GUILLAUME IT
Guillaume IE succéda à son père à l’âge de trente-huit ans. Son règne fut une époque de paix pour le comté de Namur; mais les dépenses excessives qu'avaient occasionnées les travaux de défense de la ville , et le gout prononcé du comte pour le luxe et les divertissements, ruinérent le trésor et indisposèrent le peuple qu’on chargeait de nouveaux impôts. Guillaume mourut le 10 février 1418. Comme il ne laissa pas d'enfants de ses deux femmes, Marie de Bar et Jeanne de Harcourt, le comté revint à son frère Jean, seigneur de Winendaele.
En l'an 1400, le magistrat de Namur obtint du comte Guillaume, après de nombreuses démarches et le don de 600 coronnez (couronnes d'or), qu'il cesserait, pendant six années, de frapper monnaie. Cette transaction prouve que le comte de Namur, à l'exemple de tous ses voisins, altérait toujours de plus en plus la valeur des monnaies, et cela au détriment de ses sujets, forcés de les recevoir. Pour se soustraire, pendant six ans, à cette exploitation princière, ceux-ci consentirent à donner à leur seigneur la somme, assez
! C'est ce que disent et répètent les anciens historiens namurois. Cependant comme, à cette époque, la construction des murailles et des fortifications était généralement à la charge des villes, on ne conçoit pas trop comment les travaux de défense de Namur aient pu obérer le trésor particulier du comte.
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considérable, de six cents couronnes d'or !. Du reste, cet accord semble avoir ° été fidèlement exécuté, puisque, six ans plus tard, un nouveau maitre de la monnaie de Namur reprit la fabrication interrompue.
Il existe, aux Archives de l'État, à Bruxelles, dans un registre de la cour des comptes, n° 1003, p. 68, un inventaire des ustensiles qui garnissaient la monnaie de Namur, dressé le 10 décembre 1407, à l’occasion de la délivrance que faisait de ces ustensiles, maitre Colar de Jaingurez à Jamar dou Pont et maitre Ernoul Severin, maitres de ladite monnaie de Namur.
Cet inventaire nous apprend qui étaient les maitres de la monnaie en 1407. Il donne, de plus, en langue vulgaire, les noms de divers instruments qu'il n'est pas toujours facile de reconnaitre. Ainsi, il nous parait peu probable que l’article : unk chergoir et un lingne, veuille dire, comme l'a pensé M. Piot ?, un levier et une lime. La lime est un outil qui devait se trouver non pas seul, mais en grand nombre, dans un atelier de ce genre.
En 1415, le même Jamar du Pont, échevin, exerçait encore, lui et son fils Jaquême, les fonctions de maîtres de la monnaie. Le 25 février de cette année, ils s’obligèrent, par-devant les échevins, à payer au comte tout ce qu’ils pourraient lui devoir du chef de leur fabrication, et Jamar donnait pour caution spéciale et pour gage « tout l'argent entièrement que présenteit et mis » at sur son office d'eskevinage 5. »
Le dimanche, 42° jour de décembre 1417, on publia, au perron de
* Saint-Remi #, avec les formalités accoutumées et en présence du maïeur et des échevins, que monseigneur le comte faisait forger à sa monnaie de Neuveville-lez-Namur, de nouveaux deniers d'argent appelés fimbez de Namur, à la facon des blaffarts, les grands pour trois heaumes et les petits ou demis, à neuf wihots. Ces deniers étaient aussi bons de poids et d’aloi que ceux de Flandre et de Brabant, et même meilleurs. Il était défendu de les refuser en payement, à peine d'amende .
{ Comptes de la ville, 1400, fol. 10 v°.
2 Revue de la numismatique belge, t. I, p. 63.
5 Registres aux transports de la ville de Namur de 4413 à 1418, fol. 154 (aux archives de la ville).
4 La chapelle de Saint-Remi et l’ancienne maison de ville occupaient le milieu de la grand”place actuelle et non pas l'emplacement du moderne hôtel de ville.
5 Cette criée est tellement curieuse, et pour la forme et pour le fond, que nous croyons
Les timbez étaient des gros et des doubles gros imités de ceux que lon forgeait en Brabant et en Flandre, au type des deux écussons timbrés d’un A
heaume. Ces pièces n’ont pas été retrouvées, mais nous donnons plus loin un gros au même type de Jean ET, successeur de Guillaume.
