1 73 r , seraient enregistrés aux Etats.
» Vous avez senti que cet enregistrement mettrait fin à toutes les contestations, puisque ces arrêts règlent les fonctions des commissaires des Etats et celles de l'intendant; mais, Monsieur, je doute fort que cet enregistrement soit du goût de M. l'évêque de Rennes, et je vous avoue que je crains beaucoup que M. le maréchal d'Estrées n'ait, pour lui, assez de complaisance, pour ne point faire enregistrer les arrêts. Je vous supplie, Monsieur, de faire attention que je passe ici ma vie, et j'ai grand intérêt à n'être plus, à l'avenir, en butte à la commission. Je demande à faire mes fonctions avec décence et avec l'autorité qui m'est attribuée par les
arrêts du Conseil ou à ne me mêler, en aucune façon, des grands chemins. C'est ce que les Etats désirent depuis longtemps, et c'est ce que, personnellement, je désirerais le plus, si le service du Roi et celui du public pouvaient le permettre. »
Le contrôleur-général répond en termes évasifs, en homme qui ne veut pas donner tort à son subordonné, mais qui tient à ne se compromettre, ni avec le président des Etats, ni avec le commandant de la province :
« J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, le 25 de ce mois, sur ce qui regarde l'administration des grands chemins, dans la province de Bretagne. Il pourrait bien arriver que M. le maréchal d'Estrées crût avoir quelques ménagements à garder sur ce qui est porté dans les instructions, pour l'enregistrement des arrêts du Conseil, rendus sur cette matière, par rapport à d'autres articles plus importants, qu'il faut nécessairement faire passer. Mais, quoi qu'il en soit, et en supposant même l'observation et la manutention la plus exacte de ces arrêts, il semble que cela ne peut jamais aller jusqu'à ôter toute connaissance des ordres que vous donnerez (surtout quand il s'agira de nouveaux arrangements), aux commissaires nommés par les Etats, et autorisés par le Roi, pour cette administration. L'objet principal est donc, sur cela, d'établir un concert, entre vous et eux, qui puisse prévenir tout inconvénient et tout juste sujet de plainte. »
Les lettres de M. Bâillon et de M.'de La Boissière ne donnent, à cette date, que des comptes-rendus, qui sont, à peu de chose près, la répétition du procès-verbal.
9 heures du matin.
Sommaire. — Compte-rendu, par Monseigneur l'évêque de Nantes, de ce qu'a fait la dêputation envoyée aux commissaires du Roi et de ce qui leur a été répondu. — Envoi d'une nouvelle dêputation, présidents en tête. — Compte-rendu par Monseigneur l'évêque de Rennes.
Correspondance. — Lettre du maréchal d'Estrèes.
Mgr Véveque de Rennes,
Mor le prince, comte et baron de Léon ,
M. le sénéchal de Rennes.
M§r Tévêque de Nantes s'est levé et a dit qu'il s'était rendu avec MM. ses co-députés chez MM. les commissaires du Roi; qu'ils avaient prié M. le maréchal d'Estrèes de vouloir bien porter au Roi leurs très-humbles et très-respectueuses actions de grâces sur la permission relative au remboursement de l'emprunt. Qu'ils avaient ensuite représenté au maréchal que, comme une grâce était ordinairement suivie d'une autre, ils avaient à le supplier, de la part des Etats, de vouloir bien faire entendre au Roi, que la capitation était l'imposition la plus onéreuse et la plus à charge au peuple , que la province n'y avait consenti que dans l'espérance que le Roi avait donnée, qu'à la fin de la guerre elle serait ôtée, et que, jouissant présentement de la paix ou étant près d'en jouir, ils
avaient lieu d'espérer d'avoir la même grâce du Roi que celle qu'il venait d'accorder sur le dixième, et que les Etats demandaient la suppression de la capitation avec d'autant plus de vivacité et de nécessité, qu'ils sentaient que cette imposition était onéreuse, nonseulement à tous ceux qui y sont sujets, mais surtout aux peuples de la campagne qui ne vivent que de leur travail, et n'ont pas souvent de quoi se procurer la force de recommencer le lendemain. Que si cette suppression ne pouvait pas s'obtenir, il plût au moins au Roi de la réduire à 1,400,000 1., pour chacune des années 1737 et 1738, qu'ils avaient même ajouté que cette suppression était plus nécessaire que celle d'un million qu'il avait plu au Roi d'ôter sur le don gratuit , parce que cette levée se prenait sur tous les fonds qui ne sont point à charge aux peuples.
Que M. le Maréchal avait répondu à toutes ces fortes raisons : Que Sa Majesté ne pouvait rien diminuer pour le temps présent sur la capitation , qu'il emploierait volontiers, dans l'avenir, ses bons offices pour sa suppression ou sa modération, et qu'il espérait que, pour la prochaine tenue, Sa Majesté aurait égard aux pressants motifs qu'on lui représentait; mais que, pour le temps présent, il n'y avait rien à faire, étant chargé d'ordres précis à cet égard; qu'au reste, Sa Majesté voulait bien, par grâce spéciale, laisser l'abonnement de la capitation à la province, mais à la condition que le nombre des commissaires serait diminué, et qu'il n'y aurait qu'un bureau à Rennes.
Les Etats ont ordonné et ordonnent que la même députation, à la tête de laquelle MM. les présidents des ordres ont été priés de se mettre, retournera tout présentement vers MM. les commissaires du Roi, pour faire auprès d'eux de nouvelles instances, afin
426 PROCÈS-VERBAL DE Lk TENUE DE 4731).
d'obtenir, s'il est possible, une modération de la capitation pour les années 1737, 1738, comme aussi pour que l'administration et le recouvrement de cette imposition se fassent, pour les dites années, en la même forme qu'en 1735 et 1736.
Auquel effet, le héraut ayant été envoyé sur-le-champ vers MM. les commissaires du Roi, pour savoir s'ils étaient en état de recevoir la députation, et ayant rapporté qu'ils l'attendaient; les députés désignés sont sortis incontinent de l'Assemblée, les présidents en tête. Peu de temps après, étant revenus sur le théâtre, Msr Tévêque de Rennes a, pour lui et ses co-députés, rapporté à l'Assemblée que quelques instances réitérées qu'ils aient faites auprès de MM. les commissaires du Roi pour appuyer la demande des Etats, tant pour obtenir la réduction de la capitation sur le pied de 1,400,000 1., que pour être autorisés à avoir l'administration de cette imposition, M. le maréchal leur avait répondu avec décision qu'il ne lui était pas possible en aucune manière de se départir des demandes dont Sa Majesté l'avait chargé, tant pour le montant de la capitation que pour la forme de l'administration de cette imposition, l'intention du Roi étant précise pour le retranchement du nombre des commissaires et pour l'établissement d'un seul bureau dans la ville de Rennes : que les Etats n'avaient donc sur cela qu'un parti à prendre , et à délibérer s'ils voulaient faire l'abonnement, en se conformant à la volonté de Sa Majesté; que sinon, le Roi la lèverait à son profit, qu'ainsi les Etats feraient inutilement de nouvelles tentatives et représentations, qu'il ne lui était pas permis de recevoir aucun mémoire ce touchant, ayant sur cela des ordres absolus.
Après ce rapport, les Etats ont remis à demain pour en délibérer aux Chambres.
PROCÈS-VERBAL DE LA TËNtiË DE 1736. 421
Ensuite Msr l'évêque de Rennes a fait un second rapport au nom de la Commission intermédiaire, tant pour la dépense des 21 deniers pour livre, qui s'étaient levés sur capitation, qu'au sujet des milices et du casernement. Sur lequel nouveau rapport, et après que lecture a été faite de l'état présenté au soutien des affaires y contenues, les Etats ont tardé à délibérer sur le tout après la conclusion du rapport de la même commission.
L'Assemblée a été remise à demain, neuf heures du matin, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée de MM. les présidents des ordres.
