CHAPITRE 1 — HISTORIQUE DES INSTRUMENTS ET DES MÉTHODES
Nous ne suivrons pas M. Kilgour dans ses voyages ni dans les détails qu’il donne sur ses diiïérenles manières d’opérer, qui intéresseraient surtout les explorateurs, et nous nous contenterons de dire qu’indépendamment de mires spéciales très hautes pour mesurer de grandes distances avec un micromètre (à la manière de Beautemps-Beaupré), de niveaux de précision, de la boussole associée à la planchette, du baromètre anéroïde, enfin du théodolite employé particulièrement pour faire des déterminations de longitudes et de latitudes, cet observateur expérimenté avait eu des occasions de recourir à la chambre noire et à la chambre claire.
Ainsi, pendant l’hiver de 1866-1867, comme il était employé à faire des études de tracés au col du Saint-Gothard, dans le but d’abréger la longueur du tunnel à percer entre les vallées de la Reuss et du Tessin, son collègue, Amadeo Gentili, ingénieur autrichien distingué, qui avait l’expérience des levers de ce genre, avait pensé que la première chose à faire était d’obtenir des panoramas photographiques pris pendant riiicer. Le travail fut poursuivi, par tous les temps, dans les régions les plus difficiles, et il fut exécuté si promptement que, selon l’expression de feu M. Scott Russell, qui y avait aussi pris part, on en était à se demander s’il y avait eu ou non de la neige. Malheureusement, l’auteur ne donne aucun renseignement sur la manière dont on se servait de ces panoramas et il explique, au contraire, longuement comment, les triangulations et l’usage de la planchette devenant impossibles, on y avait suppléé par des mesures directes de distance à la stadia, des relèvements à la boussole et des nivellements au baromètre anéroïde, puis avec le niveau d’Abney ( ' ).
Dans une autre partie de son argumentation où il revient sur l’emploi de la planchette avec une alidade munie d’une lunette
le tachéomètre breveté de ces constructeurs, dont le prix varie de 40 à 70 livres sterlings, sans les accessoires) ou dans d’autres pays, mais il est à peine connu en France où l’on juge avec raison, pensons-nous, qu’il vaut mieux distinguer les instruments de Géodésie des instruments de Topographie, et laisser à ces derniers le caractère de simplicité, on pourrait dire de rusticité, nécessaire pour les usages auxquels ils sont destinés.
(’) PiERCE, On l'.:e use on the plane-table, page 42.
puissante et d’un micromètre, c’est-à-dire de la planchette de précision, M. Kilgour ajoute :
« Le seul instrument spécial adjoint à cette planchette, dans diverses circonstances, fut la chambre claire. Au moyen de ce petit appareil, des panoramas peuvent être dessinés à chaque station et les angles des détails omis dans le relevé ordinaire peuvent y être mesurés, puis rapportés très rapidement. Cet instrument sert aussi à amplifier ou à réduire les plans sans que l’on ait à craindre les déformations produites par la chambre obscure. Sa tablette est posée sur un pied à trois branches ordinaire et peut en être séparée. On la règle au moyen d’un niveau sphérique et de vis calantes ('). »
Il nous sera sans doute permis de nous féliciter de ce que des instruments et une méthode que nous recommandions depuis si longtemps aient été utilisés par des opérateurs étrangers tout à fait compétents en matière de levers rapides, qu’ils eussent eu ou non connaissance de nos recherches et de nos travaux.