PRÉFACE
à M. le conseiller d'État actuel, de Gille, qui nous ont communiqué , avec une bienveillance sans égale, les dessins photographiés des pièces du musée impérial de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg.
À M. J.-F.-G. Mever, conservateur du cabinet royal des médailles, à la Have ;
À M. l'abbé Cajot, directeur de la belle collection formée par la Société archéologique de Namur ;
À M. Jules Borgnet, archiviste de l'État et de la province de Namur, qui a mis à notre disposition les indications relatives aux monnaies qu'il avait réunies en parcourant le dépôt confié à ses soins ;
Et surtout à notre collègue et ami, M. Ch. Piot, qui nous a généreusement abandonné toutes les notes qu'il avait rassemblées sur là numismatique
namuroise.
Ce que nous avons dit, au sujet des comtes de Hainaut, sur l'origine du droit que possédérent nos dues et nos comtes de frapper monnaie en leur nom, et sur l'époque à laquelle il faut faire remonter l'exercice de ce droit, S'applique également aux comtes de Namur !. En rendant héréditaires dans leur famille les fonctions qu'ils tenaient des Empereurs, et en exercant pour leur propre compte l'autorité souveraine qui leur avait été confiée comme mandataires, les comtes de Namur durent tout naturellement substituer leur nom et leur effigie à ceux des Empereurs, dont la suzeraineté n’était plus qu'un vain litre.
Si, plus tard, on trouve dans les chartes impériales la reconnaissance de ce droit, il ne faut y voir que ce qui arrive toujours dans les transactions politiques, la sanction d'un fait accompli sur lequel il serait difficile de revenir ?,
Ce fut vers la fin du dixième siècle et pendant la première moitié du onzième que s’opéra, dans la Lotharingie, cette grande révolution du démembrement de l'Empire. Les ateliers monétaires des Mérovingiens et des Carlovingiens, fort nombreux en Belgique, continuèrent , pendant quelque temps, à frapper au nom des empereurs d'Allemagne; mais bientôt ce nom disparut complétement du numéraire pour faire place aux noms des seigneurs émancipés.
1 Recherches sur les monnaies des comtes de Hainaut.
* Voir, dans la Revue de la numismatique belge, t. 1, p. 55, une charte de Charles IV. en date du 18 décembre 1362, dans laquelle l'Empereur déclare que les comtes de Namur tiennent en fief de l’Empire le droit de frapper une monnaie légale et coursable dans leur comté, sans rien dire de plus sur l’origine de ce droit,
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Deux ateliers monétaires, Namur et Dinant, fonetionnaient, dès l’époque mérovingienne, sur le territoire qui fut depuis le comté de Namur. Ils continuérent à frapper sous les Carlovingiens ; mais, jusqu'à présent, on ne connait aucune monnaie des Otton et des Henri que l’on puisse leur attribuer avec certitude ?. Cette circonstance fait présumer que les comtes de Namur furent des premiers à s'emparer du droit régalien de battre monnaie en leur
nom.
Le château de Namur remonte très-probablement à l’époque romaine. Le grand nombre de médailles et de débris romains qu’on y découvre, sa situation extrêmement favorable à la défense, tout fait présumer que là se trouvait un des forts que Drusus fit élever sur la Meuse, seconde barrière de l'empire, contre les incursions des Germains. La plus ancienne mention de Namur que l’on trouve dans l’histoire ne remonte cependant qu’à l'an 689 : c'était alors un castrum dont Sigebert de Gembloux parle à propos d’un combat livré par Pepin de Herstal à Goselmar, fils du maire Warther. À partir de cette époque, le nom de Namur reparait fréquemment , mais sous une variété infinie de formes orthographiques 2. Au neuvième siècle, le château s’était entouré d'une bourgade , villa, vieus ; au onzième, cette bourgade était devenue une ville, civitas.
Le premier atelier monétaire de Namur que les comtes s’appropriérent, celui des Mérovingiens et des Carlovingiens, était probablement situé dans le château : c'était d'ordinaire dans de semblables forteresses que les seigneurs avaient leurs officines monétaires pour les mettre à l'abri d’un coup de main. Plus tard , quand la ville elle-même fut protégée par une muraille de défense,
i M. Piot a décrit, dans la Revue de La numismatique belge, t. K, 2% série, pl. XI, fig. 4, un denier d’Otton qu'il propose de donner à Namur, mais qui pourrait bien être de Nimégue.. M. Dannenberg a fait graver, dans le n° 5 des Mémoires de la Société n umismalique de Berlin, pl. IX, n° 92, un denier de l'empereur Henri I (ou 11?) qu'il attribue également à Namur. La lecture de cette pièce surfrappée laisse trop d'incertitude pour permettre de se prononcer d’une manière positive. Nous ferons remarquer, toutefois, que si ce denier de Henri est réellement frappé à Namur, il prouverait assez que la monnaie des comtes ne peut remonter plus haut qu’Albert HT, ainsi qu'on l'avait généralement supposé.
