GUILLAUME
Ce prince n'avait que treize ans lorsqu'il succéda à son frère sous la tutelle de sa mère, Marie d'Artois. Son long règne fut en même temps l'un des plus prospères. L’acquisition de la prévôté de Poilvache, faite par sa mère en 1342, rendit au comté une grande partie du territoire que lui avait enlevé le désastreux traité de Dinant, de 1199. Par un acte en date du 12 novembre 1361, Guillaume racheta de Wenceslas, duc de Luxembourg et de Brabant, les terres et châteaux de Mirwart, Orchimont, Longprez, Nassoigne, etc. Ces terres avaient déjà été acquises de Jean de Bohème, par Marie d'Artois, en 1344; mais le comte de Namur avait été forcé de les abandonner au duc de Luxembourg par l'accord du 6 février 1357.
La terre de Beaufort, qu'il avait achetée pour son frère Robert, lui revint par succession. Îl augmenta , en outre, son domaine de la terre de Walcourt , que Wery de Rochefort lui vendit en 1363 1.
En 1391, l'année même de sa mort, il échangea la seigneurie de l'Écluse , qu'il céda à Philippe le Hardi, comte de Flandre, contre la terre de Béthune, dont il ajouta le nom à ses titres.
En 1590, cette terre fut revendue par le comte Guillaume à Albert, comte de Hainaut; mais elle fut de nouveau annexée au comté de Namur par Philippe le Bon, en 1458.
Guillaume avait été marié deux fois. Il laissa de sa seconde femme, Catherine de Savoie, deux fils qui lui succédèrent, et une fille Marie, qui épousa Guy de Châtillon, comte de Blois.
On possède un grand nombre de monnaies du comte Guillaume 1°", mais nous n'avons pu retrouver aucun document concernant leur fabrication ou leur cours. Voici quelques notes que nous avons recueillies comme ayant rapport avec le sujet que nous traitons.
Dans un registre de la chambre des comptes, n° 1002, reposant aux Archives de l'État, à Bruxelles, on lit, folio 50 : « Les canges de Namur ne » sont nient censiés pour ceste année (1350), car li maistres qui font le » monnoie monseigneur, les tiennent par convenanche. »
Les canges sont, à ce que nous croyons, les offices de changeurs de monnaies , offices si importants au moyen âge et qu'on affermait à Namur.
En 1369, Johannin de Malboge ou Malbourge, cangeur, bourgeois de Namur, est jugé par l’échevinage, « atteint de corps pour justichier à le » volenté monseigneur le conte », parce qu'on avait trouvé chez lui de Ja fausse monnaie !,
Le Répertoire des causes et questions, manuscrit original de 1483, qui va être publié par la Commission royale d'histoire, contient, sur cette affaire , quelques détails de plus. Les pièces trouvées chez ce changeur namuroiïs et qu'il avait cachées dans un collier de cheval, sous de la paille, étaient noires et empreintes d’armoiries de seigneurs qui n'avaient pas le droit de battre monnaie. Malboge trouva moyen de s’accorder avec le comte, en lui payant la somme de mille moutons de Brabant ?.
La fausse monnaie était un des sept cas pour lesquels il était permis à la justice d’entrer de force dans le domicile d’un bourgeois.
En l'an 1374, le comte Guillaume, « du sceu de son mayeur et esche-
| Registre concernant le criminel, aux Archives de la ville de Namur; 1565-1385, folio 85.
2 Folio 27. « Il est assavoir que ung nommé Jehennin de Malbourge, eambgeur de Namur, » a esté trowé qu'il avoit del faulse monnoie en sa maison tout noire ensingnié et signé » d'armes de seigneur non puissant ou auctorisé de povoir forgier, que néantmoins il avoit » prins et receu, comme trowé fut en ung goreau au dedens son estrin , en sadite maison, ou » marchiet de Namur. Au moyen de quoy et qu'il estoit prisonnier, en présence de justice Île » mayeur le calenga, et fin fut jugié d’estre justicié à la volenté du conte de Namur, comme
» vins de Namur et autres ! » fit fabriquer une monnaie blanche, nommée Jolys, qui valait, la pièce, 12 sols monnaie de Namur (ou petite livre ). 54 jolys égalaient un double d'or du coin de Brabant (?), et 86, un franc de France. Il fit aussi forger une petite monnaie noire du même nom, qui ne valait que quatre deniers payement de Namur, la pièce. Cette monnaie noire faisait donc la trente-sixième partie de la monnaie blanche.
