DU SYSTÈME DIGESTIF, ANÉVRISME DU CŒUR ET DE L’AORTE
Confirmés par l’autopsie cadavérique.
«. Quam fallacia sunt morborum signa! O filii seduli estote in assignants morborum caracteribus ! O quantum difficile est cognoscere morbos pulmonum et de iis certum dare præsagium! Fallunt vel peritissimos, et ipsos medicinæ principes, n
Baglivi, prat. med. , lib. x , caput. g.
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ne affection organique du cœur, une phthisie tuberculeuse, ainsi qu’une plilegmasie chronique de l’estomac et de tout le système intestinal, ont été, en même temps, après quinze mois de maladie, la cause de la mort de Baptiste Charmeil, âgé de vingt-un ans. A quoi donc attribuer un tel conflit de maux?
Une mélancolie vague, des palpitations qu’il
éprouvait sans que celles-ci fussent assez sensibles pour que nous pussions nous en apercevoir nous-mêmes , une constitution diarrhéique, une poitrine resserrée , un accroissement beaucoup trop rapide, d’assez fréquentes fluxions sur les yeux, sur les dents qui étaient toutes cariées, une éruption permanente sur le front, qui avait disparu depuis sa maladie ( 1 ) , un amaigrissement assez sensible quelques mois avant son départ pour Paris ( le 1 1 décembre 1816), auraient peut-être dû nous éclairer sur son véritable état, si ce concours de choses eût, particulièrement, pu fixer nos sens auxquels en imposait une tristesse extrême , que nous ne rapportions qu’a sa situation morale, lorsqu’elle n’était que 1 expression sourde d’un mal déjà avancé. Aussi, pensionsnous, dans notre aveuglement, qu’un nouveau genre d’existence , conforme à ses goûts , le rendrait à la santé , en changeant inévitablement sa situation.
Il partait pour Paris : telles étaient, du moins, nos espérances. Nous ne songions pas à creuser notre esprit d’une douloureuse prévoyance.
(1) Le Docteur Beaumes a remarque que tous ceux qui avaient le sang âcre ou les humeurs manifestement disposées à produire des rougeurs , des boutons à la peau , des chaleurs internes, etc., étaient plus enclins à la contagion phthisique. ( Traité de phthisie pulmonaire , T. t.cr1 Pa£c 5oS).
Devons -nous, ingénuement, accuser notre imprévoyance, la faiblesse de notre discernement , ou bien, pour moins mal juger de nous, faut-il tout attribuer à l’incertitude de notre art, lorsque les symptômes ne sont pas assez évidens pour parler d’eux - mêmes ? Il est si difficile d’assigner, toujours, le caractère précis de certaines maladies , de le préjuger même ! Du moins , la sentence de Baglivi , que nous avons prise pour épigraphe, devrait. - elle être constamment présente à l’esprit du médecin, pour le porter à la plus grande réserve.
S’il est, cependant, un moyen de prévenir de funestes désordres, c’est au principe du mal qu’il faut s’arrêter} car, lorsque l’altération organique est éminente, l’art est souvent impuissant : Principiis obsla , etc. Et encore est-il de foit que la plus grande altération des organes existe quelquefois déjà, sans que le désordre des fonctions elles-mêmes y réponde manifestement, effet de la marche lente et progressive du mal qui entraîne notre perte. N’a-t-on pas vu des viscères détruits sans qu’on ait seulement pu se douter de leur altération!’ La nature a, sans doute, des moyens de suppléer à des fonctions que nous sommes étonnés de voir jouer, bien que l’or-
gane manque, ou qu’il soit des plus entravés dans ses opérations.
Enfin est -il vrai que cet infortuné jeune homme , dont le développement des facultés fut si précoce , ne fut pas plutôt en route pour Paris , que la fièvre se déclara. Arrivé dans la capitale , soutenu par son courage et l’espérance, il fit des efforts pour braver son mal qui s’accrut , chaque jour, par une diarrhée que provoqua probablement l’eau séléniteuse de la Seine. Une fièvre symptomatique compliqua son état qui marcha, bientôt, avec une telle évidence de caractère, que la plidiisie pulmonaire parut manifeste , lorsque le danger éminent de sa position décida à le renvoyer à Metz , au sein de sa famille.