2 Namugo, Namuurum, Namurum, Namon, Naumene, Namucum , ete.
l'atelier put y être transporté. Au mois de février 1289 , le comte Gui placçait ses monnayeurs dans la maison de ville !. Quelques années aprés, selon Galliot, leur atelier était transféré dans la rue de la Croix, où il resta jusqu’à la fin du seizième siècle. Mais cette assertion de Galliot est contredite par un acte authentique. Ce fut seulement en 1422 que Philippe le Bon, ayant acquis des seigneurs de Dave, au prix de cinq cent cinq couronnes d’or, une maison, située dans cette rue et nommée le Faucon, y établit l'atelier monétaire, qui fut fermé, d'abord en 1528, puis définitivement en 1592. Cédée à la ville, par lettres de Philippe IT, du 3 mars 1563, pour en faire une école ?, puis reprise momentanément pour l'usage de la monnaie, en 1578, cette maison fut donnée par le magistrat aux révérends pères jésuites. Successivement agrandie par l'acquisition des maisons voisines, elle fut l’origine de leur magnifique établissement , aujourd’hui l'église de Saint-Loup et l’athénée royal. La partie de édifice où était naguère la bibliothèque de la ville occupe à peu près l'emplacement de l’ancien hôtel de la monnaie.
L'atelier monétaire demeura-t-il dans l’hôtel de ville depuis 1282 jusqu'au moment où il fut transféré dans la maison du Faucon, en 1422? On l'ignore. Au reste, les ateliers monétaires étaient alors plus faciles à transporter que de nos jours ; ils ne demandaient qu'un espace beaucoup moins étendu : une maison bourgeoise ordinaire leur suffisait amplement.
Quant aux monnaies frappées au commencement du siècle dernier, d'abord au nom de Philippe V, puis à celui de Maximilien-Emmanuel , elles ont été fabriquées dans un atelier établi derrière l'hôtel de ville actuel et adossé à la tour du beffroi. À cette époque, il n’y avait pas de rue entre le beffroi et l'hôtel de ville. Celle qui y existe aujourd’hui et qui porte le nom de rue de la Monnaiïe a été percée vers le milieu du dix-huitième siècle.
Dinant, de même que Namur, peut faire remonter son origine à l’exis-
1 Voir : Revue de la numismatique belge, t. 1, p. #1. Charte publiée par M. Ch. Piot. — Messager des sciences historiques, p.191, 1847, article de M. Borgnet. Il ne résulte pas positivement de l'acte de 1282 que la monnaie ait été placée dans la maison de ville, puisque cet acte prévoit même le cas où elle pourrait être établie dans autre maison, s’il li convenoit ; mais tout concorde à le faire croire. La maison de ville occupait alors le milieu de la place d’armes actuelle,
2 Archives de l’État, à Bruxelles.
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tence d’une forteresse romaine sur les bords de la Meuse. En 558, si l’on en croit une vie de saint Monulphe, écrite au onzième siècle, cet évêque de Tongres et de Maestricht consacra, à Dinant, une église en l'honneur de Ja Vierge : castrum Dionatum hereditarie suum , dit l’hagiographe!. Ce nom se retrouve ensuite successivement sous les formes suivantes : Dionant vicus (870), vico Deonato (985), emporium quod dicitur Dionant (dixième siècle), villa et oppidum (1080). Au sixième siècle, Dinant, comme Namur, était un château, au dixième un village et au onzième une ville. À cette époque, il devait même y exister un commerce important, puisque Frédéric, .archevêque de Cologne, accordait, dans sa ville, des priviléges spéciaux aux marchands dinantais ?.
L'atelier monétaire de Dinant fonctionnait sous les Mérovingiens et les Carlovingiens, comme nous l'avons déjà dit. Les comtes de Namur l'employérent concurremment avec les évêques de Liége, qui partageaient avec eux a souveraineté de cette ville 5. Cette copropriété indivise d’une même ville devait donner lieu à des contestations fréquentes. En 1297, la situation n'avait pas changé, puisque l'accord fait, cette année, entre le comte Gui et l'évêque Hugues, réserve expressément les droits des parties sur la ville de Dinant. Dans la suite, le différend se termina à l'avantage de l’évêque, qui demeura seul seigneur de cette ville.
Le château de Viesville ou Vieuville existait, dit Gramaye, avant l'invasion des Normands. Cette assertion aurait besoin de preuves. La plus ancienne mention authentique que nous connaissions de cette localité date de 1164 : c’est la donation que fait Henri l’Aveugle de la cure de Vieuville à l’abbaye de Floreffe.
Le château de Vieuville fut ruiné et détruit par les Liégeois, en 1431 *.
1 Acta SS., t. IX, p. 198.
? Lacomblet, Urkundenbuch, T, p. 308.
5 Cumque placuisset dominis qui pracerant loco, scilicet Henrico episcopo et comiti Alberto Namucenst, dit une charte de 1080, à propos de la construction du pont de Dinant. (Miræus, t. I, p.267.)
# Il existe encore quelques ruines du château de Viesville sur le sommet d’un monticule, dans la commune de ce nom, aujourd’hui province de Hainaut, arrondissement de Charleroi.
Les comtes de Namur avaient, à Vieuville, un atelier monétaire assez actif pendant le quatorzième siècle.