A cette date du 26 novembre, nous avons une lettre du maréchal, toujours adressée au contrôleur-général, nous mettant à même d'apprécier la prudence avec laquelle le gouverneur conduisait les affaires de la province :
« Je reçois, Monsieur, la lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire, le 23 de ce mois, par laquelle il me paraît que vous croyez qu'il eût été à désirer que les Etats se fussent contentés de charger leurs députés en Cour des représentations qu'ils jugent à propos de faire sur quelques articles de la déclaration ; mais, permettez-moi de vous dire, qu'il y a des occasions où il est absolument nécessaire de recevoir leurs représentations pour les faire passer au Roi; cela les contente, et bien loin de causer le moindre embarras, cette petite condescendance sert , au contraire, à les rendre plus faciles pour les autres affaires. Je ne les aurais pas reçues, si cela avait pu tirer à quelque
conséquence, et je vous prie de vouloir bien vous en fier à moi sur cela, qui vois les choses de près et qui connaît de quelle manière il faut conduire des esprits qui s'effarouchent pour la moindre chose. Je vous ai déjà mandé qu'il n'y avait qu'à répondre : que le Roi avait reçu leurs observations sur quelques articles de la déclaration qu'ils ont enregistrée, qu'il les ferait examiner, et donnerait la réponse à leurs députés; cela les contentera, et il n'en sera pas davantage.
» Mon intention est de faire un exemple sur quelques particuliers qui sont entrés dans Tordre de la Noblesse sans avoir les qualités requises par la déclaration pour y être admis. Je prends, sur cela, toutes les connaissances nécessaires, car il serait dangereux de se tromper. Par exemple, plusieurs de la Noblesse voulaient demander que le sieur La Gavouyère-le-Bel ne fût pas reçu greffier, prétendant qu'il n'avait pas la noblesse prescrite par la déclaration. Il m'a apporté son arrêt, lors de la réformation faite en 1668, où ses preuves sont admises, et est qualifié noble d'ancienne extraction. En attendant, je vous envoie copie d'une ordonnance que nous avons rendue, pour faire sortir des Etats quatre procureurs qui se sont fait inscrire au greffe des Etats, et une autre pour faire sortir pareillement le sieur des Marques, professeur de droit à Rennes, qui s'est donné la licence d'entrer dans l'ordre de la Noblesse et de s'y faire inscrire 0).
(1) Des Marques (originaire d'Espagne), sieur de la Vairie, du Marais, de la Branchouère, de la Chabocière.
Ex. réf. 1671, cinq gén. ress. de Nantes.
Coupé au 1 : d'azur au sautoir alésé d'or, accompagné en chef et en flanc de trois besants de même; au 2 : d'argent au léopard de gueules, à la bordure d'argent chargé de six annelets d'or.
De Michel et de Marguerite de Villodiégo, issurent : 1° Michel,
PROCÈS-VERBAL DE LA TENUE DE 1736. i°29
» Il m'avait même proposé de permettre à vingt écoliers en droit de porter Tépée et d'entrer aux Etats, ce que je lui ai défendu verbalement ; mais, malgré ma défense, il n'a pas laissé d'y entrer lui-même.
» Ces écoliers en droit ont fait à Nantes les plus grands désordres-, ils auraient commencé à en user de même à Rennes, mais le Parlement en a puni quelques-uns par une longue prison -, depuis ce temps, ils sont plus sages.
» Dès que j'aurai des informations bien justes de quelques-uns des membres de la Noblesse qui ne doivent pas entrer aux Etats, je ferai rendre une ordonnance pour les en faire sortir, jusqu'à ce qu'ils aient produit leurs titres devant les commissaires du Roi.
» On s'aperçoit déjà du bon effet de la déclaration-, il y a ici bon nombre de grande et bonne noblesse , tous les commis des devoirs et autres de même espèce, qui remplissaient les Etats n'ont osé se présenter; il y a même très-peu de jeunes gens qui n'aient pas l'âge requis, de sorte qu'on n'entend plus crier et clabauder comme on faisait par le passé dans l'ordre de la Noblesse, sans savoir, la plupart du temps, de quoi il était question, et l'on y opine présentement avec sagesse et tranquillité. Il y a encore bien des choses à faire pour ce que ce premier établissement soit porté à sa perfection, mais ce n'est pas matière d'une lettre, je vous en entretiendrai, lorsque je serai de retour à [a Cour.
» J'ai suspendu l'ordonnance du sieur des Marques,
conseiller au prétsidial de Vannes, en 1521, aïeul de René, auditeur des Comptes en 1577; 2° Jacques, échevin de Nantes en 1578, maire en 1585. (Potier de Courcy, Armoriai de Bretagne.)
professeur de droit , sur les fortes instances que m'en a fait M. le premier président.
» J'ai l'honneur d'être, etc. »
(Arch. nat., L H, 279.)
9 heures du matin.
Sommaire. — Acceptation de l'abonnement de la capitation.
Mgr Vévêqne de Rennes,
Mgr le prince, comte et baron de Léon,
M. le sénéchal de Rennes.
11 a été fait lecture des délibérations des jours d'hier et d'avant-hier, après la signature desquelles Messieurs des ordres se sont retirés aux Chambres pour délibérer sur les réponses que Msr de Rennes avait rapportées au sujet de la capitation , comme aussi sur la forme de l'administration de cette imposition et revenus sur le théâtre :
Les Etats ont accepté l'abonnement pour les années 1737, 3 738, suivant les conditions qui en seront dressées par une commission qui a été priée de travailler, dès aujourd'hui , pour en faire demain le rapport à l'Assemblée, auquel dit jour l'Assemblée a été remise, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée des présidents des ordres.
9 heures du matin.
Sommaire. — Décisions au sujet de l'abonnement de la capitation. — Nouvelle dèputaiion vers MM. les commissaires du Roi. — Compterendu de Monseigneur de Nantes. — Les Etats acceptent l'abonnement sur h pied de 1,800,000 l.
Correspondances. — Lettres de Monseigneur de Vaurèal et de M. Bâillon.
M^r Vévêque de Rennes,
Msr le prince, comte et baron de Léon,
M. le sénéchal de Rennes.
Après lecture et signature de la délibération du jour d'hier, M?r l'évêque de Nantes a fait son rapport au nom de la commission chargée de s'occuper de l'abonnement delà capitation, tant par rapport à la quotité qu'à l'administration.
Messieurs des ordres se sont de nouveau retirés aux Chambres pour en délibérer, et revenus sur le théâtre : les Etats ont ordonné que la même députation retournera vers MM. les commissaires du Roi pour faire, au nom de l'Assemblée, de nouvelles instances: i° pour obtenir que l'abonnement de la capitation soit réduit à i,5oo,ooo 1. pour les années 1737 et 1738; 2°pour que, dans le cas où elle ne pourrait obtenir cette réduction, elle demande que la capitation de tous les les originaires de la province, payée hors de la Bre-
tagne, ainsi que celle des officiers de terre et de mer, tourne en profit et en diminution de la somme principale à laquelle sera porté l'abonnement; diminution qui sera appliquée au soulagement du peuple. En troisième lieu, les Etats ont ordonné que la députation représenterait l'impossibilité où Ton est de bien administrer l'imposition de la capitation, si le Roi se refuse d'admettre qu'il y ait au moins un député de chaque ordre, dans tous les évêchés de la province, qui en soit chargé.
