‹ Recherches sur les ForaminiferesChapitre 45 sur 69 · COMPRENANT · texte numérisé non relu

COMPRENANT

LES GENRES POLYMORPHINA, GUTTULINA, SPIROLOCULINA, TRILOCULENA = ET QUINQUELOCULINA

De la Zone à AMMONITES PARKINSONKNI de Fontoy (Moselle)

In tenui labor.

INTRODUCTION

Ce mémoire, comme les précédents, contient la monographie de quelques genres ; les quatre premières planches sont consacrées à la représentation des Polimorphines et des Guttulines, qui se sont déjà montrées très-abondantes dans le lias inférieur (zone à A. planorbis) des environs de Semur (Côted'Or) et fort rares dans le lias moyen de la Moselle et de l'Indre ; dans l’oolithe inférieure, ces genres apparaissent en espèces et en variétés très-nombreuses. Les quatres autres planches sont réservées à l’ordre des Agathistègues, dont trois genres, Spiroloculina, Triloculina, Quinqueloculina, abondent dans l’oolithe inférieure, tandis que dans le lias moyen de la Moselle nous n’avons pu constater la présence que de deux genres, Biloculina et Triloculina, avec cette observation que nous n'avons

trouvé qu'uné espèce. et un seul exemplaire pour chaque genre.

A mesure que notre travail de classement avance, nous voyons le mode d’étude que nous avons appliqué aux foraminifères se confirmer par de nouvelles preuves ; ainsi nous avons pu appliquer notre méthode aux Polymorphines, déjà très-nombreuses dans le lias inférieur et qui se montrent dans des conditions semblables dans l’oolithe inférieure ; les formes et le mode d’agencement des loges se reproduisent parfois avec une telle concordance, que nous avons dû identifier un certain nombre de fossiles oolithiques à ceux du lias et les considérer comme de simples variétés des types liasiens : c’està-dire que nous devons reconnaitre que, pour certains fossiles, nous n'avons pu constater aucun caractère particulier qui nous permette d’en faire des espèces distinctes de celles du lias, tout en les considérant cependant comme des variétés nouvelles.

Pour l'étude de nos fossiles en général, nous avons non-Seulement cherché leurs analogues parmi les fossiles des terrains crétacés et tertiaires, mais encore parmi les coquilles vivantes de différentes stations de la Méditerranée, de l’Adriatique, de l'Algérie, des côtes de la Syrie ; partout nous avons trouvé des rapports tels, que nous aurions pu croire que beaucoup de nos échantillons appartenaient en réalité à des formations très-récentes, soit qu'ils puissent être considérés comme de simples variétés des espèces connues, soit qu’ils viennent en compléter les séries.

D’après ces résultats, nous n’avons donc pas dû êlre étonné de trouver tant de rapports directs

entre certains fossiles oolithiques et ceux dont nous avions signalé la présence dans le lias.

Nous devons faire remarquer l'absence complète du genre Polystomella, que nous avions déjà pu indiquer pour le lias et qui paraît manquer dans l'oolithe inférieure de Fontoy et de Conflans ; du moins, malgré toutes nos recherches et toute notre attention, nous n’avons pu en découvrir la moindre trace.

Pour les premières époques jurassiques (le lias), la présence de certains genres n’était parfois constatée que par quelques rares espèces, ou même par un échantillon nnique ; maintenant leur ancienneté se trouve pleinement confirmée par leur exubérante production dans des terrains d’une époque, à la vérité, un peu plus récente, la formation oolithique.

Nous avons fait remarquer précédemment que l'abondance ou la rareté des fossiles est dépendante de quelques circonstances locales : 1° de la nature du sol plus ou moins perméable aux eaux pluviales, permettant la décomposition du carbonate ou du sulfure de fer ; 20 de la constitution du test des co- -duilles plus ou moins réfractaire à l’action des eaux acidules ; 3° de la constitution même de la coquille modifiée par la fossilisation' et variant selon les localités.

Ainsi, dans telle localité et dans telle couche, un genre se montrera dans un état de parfaite conservation, quand d’autres. genres seront entiè-

‘ La fossilisation en calcaire spathique brun est celle qui résiste le mieux, et le fait observé pour les foraminifères se trouve confirmé pour toute une série de bivalves que l’on ne trouve que fort rarement avec leur test, les genres Phalodomya, Homomya, Arcomya, Pleuromya, Gresslya, ete.

rement privés de leur test, tandis que l'inverse aura lieu dans d’autres points d'exploration.

Les Agathistègues sont, comme nous l’avons dit, d’une rareté extrême dans le lias de la Moselle, et au contraire très-abondants dans celui de la Meurthe.

