‹ Recherches sur les luxations congénitales exposées dans les conférences cliniques du 29 janvier et du 3 février 1841, à l’Hôpital des Enfans MaladesChapitre 1 sur 18 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Je suis obligé de répéter en tête de ces recherches sur les luxations congénitales ce que j'ai écrit en publiant mes précédens mémoires sur Xétiologie du pied-bot , du torticolis, des déviations de l'épine, elc. J'ai montré successivement que toutes ces difformités, considérées jusqu'alors comme autant de faits étrangers l'un à l'autre, comme autant de produits différens de causes entièrement distinctes, ne sont, au contraire, que des dépendances variées d'un seul et même fait, des résultats d'une seule et même cause. Cette vérité, établie pour la première fois dans mon grand travail envoyé à l'Académie des sciences au mois de mars 1836, et reproduite explicitement dans le rapport de l'Aca-

(lémie (1) avec des preuves de fait et des développemens suffisans pour ne laisser aucun doute sur son origine et le point de départ de ses applications, est devenue , en très peu de temps, presque vulgaire, et, par conséquent, la propriété de tout le monde. Je ne m'en préoccupe pas trop ; toutinven^ teur ne doit aspirer à l'honneur de voir ses idées acceptées et appliquées par d'autres, qu'à la condition de céder à cha-. que applicateur une partie de sa découverte. C'est là un compromis qu'il faut qu'il accepte bon gré mal gré, comme une sorte de courtage aux chai'ges duquel il est obligé de souscrire. Or, quand tout le monde consent à être le promoteur d'une idée, elle court grand risque, quelque neuve, quelque féconde, quelque générale qu'elle soit, et peutêtre même, en raison de sa nouveauté, de sa fécondité et de sa généralité, de perdre bientôt les traits de sa physionomie native ; comme les monnaies usuelles laissent aux doigts de tous ceux qui les touchent quelques parcelles imperceptibles de leur surface, et finissent, à force de passer de main en main, par ne conserver plus aucune trace de leur millésime et de leur effigie. Mais pour échapper aux effets de cette loi commune de déseffigiation des idées, on peut faire pour elles ce que l'on fait pour les monnaies ; c'est-à-diï'e rappeler et perpétuer, par un renouvellement continuel d'épreuves, les caractères et l'originalité du type primitif. A faide de cette précaution, j'ai l'espoir de con-.

(1) Kapporl sur le concours du grand prix de chirurgie, 1837, p. 20.

server à ma théorie des difformités son caractère d'originalité et de généralité, qu'on s'efforce de lui faire perdre à chaque application, c'est-à-dire à chaque morcellement qu'on lui fait subir.

Si ma théorie des difformités n'avait été que spéculative, si elle était restée à l'état de conception scientifique, on lui aurait peut-être laissé le temps de se développer et de s'établir sans trouble ni empêchement. Mais le fait de la rétraction musculaire qui lui sert de base s'est immédiatement traduit en applications thérapeutiques : il est la raison et l'ame de la ténotomie généralisée. Or ceux qui voulaient s'approprier quelques applications de la formule thérapeutique déduite de ma théorie, ne pouvaient s'empêcher, sous peine de reconnaître l'origine de ces applications, de s'approprier en même temps les termes correspondans de la formule étiologique ; et l'on sait que les personnes qui vivent d'emprunts sont plutôt disposées à en faire deux qu'un. C'est ce qui s'est vu tout récemment. Mais ces prétentions n'ont qu'un temps, le temps des rivalités et des mauvais vouloirs contemporains. L'histoire mesurera , pèsera , jur géra les choses, non pas au gré des prétentions de chacun, mais sous l'inspiration des droits imprescriptibles de la vérité. C'est dans cette conviction que j'assiste chaque jour presque avec indifférence au démembrement de mes idées, et que je reproduis patiemment celles qu'on s'arrache de toute part et qu'on espère s'approprier parce qu'on en défigure l'origine.