Le héraut a été envoyé pour savoir si les commissaires du Roi voulaient recevoir la députation, et étant revenu dire que ces Messieurs l'attendaient , MM. les députés sont sortis, et étant, peu après, revenus sur le théâtre, Msr l'évêque de Nantes a rapporté à l'Assemblée : qu'ils avaient encore fait, auprès de MM. les commissaires du Roi, toutes les instances en conformité des nouveaux ordres dont ils avaient été chargés par les Etats, mais que M. le maréchal leur avait répondu : qu'il ne pouvait accorder aucune diminution sur les 1,800,000 1.; qu'à l'égard de la forme, il avait aussi des ordres absolus; que cependant, MM. les députés ayant insisté, et représenté que les commissaires demeurant à Rennes seraient dans l'impossibilité d'être informés de toutes les difficultés qui se présenteraient infailliblement à l'occasion de cette imposition, M. le maréchal leur avait répondu qu'ils pouvaient nommer dans chaque diocèse, ou deux députés de la Noblesse, ou un de la Noblesse et un du Tiers qui auraient voix délibérative dans le bureau résidant à Rennes, quand ils s'y trouveraient, et qui enverraient leurs mémoires au dit bureau sur les affaires de leurs évêchés; que les Etats pourraient charger leurs députés en Cour d'obtenir l'autorisation des dits com-
missaires parévêché. Qu'au surplus, M. le maréchal leur avait ajouté : qu'il était nécessaire que les Etats prissent leur parti, et que, si dans cette même séance, ils ne prenaient pas une dernière décision, il n'en serait plus parlé, et que le Roi donnerait les ordres pour faire la capitation, ainsi qu'il le jugerait à propos.
Après avoir délibéré de nouveau sur ces réponses, les Etats acceptent l'abonnement de la capitation sur le pied de i, 800,000 l. pour chacune des années 1737 et 1738, parce que la levée et l'administration de cette imposition se fera par le bureau de Rennes. Ordonnent qu'il sera nommé dans la présente tenue, et sous le bon plaisir du Roi, deux commissaires de l'Ordre de la Noblesse, ou un de la Noblesse et un du Tiers dans chaque évêché, qui enverront leurs mémoires au bureau de Rennes, et qui auront voix délibérative lorsqu'ils s y trouveront.
La même commission est aussi priée de dresser, le plus tôt possible, un mémoire, tant pour la diminution de la capitation , que sur le nombre des commissaires, pour le dit mémoire être remisa M. le maréchal d'Estrées qui sera prié de l'envoyer incontinent à la Cour, et de l'appuyer de ses bons offices pour en obtenir une réponse prompte et favorable; et en cas que les Etats ne puissent pas, avant la fin de la tenue, recevoir les dites réponses, ordonnent les dits Etats qu'il en sera fait mention dans le nouveau cahier des remontrances, ainsi que dans les mémoires de MM. les députés en Cour, afin d'obtenir, lors de la déclaration de la paix, que cette imposition soit réduite à 1,400,000 1.
L'Assemblée a été remise à demain, neuf heures du matin, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée des présidents des ordres.
Le matin de cette séance, l'évêque de Rennes annonçait la troisième députation qui devait être envoyée au maréchal, et, naturellement, il prévoyait la réponse que devait faire ce dernier :
« Nous avons depuis deux jours, Monsieur, un petit goût de terroir, mais ce ne sera rien* nous barguignons depuis avant-hier sur la capitation; elle est bien chère. Les nobles disent : Nous aimerions mieux payer une année de dixième, et que la capitation du peuple fût diminuée. Je les prendrais volontiers au mot; nous avons déjà fait deux promenades sur cette affaire, nous en ferons encore une ce matin, et puis plus.
)> Si je l'avais absolument voulu, j'aurais fait décider hier pour l'abonnement, et je l'aurais voulu si cela vous eût intéressé ; mais, outre que je crois que vous ne seriez pas fâché que l'abonnement fût refusé, j'en serais bien aise aussi moi , car admis cette maudite commission, que vous permettez être de six de chaque ordre, vous pouvez compter que c'est un fameux tourment que d'avoir dix-sept de ces Messieurs vis-àvis de moi.
» J'avais gagné à l'augmentation des commissaires, il y a deux ans, car pour en mettre partout, on avait diminué les miens; je n'en avais plus que neuf, encore en ai-je été assez empêtré pendant toute notre opération du dixième. J'ai proposé à M. le maréchal de ne parler que de neuf, sauf à consentir, s'ils insistent, pour en avoir dix-huit; M. le maréchal m'a dit que cela était dans ses instructions; j'ai voulu répondre que cela n'y était que par permission et non par ordre, mais cela était lâché.
» De plus, je ne sais en vérité pas où prendre ces dix-huit. L'abbé de Pontbriand refuse, et je ne connais
pas, dans mon chapitre, un seul chanoine qui soit capable de cette besogne. Nous allons aux Etats; je voudrais bien que la nuit eût porté le conseil de refuser l'abonnement.
» Aujourd'hui, M. le maréchal nous délivre de quatre procureurs et de quatre nobles modernes qui commençaient à élever la voix.
» Nous eûmes hier un peu de train dans la Noblesse; proposition fut faite de députer à la Cour. M. le prince de Léon fut assez tourmenté, et renvoya bien loin cette proposition. Je compte que l'expédition des quatre rabattra cette fumée.
» Bonjour, Monsieur, je vous suis aussi fidèlement que respectueusement attaché.
» Mercredi, 28 au matin.
» f Evêque de Rennes.
» Faites ma cour, je vous prie, à M. le Garde des Sceaux. »
« Mer de Nantes, écrit de son côté le président du Tiers, a fait rapport du travail de la commission nommée hier, et a dit : Qu'elle s'était fixée à deux points principaux : i° de capituler avec MM. les commissaires du Roi, de demander l'abonnement à i,5oo,ooo 1., et, en cas de refus, de l'accepter à 1,800,000 1., en demandant que la capitation des officiers de terre et de mer, et celle des seigneurs de Bretagne qui se paie à Paris 0) et autres endroits, le soit
(i) Rien que quelques Rretons habitassent Paris, la grande majorité de la noblesse ne quittait pas la Bretagne, ce qui est à remarquer; car, dit Tocqueville (Ancien Régime et Révolution, chap. 12) : « Au milieu du dix-huitième siècle, la désertion des campagnes est
à la décharge de la province et en déduction des 1,800,000 1.; 20 que le bureau de la Commission générale sera composé de neuf commissaires de chaque ordre, et il a ajouté : que ses codéputés étaient d'avis que les présidents des ordres se missent à la tête de la commission, pour aller représenter vivement ces deux points à MM. les commissaires du Roi. Il a fallu se retirer aux Chambres sur ce rapport, et l'avis de la commission a passé par l'union de l'Eglise et du Tiers, à l'exception, qu'il a été arrêté que les présidents des ordres n'iraient point à la tête de la députation. L'ordonnance prononcée, MM. de la Noblesse ayant fait de nouvelles instances pour que la commission n'offrît que i,5oo,ooo 1. à M. le maréchal, l'Eglise et le Tiers ont déféré à ce qu'ils souhaitaient. M&1' de Nan-
devenue presque générale; on en trouve la preuve authentique dans les registres de la capitation. La capitation se percevait au lieu du domicile réel : la perception de toute la grande noblesse et d'une partie de la moyenne est levée à Paris. » Et plus loin il ajoute : Parmi les questions adressées aux intendants, se trouve encore celle-ci : « Les gentilshommes de votre province aiment-ils à rester chez eux ou à en sortir? » On a la lettre d'un intendant répondant sur ce sujet; il se plaint de ce que les gentilshommes de sa province se plaisent à rester avec leurs paysans au lieu de remplir leurs devoirs auprès du Roi. Or, remarquez bien ceci, la province dont on parlait ainsi c'était l'Anjou, ce fut depuis la Vendée. Ces gentilshommes, qui refusaient de rendre leurs devoirs au Roi, sont les seuls qui aient défendu, les armes à la main, la monarchie en France et qui soient morts en combattant pour elle ; et ils n'ont dû cette glorieuse distinction qu'à ce qu'ils avaient su retenir auprès d'eux ces paysans parmi lesquels on leur reprochait d'aimer à vivre. »
Ces réflexions s'appliquent aussi, à juste titre, à la noblesse bretonne, et si l'on consulte les tables funèbres du monument élevé à la mémoire de ceux qui succombèrent à Quiberon, on y trouve les noms de ceux qui s'opposèrent avec le plus d'énergie aux empiétements du pouvoir royal sur les droits et les privilèges de la province.
tes, de retour avec sa commission, a dit : Que M. le maréchal ne donnait que la séance pour abonner à 1,800,000 L; que si l'abonnement n'était point accepté dans le jour, le lendemain il n'écouterait sur cela nulle proposition; que, depuis, M. le maréchal avait parlé séparément à M. de Beaucours.