Dans le compte du domaine de 1355-1356, il est fait recette d’une somme de 36 sols pour le loyer d’une partie de le maison de le monnoïe monseigneur à Viesville. Ge qui ferait croire que, à partir de cette date, l'importance de l’atelier de Vieuville avait diminué, puisqu'on pouvait donner à une partie des bâtiments une autre destination.
On connait trois monnaies de Guillaume 1° frappées à Bouvignes, ville ancienne aussi et déjà entourée de murailles en 1176. Cette fabrication se borna-t-elle à ces trois pièces; fut-elle un fait passager dû à des circonstances particulières ? Nous l’ignorons. À défaut de documents écrits, la découverte de monnaies elles-mêmes peut seule répondre à ces questions. Notons en passant que l’une de ces monnaies de Bouvignes, l’esterlin ou tiers de gros, est unique et que d’une autre, du gros, ou blanc au lion, on ne connait que deux exemplaires.
Il existe quelques monnaies des comtes de Namur avec la légende : monETA DE NOVA VILLA OU NOVE VILLE, abrégée de diverses manières, d’autres avec MONETA VILLE OU VILLENSIS, En écartant ces dernières, qui peuvent être attribuées à Vieuville, toujours restait-il à trouver une localité du nom de Neuveville ou Neuville où les comtes de Namur auraient battu monnaie. M. Ch. Piot a judicieusement établi que cette localité n'était autre que la partie nouvelle de la ville de Namur, incorporée, dans la quatrième enceinte, au quatorzième siècle, et qui conserva sa juridiction et ses magistrats particuliers jusqu'à l'invasion française. Dans la basse Neuveville se trouvait une maison nommée la Vreille Monnaie, que Jacques du Pont prit à rente en 14981. C'est évidemment dans cette maison que les comtes de Namur avaient établi l'atelier de Neuveville.
Gette proximité de deux ateliers monétaires ne doit pas étonner ceux qui
* Revue de la numismatique belge, t. IT, 2° série, p. 310.
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sont quelque peu familiarisés avec les institutions du moyen âge, et elle doit moins étonner à Namur que partout ailleurs, puisqu'elle se rencontre également dans la plupart des villes voisines situées sur les bords de la Meuse : Maestricht et Vroenhof, Liége et Avroye, Hui et Statte.
Dans un Répertoire aux rentes du grand hôpital de Namur, manuscrit du quinzième siècle reposant aux archives de l'État, à Namur, on trouve le passage suivant , folio 80 verso : « Outremouze.... maison séant sur Mousse, » encontre le monoie. » Outre-Meuse doit s'entendre de Jambe, commune séparée de Namur par la Meuse et qui appartenait, par indivis, au comte de Namur et à l’évêque de Liége, sous la souveraineté du comte. On aurait tort d'en conclure qu’il existait un atelier monétaire à Jambe. Le mot encontre, qui ordinairement veut dire auprès, doit se traduire ici par : en face, visà-vis ; et, en effet, la monnaie de Neuveville se trouvait sur la rive gauche de la Meuse, en face d’une partie de la commune de Jambe.
Le château de Poilvache ou de Méraude, sur la rive droite de la Meuse, à trois lieues en amont de Namur, appartenait, au onzième siècle, à Conrad, comte de Luxembourg. 11 passa ensuite à Henri l’Aveugle, qui possédait à la fois les deux comtés de Luxembourg et de Namur. La paix de Dinant, conclue le 26 août 1199, entre Philippe le Noble, comte de Namur, et Thibaut de Bar, comte de Luxembourg, et qui termina les longues contestations qu'avait fait naître le partage de la succession de Henri, attribuait le château de Poilvache au comte de Luxembourg, qui le tiendrait en fief des comtes de Namur.
En 1342, Jean de Bohême vendit, pour la somme de 33,000 florins de Florence, le château et la prévôté de Poilvache à Marie d'Artois, comtesse douairière de Namur, avec faculté de réméré pendant trois ans. Il semble résulter d’un acte du 13 juillet 1348 que, à cette date, le comte Jean avait déjà usé de cette faculté. |
Mais il ne conserva pas longtemps sa nouvelle possession. Le samedi, veille de l’'Assomption de Notre-Dame 1344, il faisait acte de déshéritance, en faveur de Marie d'Artois, du château et de la prévôté de Poilvache qu'elle avait achetés, et le 5 septembre suivant, il ordonnait à tous ses vassaux de
reconnaitre la comtesse de Namur pour leur dame légitime. Gette acquisition était faite encore à charge de réméré pendant deux ans ; mais le comte de Luxembourg n’en ayant pas usé, Poilvache demeura définitivement acquis au comté de Namur.
Le château de Poilvache fut détruit par les Français, en 1554.11 en reste quelques ruines qui couronnent un rocher escarpé, aux bords de la Meuse. Dans le flane de la montagne, à l'entrée d’un ravin, on montre encore les restes d’une ancienne tour que les habitants du voisinage nomment la Tour de la Monnaie. C’est, sans doute, la tour où l’on avait placé l'atelier monétaire de Méraude. Cet atelier était ancien et considérable.