Les Polymorphines se montrent munies de leur test dans la zone à À. planorbis du lias inférieur de Semur, tandis qu’elles sont presque toutes à l’état de moules dans l’oolithe.

On ne trouve que des moules d’Agathistègues dans les couches inférieures de Fontoy et des coquilles bien conservées dans les supérieures. |

Enfin, à Fontoy, les Globigérines et toute la division des Hélicostègues-Turbinoïdes sont à l’état de moules en sulfure de fer, quand, dans d’autres contrées, nous les voyons avec leur test et munis de leurs ornements. Me

Jusqu’alors nous avions limité nos recherches aux fossiles ayant au moins un demi ou un tiers de millimètre de longueur ; pour faciliter notre travail, nous avions de suite éliminé les parties menues passant par les mailles d’un tamis d’un quart ou d’un cinquième de millimètre ; nous étions d’ailleurs dans la persuasion que cette poussière si ténue ne pouvait contenir que quelques rares coquilles embryonnaires, dont le classement serait douteux et qu’il nous était permis de négliger.

Nous avons examiné quelques-uns de ces résidus, et nous avons été très-étonné d’y trouver une énorme quantité de fossiles nouveaux; l’on peut dire que chaque grain de poussière représente soit un reste de corps organisé, soit un fossile complet.

Nos recherches, quoique tardives et incomplètes, n'ont pas cependant été infructueuses ; nous en

avons obtenu une nombreuse série de Polymorphines, des Bulimines, des Guttulines, des Spiroloculines, des Triloculines, etc., en dernier lieu des Globigérines, des Orbulines et même des Textilaires, que nous n’avions pas trouvées antérieurement.

Les Marginulines, les Cristellaires, les Nodosaires et les Dentalines ont vu également leur nombre s’augmenter de quelques types nouveaux, dont la publication sera nécessaire, en ce qu’elle viendra compléter nos précédentes études.

Nous avons trouvé une nombreuse série de corps à forme sphéroïdale ou ovoïde plus ou moins aplatie, depuis 1 jusque 4 et 5 millimètres de grandeur et dans lesquels nous n’avons pu reconnaître aucune indication de cloison ni d'ouverture ; nous en avons coupé par le milieu et nous avons trouvé l'intérieur occupé par du calcaire spathique ou par de l'argile entourée d’une enveloppe testacée, lisse, brillante et parfois munie de pores. Nous avons rangé ces fossiles, provisoirement et avec quelques doutes, parmi les Globulines.

Indépendamment de ces fossiles, dont la classification reste approximative, nous en possédons . d’autres dont la détermination est non moins douteuse ; soit qu'ils constituent des genres nouveaux, soit qu'ils se rapportent à des genres connus, ils ne présentent aucun caractère distinctif qui permette une étude rationnelle, leur extrême ténuité ne donnant aucune indication pour l'agencement des loges. Nous représenterons quelques-unes de ces coquilles que nous rangerons provisoirement avec les Lagenaires.

Le travail qu’exigent les parties ténues des marnes est très-difficile et demande autant d’application que de temps; c’est à peine si, en plusieurs

heures, nous avons pu examiner quelques grammes de marnes, en nous servant du miscroscope pour chercher les fossiles et d’une lentille à un centimètre de foyer pour les recueillir; de là nous préjugeons que, pour reprendre l'étude de tous ces résidus et pour compléter nos recherches, il faudrait employer encore de longues années, quand déjà nous en avons mis près de cinq pour rassembler les matériaux nécessaires pour nos publications.

C’est ainsi que nous voyons se confirmer l'opinion que nous avions émise, dans un de nos précédents mémoires, que malgré nos publications sur le lias et l’oolithe, le champ d'exploration restait encore très-vaste et se trouvait à peine entamé; maintenant nous avons la conviction que des recherches ultérieures plus approfondies que les nôtres viendraient plus que doubler le nombre des espèces connues et apporter des données nouvelles sur l’ancienneté et la dispersion d’un grand nombre de genres. L'étude des genres contenus dans ce mémoire nous a porté à faire plusieurs observations, tant sur la diagnose que sur la variabilité des coquilles ; observations que nous avons exposées à la tête de chaque genre.

Comme dans nos précédentes publications, nous ferons remarquer que nous avons dû nous imposer de justes limites, tant pour le développement à donner au texte que dans le nombre des planches.