» M. de Beaucours a pris la parole, et a assuré que M. le maréchal lui avait dit : qu'il n'empêcherait point que les Etats n'augmentassent, sous le bon plaisir du Roi, la commission de Rennes de deux gentilshommes, ou d'un député de la Noblesse et d'un député du Tiers par chaque évêché ; que si le Roi voulait l'approuver, il en serait fort aise. Sur cela, Messieurs de la Noblesse ont dit à M. de Beaucours de retourner à M. le maréchal, pour savoir si c'était une parole positive, sur laquelle les Etats pouvaient délibérer. M. de Beaucours, revenu, a dit : que M. le maréchal lui avait confirmé de nouveau ce qu'il venait de dire. Sur cela, Messieurs de la Noblesse ont consenti d'aller en avant, et il a passé à l'avis des trois ordres d'accepter l'abonnement sur le pied de i ,800,000 livres, dont le recouvrement serait fait par le bureau de Rennes, composé, comme en 1732, de six députés de chaque ordre, et augmenté, par chacun des huit autres évêchés, d'un gentilhomme et d'un député du Tiers.
» Je suis, etc.
» Signé : Bâillon. »
(Arch. nat., L H. 279.)
9 heures du matin.
Sommaire. — Election du vicomte de Robau comme président de l'ordre de la Noblesse. — Nomination, sous le bon plaisir du Roi, d'un commissaire du Tiers et d'un commissaire de la Noblesse, pour veiller à la confection des rôles de la capitation dans chaque évêchè. — Décisions des Etats relatives au bail des devoirs. — Députation pour s'informer de la santé du prince de Léon et de celle de l'évêque de Ouimper.
Correspondances. — Lettres du maréchal, de l'évêque de Rennes, de
M. de Viarmes.
M^ l'évêque de Rennes,
M^r le prince, comte et baron de Léon,
M. le sénéchal de Rennes.
Sur l'avis qui a été donné à l'Assemblée de l'indisposition de Mgr le prince de Léon, Msr l'évêque de Rennes ayant pris les voix dans Tordre de la Noblesse, M. le vicomte de Rohan a été élu, et nommé par scrutin pour y présider, au lieu et place de M&»1 le prince de Léon, son père.
Ensuite de quoi, lecture et signature ayant été faite des délibérations du jour d'hier, sur ce qui a été en l'endroit représenté par M. le président du Tiers, au nom de son ordre, que les Etats s'étant portés, conformément aux réponses de M& le maréchal, à ordonner qu'il serait nommé deux commissaires de
Tordre de la Noblesse, ou un de la Noblesse et un du Tiers; MM. du Tiers espéraient que l'Assemblée, en consommant cette option, voudrait bien se porter à nommer un de leur ordre avec MM. de la Noblesse, pour veiller, chacun dans leur diocèse, aux rôles de la capitation ;
Après qu'il en a été délibéré : les Etats ordonnent qu'il sera nommé un commissaire de l'ordre de la Noblesse et un du Tiers dans chaque évêché.
M. l'évêque de Saint- Brieuc a rendu compte à l'Assemblée de la commission dont il avait été chargé avec MM. ses co-députés, par délibération du i(5 de ce mois, pour dresser les conditions des baux des devoirs qui doivent être adjugés dans la tenue, ensemble des changements et additions à faire dans quelques articles de l'ancien bail , comme aussi des affaires qui avaient été renvoyées à la même commission, du rapport du sieur Odye, substitut, et du droit de 45 sols par barrique d'eau-de-vie sortant du comté nantais, par eau, par terre ou par mer, dont M. l'évêque de Quimper parla dans son rapport pour la recherche des fonds par estime. M. l'évêque de Saint-Brieuc a donné lecture de tous les changements et additions, sur lesquels les Etats décident qu'il en sera délibéré aux Chambres, après avoir entendu la communication, que M. de Bédée doit faire au nom de MM. les commissaires du Roi.
M. le procureur-général-syndic a dit : que MM. les commissaires du Roi l'avaient chargé de représenter aux Etats, qu'ayant pris aujourd'hui une délibération, par laquelle ils ont accepté l'abonnement de la capitation, il est nécessaire qu'ils prennent une nouvelle délibération pour ordonner l'imposition de la dite somme de 1,800,000 1. pour chacune des deux
années 1737 et 1738, et des 21 deniers pour livre sur la partie de cette somme qui y est sujette, pour les droits attribués aux offices créés sur les fouagès en 1692, et réunis aux Etats en 17115 et ce, non compris les fonds qu'il sera nécessaire de faire pour les frais et non-valeurs de la dite imposition.
Sur cette nouvelle représentation, MM. des ordres se sont retirés aux Chambres pour en délibérer, ainsi que sur le rapport de Msr l'évêque de Saint-Brieuc, et revenus sur le théâtre : les Etats approuvent les changements et additions que la commission a jugé nécessaire de faire dans les conditions de l'ancien bail des devoirs, ordonnent que ces conditions seront insérées dans le nouveau bail, qui sera porté à MM. les commissaires du Roi pour recevoir leur approbation.
Ordonnent de plus, qu'à la fin du nouveau bail des devoirs et droits y joints, le tarif des impôts et billots sera imprimé, sans aucun préambule ni observation; les Etats prient en même temps la Commission intermédiaire de veiller à ce que des copies imprimées du dit bail des devoirs soient envoyées dans toutes les villes, bourgs et paroisses de la province avec les mandements pour la capitation.
Passant aux arrêts, concernant les devoirs, intervenus depuis la dernière tenue des Etats, sur les requêtes des fermiers : les Etats ont ordonné et arrêté que, pour faire les recensements et vérifications des boissons vendues en gros, les commis des fermiers seront tenus de se faire assister des juges ordinaires, conformément à l'arrêt du Parlement du 27 avril 1 736, et pour l'exécution de la présente délibération, les Etats ordonnent qu'il en sera fait état dans les instructions de MM. les députés en Cour et charges du procureur-
général-syndic, pour s'opposer à l'arrêt du Conseil du 28 août, qui y est contraire.
Les Etats ont pareillement chargé leur procureurgénéral-syndic de faire rapporter, en leur nom, l'arrêt du Parlement du 23 août ij35, qui fait défense à tous artisans, manœuvres, gens de basse condition et à toutes personnes, à l'exception de ceux qui sont imposés aux rôles de la capitation à 20 1. et au-dessus de loger de l'eau-de-vie en pipes, barriques ou quarteaux, sans le consentement par écrit du fermier, comme étant le dit arrêt contraire à la disposition du bail.
Ordonnent qu'il sera fait une adjudication, pour six ans seulement, du droit de 45 sols par barrique d'eaude-vie sortant du comté nantais, et ce, après l'adjudication du bail des devoirs, et que, pour cet effet, les conditions de l'adjudication du dit droit, faite en 1722, seront suivies, en ajoutant l'article suivant, savoir : que, conformément à la sentence du présidial de Nantes, du 14 août 1730, le droit de 45 sols par barrique d'eau-de-vie ne sera point payé pour les eaux-de-vie venant des provinces d'Anjou, Poitou et autres lieux, lorsqu'elles seront transvasées, les commis présents ou appelés.
Les conditions de ce' bail seront aussi soumises à l'approbation de MM. les commissaires du Roi, en y ajoutant les 400 1. d'aumônes, conformément à l'adjudication faite au sieur Lallemant, en 1695. MM. les commissaires du Roi seront priés de faire procéder incessamment aux bannies, après le dépôt des conditions au greffe. Le héraut envoyé pour savoir à quelle heure MM. les commissaires du Roi recevraient la députation, a rapporté qu'ils la recevraient à six heures, l'après-midi de ce jour.
