‹ Recherches sur les modifications de proportion de quelques principes du sang, fibrine, globules, matériaux solides du sérum, et eau, dans les maladiesChapitre 16 sur 21 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Maladies dans lesquelles les globules du sang sont spon- * tanèment diminués.

Dans les faits divers que nous avons jusqu’à présent analysés, nous avons vu les globules du sang diminuer ' d’une manière constante sous l’influence des pertes de saiig et de la soustraction des aliments 5 nous les avons vus

diminuer également pendant le couxs de certaines maladies qui s’opposaient à la libre et complète réparation du sang , comme le cancer d’estomac et les tubercules pulmonaires.

Il y a en outre certains états cachectiques qui ont aussi pour ell'et d’abaisser le chiffre des globules; ainsi nous avons vu ce chiffre descendu à 68,8 chez un individu qui, à la suite d'accès répétés de fièvre intermittente, était tombé dans cet état spécial d’étiolement qui en est si souvent l’effet (i); ainsi chez un malade atteint d’un diabètes sucré qui l’avait profondément épuisé, nous avons trouvé aussi les globules du sang diminués (2). Chez un autre, devenu hydropique par suite d’une dilatation anévrismale du cœur, le chiffre des globules nous frappa également par son peu d’élévation, 11e marquant que 68,3 (3). Nous recevons souvent dans nos hôpitaux des ouvriers qui, sou- : mis depuis longtemps à l'influence des préparations de plomb, sont tombés dans un épuisement tout particulier, cachexie saturnine. Chez tous les malades de ce genre

(1) Voyez l’analyse du sang de ce malade à l’article des fièvres inter-

mittentes; c’est le 6e cas du tableau.

(2) Composition du sang dans ce cas :

Fibrine 2,8

Globules 86,3

Matériaux solides du sérum 80,2

Eau 83o,7

(3) Composition du sang dans ce cas :

Fibrine.... 3,6

Globules 68,3

Matériaux solides du sérum 84,9

Eau .... 844,2

dont nous avons examiné le sang, nous avons trouvé comme altération constante, un abaissement des globules au-dessous de leur cbiiTre normal. Dans un cas où cette cacliexieconstituaitlaseule maladie , il n’y avait que 83,8 en globules, etcependant l’individu se nourrissait bien (i). Dans les chapitres précédents se trouvent épars d’autres cas dans lesquels la cachexie saturnine existait chez des individus atteints de maladies de nature variée ; et chez eux, quelle que fût leur maladie, elle marquait son existence par l’abaissement du chiffre des globules. Mais indépendamment de ces cas divers, il en est d’autres dans lesquels, d’une manière toute spontanée, le sang vient à perdre une grande partie de ses globules , en même temps que son eau augmente, et que d’ailleurs la fibrine et les matériaux solides du sérum ne s’altèrent pas dans leur quantité d’une manière sensible. C’est cette espèce de modification du sang qui constitue essentiellement l’anémie 5 le seul fait de la diminution de la fibrine ne lui donne pas naissance.

La chlorose peut être considérée comme le type de l’anémie, elle reproduit dans le sang les mêmes altérations de composition que celles qu’y déterminent accidentellement les grandes hémorragies-, on va en juger par les détails suivants.

Mais d’abord nous avons besoin d’établir l’existence de

(1) Composition du sang dans ce cas :

Fibrine 2 ,8

Globules 83 ,8

Matériaux solides du sérum 78,1

deux degrés dans la chlorose. Dans un premier degré la maladie est encore mal caractérisée- Loin d’être décolorées, les jeunes filles ont une teinte rosée qui pourrait en imposer pour un état pléthorique; mais c’est là une fausse pléthore : les malades sont déjà faibles et sans résistance. Si on les saigne, les accidents qu’elles éprouvent augmentent d’intensité; leurs vertiges, leurs palpitations s’en accroissent, et si enfin on examine leur sang, on y constate déjà une notable diminution des globules, mais qui est loin toutefois d’être celle qui aura lieu par la suite.

Cinq cas de ce genre ont été étudiés par nous; dans ces cinq cas les globules fournis par le sang de la première saignée ont varié entre ii3,7 et 99,7; c’est là une faible diminution de globules, qui révèle plutôt une simple tendance à la chlorose, qu elle ne caractérise une chlorose bien établie.

Quant à la fibrine, elle s’est maintenue, dans quatre de ces cas, dans sa quantité normale, variant de 2,4 à 3,6 ; dans un cinquième cas la fibrine, loin de diminuer, s’éleva au contraire jusqu’au chiffre 5,3; mais nous pûmes nous en rendre compte, car dans ce cas la chlorose était accompagnée d’une bronchite aiguë d’une assez grande intensité; dès-lors rien de plus simple que cette élévation du chiffre de la fibrine, rien de plus conforme aux lois que nous avons précédemment posées. A ce faible degré, la chlorose n’empêche donc point laccomplissement de ces lois ; elle ne s’y oppose pas non plus alors qu’elle sera beaucoup plus avancée , comme nous allons le voir tout-à -l’heure.

