LA. LANGUE BASQUE ÉTAIT RÉPANDUE DANS LA PÉNINSULE ENTIÈRE
En parcourant avec attention ce tableau, l’on a pu reconnaître qu’il n’est point de portion étendue de la Péninsule, qui ne comprenne des provinces ou des localités ayant reçu leurs noms de peuples parlant une langue semblable au basque d’aujourd’hui par l’alphabet, les radicaux, les terminaisons et les combinaisons. On retrouve ces noms chez les peuples les plus importants de l’Espagne; seules, des tribus peu nombreuses, les Antrigons, les Lobétans, les Olcades, les Cerrétans, les Ausétans et les Indigètes, ne nous en ont point transmis. Bien peu de leurs noms sont môme parvenus jusqu’à nous. Il a dû certainement arriver bien des fois que les noms vraiment ibériques n’ont pas été rapportés par les auteurs, soit à cause de leur étrangeté, soit parce qu’ils ne désignaient que des lieux sans importance. Les cités les plus considérables reçurent souvent de nouveaux noms des étrangers. Bien des noms de lieux peuvent également être basques, sans que nous puissions en donner une étymologie sûre. Ce qui est incontestable, c’est que les noms basques sont répandus inégalement par toute la Péninsule. La plupart se présentent surtout chez les •Vascons, puis chez les Turdules et les Turdétans de la Bétique : aussi est-il bien difficile de ne pas croire que les Turdétans parlaient le basque d’aujourd’hui, ou du moins
une langue entièrement analogue *. La Lusitanie, vu son étendue, présente peu de noms basques. Gela tient peutêtre à ce que dans cette province la terminaison briga était la forme dominante du nom des grandes villes, qui, seules, sont citées par les historiens et les géographes. Peu de noms véritablement indigènes nous sont parvenus, et ils se perdent dans la foule des noms étrangers et non ibères.
Nous trouvons cependant en Bétique : Astapa, Iliberis, Urgao; en Lusitanie : Mendiculea ; sur la côte nord : Irta, Flavionavia; dans l’intérieur : Oria, Orospeda, et Idubeda ; sur la côte du sud : Lucenlum, Iluro, etc.; et, bien qu’isolés, ces noms attestent que, là aussi, les Ibères parlaient basque. Je crois ainsi avoir mis hors de doute que les anciens Ibères étaient basques , parlaient la langue actuelle ou une analogue, et étaient répandus dans toutes les provinces de l’Espagne.
J’ai montré dans un récent ouvrage * combien le basque actuel présente de diversités dans les mots et dans les formes grammaticales. Cette infinie variété serait inexplicable, si la nation n’avait été formée de tribus très-nombreuses, dispersées autrefois sur un vaste territoire; on s’en rend au contraire parfaitement compte lorsqu’on se rappelle que ces peuplades nombreuses finirent par se trouver confinées dans un petit nombre de vallées.
En terminant, je citerai un mot dont le sens me parait significatif. Aizean signifie : derrière, en arrière, et atzea : l'étranger. Ainsi ce peuple pensait primitivement que l’étranger n’était que derrière lui. Ceci ne donne-t-il pas à croire qu’établis depuis un temps immémorial à l’extrémité de l’Europe, entre les Pyrénées et l’Océan, les Ibè-
4. Niebuhr soutient le contraire (Histoire romaine, I, 3). (H.)