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RÉSUMÉ

La paralysie générale s'observe assez souvent à l'état de simplicité; elle est alors caractérisée par les seuls symp- Lûmes que tout le monde s'accorde aujourd'hui à regarder comme pathognomoniques : les symptômes de démence L't de paralysie.

Elle parcourt ainsi progressivement toutes ses périodes sans être ni précédée ni compliquée de manie paralytique; elle est donc tout à fait indépendante de la folie.

C'est une maladie « permanente, continue, progressive, à tendance fatale : elle a des lésions déterminées, des symptômes propres, constamment les mêmes», (Magnan.)

La manie paralytique caractérisée par le délire des gran- ( deurs, l'hésitation de la parole et le plus souvent par l'iné- [ galité des pupilles est une vésanie spéciale ayant son exist tence propre et tout à fait indépendante de la paralysie

Pour le démontrer, on peut invoquer les faits suivants : 1" L'absence des lésions de la périencéplialite chronique

gQg THÉORIE DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE

constatée à l'autopsie, chez des malades qui avaient offert les symptômes des premières périodes de la paralysie générale.

2° La terminaison de la folie paralytique par la démence simple sans paralysie.

3° Les transformations et les intermittences de la folie paralytique (folies paralytiques à formes alternes, folies paralytiques h double forme, folies paralytiques intermittentes). ■'

Ces transformations et ces intermittences si fréquentes dans les simples vésanies sont, en effet, bien difficiles à . comprendre, si, au lieu de rapporter les symptômes à des • vésanies spéciales qui précèdent ou compliquent la périen- • céphalite, on les considère comme l'expression directe de cette maladie.

4° Les cas de guérison après une longue durée de la i maladie, cas dans lesquels il serait très difficile d'admettre, l'existence d'une périencéphalite.

La paralysie générale s'observe donc sans être précédée ! ni compliquée de manie paralytique; et, d'autre part, lai manie paralytique existe assez souvent en dehors de la paralysie générale et sans rapports avec elle.

La paralysie générale et la manie paralytique constituent donc deux maladies distinctes et indépendantes.

Ce fait établi, il restait à examiner quels sont les rapports de ces deux maladies.

Dans un très grand nombre de cas, la manie caractérisée par le délire des grandeurs, par l'hésitation de la parole et le plus souvent par l'inégalité des pupilles est suivie de démence paralytique.

D'après l'opinion généralement admise, la manie ambitieuse et la démence paralytique ne seraient alors que deux périodes d'une périencéphalite primitive.

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Les symptômes de la manie paralytique pourraient donc s'observer dans deux conditions très différentes :

r Dans la manie paralytique indépendante de la paralysie générale, et ils seraient alors provoqués par de simples troubles circulatoires.

2° Dans la paralysie générale, dont ils formeraient la première période; ils devraient, dans ce cas, être regardés comme l'expression symplomatique directe d'une périencéplialite.

J'ai combattu cette opinion et cherché à démontrer que les symptômes de la manie paralytique sont toujours de même nature, qu'ils soient ou non suivis de paralysie générale.

La manie paralytique resterait donc, dans tous les cas, une vésanie spéciale dont la paralysie générale ne serait qu'un mode de terminaison; elle précéderait alors la démence paralytique comme la manie simple précède la démence simple.

On peut, pour le prouver, invoquer les faits qui se rapportent aux guérisons temporaires et aux rémissions.

1° Guérisons temporaires. Quand la manie paralytique se termine par la guérison, il arrive assez souvent que cette guérison n'est que temporaire.

Après six mois, un, deux ou même trois ans, les malades qui ne conservaient aucun vestige de leur accès sont atteints de paralysie générale.

L'accès qui a guéri après s'être souvent prolongé six mois ou plus est alors considéré comme une première attaque de périencéphalite.

Cependant, ''puisqu'il existe des accès en tout semblables produits par de simples troubles circulatoires, comment démontrer que ces accès guéris, mais suivis plus tard de

paralysie générale, n'appartenaient pas à ce dernier ordre défait?

Comment comprendre qu'un malade, après une attaque de périencéphalite qui se prolonge six mois ou plus, puisse recouvrer l'intégrité de son intelligence?

Il y a d'ailleurs" des cas dans lesquels on ne peut admettre l'existence de la périenfcéplialite. Ce sont ceux dans lesquels les malades ont eu successivement plusieurs accès suivis de guérison et qui cependant meurent de paralysie générale à la suite d'un dernier accès en tout semblable aux précédents.

Dans ces cas, les malades n''ont pas eu plusieurs attaques successives de périencéphalite, et le dernier accès, bien qu'il sg soit terminé par la démence paralytique, ne peut être regardé comme étant d'une nature différente de ceux qui l'avaient précédé.

La manie paralytique qui, après une guérison temporaire, est suivie de paralysie générale n'est donc pas d'une nature différente de celle dont la guérison est durable et qu'on s'accorde à expliquer par de simples troubles circulatoires.

Quand un premier accès de manie simple se termine par la guérison et qu'un second accès se termine, au contraire, par la démence, on n'a jamais songé à regarder ces deux accès comme d'une nature différente et il doit en être de même pour les accès de folie paralytique.

2" Des rémissions. Dans les cas,Jrès nombreux qu'on désigne sous la dénomination de rémissions, la manie paralytique se termine aussi par la guérison, mais le malade revenu à la raison, au lieu de recouvrer l'intégrité de son intelligence, offre des symptômes plus ou moins prononcés de démence paralytique.

Il y a donc dissociation entre la manie paralytique qui guérit et la paralysie générale qui commence.

Or, n'est-il pas bien étrange de voir ainsi, dans un grand nombre de cas, la manie paralytique, si elle était le symptôme direct de la périencéplialite, et si elle en constituait la première période, se terminer par la guérison, alors que des lésions graves ont déjà commencé à se produire (1)?

On oublie d'ailleurs que cette prétendue première période est un accès de manie, et que la manie a depuis longtemps sa place à part dans le cadre nosologique.

On oublie encore qu'il n'est nullement nécessaire de faire intervenir la périencépbalite pour expliquer le délire (les grandeurs diffus et incobérent, puisque ce délire se produit souvent sous l'influence de simples troubles circulatoires.

La manie paralytique éclate très souvent au début ou dans le cours de la paralysie générale, c'est-à-dire cbez des malades atteints déjà de périencépbalite cbronique. Or, fait bien remarquable, on voit encore dans ces conditions l'accès de manie se terminer quelquefois par la guérison.

La paralysie générale existait avant, elle continue après et l'accès de manie n^est intervenu que comme complication.

Dans tous ces cas, qu'on regarde à tort comme de simples rémissions de la paralysie générale, la manie paralytique ne saurait donc être considérée comme un symptôme direct de la périencépbalite cbronique ni comme une période de cette maladie.

(1) « Chosesingulière, dit Morel, c'est la pat-alysie progressive, la plus coinproraetlante de toutes les variétés d'alicuations, celle qui se lie d'uuc manière intime à des lésions bien définies de l'encéphale, c'est, dis-je, la paralysie progressive qui offre les rémissions les plus extraordinaires. » . Ces rémissions extraordinaires, que rappelle Morel, seraient eu effet très singulières et bien difficiles à expliquer si l'accès de manie était le symptôme direct des lésions organiques ; si l'on admet, au contraire, que cet accès est une vésanie spéciale qui précède la paralysie générale, les rémissions deviennent beaucoup plus faciles à comprendre.

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