En 1298, le 45 août, le comte Henri de Luxembourg y avait établi quatre-vingts nouveaux ouvriers et vingt-deux monnayeurs, en leur accordant divers priviléges que Philippe le Bon ratifia le 14 février 1448, bien que depuis longtemps latelier de Poilvache füt fermé. Les descendants de ces monnayeurs y existaient encore sous Philippe If, qui, en 1589 , abolit entiérement leurs priviléges !.
C'est de cet atelier que proviennent les pièces frappées par les comtes de Luxembourg et par les comtes de Namur, portant : MONETA MERAUD, EMERAUD, ESMERAUD , MERAD , elC. |
La comtesse douairière, Marie d'Artois, qui avait acquis Méraude en son nom personnel, y frappa monnaie, comme dame de Poilvache. Son fils, Guillaume [®, qui avait obtenu de sa mère la cession de cette seigneurie, continua à y monnayer ; mais on présume qu'après sa mort, cet atelier fut fermé. On n’a, du moins, retrouvé aucune monnaie de ses successeurs portant le nom de Méraude.
De même que, dans le Hainaut et dans les autres provinces voisines, les premières pièces que frappèrent les comtes de Namur furent des deniers d’argent au poids des deniers impériaux , avec l’obole pour seule fraction. Ces deniers allèrent toujours en diminuant de poids, jusqu'aux petits deniers semi-
! Archives de l'Etat à Bruxelles. — Revue de la numismatique belge, t. 1, 2% série, page 439,
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muets qu'on attribue aux derniers comtes de la famille de Hainaut et de celle de Courtenay.
Gui de Dampierre, ainsi que sa mère Marguerite l'avait fait dans la Flandre et dans le Hainaut, introduisit, à Namur, le système tournois de saint Louis. Il frappa des doubles tiers de gros et des esterlins ou ters de gros. Son fils, Jean F7, inaugura les gros au type du château, semblables à ceux de Jean IT, due de Brabant. Pendant tout le quatorzième siècle, les monnaies de Namur ne furent que des multiples ou des subdivisions du gros français dont elles durent suivre plus ou moins les fluctuations fréquentes. Quant à leurs types, ils n’ont pas l'originalité que l'on trouve sur les monnaies du Hainaut : presque toujours, c’est la reproduction servile d’une pièce de Flandre ou de Brabant {.
À partir de Philippe le Bon , Namur, comme les autres provinces, vient se confondre dans l'unité du système monétaire établi par ce prince. Le titre de comte de Namur, à la fin de la légende, et un signe monétaire spécial, le briquet, font seuls distinguer les pièces de Namur de celles de Flandre, de Brabant, de Hainaut ou de Hollande.
Les historiens namurois et les anciennes créées, ou évaluations des espèces, nous ont conservé les noms populaires de quelques-unes de ces monnaies et des monnaies étrangères qui avaient cours dans le comté; c’étaient :
Les wihots où wihottes (nommés guillots, dans les arrêts du parlement de Paris de 1378 et 1416), petites monnaies de billon noir, simples ou doubles, qui couraient, en France, pour un ou deux deniers tournois. Ce nom sur l’origine duquel on a beaucoup discuté, nous semble venir tout naturelle-
i Quelques historiens namurois disent que les monnaies des comtes de Namur avaient pour empreinte un navire ! Gramaye conjecture que c'était à cause que la Tour de la monnaie était près de la Meuse. Autant d'erreurs que de mots! Il y avait, en effet, une tour, à Namur, qui portait le nom de Tour de la monnaie; mais elle se trouvait du côté le plus éloigné de la Meuse, non loin de la rue de Bruxelles, derrière l'hôtel des monnaies, aujourd’hui l’athénée royal. (Voyez Jules Borgnet, Annales de la Soctélé archéologique, IV, p. 55.) Quant à l'atelier situé à la Neuveville, il se trouvait en effet près de la Meuse; mais il n’y avait pas dans son voisinage de Tour de la monnaie. (Voyez ibid., IV. p.445.) Au surplus, le type d’un navire sur une monnaie d'argent ou de billon de l'époque des comtes de Namur, serait une chose tellement anormale que nous osons la déclarer impossible.
ment du nom des deux Guillaume de Namur. On aura dit des wihots, comme on a dit, plus tard, des louis, des frédérics, des napoléons. On sait assez que le nom de wihot se donnait alors à un mari trompé; il suffit pour cela d'ouvrir Roquefort. Mais quel rapport peut-il y avoir entre cette signification burlesque et une petite monnaie de billon ?
Les blaffarts ! ou tarelares, plaques ou doubles gros, les plus grandes monnaies d'argent. Quand nous disons doubles gros, ce n’est pas pour leur attribuer toujours la valeur de 2 gros, ou d’un 410" de livre : le surhaussement des monnaies fit varier souvent celte estimation; ainsi, en 1417, la tarelare était comptée pour 8 esterlins, ou 2 gros et ?/s de gros.
Les heaumez ou heaumes. Ce nom fut donné à diverses pièces et provenait du type, le heaume , dont elles étaient empreintes. En 1428, on forgeait des heaumes dont les trois faisaient 1 tarelare , et des demi-heaumes , à l’avenant. On trouve aussi le heaume , monnaie de compte dont nous aurons occasion de parler plus loin.
