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CHAPITRE II. — LA TOPOGRAPHIE DANS TOUS LES TEMPS

Quelques membres de la Commission avaient bien essayé déjà, à celle époque, de faire admettre l’égalité des teintes dans toutes les orientations, c’est-à-dire ce que l’on a appelé la lumière verticale, mais celle convention avait été rejetée, et la préférence accordée aux teintes naturelles était fondée sur des considérations qui méritent d’être reproduites ici. in extenso :

« En général, la Commission pense que, pour atteindre la perfection, chaque dessinateur doit s’attacher à produire sur les cartes le même effet que ferait un relief parfait du terrain, ou plutôt la nature elle-même revêtue de ses formes et de ses couleurs, mais réduites aux dimensions de l’échelle ( ' ).

» Celle supposition, en déterminant le but dont il faut approcher s’il n’est pas permis de l’atteindre, fournit un terme de comparaison pour déterminer quelles doivent être, sur une carte donnée, la force et la dégradation des teintes.

» La Commission pense d’ailleurs qu’il sera très utile, pour rendre sensible cette manière d’envisager les caries, de donner suite à la proposition de M. Hennequin, de mettre sous les yeux des dessinateurs des reliefs modèles de différents sites naturels, accidentés, et dans la construction desquels on approchera le plus possible de la nature.

» Les teintes dérivent de la lumière. Le type idéal que la Commission vient d’indiquer exige, pourjque les teintes qu’il s’agit d’imiter soient déterminées, qu’on suppose ce relief ou celte nature ainsi réduite éclairée par une lumière constante et fixe de position.

( ' ) On sent bien ici l’esprit dont étaient animés des opérateurs qui étaient en même temps des artistes. Quelques lignes auparavant, le procès-verbal en contenait une preuve peut-être encore plus frappante : « On peut, dans les teintes, employer une couleur unique ou les couleurs mêmes des objets. La première manière constitue le Dessin en général; c’est la seconde qui distingue la Peinture. Le désir d’obtenir le plus grand effet possible, doit, pour les cartes comme pour les tableaux, engager à préférer les teintes diversement colorées : c’est ce motif qui fait que la Commission attache un degré d’intérêt de plus à la perfection des cartes lavées qu’à celle des cartes à la plume, quoique l’un et l’autre genre exercent et méritent d’exercer le talent des plus habiles dessinateurs. »

43o LES INSTRUMENTS, LES MÉTHODES ET LE DESSIN TOPOGRAPHIQUES.

» On supposera celte lumière telle qu’il n’en résulte jamais d’oppositions trop heurtées, de teintes trop foncées, trop noires, qui oblitèrent le trait de projection et sous lesquelles il soit difficile de le distinguer.

» La lumière sera d’ailleurs, comme dans les tableaux, à la gauche des spectateurs, c’est-à-dire au Nord-Ouest, le méridien coupant à angle droit le haut et le bas de la carte. »

Les principes de la Topographie la plus expressive et la plus parfaite que l’on puisse imaginer se trouvaient résumés aussi clairement que possible dans celle décision. La Commission avait eu soin d’écarter définitivement la c’est-à-dire le mélange des projections ou des perspectives inclinées avec les projections horizontales déjà généralement abandonné; et l’un de ses membres, excellent dessinateur, Chreslien, chef du Bureau topographique du Ministère des relations extérieures, avait donné des modèles gravés de teintes et de signes conventionnels répondant aux principaux étals et accidents du terrain.

C’est en se conformant à ces principes et en s’inspirant de ces modèles que furent exécutés, au Dépôt de la Guerre et chez plusieurs éditeurs de Paris, les belles cartes et les Allas militaires dont nous avons parlé plus haut (p. 420).

C’est aussi en donnant à leurs graveurs des modèles admirablement dessinés, dans le système de la lumière oblique ('), que les ingénieurs-hydrographes sortis de l’École Polytechnique ont fait et coniinuentà faire exécuter le figuré des côtes sur les excellentes caries qu’ils ont levées eux-mêmes avec un art et un soin admirables et qui jouissent, dans le monde entier, d’une si grande et si légitime réputation, due à leur exactitude en même temps qu’à l’agrément du modelé de la

(') On en voit un tout à fait remarquable au Dépôt des Cartes et Plans de la Marine dans le cabinet de l’ingénieur-hydrographe en chef. Ce modèle est dû à Brambilla, qui fut professeur à l’École des ingénieurs-géographes, et qui était lui-même capitaine dans ce corps; mais il travaillait en même temps pour le Dépôt des Cartes et Plans de la Marine, où il a introduit les meilleures traditions conservées jusqu’à ce jour. Souhaitons seulement aux graveurs actuels de se montrer dignes de la réputation de leurs devanciers.

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