Nous le reçûmes apres deux mois de séjour a Paris } mais quels funestes progrès a fait son mal ! la consomption est manifeste • elle est évidemment le résultat d une phthisie pulmonaire déjà très-avancée.
-le ne m’arrêterai point à décrire les circonstances les plus ordinaires de son état , ce serait
rappeler , ce qu’on a dit mille fois de ces sortes d’affections ; cependant durant sa longue année d’agonie, quelle variété d’accidens , cjuelles modifications dans sa sensibilité ! Que d’intervalles de bien , et que de troubles funestes pour déterminer clairement la nature précise de ses maux ! Tantôt, c’est, à la fois, une toux d’accès avec abondance de crachats d’apparence muqueuse , sans odeur } difficulté de se coucher sur l’un et l’autre côté, ou sur un seulement} douleur vive vers la région épigastrique, accompagnée de palpitations constantes vers le côté droit. D'autrefois la poitrine cesse d’être le siège du mal , tandis que vers le ventre seul paraît résider l’irritation. Le malade se couche alors indifféremment sur l’un ou l’autre côté de la poitrine , et ne cesse d’appéter les alimens. Dans d’autres circonstances , ce sont des bouffées de chaleur qui s’évaporent de sa bouche et de scs narines , des grincemens de dents , de vioîens spasmes qui menacent de l’étouffer, une susceptibilité nerveuse tellement vive , cjue le moindre mouvement , la chute même d’une feuilfb de papier provoquent des convulsions, lorsqu il s’aperçoit, à l’instant même, qu’une troisième porte est ouverte, celles qui sont les plus rapprochées de lui étant fermées} un
odorat si fin qu’il s’aperçoit , de loin , du moindre dégagement d’odeurs, tant ses nerfs s’excitent aisément. Souvent sa fièvre est évidemment hectique, d’autrefois il n’en a nulle apparence, et ses forces lui permettent de se promener. Le ventre, alors, ne parait pas plus affecté que la poitrine ^ on croit même s’apercevoir d’un peu d’augmentation dans le volume de ses membres. Dans son état de mieux-être , ses palpitations ne se faisaient pas moins sentir sensiblement à droite vers l’appendice xyphoïde , au lieu d’être à gauche. Le malade croyait même percevoir la fluctuation d’un liquide pesant sur le diaphragme, du moins en avait -il le sentiment. Des essouflemens , une forte oppression qui l’empêchait de rester plus de cinq à six minutes debout, tendaient à favoriser l’idée qu’on pouvait se faire cl’une collection qui aurait dévié le cœur à droite. C’était précisément du côté gauche dont il se plaignait le plus. Le fait est, d’ailleurs, qu’avant sa maladie, nous n’avions jamais eu lieu de soupçonner une affection de poitrine., mais qu’il avait toujours cru avoir un anévrisme , parce qu’il lui semblait éprouver des palpitations plus sensibles
Que d' incertitudes dans nos jugemens, que de difficultés pour établir un diagnostic sûr !
Tout sans doute démontrait une lésion organique profonde. Nous devions soupçonner une phthisie tuberculeuse des poumons et du mésentère. Nous devions même nous attendre à une plilegmasie chronique du système digestif} mais nous ne restions pas moins incertains sur l’existence d’un épanchement que nous présumions exister plutôt qu’un anévrisme.
La nature de son mal nous parut d’abord assez grave pour ne pas hasarder une médecine trop active. Nous recourûmes cependant aux exutoires. Un vésicatoire appliqué sur la poitrine accrut l’extrême sensibilité du sujet, aussi y sub'stitua-t-on un cautère pratiqué sur l’une des cuisses, le ventre étant, alors, plus particulièrement le siège du mal. Un large épitheme de pommade stibiée lui avait déjà été appliqué, à Paris, entre les deux épaules.
L’épuisement du sujet, l’anomalie et la variété des accidens, une susceptibilité nerveuse extrême, un état assez habituel d’irritation générale ou de fluxion sur un point ou sur l’autre, devaient nous rendre singulièrement circonspects, et ce n’était guères, ici, qu’une médecine de symptômes qu’il fallait faire.