Parmi toutes les monnaies de Guillaume I qui sont parvenues jusqu’à nous, quelle est celle qui portait ce nom de joly ? Il serait assez difficile de le deviner. Seulement il ne faut la chercher que parmi les plus grandes monnaies d'argent, celles que l’on est convenu d'appeler plaques ou doubles gros. Nous avons vu , dans l'Introduction, que le gros, en 1356, faisait 7 sols de Namur. Le Joly, qui en faisait 12, doit être une pièce approchant de Ja valeur du double gros. Quant au jo/y noir, il restera perdu dans cette foule de petites pièces de billon que l'on possède du long règne de Guillaume.
Les comtes de Namur et les sires de Marbais, seigneurie située aux confins du Brabant et du comté, étaient en contestation touchant leurs droits respectifs sur la terre de Marbais. Le 95 octobre 1384, Robert, frère du comte de Namur, rendit un jugement arbitral qui réglait divers points en litige entre le comte et Jean, sire de Marbais, et laissait en réserve les articles suivants : « Camp de bataille, foriugier, faire monnote, mortes-mains , » fourmortures, ete. ?. » S’ensuit-il que les comtes de Namur ou les sires de Marbais aient jamais usé de ce droit, contesté entre eux, de faire monnaie à Marbais? Non, sans doute ; et il est même permis de croire qu'il ne figure là que comme faisant partie de la liste ordinaire des droits régaliens. Cependant l'existence de pareilles monnaies n’est pas impossible. N'’avons-nous pas retrouvé et cela au fond de l'Irlande -— Ja monnaie des sires d’Agimont,
» faulx monnoier. Après lequelle jugement, ledit Jehennin trowa manire de-faire son accort » avoic mondit seigneur le conte, qui fu telle que pour, l’offence par lui commise, en dedens » certain jour préfix et dénommés, il payeroit au proffit de mondit seigneur le conte la somme » de mille moutons de Brabant, qu'il promist et ewt en convent de faire, à condicion que s’il » estoit trowé défaillans au jour, demouroit attaint dudit cas de crismes. » Jugement confirmé en 1570. (Communiqué par M. Jules Borgnet.)
! Répertoire des causes et questions, MS., fol. 84.
? Revue de la numismatique belge, t. IE, p. 211.
voisins aussi du comté de Namur et dont aucun document n'avait pu faire prévoir la découverte ?
De ce qu’on ne connaissait aucune monnaie d'or des comtes de Namur antérieurs à Philippe le Bon, on avait cru pouvoir affirmer que ces comtes n'avaient pas eu d'autre numéraire que le billon et l'argent. Il était cependant assez diflicile de s'expliquer pourquoi un prince riche et puissant, comme Guillaume [°, se serait abstenu de frapper des monnaies d’or, alors que tous ses voisins le faisaient : les évêques de Liége et ceux de Cambrai, les ducs de Brabant, les ducs de Luxembourg, les comtes de Hainaut, les comtes de Flandre , et jusqu'à de petits dynastes, comme le sire de Rummen, Cette opinion, partout admise, était cependant erronée. Nous en avons trouvé la preuve matérielle , il y a environ vingt ans, chez un orfévre de Bruxelles : cétaient les débris, coupés en quinze ou seize morceaux, d’un royal au type du roi Jean, du comte Guillaume de Namur. Malheureusement la pièce n’était pas raccommodable et, par une nouvelle contrariété, ces parcelles, que nous avions achetées quand même, se sont depuis lors égarées.
Nous avons l’intime conviction que Guillaume LI a, comme les autres princes belges, imité les monnaies royales de cette époque; qu'il a fait des moutons, des francs, des couronnes , etc.
Les monnaies du moyen âge ne sont recherchées et étudiées, chez nous, que depuis trente ans à peine, Les pièces que la terre cache encore et que le hasard en fera surgir sont plus nombreuses, peut-être , que tout ce que l’on a réuni jusqu’à présent,