Nous n’avons rien à dire, dans ces cinq cas, des matériaux solides du sérum, qui varièrent de 76,5 à 91, 4, non plus que de l’eau, qui monta le plus souvent au-dessus de

sa quantité normale. Arrivons maintenant à d’autres cas dans lesquels, parles symptômes, la chlorose plus avancée ne peut être méconnue. Si alors on se livre à 1 examen du sang, on y constate une diminution de globules, diminution telle qu’on ne la trouve à ce point dans aucune autre maladie, excepté dans celles où, soit par d’énormes hémorragies, soit par l'abolition de la digestion, l’organisme s’est trouvé profondément épuisé. Dans neuf cas de ces chloroses conlirmées nous avons examiné le sang , i° avant qu’aucun traitementn’ait été commencé } 2° après que des moyens thérapeutiques propres à le modifier eurent été mis en usage, des saignées d’une part, des préparations ferrugineuses d’autre part.

Lorsque nous avons examiné le sang avant l’institution de tout traitement, nous avons obtenu les résultats suivants.

Les globules ne se sont élevés que trois fois au-dessus de 60, représentés par les chiffres 77,5, 70, 1 , 62,8 ; ils se sont maintenus deux fois entre 60 et 5o (56,9, 54,6); ils sont descendus trois fois entre 5o et /\o (49,7,49,61 46,6), une fois enfin ils se sont abaissésjusqu’au chiffre 38,7(1), chiffre le plus basque nous ayons rencontré, si ce 11’est dans un cas d’hémorragie utérine précédemment cité, où nous n’avons trouvé en globules que 21 ,4- Dans ces neuf cas qu’est devenue la fibrine? Elle n’a pas subi l’influence de la maladie, elle n’est pas descendue avec les globules; elle s’est maintenue dans les limites de sa quantité normale, variant de 2,6 à 3,6 ; elle. s’y est maintenue, excepté dans

(1) Il s’est présenté dernièrement dans nos salles une jeune 1111e chlorotique , chez laquelle les globules, descendus encore plus bas, n’ont donné que 27,9. Les autres matériaux du sang étaient à l’état normal, excepté l’eau qui était montée à 886.

deux cas où, loin de s’abaisser, elle s’est notablement élevée, atteignant les chiffres 5,3 et même 7,4. Pourquoi cette exception, qui parait d’abord si singulière? C’est que, dans ces deux cas, la chlorose n’existait plus comme unique maladie; c’est que, dans un cas, elle marchait avec une phthisie pulmonaire arrivée déjà au troisième degré; c’est que, dans le second cas, la chlorose s’était momentanément compliquée d’un rhumatisme articulaire aigu. Ainsi nonseulement la fibrine se soustrait aux altérations que le sang éprouve par le fait de la chlorose, mais encore, si une autre maladie vient coïncider avec celle-ci, la fibrine en reçoit sa modification accoutumée, tout aussi bien que si la chlorose n’existait pas.

Dans ces neuf cas de chlorose les matériaux solides du sérum ont varié entre 94 et 75 ; l’eau, toujours fort abondante, aprésenté pour minimum 810, 1 et pour maximum 868,8.

Examinons maintenant 1 influence du traitement. Une de ces chlorotiques fut saignée une seconde fois sans qu’on ait administré le fer, sesglobulcss’abaissèrentdc 62,8 a 49-

Deuxautres 11e furent saignées de nouveau qu’un certain temps après que nous eûmes commencé à leur administrer du fer. Chez l’une d’elles nous trouvâmes les globules remontés de 49:7 à 64,3 ; chez l’autre, qui avait continué plus longtemps l’emploi des préparations ferrugineuses, les globules, qui n’avaient donné que 4^,6 à la première saignée, avaient atteint le chiffre 95,7 après l’administration du fer.

Dans ces deux cas d’ailleurs, la fibrine ne fut pas plus notablement modifiée par l’action du fer que par celle de la maladie.

A la suite de ces cas, qui tous appartiennent à des

femmes, nous citerons, sous forme d’appendice, le cas d’un homme encore jeune qui , sans aucune cause connue, était tombé d’une manière toute spontanée dans un état d’anémie tel, qu’il nous présentait tous les symptômes d’une chlorose de médiocre intensité : son sang, examiné une première fois, ne contenait que 87,9 en globules, la fibrine ayant conservé, comme dans tous les cas de ce genre, son chiffre normal. Peu de temps après il fut de nouveau saigné : nous ne trouvâmes plus que 77,2 en globules. Il fut alors soumis à l’emploi des préparations ferrugineuses , et , après qu’il en eut pris une assez grande quantité , nous voulûmes une troisième fois examiner son sang : les globules étaient remontés à peu près au même chiffre qu’à l’époque du premier examen (86,9). Cet homme, par son aspect, semblait n’avoir que médiocrement gagné par l’emploi du fer, qu’il avait pris d’ailleurs avec assez d’irrégularité (1).

(1) Chez un autre homme , plus âgé que le précédent , et plongé comme lui dans un état d’anémie qui paraissait avoir été la conséquence d’une alimentation longtemps insuffisante , le sang nous offrit un chiffra encore

plus bas de globules, 60 ,3 seulement.

Voici l’analyse du sang dans ce cas :

Fibrine '... 3,3

Globules 68,3

Matériaux solides du sérum 82,2

Eau 846,2

TABLEAU

Du rapport proportionnel des -différents principes du sang dans quinze cas de chlorose.

Cfl

FIBRINE

MATÉRIAU

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