MÉLANGE DES PEUPLADES IBÉRIQUES AVEC LES RACES CELTIQUES
Deux points me paraissent parfaitement établis par ce qui précède. Les anciens Ibères sont la souche des Basques actuels; les Ibères étaient répandus dans toute la Pénin- # suie, parlaient une seule et même langue, et formaient plusieurs peuplades avec des dialectes divers. La langue basque était donc celle des habitants primitifs de l’Espagne, soit autochthones, soit venus dans ce pays à une époque antérieure à tout témoignage historique. Recherchons maintenant, puisque les noms de lieux nous présentent des éléments étrangers, quelles nations se mêlèrent aux Ibères. Les Phéniciens, les Grecs et les Carthaginois s’établirent de très-bonne heure sur les côtes, et pénétrèrent plus ou moins dans l’intérieur. Pline, d’après Varron, parle aussi des Perses, mais sans autres preuves (I, 137, 3). Les Romains, en détruisant le langage et les mœurs indigènes, transformèrent une grande partie de la Péninsule en une province tout à fait semblable à l’Italie; mais je néglige toutes ces invasions, pour ne m’occuper que des peuples barbares (dans le sens que les anciens donnaient à ce mot), qui passèrent de l’Europe occidentale en Espagne. Ces derniers sont les Celtes, et les auteurs anciens les divisent en deux nations; d’abord les Celtes purs de l’.l nas, et leurs compatriotes de l’extrémité nord-est du pays, aujour-
d’hui Galice (Strabon, III, 1, p. 139); puis les Celtes mêlés aux Ibères, c’est-à-dire les Celtibères. Les Grecs et les Romains n’appellent jamais ceux-ci Celtes, Gaulois, ou Galates, mais Celtici, indiquant sans doute une peuplade de la famille celte. La ville de CeW(Plin., I, 138) leur a certainement emprunté son nom; elle n’était pas située précisément dans le pays des Celtiques, mais entre Ecija et Merida, dans une contrée qu’ils fréquentaient. En latin, Celti ne formait pas l’adjectif en eus, mais en tantes ( celtitanus ) (Florez, Medallas, I, 361), comme les autres villes espagnoles finissant en i. L’établissement du nord-est était le plus récent. Il s’étendait jusqu’à l’Anas. D’après Pline, les riverains de ce fleuve descendaient des Celti— bôres (I, 139). Nous ne saurions dire pourquoi ce mélange ne comprit que ces deux peuplades et ne s’étendit pas aux voisines, pas plus que fixer l’époque de l’émigration celti— bérienne. Les auteurs anciens ne nous apprennent rien là-dessus (Diodore de Sicile, V, 33). Ainsi, il demeure douteux si la tradition de leur immigration et de leur mélange avec les indigènes existait dans la contrée, ou si elle a été imaginée pour expliquer Je fait de cette fusion des Celtes avec les Ibères. Probablement ce nom de Celtibères leur a été donné par les peuples envahisseurs de l’Espagne, mais d’après les renseignements fournis par les indigènes ; en ce cas, il est bien plus ancien que ne nous l’apprennent les historiens romains, et montre que non-seulement les habitans de la côte, mais aussi ceux de l’intérieur, s’appelaient Ibères.
Il existe deux noms analogues, de nations fort inégales en renommée, les Celto-Scythes, nom donné aux Celtes et aux Teutons, envahisseurs de l’Italie, par ignorance du véritable (Plut., Marius, ii), et les Celto-Lyges (Strabon,
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IV, 6, p. 202), servant à désigner les Saljens on Salluviens. Mais, comme on l’a fort bien remarqué, ce sont là des noms déjà modernes. On trouve des noms de lieux basques chez les Celtibères; ils sont fort rares chez les Celtiques (c. 36). Pline assure que les noms de lieux des Celtiques trahissent leur origine étrangère, et fonde son opinion de l’origine des Celtibères, sur la différence de leurs noms, de leur langue, et de leurs coutumes religieuses, et jamais, ce semble, sur une tradition positive. Les noms de leurs villes, en Celtibérie et en Bétique, sont suivis d’épithètes presque toujours latines. Cependant, l’une d’elles, Emanici, pourrait bien être le nom turdétan, c’est-à-dire basque, de eman (donner) en basque. De même dans ce passage : Ucultuniacum quœ et Turiga nunc est, Turiga est un mot basque.
Je dois observer encore qu’Astarloa (Ap., p. 198), pour combattre l’opinion du mélange des Celtes et des Ibères, explique le mot Celtiberia par une altération de Zaltiberia : rive abondante en chevaux.