PREMIÈRE CLASSE
Crétiiiisme (Planches I et II).
Le véritable crétin offre dans sa conformation physique les caractères suivants :
l" Taille petite, ramassée et tra^Due;
2° Tète grosse, avec développement exagéré du diamètre bilatéral ;
3° Face large, aplatie avec écartement des yeux, écrasement du nez à sa racine, bouche grande et lèvres épaisses,, surtout la lèvre inférieure ;
4° Col court et large, et très souvent déformé par l'existence d'un goitre plus ou moins volumineux ;
S" Désharmonie du tronc et des membres :
6° Peau terreuse et blafarde; rides profondes.
Le caractère principal de cette dégradation physique paraît d'ailleurs consister essentiellement dans le développement, exagéré eu largeur, du crâne, de la face, du cou et du tronc.
Quand on trouve tous ces caractères réunis à un degré plus ou moins prononcé d'idiotie, on a le crétinisme complet, le véritable type de la dégénérescence.
11 convient d'ajouter que chez beaucoup de sujets le crétinisme reste incomplet et que certains caractères manquent ou sont atténués.
EXPLICATION DES l'LANCnES
DEUXIÈME CLASSE Arrêts de développement (Planches III et IV).
Le crélinisme, caractérisé par YhnhUus spécial du corps décrit plus haut, est en outre accompagné d'arrêts de développemeut (taille, dentition, puberté, système musculaire); mais, dans les contrées atteintes par l'endémie, on trouve des cas assez nombreux d'arrêts de développement très prononcés sans qu'on observe en même temps la conformation physique qui caractérise le crétinisme.
Les planches III et IV offrent quatre exemples de ces arrêts de développement.
On peut constater dans la planche III (fig. 1) qu'une fille de treize ans a l'apparence d'une enfant de trois ou quatre ans.
La taille est de deux pieds et demi et le poids du corps de 24 livres. Comme on peut le voir, la conformation physique est celle d'une très jeune enfant. La seconde dcnlilion n'est pas même commencée.
La figure 2 de la même planche représente un garçon de dix-huit ans qui ressemble à un enfant de cinq ou six ans. Le poids de son corps n'est que de 40 livres et la taille -n'atteint pas ti'ois pieds. Les organes génitaux sont ceux d'un enfant de quatre ou cinq ans. La première dentition est loin d'être terminée, la parole est presque nulle et l'intelligence très bornée.
Il y a donc, dans tous les cas semblables, prolongation des caractères de l'enfance.
Dans les deux figures de la planche IV, les traits de l'enfance ne sont plus aussi accentués; mais l'arrêt de développement est encore des plus prononcés.
Le garçon de vingt et un ans (fig. 1) n'a pas trois pieds ; il ne pèse que o4 livres, il n'a aucun signe de puberté ; sa seconde dentition n'est pas terminée, l'intelligence est des plus faibles.
La fille de dix-huit ans fig. 2) ne pèse que 38 livres, sa taille non plus n'est pas de trois pieds; elle a l'intelligence et les goûts d'une petite fille de cinq ou six ans. La dentition est incomplète, il n'y a aucun signe de puberté.
Il n'est pas besoin d'insister pour faire ressortir la dilTérence qui existe entre ces cas et le crétinisme. Il suffit de comparer les plariches III et IV aux planches I et II, pour se convaincre qu'il élait nécessaire d'établir une ligne de démarcation entre ces deux ordres de faits.
TROISIÈME CLASSE Idiotie endémique (Planches V, VI, VU et VIII).
Parmi les cas assez nombreux d'idiotie et d'imbécillité qu'on observe dans les contrées atteintes par l'endémie du goitre et du crétinisme, il en est certainement quelques-uns qui ne dépendent point de la cause endémique elle-même. Les autres doivent lui être attribués au même titre que les cas également nombreux de bégaiement, de mutité et de surdi-mutité qu'on observe dans les mômes contrées.
Il m'a donc semblé qu'on devait admettre une idiotie endémique. Les sujets qui en sont atteints diffèrent des crétins par leur conformation physique et surtout par le développement de la taille.
752 EXPLICATION DES l'LANCUES
C'est pai'mi ces idiots et ces imbéciles qu'on rencontre ces pré^i tendus crétins admis par Ferrus et dont la planche VIII offj'i- luiî exemple. j
Les planches V et VI sont dos portraits d'idiots et d'imbéciles nésj de parents goitreux ; ils sont de taille moyenne, ont un système musculaire développé. L'un d'eux même (pl. V, fig. 2) était d'une fore remarquable ,
En résumé, au lieu de réunir sous la dénomination de crétinisnifr tous les cas dans lesquels l'intelligence est plus ou moins com])lèlement arrêtée dans son développement, j'ai cru utile, dans les contrées atteintes par l'endémie du goitre et du crétinisme, de diviser ces cas en trois classes dont les types se trouvent dans les huit premières planches (Crétinisme — Arrêts de développement — Idiotie endémique). ^ ^
Il convient d'ajouter que si cette division repose sur des faits exacts,* elle peut néanmoins soulever des critiques, fondées surtout sur le nombre très grand des cas intermédiaires qui relient entre elles les trois classes.
Non seulement les crétins offrent des arrêts de développement, mais ou trouve en outre beaucoup de cas de crétinisme incomplet. On voit par exemple des sujets dont la taille s'est développée, mais dont le crâne et la face conservent encore d'une manière très tranchée les cai^actères propices au crétinisme, et c'est ce qui arrive assez» souvent quand celui-ci tend à disparaître dans une famille. • v
D'autre part, on sait qu'il y a beaucoup de variétés dans la conformation physique des idiots ; mais on ne trouve point chez eux ce type trapu que représentent les planches I et II.
On rencontre, d'ailleurs, de loin en loin dans les villes quelques cas très rares de crétinisme sporadique, mais le plus souvent, ces cas n'offrent point réunis tous les caractères de la dégénérescence.
Les planches XI et XII sont des exemples de ce crétinisme sporadique ; la taille est petite et trajxie ; l'intelligence arrêtée dans son développement, la dentition incomplète et en outre on n'observe aucun signe de puberté chez ces deux filles dont l'une a vinglquatre ans et l'autre vingt-sept. Il importe cependant de faire ' remarquer que dans l'un des deux cas au moins, les caractères du crétinisme n'existent pas dans le crâne et la face, ce qui rend ce cas.; difficile à classer (planche XII).
Chose curieuse, la fille de vingt-quatre ans, qui est née à Paris,'avait dès ses premières années une tumeur au devant du cou. Celle tumeur, à l'âge de six ans, avait acquis le volume d'un œuf et les parents la firent enlever. 11 convient d'ajouter que le père de celle fille était Suisse et né dans le canton de Neufchatel.