Ne voulant négliger aucune des principales variétés et tenant, autant que possible, à compléter les séries, nous avons joint aux espèces typiques toutes les variétés qui en dépendent et nous avons tenté de les faire tenir dans huit planches ; pour obtenir ce résultat, nous avons dû nous contenter de ne produire

Pad. TOR de figures doubles que lorsque l’étude semblait le demander, autant pour faire ressortir les caractères - typiques du genre que pour mieux spécifier l’espèce ou la variété ; mais pour la grande majorité de nos échantillons, nous ne les avons représentés que sous une seule face, attendu que si nous avions écouté nos désirs et figuré les fossiles dans leurs diverses positions, nous serions facilement arrivé à doubler le nombre des planches. |

DESCRIPTION DES ESPÈCES

Genre POLYMORPHINA, d'Orbigny !.

= «Goquille libre, inéquilatérale, vitreuse, oblongue ou allongée, formée de loges souvent nombreuses, peu embrassantes, alternant sur deux lignes, mais toujours se recouvrant beaucoup plus d’un côté que de l’autre, ce qui rend la coquille irrégulière ou inéquilatérale. Ouverture ronde au sommet de la der-

‘ nière loge. »

« Rapports et différences. Avec la même contexture vitreuse, des loges semblables, une ouverture placée dans les mêmes conditions que les genres Guttulina et Globulina, celui-ci s’en distingue par l’alternance des loges, qui a lieu sur deux faces opposées, au lieu de trois, ce qui donne un bien plus grand nombre de loges apparentes et établit un passage avec les Textilaridées, dont il diffère

‘ D'Orbigny. Foraminifères du bassin tertiaire de Vienne (Autriche), page 231.

néanmoins pour l’ensemble toujours inéquilatéral et non régulier, autant que par la contexture vitreuse de sa coquille. »

D'Orbigny n'indique l'apparition de ce genre à l’état fossile que dans les terrains tertiaires et vivant dans plusieurs mers.

Bronn ({ndex palæont.), indépendamment des espèces citées par d’Orbigny, indique une espèce (in litleris) de Munster, pour le Kimmerigdien ou le Portlandien.

Dans notre quatrième mémoire sur les Foraminifères du lias', nous avons décrit 25 espèces de Polymorphines, dont la majeure partie (17) appartient à la zone de l’A. planorbis et les autres espèces proviennent du lias moyen.

Cette première étude nous a permis de constater que la diagnose établie par d’Orbigny, ainsi que les rapports et les différences sont exacts, en tant qu'ils ne doivent s’appliquer qu’à un petit nombre d’échantillons et d'espèces, soit vivants, soit fossiles tertiaires ; mais qu’ils cessent de l'être quand il s’agit des espèces fossiles provenant de terrains plus anciens.

Ainsi la TEXTURE, très-rarement vitreuse, se montre au contraire le plus souvent opaque ; la FORME comprimée devient plus où moins arrondie ; la SURFACE est indifféremment lisse ou rugueuse; les LOGES, loin d’être souvent nombreuses, sont le plus fréquemment au nombre de 2 à 5 et atteignent rarement un maximum de # loges; les loges, au lieu d'être peu embrassantes, se recouvrent tellement

* TERQUEM. Quatrième mémoire sur les Foraminiféres du lias, comprenant les Polymorphines, 1864.

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dans certaines espèces, qu’on n’en retrouve plus que l'extrémité; ce recouvrement, beaucoup plus fort d’un côté que de l’autre, doit rendre la coquille inéquilatérale et irrégulière, et cependant nous possédons un très-grand nombre de coquilles parfaitement régulières et équilatérales.

Dans nos études des Polymorphines du lias, nous avions réuni dans un seul genre toutes les coquilles à loges alternantes et à ouverture placée à l'extrémité antérieure de la dernière loge ; nous n’avions pas tenu compte du mode d’agrégation des loges, alternativement sur 2 rangées, ou sur 3 et 4, caractère d’ailleurs peu saillant sur ces fossiles.

Dans les fossiles de l’oolithe, ce caractère devenant très-prédominant, nous avons cru ne pas devoir le négliger, et nous avons placé les coquilles ainsi organisées dans le genre GUTTULINE, en nous conformant à la classification de d’Orbigny, également admise par Reuss.

Dans les Polymorphines et les Guttulines, il ya un caractère commun : l'ouverture est toujours terminale ; dans les premières, les deux faces sont ‘sensiblement semblables ; tandis que dans les secondes, elles sont toujours dissemblables et le nombre des loges est plus grand sur une face que sur l’autre ; mais il devient évident que, quand les coquilles ne sont formées que de 2 ou 3 loges, il puisse, dans certains cas, devenir très-difficile de savoir si une coquille appartient à un genre ou à un autre.

