TUMEUR CANCÉREUSE DU LOBE MOYEN DU CERVEAU (I
Le nommé X.., âgé de 56 ans, exerçant la profession de jardinier, demeurant à Charonne depuis 15 ans, d'une bonne santé habituelle, entra à l’hôpital Saint-Antoine (service de M. Moutard-Martin) le 27 janvier 1859. Ce malade offrait l’état suivant: La parole était embarrassée et il ne pouvait donner de renseignements sur les débuts et la marche de la maladie qu’avec beaucoup de difficultés et d’incohérence. Nousapprîmesnéanmoins des parents que depuis un laps de temps qu’ils ne peuvent déterminer d’une manière précise, le malade était en proie à une céphalalgie assez vive et plus violenteà certains moments que dans d’autres; que le 25 janvier 1859 il avait tout à coup, à la suite de douleurs de tête assez violentes, offert tous les symptômes d’une attaque d’apoplexie. Nous ne pûmes savoir si le céphalalgie était plus violente d’un côté que de l’autre, mais ce fait que le malade portait souvent la main du côté gauche de la tête porte à croire qu’elle était plus vive de ce côté. Quoi qu’il en soit, h son entrée à l’hôpital, le malade offrait une hémiplégie du côté droit.- On constatait assez facilement l’abolition de la motilité dans toute la moitié du corps, diminution de sensibilité dans le côté correspondant. En effet lorsque l’on pinçait, irritait la peau de l’avant-bras ou de la cuisse, le malade manifestait la douleur qu’il ressentait par ses plaintes et ses cris, et néanmoins l’insensibilité n’était pas aussi vive que du côté opposé.
La bouche était déviée du côté gauche, la langue du côté droit : le pouls était régulier, lent et ne battait que 58 fois par minute. La langue était humide, le malade pouvait balbutier quelques mots difficilement compréhensibles. Pédiluves sinapisés et lavements émollients.
Le 4 février. — Le malade présente une attaque épileptiforme dont la durée peut être évaluée à 20 minutes, attaque caractérisée par convulsions ayant surtout lieu dans les muscles de la partie paralysée et par de l’écume à la bouche. Une respiration stertoreuse, une perle complète de connaissance avec accélération du pouls et rougeurs de la face. Une saignée fut pratiquée, des sinapismes appliqués le soir et le malade fut mis â la diète complète.
Le lendemain tous ces phénomènes avaient disparu et le malade offrait l’état habituel. Six jours après M. Martin ordonna des
(1) Baudot. ■- Bulletins de la Société anatomique, 1859, p. 98 et
pilules de strychnine. Ces pilules furent continuées jusqu’au 17 février sans que le malade ait ressenti aucune secousse tétanique bien que le 12 février on ait donné 2 pilules de un centigramme chacune. On cessa alors les pilules et aucune médication ne fut employée jusqu’au jour de la mort du malade, qui eut lieu le 6 avril 1859. Pendant tout ce laps de temps le malade n’avait offert de digne d’être mentionné que deux attaques semblables à la première, et de temps à autre des convulsions dans la partie paralysée, convulsions, qui, deux fois, cessèrent sous l’influence de l’application de 10 sangsues derrière les oreilles. Au commencement de mars le malade perdit l’usage de la parole.
Le 6 avril , au matin. — Le malade avait ressenti quelques mouvements convulsifs des membres, la face était un peu injectée et le pouls s’était un peu accéléré, puis l’intelligence disparut totalement, et à cinq heures du soir une sueur abondante couvrait le corps du malade. Le pouls battait 128 fois par minute; la peau était chaude, la tête renversée en arrière et la respiration stertoreuse. Il ne tarda pas à mourir dans la soirée.
Autopsie. — Tumeur de forme ovoïde, offrant le volume d’un gros œuf de poule, située au-dessus du ventricule gauche du cerveau, avec lequel elle n’avait d’ailleurs aucune connexion, s’avançant presque dans le lobe antérieur sans l’occuper entièrement et laissant entre sa partie antérieure et l’extrémité du lobe correspondant du cerveau un intervalle de 3 centimètres. La surface de la partie malade était séparée des membranes cérébrales par une distance de 2 centimètres environ. La tumeur se prolongeait jusque dans le lobe postérieur de l’extrémité duquel elle était distante de 3 centimètres à peu près. La pulpe cérébrale environnante était ramollie dans une épaisseur de 1 centimètre et demi environ. La surface de la coupe de la tumeur n’offrait pas une coloration uniforme, mais un mélange de parties jaunâtres avec d’autres parties moins foncées, et à la partie antérieure de cette tumeur se trouvait un petit kyste de la grosseur d’une noisette, contenant une substance gélatineuse transparente et de couleur rougeâtre ; en avant de ce kyste se trouvait une substance absolument semblable mais non enkystée. »
Les autres parties de l’encéphale étaient saines. — Chacun des ventricules renfermait à peu près une cuillerée de sérosité, pas de lésion des autres viscères.