Sur les représentations faites au nom de MM. les commissaires du Roi, les Etats ordonnent au sujet de la capitation :
i° Qu'il sera imposé la somme de 1,800,000 1. pour l'abonnement de la capitation, pour chacune des années 1737 et 1 738 ;
20 Que la levée des 21 deniers pour livre, pour les droits attribués aux offices créés sur les fouages, sera continuée sur la partie de la capitation qui y est sujette, et que la répartition s'en fera suivant les trois différents tableaux de la Noblesse, des villes et des paroisses de campagne, ainsi qu'ils ont été arrêtés par la Commission intermédiaire en la présente année 1736;
3° Ordonnent qu'il sera encore imposé et levé la somme de 90,000 1. pour frais de régie, en outre des rôles particuliers de la capitation du Parlement, de la Chambre des Comptes et des employés aux fermes du Roi, lesquelles parties sont affectées aux nonvaleurs.
Sur ce qui a été représenté par Msr l'évêque de Rennes que, l'Assemblée étant informée que Msr le prince de Léon et M s* l'évêque de Vannes étaient indisposés, il était persuadé qu'elle voudrait bien se porter à faire une députation vers eux, pour leur témoigner combien elle y est sensible, les Etats ont nommé et député à cet effet :
De V Eglise. — MM. l'évêque de Nantes, les abbés de Boquen et de Bon-Repos, et MM. Gouyon, Morin et de Roustille, députés des chapitres ;
De la Noblesse. — MM. le comte de Trécesson , de Cintré, de Penfenténio, de Sansay, du Fou et le comte de Coëtlogon ;
Du Tiers. — MM. les sénéchaux de Pontivy et de
Josselin, le maire de Landerneau, les députés de Fougères, de Dinan et de la Roche- Bernard ;
Lesquels sieurs députés sont incontinent sortis pour l'effet de leur députation.
L'Assemblée s'est séparée à quatre heures et a été remise à demain, neuf heures, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée des présidents des ordres.
Le 29 novembre, au matin, le maréchal écrit au contrôleur-général :
« J'ai reçu, avec la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 22 de ce mois, la liste de la compagnie que le sieur Delorme a formée à Paris, elle me paraît composée de très-bons sujets et bien en état de remplir leurs engagements; nous avons déjà trois bonnes compagnies ici, de sorte que je puis vous répondre que les fermes se soutiendront au prix où elles ont été portées aux derniers Etats, et, moyennant cela, les Etats seront à même de remplir tous leurs engagements. S'ils voulaient consentir à ordonner leurs fermes pour six ans, elles seraient portées, dès le premier bail, à 3oo,ooo 1. au-delà de ce qu'elles sont aujourd'hui, et à plus de 600,000 1. dans la suite, et les fermiers ne perdraient jamais, parce que quand ils auraient une mauvaise année, ils seraient largement dédommagés par le profit qu'ils feraient sur les autres, en ayant le temps de faire leurs provisions de vin et d'eau-de-vie à temps et à bon marché. Mais il n'y a pas eu moyen, jusqu'à présent, de leur faire entendre raison sur cet article, et, comme naturellement, les Bretons sont nés défiants, ils se sont mis en tête que, si leurs fermes ne s'adjugeaient que
tous les six ans, on n'assemblerait les Etats que tous les six ans. Je crois cependant qu'il faudra , à la fin , avoir recours à l'autorité, pour leur faire du bien malgré eux. »
On ne saurait, en conscience, blâmer les Etats d'avoir montré cette défiance dont se plaint le maréchal. 'La Bretagne avait vu, dans toutes les provinces, à part le Languedoc, les Assemblées ou supprimées, ou réduites à l'impuissance; et les Etats sentaient bien que, le jour où l'on pourrait se passer d'eux pour avoir de l'argent, on s'empresserait de ne plus les réunir. Gomme on le voit , par ce qui se produit à propos de la capitation , ils disputaient , pied à pied , toutes les sommes qui leur étaient demandées, et il fallait toute la prudente habileté du maréchal et du président des Etats, pour empêcher des résistances sérieuses de s'élever.
Le même jour, après la séance, le commandant en chef prend de nouveau la plume :
« L'abonnement de la capitation, aux conditions que le Roi impose , Monsieur, a été accepté ce matin par les Etats, après beaucoup de représentations inutiles, mais qu'il a fallu avoir la complaisance de recevoir et d'écouter. Dans le moment de l'enregistrement, les Etats m'ont envoyé deux gentilshommes de l'ordre de la Noblesse pour conférer, avec moi , sur l'impossibilité qu'ils trouvaient dans l'exécution de cette imposition, si on ne leur laissait pas la liberté de nommer quelques personnes dans chaque diocèse, pour entrer dans le détail i qui est indispensable , pour faire cette levée dans une juste proportion ; ils ont représenté que M. de la Tour W en usait de même lorsqu'il était
(1) Des Gallois de la Tour, intendant de 1720 à 1734.
chargé de la levée de la capitation , et qu'il commettait un ou deux gentilshommes dans chaque évêché, pour y travailler, et lui rendre compte de leur travail; qu'ils étaient envoyés de la part des Etats pour me faire cette représentation , et savoir de moi , si le Roi trouverait bon qu'ils nommassent une personne de chaque ordre, pour faire la même fonction, dans les différents évêchés de la province. Je leur ai répondu : qu'ils devaient avoir appris, par les réponses que j'avais faites à toutes les députations qui m'avaient été envoyées, que le Roi ne veut plus qu'il subsiste d'autre commission que celle de Rennes, ainsi qu'elle était en 1732, que je ne pouvais, en qualité de commissaire du Roi, leur faire aucunes autres réponses que celles que j'avais faites aux députations dès Etats; mais , qu'en leur parlant comme particulier, je ne trouvais pas qu'il y eût grand inconvénient qu'ils nommassent ou deux hommes de la Noblesse, ou un homme de la Noblesse et un du Tiers, ainsi que cela se pratiquait du temps de M. de La Tour, à deux conditions : l'une, qu'ils les nommeraient sous le bon plaisir du Roi; l'autre, que ces particuliers n'auraient aucune autorité, mais qu'ils seraient seulement correspondants du bureau de Rennes, ainsi qu'ils m'assuraient que M. de La Tour en avait usé lorsqu'il faisait lever la capitation ; que je ne pouvais leur donner aucune parole, même comme particulier, et que je devais leur déclarer, qu'en qualité de commissaires du Roi, nous ne pourrions approuver cette nomination.
» J'ai cru devoir faire un exemple sur quelques membres de la Noblesse , qui n'ont pas la qualité requise par la déclaration du Roi, pour entrer dans l'ordre de la Noblesse, et nous avons choisi ceux qui, par les informations que nous avons pu faire, nous
ont paru être dans le cas. Je vous envoie copie de l'ordonnance que nous avons rendue, et que je leur ai fait remettre, à chacun en particulier, par un officier de la connétablie. »
Voici l'ordonnance :
« Nous, commissaires du Roi, nommés par Sa Majesté pour assister, de sa part, à l'Assemblée des Etats de la province de Bretagne, etc.
o Ayant appris que les sieurs Chambellé, Gauvain et de Montgermont, se sont fait inscrire sur le registre du greffe des Etats, pour avoir séance et voix délibérative dans l'ordre de la Noblesse, sans avoir les qualités nécessaires pour y être admis ; nous leur ordonnons, de la part du Roi, de remettre leurs titres de noblesse et leur partage noble es mains du greffier des Etats, entre ces trois jours, pour être par nous examinés, et, ensuite, ordonné ce qu'il appartiendra. Et, en attendant la vérification qui sera par nous faite , nous leur défendons, sous peine de désobéissance, d'entrer dans l'Assemblée des Etats, sous quelque prétexte que ce puisse être; jusqu'à ce qu'il en ait été, par nous, autrement ordonné ; faisons aussi les mêmes défenses, sous les mêmes conditions, au sieur de La Husselaie.
» Fait à Rennes, le 27 novembre 1736.
Signé : le maréchal d'Estrées.
de la Briffe. de Pontcarré de Viarmes.