Les jolys, monnaies forgées, en 1374, par le comte Guillaume f*, et ainsi nommées à cause de la beauté de leur fabrication. Ce nom rappelle celui d’une monnaie que l’on faisait, dans le Hainaut, vers la même époque, les plaisants.
Les timbez (sic) de Namur, que le comte Guillaume IX faisait fabriquer, à la Neuveville, en 1417. Il est à supposer que témbez est une prononciation locale du mot timbré, ou heaumé. Le type de ces gros et de ces doubles gros, qui étaient assimilés à ceux que l’on forgeait alors en Flandre et en Brabant, devait être deux écus timbrés d’un heaume. (Voir plus loin, à l’article Guillaume IL.)
Les borghes mittes. Ce nom se trouve dans un compte de 1388. Nous présumons qu’il désigne des mites ou deniers noirs, au type, employé par Guillaume Ie, des bourgeois français à la croix patriarcale de Bourges. Borger, en flamand, veut dire bourgeois.
Les délivretés de Namur, pièces mentionnées dans une eriée du 271 juin
1 Xiliani Etymologicum. Blaffaert, nummus superficie plana ; nummus ulla signatus nota; nummus argenteus idem fere qui blancke.
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Sr ne ATEN ER SIN DE
1419 , et valant alors 7 wihots. Il y avait d’autres délivretés étrangers valant te) te et des vieux délivretés valant 10 wihots.
Les kamahu, portés à 14 wihots, dans la même criée. Était-ce une monnaie de Namur ou une pièce étrangère ? Nous l’ignorons.
Les moutons. Outre le mouton d'or de France et de nos provinces belgiques , il y avait, à Namur, un mouton, monnaie de compte plutôt que monnaie effective et d’une valeur beaucoup moindre que le mouton d’or. Ainsi, en 1433, on trouve un mouton valant 15 heaumes et un vieux-gros valant T heaumes. Voilà done un mouton qui ne faisait qu'environ 2 vieux-gros et qui, par conséquent, ne pouvait pas être la monnaie d’or de ce nom.
Les hardis. Le nom de hardi à été donné à différentes monnaies, entre autres à une monnaie de Guyenne d’origine anglaise. Il fut introduit en France sous Louis XF, qui imita , sur ses liards, le type des hardis du prince Noir et d'Édouard HE, le prince tenant l'épée haute. Aucune pièce de Namur, au type des hardis, n’a été retrouvée jusqu’à ce jour. Il est à présumer que c'était seulement une monnaie de compte.
Les bourbons , les aidants, sont des monnaies de Liége; les poqueux, des escalins de Metz; les hulpaix, les gros-nez, les chiroux, des liards de Liége et de Bouillon du dix-septième siècle. Les peeters , les clinquarts, les haies ou tuin , et les autres monnaies du Brabant, de la Flandre et du Hainaut, sont assez connues pour dispenser de toute sit tanl
Il nous reste à parler des visches ou poissons , ces prétendues monnaies dé Namur qui, d’après le père de Marne (qui n’en avait jamais vu et pour cause) avaient pour type un poisson. On se demandait bien comment une pièce aussi bizarre, comment ce poisson avait pu échapper jusqu’à présent aux filets des amateurs, mais on n’en continuait pas moins à le considérer comme une monnaie ayant réellement existé. Notre honorable confrère et ami, M. Jules Borgnet, archiviste de Namur, que nous avions consulté pour savoir Si Jamais 1] avait rencontré le mot visches ou poissons, dans un compte ou dans un document authentique, s’est assuré que cette drôlatique idée n’a d'autre origine qu'une mauvaise lecture, faite par de Marne du mot vieuxgros (vies gros) ainsi écrit Wu et la chose ne laisse pas l'ombre
CS
d’un doute, puisque la valeur attribuée au vische, par l’auteur namurois, est bien celle du vieux-gros, 5 haumes et 2 wihots !, Le type du poisson ira donc rejoindre celui du navire parmi les monnaies imaginaires. C’est, au reste, un curieux exemple de la manière dont une erreur historique s’engendre , s’accrédite et se propage, sans contradiction et l’un copiant l’autre, pendant de longues années.
Monnaies de compte. — Le plus ancien compte de la ville de Namur, celui de 1362-1364 ?, est établi en écus, hardis et gumes 5, à raison de 35 hardis pour un écu et de 42 guillaumes pour un hardi. Le hardi valait 9 deniers, tandis que le guillaume était le denier ou la 240 partie d’une autre livre plus petite, dans laquelle le hardi faisait 3 sols, 6 deniers, ou 42 deniers #.
Il fallait, d’après ce compte, 54 hardis et 1/2 pour un mouton de France ou denier à l'agnel, monnaie réelle, valant alors, en monnaie d’argent de France, 20 sols tournois. Le denier tournois ayant une valeur intrinsèque de 00.04 centimes T5, la livre tournois ferait fr. 9 93 centimes, et la 54me et 1/2 partie de cette somme, ou le hardi, environ 18 centimes.
! Registre dit aux esselles, fol. 61.
2? Aux archives de la ville.
