VI. — Du dessin topographique moderne
Nous arrivons, en effet, à l’époque la plus intéressante de l’histoire de ce dessin qui a donné lieu à tant d’essais plus ou moins heureux, plus ou moins imparfaits, où le lever du relief du terrain va prendre autant d’importance que celui de la planimétrie, sans que, pour cela, la période des tâtonnements faits pour exprimer ce relief soit encore close.
On a vu que c’est vers le milieu, il faut dire plutôt pendant la seconde moitié du xviii® siècle, que l’on a commencé à coter les plans et, en examinant les cartes géographiques plus anciennes ou même postérieures, la Carte de Cassini entre autres, on reconnaît, en effet, partout l’absence des cotes d’altitude.
Sur-certaines cartes marines seulement, on avait été conduit de bonne heure à inscrire les résultats des sondages sur des points dangereux pour avertir les navigateurs, et, dès 1729, l’ingénieur hollandais Cruquius avait eu l’idée d’accuser d’une manière sensible les formes et les accidents du fond de la Mer-
(') Procès-verbal de la Commission chargée parles difl’érents services publics intéressés à la perfection de la Topographie, de simplifier et de rendre uniformes les signes et les conventions en usage dans les cartes, les plans et les dessins lopograpliiques {Mémorial du Dépôt général de la Guerre, l. 11; i8o3, i8o5 et 1810). Le Dépôt de la Guerre datait do 1688 et avait été fondé, comme nous Tavons dit, par Louvois. 11 contenait des documents militaires de toute nature : Ouvrages, Mémoires, Cartes géographiques et topograpliiiiues. A partir de 1793, Carnot, qui avait tiré de ce Dépôt les éléments do son cabinet topograpliique, avait contribué à étendre considérablement ses attributions.
4'i2 LES INSTIUJMKNTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGHAIMIIQUES.
wede el de celui de la Meuse, à son embouchure, en unissant par des courbes continues les points d’égale profondeur ( ' ).
La même idée était venue, en 1737, au célèbre géographe et hydrographe français Philippe Buache, qui, sur une Carte du canal de la Manche et d'une partie de la mer d’Allemagne, avait représenté le fond de la mer el les talus immergés des côtes à l’aide de ces courbes dites de niveau (-).
Buache avait publié celte méthode en 1752 et y était revenu en 1771 ; un autre Français, Ducarla, avait proposé de l’employer au-dessus du niveau de la mer el principalement pour figurer les montagnes. Après l’avoir appliquée lui-même dès 1765 en Suisse, avec l’aide d’un éditeur nommé Dupain-Triel, il avait exécuté la première Carte hypsométricpie de la France, qui était et ne pouvait être qu’une ébauche grossière, simplement destinée à montrer le chemin (^).
Quelques années auparavant, vers 1768, on s’occupait (*)
(*) Il existe au Dépôt des Fortifications un fragment de carte d’une partie des cotes de la Hollande sur laquelle sont tracées ces courbes.
(“) On trouve cette carte dans l’Atlas intitulé : Cartes et Tables de la Géographie physique et naturelle présentées au Roi le i5 mai i-jb-j et composé de 20 planches. Dans un Mémoire ayant pour titre : Essai de Géographie, lu par Buache à l’Académie des Sciences le i5 novembre 1752, l’auteur s’exprimait ainsi ; « L’usage que j’ai fait des sondes et que personne n’avait employé avant moi pour exprimer le fond de la mer me paraît très propre à faire connaître d’une manière sensible tes pentes des talus, des côtes, etc.... » Évidemment Buache ignorait que Cruquius l’avait devancé.
Philippe Buache, dont le nom se trouve rapproché de ceux de Guillaume Delisle, dont il fut le gendre, et de d’Anville, auquel il succéda à l'Académie des Sciences, n'était pas sans mérite, mais ne saurait leur être comparé. C’était surtout un homme d'imagination, dont les idées tournaient souvent au système. Il fut employé longtemps au Dépôt des Cartes et Plans de la Marine; à cette époque, les ingénieurs-hydrographes ne voyageaient que rarement ou même pas du tout, et les cartes qu’ils dressaient se ressentaient de l’incertitude des documents mis à leur disposition. Il y avait cependant parmi celles de Philippe Buache, de son neveu Buache de Neuville et de Bonne, qui travaillaient sous l’habile direction de Fleurieu, des œuvres dignes d’être citées et qui pouvaient faire présager ce que deviendrait l’Hydrographie française.
(^) Expression des nivellements ou méthode nouvelle pour marquer sur les cartes terrestres et marines les hauteurs et les configurations du terrain; Paris, 1782. En même temps que Ducarla, l’idée de représenter le relief des montagnes au moyen de courbes de niveau était venue à un autre inventeur français nommé Dnfourny.