» Je suis, etc. (*) »
(1) M. de Courcy cite, dans son armoriai, deux familles portant le nom de Chambellé. L'une, dite de Chambellé, seigneur dudit lieu, mentionnée dans la réforme de 1513 et portant : d'hermines au chef de gueules, à la cotice d'azur brochant; l'autre, dite Chambellé,
Le jeudi soir, l'évêque de Rennes écrit :
« Depuis ma lettre d'hier matin, nous avons fait moitié bien, moitié mal. Avant-hier au soir, j'étais convenu, avec M. le maréchal, qu'il recevrait encore une députation sur la diminution de la capitation et sur l'augmentation des commissaires, qu'il dirait les gros mots, afin que cette affaire finît. Il a fort bien répondu à la députation. Cependant il est arrivé, je ne vous dirai pas comment, que M. le maréchal a consenti que les Etats nommassent , outre les dix-huit commissaires qui doivent former le bureau de Rennes, deux autres commissaires dans chaque évêché, un de la Noblesse et un du Tiers ; lesquels, quand ils seront chez eux , feront des projets de la capitation chacun de leur ordre, et, quand ils viendront à Rennes, auront entrée et voix délibérative au bureau-, le tout, sous le bon plaisir du Roi.
» J'ai été consterné, quand j'ai entendu cela*, encore, a-t-il fallu en paraître bien aise. Le mot, sous le bon plaisir du Roi, donne lieu à raccommoder, car, je suis bien trompé, si cela fait plaisir au Roi •, dans le fond , rien ne serait plus mauvais. L'Eglise a pensé
seigneur de Sousches et autres lieux, mentionnée à la réforme de 1668 et portant : d'or à trois chevrons de gueules, une fasce d'azur sur le tout. Ce doit être un membre de cette dernière famille qui, par le nombre de générations indiquées par l'armoriai, ne devait pas avoir les cent années de noblesse requises. Le sieur G-auvain, seigneur de la Jousselinière, avait, d'après l'auteur cité plus haut, été débouté à l'intendance en 1703 ; nous n'avons pu trouver de renseignements sur le sieur de la Husselaie ; quant au sieur de Montgermont, il devait appartenir à une famille Drouet, seigneur de Montgermont, portant : de gueules à trois cœurs d'or, une rose de même en abyme, qui avait éprouvé quelques difficultés, lors de la réforme de 1668, mais qui, d'après de Courcy, fut maintenue au Conseil, en 1669, et à l'intendance, en 1702.
faire tapage, parce qu'elle était exclue, et elle avait raison \ et il serait très-dangereux de laisser le Tiers vis-à-vis de la Noblesse, dans aucune affaire, sans y mettre le contre-poids de l'Eglise ; mais j'ai fait signe à mon bataillon de ne point tirer, parce que j'ai pensé que cela n'aurait point lieu. La circonstance, de donner voix délibérative à ces commissaires diocésains, est sujette à toutes sortes d'inconvénients; le bureau pourrait se trouver composé de quatorze de la Noblesse, de quatorze du Tiers et de six de l'Eglise -, cela est insoutenable.
» Voici ce que vous pouvez conserver de cette besogne mal bâtie : Lorsque l'intendant faisait la capitation, il faisait nommer, par le Roi, un gentilhomme dans chaque diocèse, pour faire le projet du rôle de la capitation de la Noblesse de son évêché, et M. l'intendant, maître d'y changer ce qui lui plaisait, rendait, par son ordonnance, le rôle exécutoire. Rien n'empêche que vous ne consentiez que les Etats nommassent, outre le bureau de Rennes, un gentilhomme, dans chacun des huit autres diocèses, qui fasse, avec le bureau, ce que celui nommé par le Roi, faisait avec l'intendant; bien entendu qu'aucun de ces huit n'aura ni entrée, ni voix au bureau, et ne se mêlera d'aucune autre affaire que de la capitation de la Noblesse et de son évêché ; cela serait même commode pour le bureau qui ne sera point responsable du rôle de la Noblesse, et c'est ce qu'il y a de plus embarrassant dans le travail dont il sera chargé. Je croirais qu'il serait à propos que vous envoyassiez, sans aucun délai, votre décision sur cette délibération, afin que les Etats ne fassent point la nomination de tous ces commissaires mort-nés, mais, seulement d'un de la Noblesse, aux conditions que je viens de vous dire.
» Pour du Tiers, il n'en faut point absolument-, le bureau choisira des correspondants, comme l'intendant avait ses subdélégués, et il en trouvera tant qu'il en voudra. Vous croyez bien que plusieurs de mes confrères grognent, et disent, entre leurs dents : voilà où M. de Rennes en voulait venir. Or, M. de Rennes ne se souciait pas d'en venir là ; tout au contraire, M. de Rennes est presque résolu de déclarer, aux Etats, qu'il ne veut point être commissaire, et je crois que c'est le parti le plus sage que M. de Rennes prendra. Si, en permettant ces huit gentilshommes, espèce de commissaires , vous pouviez diminuer de moitié le nombre des véritables, et réduire le bureau à trois de chaque ordre, vous feriez un grand bien. C'est une pétaudière qu'une commission de dix-huit personnes.
» Depuis 1701 jusqu'en 1715, la province a abandonné la capitation ; il n'y avait que six commissaires, deux de chaque ordre qui la faisaient avec l'intendant. A cela près nous avons abonné la capitation à 1,800,000 l.,je vous envoie la délibération. Nous avons passablement bretonne ces trois derniers jours. Aujourd'hui, nous avons fait deux bonnes choses : nous avons, non sans quelque bruit, passé les 21 deniers pour livre, et nous avons accepté les conditions des baux *, mais nous ne voulons, ne vous en déplaise, que vous retiriez votre arrêt du Conseil sur le règlement des boissons.
» M. le maréchal dira : le Roi le veut, et il faudra bien que nous le voulions; j'espère que cela finira dans la séance de demain. M. le prince de Léon a eu la fièvre hier, et aujourd'hui, la Noblesse a élu président M. le vicomte de Rohan. Nous n'avons plus que des affaires courantes, et je ne prévois plus d'orages, je ne suis inquiet que pour M. de La Boissière, je ne sais encore comment son affaire tournera.
»> Je suis de tout mon cœur, Monsieur, avec attachement et respect, votre très-humble et très-obéissant
serviteur,
» f Eveque de Rennes. »
« L'exemple sur quatre procureurs portant brettes(1), et sur quatre modernes gentilshommes, n'a pas encore été fait; ils doivent recevoir, ce soir, leur billet doux, nous verrons quel effet cela fera demain. Les arrêts de la réformation ont été si fort prodigués, qu'il n'y a rien de mieux que de s'en tenir aux trois partages nobles exigés par la déclaration, et, pour rendre cette loi utile, il faudrait des examinateurs de ces partages qui fussent bien sévères. Je sais que vous pouvez laisser passer la déclaration dont je vous envoie copie, parce qu'en autorisant le bureau, vous ne conserverez que ce que vous voudrez; mais il y a un grand inconvénient, votre arrêt ne viendra que six semaines ou deux mois après les Etats, et, dès le lendemain ou le surlendemain de la clôture, les commissaires qui auront été nommés voudront instrumenter sur toutes les affaires de la commission, et je n'aurai pas de moyen de les en empêcher. Il ne nous faudra pas beaucoup de temps pour faire plusieurs sottises. Je vous prie donc de ne pas différer de nous envoyer vos ordres ; je différerai, moi, de nommer les commissaires, autant que je le pourrai. Oserais- je vous prier de présenter mes respects à Son Eminence et à M. le Garde des Sceaux?
» M. l'intendant a été un peu étonné de nous, depuis trois jours; il n'était pas accoutumé à nos façons. »
(1) Brette, épée qui est plus longue que celle qu'on porte ordinairement. Quelques-uns dérivent ce mot de britto, qui signifie une espèce d'arme tranchante inventée en Bretagne. (Diction, de Trévoux.)