5 Probablement guillaume, ou wihots. L'étymologie du mot wihot deviendrait ainsi incontestable.
# Cela résulte du caleul suivant. En 1561, pour la tierche part de le Hanse, la ville recoit 43 livres (le hardi compté pour 3 sols, 6 deniers, done 43 petites livres). En 1362, 98 livres, 6 deniers. En 1565, 20 livres : en tout 91 livres, 6 deniers, ou 21,846 deniers. En divisant 21,846 deniers par 42 deniers (la valeur du hardi), on trouve 520 hardis 6/42", ou 14 écus, 30 hardis et 6/42" que le compte appelle games.
$ Tables de M. Natalis de Wailly, dans le XXI® volume des Mémoires de l’Académie des inscriptions el belles-lettres.
$ Lorsque la monnaie réelle, dont on déduit la valeur intrinsèque d’une monnaie de compte, ou la quantité d'argent que celle-ci représentait à une époque donnée, est une pièce d’or, il faut commencer par chercher combien cette pièce d’or valait alors en monnaies d’argent et opérer sur celles-ci. L'argent était, depuis Charlemagne, comme il est encore à présent, notre véritable étalon monétaire. Si l’on calculait la valeur d’une monnaie de compte directement d’après la valeur intrinsèque d’une pièce d’or, on obtiendrait un résultat inexact; car le rapport de l'or à l'argent n’était pas en ce temps-là le même qu'aujourd'hui. Parfois le document ou le compte fournit un moyen plus facile de déterminer la valeur intrinsèque de la monnaie dont il parle,
ee S .
Comme le hardi valait 9 deniers de la livre ordinaire, on trouve pour la valeur intrinsèque de cette livre fr. 4 80 c‘, pour celle de la petite livre, dans laquelle ce même hardi était compté pour 42 deniers, fr. À 02 es.
À partir de 1384, les comptes de la ville sont rendus en moutons, hiaumes (heaumes), wihots et copilles. Ce mouton de compte, qu’il ne faut pas confondre avec le denier à l’agnel, faisait 15 heaumes !, le heaume 6 wihots, et le wihot 9 copilles ?.
Voici maintenant quelques points de départ qui peuvent servir à déterminer la valeur, si variable alors, du heaume. On comprend que pour suivre cette valeur dans toutes ses oscillations, il faudrait avoir à sa disposition une quantité suffisante de documents sans lacunes ni interruptions; ce qui n'existe pas. On ne pourrait donc faire qu’un travail incomplet et dont l'utilité serait fort contestable. Presque toujours le document lui-même qu’on consulte donne le moyen de déterminer la valeur de la monnaie de compte, par son rapport à une monpaie réelle ou à une autre monnaie de compte dont la valeur est connue,
En 1390, le franc de France était compté pour 25 heaumes ;
En 1400, la couronne de France valait 40 heaumes, ou 40 moutons 10 heaumes pour 4 couronnes ;
En 1417, la même couronne faisait 56 heaumes ;
En 1420, par un retour à une monnaie plus forte, 49 heaumes ;
En 1439, le franc comptait pour 48 heaumes ;
En 1476, pour 64 heaumes;
Ce même compte renseigne une somme de 12 livres, 12 sols accordée à
c’est lorsqu'il énonce la même somme en cette monnaie et en livres tournois de France. La valeur de la livre tournois, depuis saint Louis jusqu’en 1794, se trouve dans les tables de Leblanc, de Paucton et, d'une manière plus complète et plus exacte, dans le beau travail de M. Natalis de Wailly.
? Et quelquefois seulement 14 heaumes et 1 2 wihot.
? Une estimation des anciennes monnaies, qui se trouve, folio 82 du Répertoire des causes et questions, manuscrit appartenant aux archives de la ville de Namur, porte : item ung vielz Drome: V heaumes 2 wihos…. ung esterlin de viés-yros X wihots, 6 copilles. Le tiers de 52 wihots étant 10 wihots et 6 copilles, il y avait done 9 copilles dans 1 wihot. Cette division par 9 se retrouve, en Brabant, dans le negenmanneke, ou quart de gros, qui se divisait en 9 mites de Brabant ou 6 mites de Flandre.
un élu de Bouvignes, faisant en monnaie de compte 50 moutons, 6 heaumes : c’est à raison de 3 heaumes pour À so/.
En 1439, on trouve 32 gros pour 48 heaumes, ou 1 1/2 heaume pour 1 2ros. Le sol de 1476 est donc le sol de 2 gros, celui de la livre de 40 gros, plus tard florin carolus ou florin de Brabant.
En 1488, 2000 livres portées pour 8000 moutons , prouvent également qu'il s’agit de la livre de 40 gros. Gette livre faisait 4 moutons ou 60 heaumes, et le sol 3 heaumes.
Le florin du Rhin valait également 4 moutons.
À partir de 1515, les comptes de la ville sont tenus en livres, sols et deniers, c’est-à-dire en livres de 40 gros ou florins de Brabant; et ce mode de compter continue jusqu'à l'introduction de la monnaie décimale francaise.