L'impossibilité où l’on est de distinguer d’une manière certaine les pièces de Jean IT de celles de Jean I: existe également pour les deux Guillaume. Quelques amateurs, il est vrai, pensaient que la suppression de la brisure (le bâton péri en bande) dans les arMoiries du comte, pouvait leur offrir un moyen de déterminer, jusqu’à un certain point, Fâge d’une monnaie. D'après plusieurs historiens namurois, et notamment d’après Galliot, Guillaume 1° fit disparaitre cette brisure, lorsqu'il devint chef de la famille de Flandre, à la mort de Louis de Male, en 1384. Toutes les fois done qu'une monnaie porterait le lion avec la bande, on la donnerait à Guillaume E‘; mais quand les armoiries seraient pleines , elle pourrait appartenir aux dernières années de ce comte, comme à son successeur Guillaume ET.
Déjà M. Jules Borgnet, dans un curieux article sur les armoiries de la ville de Namur, inséré au Messager des Sciences de Gand, année 1843, avait fait remarquer que, depuis 1411 environ, on ne retrouve plus la bande sur le lion du contre-scel et sur la bannière du grand-sceau commu-
devoir la donner en entier :
Une criéie de monnote forgé à le monnote à le basse Noeveville.
L'an mil HI et XVI, le dimence xu° jour de décembre, fut crieit au perron à Saint-Remy le ery que senssuit, présens Massar Colle, maïeur et eskevin, Michar Heillarde, Johan de Warisoul, Gillekin Gaifier et Johan Baduelle, eskevins de Namur :
Oïiez , oiiez que on vous fait assavoir de par nostre très-redobteit seingneur, monseingneur le conte de Namur, seingneur de Béthune, son soverain bailli, mayeurs et eskevins, que nostredit très-redobteit seingneur fait ovrer à se monnoie à le Noeveville deleis Namur, deniers d'argent appelleis timbez de Nam-, à le fachon de blafars, les gros pour courir à üij h. et les petis à x wihos, lesqueils sont ossi suffissans de taille, d'argent et de pous (poids?) comme ceulx de Flandres et de Braibant sont, et meilleurs. Si est commandeit et commande-on que il ne soit nuls ne nulle qui lez refuze pour ledit pris si haut que sur l'amende ad ce afférante.
Papiers des exploits, ete., en l'office de la mairie de Namur, depuis le jour de Noël l'an 1416, fol. 24 v°, aux archives de la ville,
nal *. Il supposait que ce changement, postérieur au décès de Louis de Male, avait pu être apporté, vers 1405, à la mort de Marguerite de Flandre.
Si l'époque et la cause de la suppression de cette brisure sont restées incertaines, on n’est guère mieux renseigné sur son origine.
Philippe le Noble porte, sur le sceau que nous a conservé Olivier de Wrée, le lion au bâton péri en bande. Il était le second fils de Baudouin V, comte de Hainaut, et le frère de Baudouin VI, comte de Hainaut et de Flandre, qui prit le lion de Flandre pour armoiries. Ce serait done ce même lion de Flandre, avec la brisure , que Philippe aurait placé sur son écusson : ce n'étaient pas les armoiries de Namur, mais celles de la famille du comte.
Les marquis de la maison de Courtenay et de celle de Vianden conservérent également leurs armoiries propres. Baudouin Il porta celles de l'empire de Constantinople.
Gui de Dampierre, avant d'être comte de Flandre et marquis de Namur, eut d'abord un sceau aux armes particulières de sa famille, de gueules à deux léopards d’or, brisées d'un lambel à cinq pendants. Sa mére étant devenue comtesse de Flandre, il prit alors et avant la mort de son frère ainé Guillaume, le lion de Flandre avec le bâton péri en bande pour brisure. On connait de lui deux sceaux à ces armoiries brisées, l’un avec : $. Guidonis de Dampetra filii comitissae Flandriae et Hainoiae, l'autre avec S. Guidonis Atrebatensium advocati, Bethuniae et Tenremondae domini.
La bande disparait du sceau aussitôt que Gui y prend le titre de comte de Flandre. Mais il n’en est pas de même sur ses monnaies de Namur, où l’on ne voit jamais le lion sans la brisure ?.