Aussi lorsqu’il n’existait aucune espèce d’excitation, usions-nous, pour soutenir un peu ses forces, d’une décoction légère de lichen édulcorée ou d’une gelée agréable de cette plante, en supprimant , toutefois , celte prescription quand la moindre irritation apparaissait. Dans ce dernier cas , et le plus ordinairement , on conçoit que la médication devait être des plus adoucissantes, en y comprenant, bien entendu, un régime alimentaire analogue. Eussionsnous pu méconnaître alors cet aphorisme si judicieusement exprimé par Hippocrate, sect. i.re, aph. 1 6 : Victus humidus fébricitant Unis omnibus confert , aphorisme que le savant Bosquillon a interprêté, ainsi, dans ses notes de sa traduction des aphorismes : « Le régime stimulant que nos novateurs 'veulent substituer à celui que recommande le père de la médecine , produit tous les jours des maux incroyables. »
C’est ainsi que nous prolongions une maladie qu’un traitement positivement tonique ou stimulant, aurait inévitablement conduit à une issue prompte et douloureuse. Du moins faut-il rendre le plus doux possible ce plan incliné qui conduit à la mort ( i ) !
(') Eloge île Pou lletier ve la Salle., par Vicq-b’Aïxr ,
Que n’eût point fait une médecine perturbatrice ! Trop de Médecins, malheureusement, égarés par la plus incendiaire des doctrines, s’imaginent que la débilité apparente des forces exige toujours l’emploi des toniques, sans voir que, la plupart du temps, ce dépérissement ne doit être attribué qu’à un principe d’irritation qu’il suffirait de détruire par une médication entièrement contraire à la leur , pour parvenir à la guérison, du moins retarder les progrès du mal.
Incapables de concilier à la fois l’existence de deux états opposés dans l’organisme, comme faiblesse et irritation , ne considérant qu’une débilité parfaite, ou bien une force exclusive, iis ne voyent pas que leurs décisions sont presque toujours celles de l’ignorance ou de la prévention, comme s’il n’était pas plus rationnel d’embrasser l’ensemble des symptômes, en les rap-
tiSes médecins, qui étaient ses amis et ses confrères, reconnurent , de bonne heure , c/ue les suites de sa maladie seraient funestes^ et ils ne firent point, pour le guérir , des efforts qui auraient été sans succès, n
Celse a établi pour principes que , dans de certaines maladies, on doit s’abstenir des remèdes pour ne les pas difia— mer. Il serait plus humain et plus vrai de dire qu’il faut cesser alors d’en faire usage, pour ne pas augmenter la souffrance des pauvres malheureux condamnes à mourir.
portant aux clifferens systèmes d’organes, dans les diverses modifications de la vitalité. Ainsi marchent - ils imprudemment dans un sentier d’erreurs homicides, encouragés, d’ailleurs, par un public qui s’en laisse trop souvent imposer, parce qu’il aime un certain genre d’originalité ou de basse complaisance. Mais loin qu’on puisse accuser notre art de tous les maux qu’ils commettent seuls, rendons hommage à cette philosophie médicale de nos temps. Que de succès elle promet à celui qui en cultive les principes !
Immortel Bichat, Newton de la médecine, n’as-tu pas fixe les lois de la vitalité, autant, toutefois, qu’il est permis à notre intelligence de les concevoir !
Si la simplicité des règles est toujours la preuve du perfectionnement d’une science, quoi de plus admirable que les propriétés de la vie telles qu’il les a établies, rapportées à ces élémens] organiques, dont il a si bien différencie' le caractère ! Que de phénomènes pathologiques se trouvent expliqués par là ! Et n’était- ce pas faute d’envisager convenablement ces phénomènes, qu’on avait si mal con<;u le traitement
des maladies? Quoi de plus lumineux que le principe que ce grand homme a établi : « que les dérangeimns maladifs d'un organe portent toujours sur la force vitale dominante , » sans , toutefois séparer celle-ci de la matière organisée dont elle ne paraît que l’attribut.
Puisse aussi cette doctrine pliysiologico-pathologique tendre bientôt à sa perfection ! Un homme de génie, un Médecin militaire, Professeur de l’hôpital d’instruction de Paris , promet de justifier nos espérances. Il est seulement fâcheux qu’on ait à lui reprocher d’avoir usé de peu de ménagemens envers son maître, cet illustre nosographe qui, de nos jours, a élevé un si beau monument à la médecine.