Pour la plupart des Polymorphines, il est facile de comprendre leur mode d’accroïissement, surtout quand elles ne sont formées que de 2 ou 3 loges, la supérieure recouvrant ou résorbant plus ou moins les précédentes : mais. dans la série des coquilles à

4 loges disposées en croix, il est plus difficile de comprendre comment la 4 loge a pu s'implanter entre les deux latérales, parfois d’une manière symétrique et régulière. Il faut admettre que cette loge a résorbé la partie supérieure des deux latérales jusqu’à la rencontre de la loge inférieure déjà résorbée par les deux latérales.

La résorption se fait d’ailleurs très-irrégulièrement, tantôt sur la première loge, tantôt sur les deux latérales, parfois sur les trois ou sur toutes ; parfois encore, elle a lieu successivement avec ladjonction des loges ou par une seule.

Dans certaines couches de Fontoy ainsi qu’à Conflans', les coquilles sont parfois si bien conservées, qu’elles montrent très-nettement les pores qui les recouvrent; nous avons eu soin de les reproduire chaque fois que le microscope nous en a signalé la présence, bien que les fossiles qui s’en montraient doués ne fussent pas soumis à un plus fort grossissement que les autres. Ge fait s’observe avec le plus de fréquence dans les coquilles à 4 loges.

Les Polymorphines de l’oolithe se montrent comme celles du lias, passant du simple au composé, et peuvent de même être classées suivant le nombre de loges qui les constituent : d’abord, nous avons les coquilles agglutinantes où aucune loge n’est distincte ; puis apparaissent les séries comprenant les coquilles de 1, 2, 3, 4 ôu 5 loges ; après viennent

* La localité de Conflans renferme une très-grande quantité de Polymorphines, qui ne nous ont donné aucun type nouveau, la plupart se rapportant aux fossiles que nous possédions déjà de Fontoy; nos séries se sont augmentées seulement de quelques formes secondaires, qui ne se sont pas produites daus cette dernière localité.

es

les coquilles à loges multiples, et enfin les irrégulières. Des sous-divisions peuvent être établies, suivant la disposition des cloisons, verticale, horizontale ou sinueuse.

Dans la série des coquilles à 2 loges, il se présente cette circonstance que l’ouverture étant complétement oblitérée et les loges sensiblement égales, il devient parfois impossible de distinguer le haut -du bas de la coquille.

Pour la division des coquilles à 3 loges, on peut remarquer que quelques-unes trouvent leurs types dans la division à 2 loges : il en est de même pour la division à 4 loges. (Voir le tableau, page 291.)

Les fossiles ont, en général et à quelques centièmes de millimètre près, la même taille, quel que soit le nombre des loges ; de là, on peut conclure que, pour la très-grande majorité des cas, les fossiles ne devaient pas avoir plus de loges qu'ils n’en possèdent, et qu'ils peuvent être considérés comme étant parvenus à l’état adulte, tout en n'ayant que 2 ou 3 loges.

Du reste, ce fait ne modifie en rien le classement et présente peu d'importance par lui-même ; toute- ‘fois, il en résulte cette observation que la taille n’augmentant pas sensiblement avec l'addition des nouvelles loges, il faut admettre que les premières loges sont, en majeure partie, résorbées par les dernières.

Comme pour les fossiles du lias, ceux de l’oolithe peuvent de même être classés par séries établies suivant le nombre régulièrement croissant de loges ; il est cependant à remarquer que, parmi la grande quantité de fossiles que nous avons réunie, nous n'avons trouvé aucune forme complétement iden-

tique à celles que nous avions publiées antérieurement, quelque simple que fût la coquille ; la forme et l'agencement des loges dans les coquilles oolithiques différent entièrement de celles du lias.

Nous devons encore ajouter que, dans leur ensemble, ces fossiles oolithiques ne présentent aucun caractère exceptionnel et distinctif; mais, de même que celles du lias, ces séries oolithiques semblent constituer une suite de formes typiques auxquelles viennent s'ajouter des modifications aussi nombreuses que variées. |

D'une part, fidèle au principe que nous avons exposé antérieurement, qu’il convient d’être trèssobre dans la création des espèces, et, d’une autre part, ne reconnaissant pas dans. un certain nombre de fossiles oolithiques les caractères essentiels qui constituent l'espèce, nous les avons considérés comme des variétés des types liasiens avec lesquels nous avons cru devoir les identifier, tout en n’y reconnaissant que des analogies ; en publiant ces fossiles, nous montrons les rapports et les différences.

Les coquilles comprises dans le genre Polymorphine sont très-sensihles aux courants acidules et se présentent très-fréquemment à l’état de moules en sulfure de fer ; nous avons remarqué que les coquilles à 2 et à 3 loges se montrent dans cet état avec beaucoup plus de fréquence que les autres.

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