Les comptes du domaine de Namur remontent à l'année 1355 et sont établis en livres, sols et deniers. L’en-tête de ce premier compte porte «toutes » monnoies dedens contenues espécifiées queles elles sont et évalluéez au » gros pour 18 deniers compté. » C'est-à-dire qu'il s'agit d’une livre d’un tiers plus faible qu'une autre livre plus ancienne dans laquelle le gros ne valait que 12 deniers !.
On voit, dans ce même document, que le sol louvignies (de Louvain) faisait 2 sols de la monnaie de ce compte. On y trouve également : 16 écus philippes (lécu d'or de Philippe de Valois), à raison de 16 gros par écu, pour 49 livres, 4 sols ou 384 sols de Namur. Cette indication va nous servir à établir la valeur intrinsèque de la livre en 1355-1356.
L'écu philippes valant, en France, 18 sols, 9 deniers tournois, 16 écus faisaient 300 sols ou 45 livres. La livre tournois valait alors 8.68 -**, donc 45 livres, 180 francs, 30 centimes ©. La 384" partie de cette somme ou
: 4f 9342 686 le sol de Namur, 0.33 2. et la livre fr. 6 78 55.
Une autre mention du compte mène au même résultat : c’est la valeur de
1 Ainsi un article de ce compte porte : 10 livres, 10 sols de gros, où 2520 gros pour 189 livres. C’eût été 196 livres, le gros compté pour 1 sol ou 12 deniers.
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l’écu fixée à 24 sols de Namur. Il s'ensuit en effet que la livre de Namur doit faire les 18 5/4 vingt-quatrièmes de la livre de France, ou 57 X 18.75 — 6.717868, environ les 5/4 de la livre tournois.
C'était alors, en France, l’époque des plus grandes variations dans la valeur des monnaies, et le rapport entre la monnaie francaise et les nôtres devait changer continuellement.
Dans les dernières années du règne du comte Jean HET, lorsque déjà son futur successeur, Philippe le Bon, avait, de fait, l'administration du comité, on trouve que la livre de Namur était à celle de Flandre (à la livre parisis de 20 gros) dans le rapport de 6 à 7. Six deniers de Namur valaient 7 deniers de Flandre. On aurait tort d'en conclure que cette différence était toujours la même. Il eût fallu pour cela que les mêmes changements dans la valeur des monnaies eussent été opérés simultanément dans les deux comtés; ce qui n'était pas.
En 4491, la tarelare ou double gros de Namur, était à 5 deniers de fin et de 4 sous, 2 deniers de taille au marc, ou de 50 au marc. Cette pièce pesait 45,895 et contenait 2.396 de fin, représentant une valeur actuelle de 0,45 centimes 2%. Elle était la dixième partie de la livre de 20 gros, qui valait donc fr. 4,52 -T=. À chaque émission, le titre ou le poids de La tarelare va s’affaiblissant de plus en plus, de manière qu'en 1431, le ütre
est réduit à 3 deniers, 18 grains et la taille à 54 au marc. Elle donne alors à la livre la valeur de 3 francs, 14 centimes TE.
Le nouveau système monétaire de Philippe le Bon amena l'uniformité dans les monnaies des différentes provinces, et la livre de 40 gros, ou de
20 vierlanders , se substitua aux anciennes manières de compter.
Il y avait encore, à Namur, une livre de compte dite Livre de commun payement, sur laquelle le père de Marne et les autres historiens namuroiïs n'ont donné que des renseignements incomplets et de vagues conjectures. Cette livre se composait de 5 wihots : c’est un point sur lequel on est d'accord. Mais quel était son rapport avec la livre ordinaire de 20 gros ? Ici commence la difficulté. De Marne suppose, sans donner aueun exemple ni aucune preuve à l'appui
de son opinion, qu’elle en faisait environ le quart. S'il a voulu parler de la petite livre dont il est question dans le compte de la ville de 1362-1364, son estimation est assez exacte, puisque cette livre était, à la livre ordinaire, dans le rapport de 9 à 42 ou de 3 à 14 *. Mais il ne nous est pas démontré que ce soit là la livre de 5 wihots dite de commun payement. Elle aurait, dans tous les cas, singulièrement varié dans son rapport avec la livre ordinaire, puisqu'on trouve, dans un compte de 1429 , que 5 livres de commun payement sont égales à 2 sols, 10 deniers obole parisis de Flandre. On trouve également, à la même année, 5 livres, 5 sols dudit commun payement pour 3 sols parisis. Cette livre de commun payement faisait done alors environ la 35e partie et non plus le !/4 de la livre de 20 gros.
Une évaluation des monnaies ? qui ne porte pas de date, mais qui doit être du commencement du seizième siècle au plus tôt, puisqu'elle mentionne comme anchiennes des pièces de Louis de Bourbon, évêque de Liége, établit
1 Dans le compte des domaines de 1355 et de 1356, on trouve : « 4148 livres, 14 sols, 6 deniers (le gros compté pour 7 sols) —95 livres, 8 sols, 10 deniers » (le gros compté pour 18 deniers). » | On voit qu'il s’agit ici de deux espèces de livres, une livre dans laquelle le gros fait 7 sols, et une autre dans laquelle il fait 48 deniers , ou 4 ’k sol. Le hardi était égal à À demi-gros. 2 Registre dit aux esselles (chambre des comptes, archives de l'État, à Bruxelles), folio 61 : « S’ensuit l'évaluation des anchiennes monnoyes de Namur, dont l'on usoit d’anchienneté au » pays, et sont telles qu'il s’en suit. Et premiers : » Un sol lovignis vault 7 heaumes, 4 wihot.