M. de Viarmes n'est pas, non plus, partisan delà nomination des deux commissaires par évêché, dont avait parlé le maréchal, il la considère au même point de vue que le président des Etats : « J'estime cependant, écrit-il, le 29, qu'on pourrait permettre à la province de nommer un gentilhomme dans chaque évêché , qui ferait et arrêterait le rôle de la capitation de la Noblesse de chaque évêché, pour être envoyé au bureau général à Rennes, qui le rendrait exécutoire, après y avoir fait les changements qu'il jugerait à propos d'y faire. Toutes les requêtes tendant à décharge ou à modération, seraient renvoyées à ces gentilshommes, pour donner leur avis au bureau de Rennes, qui rendra les ordonnances de décharge ou de modération. Mais, dit-on, il ne se trouvera point de gentilshommes qui veuillent accepter une pareille commission ; on ajoute que, lorsqu'ils l'ont acceptée, sous l'intendant , ils avaient une lettre du Roi -, ne pourrait-on pas répondre, avec juste raison, que les Etats sont aux droits de Sa Majesté par l'abonnement, et que la nomination qui sera faite par la province peut équivaloir à une lettre du Roi ?
» Il est tout simple qu'à l'égard de la capitation des villes, les communautés en fassent et en arrêtent les rôles, et que la commission établie à Rennes les rende exécutoires, que les requêtes à fin de décharge ou modération soient renvoyées aux communautés, pour donner leur avis au bureau de Rennes, qui rendra les ordonnances de décharge ou de modération.
» Quant à la capitation des paroisses de campagne , elle s'est toujours faite par des commissaires du Tiers, qui en ont été faire les rôles de répartition sur les lieux , en présence des trésoriers et notables des paroisses. Ces commissaires ont été nommés par Tin-
tendant, jusqu'à l'abonnement, et, depuis l'abonnement, par la commission de Rennes.
» Nous avons signé un ordre qui fait défense à quatre procureurs du Parlement de Rennes, quoique bons gentilshommes, d'entrer aux Etats ; nous avons fait la même défense à quatre personnes que nous pensons être dans le cas de la déclaration. »
(Arch. nat., I. H. 279.)
•454 PROCÈS-VERBAL DE Là TENUE DE 1736,
9 heures du matin.
Sommaire. — Rapport de l'évêque de Rennes sur la conférence tenue avec le maréchal et les commissaires au sujet du bail des devoirs. — Nouvelle députation des Etats. — Compte-rendu de Monseigneur de Saint-Brieuc. — Compte-rendu de la réception des députés envoyés pour s'informer de la santé du prince de Léon et de Monseigneur de Vannes. — Rapport de plusieurs requêtes ou pétitions adressées aux Etats.
Correspondances. — Lettres de l'évêque de Rennes, du prince de Léon.
M^r Véveque de Rennes ,
M^r le prince , comte et baron de Léon ,
M, le sénéchal de Rennes.
M. Févêque de Rennes a rapporté à l'Assemblée qu'il était allé, avec la commission des baux, trouver MM. les commissaires du Roi, pour soumettre à leur approbation les changements apportés dans le bail des devoirs, et pour avoir aussi leur consentement afin de procéder, dans la présente tenue, à l'adjudication du nouveau bail du droit des \b sols par barrique d'eaude-vie sortant de comté nantais; que les commissaires du Roi avaient consenti et accepté tous les changements que les Etats avaient faits, à quelques mots près; mais que M. le maréchal leur avait déclaré : qu'il ne*signerait pas les conditions du dit bail jusqu'à ce que les Etats n'eussent ajouté, dans l'ar-
ticle io du bail des grands devoirs, une disposition par rapport à la vérification et recensement des déclarations, après ces mots : « Faute d'en prendre décharge des commis de la ferme, » et conçu en ces termes :
« A l'effet de quoi, il sera permis au fermier de faire faire, par ses commis, la vérification et le recensement des dites déclarations chez les acheteurs auxquels il est enjoint d'ouvrir leurs maisons, caves et celliers, à la première réquisition des commis , à peine de payer le devoir des dites boissons, lesquels commis seront cependant tenus de donner, sur-le-champ et sans frais, un certificat du dit recensement. »
Qu'au surplus, par rapport au droit de 45 sols par barrique d'eau-de-vie, M. le maréchal avait approuvé la délibération prise, qu'ainsi l'Assemblée pouvait adopter toutes mesures convenables pour parvenir à l'adjudication et régler les termes de payement.
Sur lesquelles réponses de MM. les commissaires du Roi , MM. des ordres se sont retirés aux Chambres pour en délibérer, et revenus sur le théâtre :
Les Etats ont, en premier lieu, ordonné que le total du prix de bail, qui sera adjugé du droit de 45 sols par barrique, sera payé en deux termes égaux, l'un au Ier janvier 1738, l'autre au ier janvier 173g.
A l'égard de l'addition qui a été proposée de la part de MM. les commissaires du Roi, au sujet du recensement et vérification des déclarations, les Etats ordonnent que la même commission retournera vers MM. les commissaires du Roi, pour leur faire de nouvelles représentations, afin d'obtenir qu'il ne soit fait aucun changement ni addition à l'art. 10, et au cas que MM. les commissaires ne veuillent pas se rendre aux instances des Etats et persistent toujours à vou-
loir faire insérer l'addition dont est cas, MM. les députés ont été chargés de requérir et de demander, au moins, qu'il soit ajouté dans les mêmes dispositions du dit article : que les commis seront tenus de se faire assister des juges ordinaires, parce que les dits juges descendront gratis. Le héraut envoyé pour savoir si MM. les commissaires du Roi étaient en état de recevoir la députation ayant rapporté qu'ils l'attendaient, MM. les députés sont sortis pour l'effet de leur députation, et étant peu de temps après revenus sur le théâtre :
M. l'évêque de Saint-Brieuc a dit que, quelques instances réitérées qu'ils eussent pu faire auprès de MM. les commissaires du Roi, ils n'avaient pu rien obtenir; que M. le maréchal avait déclaré qu'il ne signerait point les conditions du nouveau bail, si l'addition demandée par les Etats était portées
Que cependant, sur de nouvelles instances qu'ils avaient faites pour obtenir du moins qu'on ajoutât : sans préjudice aux Etats de se pourvoir contre l'arrêt du Conseil du 28 août 1736, contraire à leur demande, M. le maréchal s'était enfin rendu avec peine à le leur accorder.
Sur laquelle nouvelle réponse, ayant été délibéré, les Etats ordonnent l'insertion de l'art. 10, tel qu'il a été proposé par MM. les commissaires du Roi, en y ajoutant ces mots : sans préjudice de l'ordre donné par les Etats à leurs députés en Cour et à leur procureur-général-syndic de se pourvoir contre l'arrêt du Conseil du 28 août 1736, conformément à ce qui a été ordonné par leur délibération du 29 novembre
Ordonnent, en conséquence, que les conditions du nouveau bail des devoirs seront mises au net et sur
papier timbré, et soumises de nouveau à l'approbation de MM. les commissaires du Roi. Le héraut envoyé a rapporté que MM. les commissaires recevraient la députation à cinq heures de l'après-midi.
M. Tévêque de Nantes a rapporté à l'Assemblée qu'il alla, le jour d'hier, avec MM. ses co-députés, chez Mgr le prince de Léon, pour lui témoigner la part que les Etats prenaient à son indisposition, qu'il leur avait répondu qu'il était très-sensible aux égards et à l'attention des Etats, et qu'il ne l'était pas moins encore à la distinction et à l'honneur qu'on avait faits à M. le vicomte de Rohan, son fils, en lui faisant occuper sa place de président de l'ordre de la Noblesse, et les avait, en conséquence, priés d'en témoigner aux Etats sa parfaite reconnaissance ;
Qu'ils étaient aussi allés chez M. l'évêque de Vannes, qui remerciait pareillement l'Assemblée de la part qu'elle voulait bien prendre dans sa santé, mais qu'il n'avait pas voulu recevoir la députation.
M. de Bédée a représenté une lettre, que M. Orry, contrôleur-général, avait écrite à M. le maréchal d'Estrées, en date du 26 novembre 1736, au sujet de l'abonnement que les Etats demandaient des droits de francs-fiefs et autres droits y joints, et par laquelle il lui marquait : que c'était une chose qui ne pouvait se discuter qu'avec MM. les députés que les Etats enverraient à la Cour.