Gette bande n’était donc plus, ici, une brisure de puiné, mais un moyen de distinguer les armoiries du marquisat de Namur de celles du comté de Flandre, puisque le même personnage portait le même écusson, plain pour la Flandre et brisé pour Namur. Ce lion à la bande, primitivement armoiries de famille, était devenu celles d’un pays.
: Ce sceau, comme presque tous les sceaux de ville, représente une enceinte fortifiée entourant un bâtiment (une église?) sur lequel flotte la bannière du comte.
* Le lion ne figure sur aucune monnaie que l’on connaisse de Gui de Dampierre frappée pour la Flandre; nous n’avons done que les sceaux pour point de comparaison.
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Jean Ie", successeur de Gui, continue à porter le lion à la bande, mais il y ajoute une différence nouvelle : il met sur la tête du lion une couronne à trois fleurons.
Sur quelques monnaies de Jean IF, la bande commence à disparaitre.
La seule monnaie avec écusson que nous ayons de Philippe HT offre le lion couronné sans la bande.
Plusieurs pièces de Guillaume [°", antérieures par leurs types à la mort de Louis de Male, ont également le lion sans la bande.
Enfin, et comme en compensation, la bande reparait sur quelques pièces postérieures à la mort de Louis de Male et qu'on peut attribuer aux dernières années de Guillaume E ou à son fils Guillaume If.
Sous Jean IT, dont on ne possède, au reste, qu’un petit nombre de monnaies, la brisure a tout à fait disparu.
La conclusion qu'il est permis, nous semble-t-il, de ürer de tout cela, c’est que la brisure fut mise par Gui sur les armoiries de Namur, dans le but de les distinguer de celles de Flandre, qu’elle devint à peu près inutile depuis qu'il existait entre ces armoiries une autre différence, la couronne du lion, et que, enfin, à cause de cela même , elle fut souvent négligée , puis tout à fait abandonnée sous le rêgne de Guillaume I. Il en résulte évidemment que la présence ou l'absence de cette bande sur une monnaie au nom de Guillaume ne peut être d'aucun secours pour déterminer son attribution.
L’aigle biceps , soit seule sur un écusson, soit écartelée avec le lion de Namur, ne peut servir non plus à distinguer les monnaies des deux Guillaume. Cet emblème fut adopté, selon l'opinion la plus probable, par Guillaume I, en 1363, après que l'Empereur l’eut admis à faire hommage direet à l'Empire, de son comté qui, depuis Philippe le Noble, relevait du Hainaut !. On trouve l'aigle sur des monnaies qui, du reste, paraissent bien appartenir à Guillaume I, comme le roosebeker n° 150; on la trouve sur les monnaies de Guillaume IT et sur celles de Jean TI.
L'écusson écartelé de deux aigles et de deux lions qu’on remarque sur des pièces de Jean HE et aussi sur un roosebeker de Guillaume, qui, à cause de
‘ Alex. Pinchart, Mémoire couronné sur l’inféodation du comté de Namur au comté de Hainaut.
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cela même, serait plutôt de Guillaume IT que de son père , semble avoir été composé de cette manière pour imiter les armoiries que l’on voyait sur les monnaies de Brabant, monnaies que les comtes de Namur s’eflorcaient de copier le mieux possible. |
N° 172. Deux écus juxtaposés, l’un à l'aigle biceps, l’autre au lion couronné, entourés de trois fleurs de néflier et sommés d’un chapel de roses : + GVILLEÆLM : DET : GRE : UOMES : NAMVRUOEN.
— Écu central au lion couronné, posé sur une espèce de croix d’où se détachent huit têtes de serpent : # MORE : ROVRA : COMES : RAMVR- ŒaNSIS.
Collection de M. Goddons.
À. 5.26. (Ébréché.)
Ge roosebeker, ainsi que le suivant, peut également appartenir aux dernières années de Guillaume I®.
N° 175. Deux écus juxtaposés, l’un écartelé de deux aigles biceps et de deux lions, l’autre au lion couronné, entourés de trois fleurs de néflier et sommés d’un chapel de roses : + GUILLELM : DE : GR : AOMES : RAMVROEN. Écu central au lion couronné, posé sur une espèce de croix d’où se détachent huit têtes de serpent : x MONEMX : ROVA : COMES : RAMVR- ŒaDSIS.
Collection de M. le comte de Robiano.