» Le denier lovignis vault 4 wihots demi: il en faut 12 pour le sol. » Le healme vault 6 wihots.
» Les 5 healmes valent 1 patard.
» Le bourbon vault 16 wihots demi.
» Un sol parisis vault 5 heaumes, 2 wihots.
» Le denier parisis vault 2 wihots et 5 copilles, qui sont les 12 deniers le sol parisis. » Le sol de gros parisis vault 1 maille de 16 patards. » Et le gros vault 4 healmes. S'en faut-il 42 pour le sol, qui reviennent à la somme desdits 16 patards.
» Un viel gros vault 5 healmes et 2 wihots, qui valent un patart noef boins deniers artois.
» Un sol tournois vault 4 healmes, qui est un patart et 4 boins deniers (artois?).
» Une livre de commun payement vault 3 wihots, qui font 3 boins deniers et maille (artois?).
» L’esterlin de gros vault 8 healmes (lisez wihots), qui valent 5 boins deniers.
» La maille de Namur vault 46 patards, mais par ci-devant, à monnoye de compte, elle soloit » valoir 48 sols, et autres monnoyes à l'avenant. »
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ou semblerait établir la proportion entre la livre de commun payement et la livre de 20 gros, comme 96 est à 1 !. Cette livre n'aurait plus fait alors que la 96% partie de la livre ordinaire! Nous sommes loin du quart du père de Marne. |
Voici l'explication que nous avions d'abord proposée de ce mystère. On aurait donné successivement le nom de wvhot à diverses monnaies noires dont le rapport avec le gros est loin d’avoir toujours été le même. Ainsi, en 1429, la tarelare, ou double gros, faisait 18 wihots, ce qui établit la proportion de 1 à 36 entre la livre ordinaire et celle de 5 wihots. Plus tard , le double gros a fait 28 mites : le rapport de 18 à 48 est bien le même que celui de 36 à 96. Dans le compte de 4429, le wihot serait une pièce de 4 mites de Brabant; dans l'évaluation du registre aux esselles, une mite de Flandre.
Quelque spécieux que puissent paraître ces calculs pour justifier la différence énorme de 4 à 96 et l'existence d’une livre microscopique de commun payement, ils soulèvent une objection que nous ne pouvons passer sous silence : c’est que les évaluations du genre de celle du registre que nous avons cité ne sont pas faites pour énoncer le rapport des monnaies contemporaines entre elles, mais bien le rapport des monnaies existantes avec des monnaies plus anciennes. Elles avaient pour but de régler d’une manière équitable l'exécution des contrats, quand il s'agissait de sommes énoncées en monnaies anciennes dont on voulait traduire la valeur réelle en pièces courantes. Ainsi nous voyons le gros ou sol de la livre parisis de 20 gros, estimé 4 heaumes, tandis que sa valeur n’était primitivement que de 4 heaume et ‘/2. Dans l'évaluation , en portant cette valeur à 4 heaumes, on a eu égard à une diminution correspondante de la valeur intrinsèque du gros. Cela veut simplement dire que là où on a stipulé en monnaies anciennes 1 et ‘2, il faudra donner actuellement 4 en monnaies nouvelles pour se libérer. On rencontre de pareilles estimations dans tous les anciens recueils de jurisprudence et les commentaires manuserits sur les chartes et coutumes locales. Les renseignements qu'elles fournissent peuvent être parfois utiles, mais il ne faut les accepter qu'avec discernement.
1 4 livre — 20 gros — 80 heaumes — 480 wihots.
En considérant la livre de commun payement comme étant la 36° partie de la livre ordinaire , nous pouvons nous appuyer sur des exemples pris dans les comptes et sur ce caleul fort simple que le père de Marne aurait dû faire avant nous : la livre valant 20 gros, le gros À ‘/2 heaume et le heaume 6 wihots, on trouve 180 wihots dans une livre ou 36 fois 5 wihots, 36 livres de commun payement 1. |
{Il existait également "dans les autres provinces, une livre, dite de payement, beaucoup plus faible que la livre ordinaire et variant continuellement de rapport avec cette dernière.
Ainsi, à Malines,
en 1570, 8 livres payements — 1 livre parisis (ou de Flandre, le franc faisant alors 34 sols parisis),
en 1372, 20 livres payements — 42 sols parisis,
en 1376, 50 sols payements — 5 sols parisis,
en 13582, 30 sols payements — 2 sols, 6 deniers parisis,
en 1585, 1 livre payements — 20 deniers de Flandres ou parisis,
en 1390, 50 sois payements — 2 sols, 6 deniers parisis,
en 1398, 5 livres payements — 2 sols, 6 deniers parisis,
en 1399, 50 sols payements — 18 deniers parisis,
en 1404, 30 sois payements — 16 deniers parisis,
en 1405, 30 sols payements — 15 deniers parisis.
MS. de Gérard, à la bibl. royale de la Haye.