Les Etats, après avoir entendu lecture de la lettre et ordonné qu'il en serait gardé copie, ont remis à prendre sur cette affaire une délibération définitive, après le rapport de la commission des francs-fiefs.
M. de Bédée a, ensuite, fait rapport de plusieurs requêtes présentées à l'Assemblée :
La première, par Louis Bouvier, sieur de Ker-
dréhan, avocat au Parlement, qui demande que les Etats lui fassent remettre la somme de 7,202 1., arrêtée par les Etats, entre ses mains, en exécution d'arrêts du Parlement, rendus entre les Etats, le dit exposant, et les héritiers de Duperray, et le subroger, en conséquence, dans tous les droits et hypothèques des dits Etats, pour poursuivre la restitution de cette somme, soit par compensation ou autrement, tant vers les héritiers de feu Duperray, que de tous autres qu'il appartiendra.
Sur quoi, ayant été délibéré, les Etats accordent, purement et simplement, la requête du sieur Bouvier.
La seconde requête présentée par dame de Brézal et dame de Kersauson, et par la demoiselle de Brézal, sa sœur, qui demandaient l'adhésion et l'intervention des Etats, dans l'instance en règlement de juges, pendant au Conseil, entre les exposants et madame leur mère, pour faire ordonner que les parties plaideront, en première instance, en la juridiction de Landerneau, et, par appel, au Parlement de Bretagne. Sur quoi, ayant été délibéré : les Etats chargent leur procureur-général-syndic d'intervenir, aux frais des requérantes, dans la dite instance pendante devant le Conseil, pour qu'il soit fait droit à leur demande.
L'Assemblée s'est séparée à deux heures, et a été remise à demain, neuf heures, ce qui a été banni par le héraut, la minute signée de MM. les présidents des ordres.
Après cette séance, l'évêque de Rennes écrit à M. Orry :
« Rennes, vendredi soir, 30 novembre.
»> Effectivement, en voilà de vos deux pattes, monsieur. En lisant la première, qui regarde nos messageries, j'ai dit : celle-ci est de la patte gauche, l'autre sera de la droite, et sans doute d'un style plus accort. Savez-vous qu'en vous lisant, je suis tenté de vous croire un peu breton, et pas breton du commencement des Etats, mais breton dans notre état naturel, et tel que nous pourrions bien redevenir si nous avions encore quelqu'affaire un peu difficile. Heureusement, le plus fort est fait, nous avons passé ce matin votre article du recensement des boissons, suivant votre arrêt du Conseil du mois d'août dernier. La Noblesse a persisté à n'en point vouloir, j'ai prononcé contre son gré. Nous avons signé les conditions, et je crois que MM. les commissaires du Roi sont après à les signer présentement. Ainsi, demain, première publication des fermes. Il nous arriva hier une quatrième compagnie, vous pourriez me demander ma protection pour elle. Je reviens à votre message, ne vous pressez pas, Monsieur, de lâcher votre règlement, j'aime autant qu'un autre en ait la gloire. Ainsi attendez vos nouveaux députés, j'espère que nous vous donnerons gens qui, mieux que moi, vous tiendront tête, vous n'avez qu'à vous bien tenir. De plus, je vous dirai que nous rapprochons beaucoup de notre forme ordinaire, car il ne nous faudrait pas grand chose pour nous échauffer les oreilles. Voyons la patte droite.
» Vous répondez doctement sur nos remontrances, c'est le meilleur parti ; je n'en dirai mot. A l'égard des frais de vos directeurs (du dixième), vous ne voulez donc déguerpir que quant à présent. Oh! en vérité,
il faut que vous déguerpissiez tout à fait, non-seulement M. le maréchal me Ta mandé de votre part, mais vous en êtes vous-même convenu avec moi, en recevant mon compliment sur votre générosité.
» M. le maréchal imagine que vous pourrez reprendre cela sur quelqu'autre chose; par exemple, faire imposer de plus sur la capitation; avec sa permission, il n'y pense pas, nous ne pouvons pas imposer un sol de plus que les sommes prescrites , et croyez que j'en suis assez fâché, et que je serais trèsaise qu'il m'en restât un lopin pour ma peine. Oh! la vilaine chose que de se mêler de finances, sans en tâter; vous ne connaissez pas cela, vous autres!
» Je vous supplie d'envoyer promptement vos ordres, pour redresser ce qu'il y a de mal dans la délibération que je vous ai envoyée hier. Cela est d'une très-grande conséquence; M. le maréchal dit présentement qu'il ne leur a pas parlé de la voix délibérative, c'est un éclaircissement qu'il faut lui épargner, car les autres soutiennent leur dire. Le remède doit venir de vous; je vous demande qu'il soit prompt. »
Le même jour, le prince de Léon, dont la maladie n'était pas sérieuse , et n'avait, à n'en pas douter, pour motif, que le désir qu'il avait de faire profiter son fils de la gratification allouée par les Etats, à tous ceux qui avaient occasion de présider leur ordre , mande, de son côté, au contrôleur-général :
« La fièvre me prit mardi au soir, Monsieur; je ne laissai pas, malgré l'accès qui durait toujours, d'entrer aux Etats le mercredi matin, parce qu'il était question de terminer l'affaire de l'abonnement de la capitation, à 1,800,000 1., ce qui souffrait beaucoup de difficultés, et nous retenait depuis trois jours; enfin, l'abonnement fut accepté, et M. le maréchal
fît dire aux Etats qu'il agréerait qu'ils nommassent un gentilhomme et un député du Tiers par évêché, pour travailler à cette imposition, de concert avec la Commission intermédiaire, dans laquelle ils auraient voix délibérative, quand ils viendraient à Rennes; ce qui fut ainsi ordonné sous le bon plaisir du Roi.
» La fièvre m'a toujours continué depuis, avec un grand mal de tête, ce qui me mit hors d'état d'entrer hier aux Etats; MM. de la Noblesse firent l'honneur à mon fils de l'élire, nnà voce, pour présider en mon absence; vous savez, Monsieur, qu'il eut le même honneur, il y a deux ans , et que le Roi avait eu la bonté d'agréer et d'autoriser la gratification qu'on fait, en pareil cas, si les Etats s'y portaient comme à l'ordinaire. Cela n'eut point lieu, toutes gratifications ayant été suspendues, cette année-là, faute de fonds, même celles de la maréchale d'Estrées et de la princesse de Léon qui sont les plus prévilégiées. Comme je crois que, cette année, les Etats pourront se porter à accorder à mon fils la gratification ordinaire, je vous supplie de vouloir bien en obtenir l'approbation du Roi, et le mander à M. le duc d'Estrées; cela s'est pratiqué de tout temps pour les cadets de la maison de la Trémoille et de la mienne.
» Les conditions des baux furent arrêtées hier, et on ordonna, en même temps, la levée des 2 1 deniers pour livre sur la partie de l'imposition de la capitation qui est sujette; cet article souffrait beaucoup de difficultés, et le vicomte de Rohan s'en tira bien.
» J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
» Le prince de Léon. »
Peu de chose dans la lettre de M. Bâillon; il
mentionne seulement « que le Tiers offrit, sans résultat, au nom de tous les juges de la province, de descendre gratis, avec les commis, toutes les fois qu'ils en seraient requis. »
M. de La Boissière donne quelques nouveaux détails sur la nomination des commissaires pour la capitation :
« L'Eglise prétendit nommer aussi un correspondant de son ordre, mais la Noblesse et le Tiers s'y opposèrent, avec assez de bruit, disant que M. le maréchal ne le voulait pas, ni eux non plus. Il transpirait, hier, que M. le maréchal n'avait pas entendu permettre la voix délibérative aux correspondants; cependant la délibération des Etats est précise.
» MM. les commissaires firent demander, hier, les 2 i deniers pour livre, si débattus aux derniers Etats , et ils furent accordés; on en fut quitte pour ne dîner qu'à plus de quatre heures. »
(Arch. nat., nouveau fonds du contrôle, l. H. 2jg, 280.)