Ne pouvant suffire à la publication de toutes les conséquences théoriques et pratiques que j'ai déjà tirées de ma théorie, j'ai dû procéder suivant leur importance et leur degré de maturité. J'ai commencé par le pied-bot et toutes variétés; puis est venu le torticolis, puis les déviations de l'épine; viennent aujourd'hui les luxations,, sub-luxalions et pseudo-luxations congénitales, et parallèlement les applications ténotomiques et myotomiques qui y correspondent. J'avais regardé ces applications comme les plus importantes, parce qu'elles sont les plus générales , les plus variées et les plus difficiles, et je m'en suis occupé d'abord. Mais pendant que je donnais à la réahsation de ces applications tout le temps et les recherches dont elles avaient besoin pour être définitivement établies et acceptées, je signalais plus rapidement les autres, remettant à une époque ultérieure de m'y arrêter comme elles le méritaient. Je n'étais donc pas tellement discret à l'égard de ces dernières que je ne les indiquasse au moins provisoirement, et que je ne les réalisasse en partie dans ma pratique. Cette manière de procéder ne m'a pas entièrement réussi. Parmi les déductions de ma théorie que j'avais explicitement prévues et proposées, il en est qu'on ne m'a pas permis de mûrir : le succès qu'elles ont obtenu a encouragé leurs auteurs à les détacher entièrement de leur souche commune, et à les présenter comme des produits directs de leur invention. A ce compte, il n'y a pas de raison pour qu'à chaque rétraction de muscle, à chaque difformité réalisée par cette

rétraction, et à chaque coup de bistouri donné pour y remédier, on ne s'attribue le mérite d'une théorie et d'une méthode nouveUes. Mais cette prétention, à force d'être reproduite, à force d'être exagérée, ne servira qu'à montrer mieux son peu de fondement. Quand on se sera convaincu que la rétraction des muscles de l'œil n'est pas différente de la rétraction des muscles de la jambe; que celle des muscles du gosier ou de la langue est la même que la rétraction des muscles de l'épine; que la rétraction des muscles de l'abdomen, de l'anus ou de la verge, est la même que celle des muscles de la hanche placés un peu en deçà ou au-delà; et quand Usera enfin démontré qu'on peut bien, sans effort d'imagination, diviser tous les muscles, comme nous avions divisé précédemment les muscles du col, du dos, de la hanche, du genou et du pied, peut-être alors se demandera-t-on d'où viennent la théorie et la méthode qui ont conduit à toutes ces applications particulières. Ce moment de réveil arrivera, car ceux qui se servent aujourd'hui de ma théorie et de ma méthode auront peut-être aussi la velléité de revendiquer à leur profit tout ou partie des applications qu'on aura faites après eux , et c'est alors seulement qu'on réglera les comptes de chacun , et que les premiers comme les derniers devront bien reconnaître l'origine et la filiation de leurs prétendues découvertes. C'est pour cette

époque de réaction et de justice que j'assure et reproduis mes titres.

Or, mes titres, je le répète, sont, pour la théorie géué-

raie, le rapport textuel de l'Académie des sciences (1) et tous les écrits que j'ai publiés comme développemens de cette théorie ; pour la méthode thérapeutique que j'avais généralisée à priori comme conséquence naturelle de ma généralisation éliologique, mes titres se trouvent implicitement formulés dans le principe général que j'ai répète à l'occasion de chaque mémoire, à savoir : qu'il faut faire la section sous-cutanée de tous les muscles rétractés, et explicitement, dans des applications réalisées expérimentalement, et constatées avec leurs dates précises pour les difformités les plus importantes, par des paquets cachetés déposés à l'Académie des sciences. Comme on le voit , je ne m'en suis pas tenu aux formules synthétiques que j'avais primitivement données, parce qu'elles sont susceptibles d'être contestées par les esprits qui ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre la valeur d'un principe général. Yoici, pour les luxations, sub-luxations et pseudo-luxations congénitales, et l'application de lamyotomie au traitement de ces difformités, une lettre, et le contenu d'un paquet cacheté déposé à l'Académie des sciences le 28 octobre 1839, et dont j'ai demandé l'ouverture le 20 janvier 18/i0.

0) Voir le rapporJ sur le concours du grand prix de chirurgie, 1837, p.

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