GUILLAUME I
Guillaume IL succéda à son père à l’âge de trente-huit ans. Son règne fut une époque de paix pour le comté de Namur; mais les dépenses excessives qu'avaient occasionnées les travaux de défense de la ville , et le goût prononcé du comte pour le luxe et les divertissements, ruinèrent le trésor et indisposérent le peuple qu’on chargeait de nouveaux impôts. Guillaume mourut le 10 février 1418. Comme il ne laissa pas d'enfants de ses deux femmes, Marie de Bar et Jeanne de Harcourt, le comté revint à son frère Jean, seigneur de Winendaele.
En l'an 1400, le magistrat de Namur obtint du comte Guillaume, après de nombreuses démarches et le don de 600 coronnez (couronnes d'or), qu'il cesserait, pendant six années, de frapper monnaie. Cette transaction prouve que le comte de Namur, à l'exemple de tous ses voisins, altérait toujours de plus en plus la valeur des monnaies, et cela au détriment de ses sujets, forcés de les recevoir. Pour se soustraire, pendant six ans, à cette exploitation princière, ceux-ci consentirent à donner à leur seigneur la somme, assez
! C'est ce que disent et répètent les anciens historiens namurois. Cependant comme, à cette époque, la construction des murailles et des fortifications était généralement à la charge des villes, on ne conçoit pas trop comment les travaux de défense de Namur aient pu obérer le trésor particulier du comte.
considérable, de six cents couronnes d’or !. Du reste, cet accord semble avoir été fidèlement exécuté, puisque, six ans plus tard, un nouveau maitre de la monnaie de Namur reprit la fabrication interrompue.
Il existe, aux Archives de l'État, à Bruxelles, dans un registre de la cour des comptes, n° 1003, p. 68, un inventaire des ustensiles qui garnissaient la nonnaie de Namur, dressé le 10 décembre 1407, à l’occasion de la délivrance que faisait de ces ustensiles, maître Colar de Jaingurez à Jamar dou Pont et maitre Ernoul Severin, maitres de ladite monnaie de Namur.
Cet inventaire nous apprend qui étaient les maitres de la monnaie en 1407. Il donne, de plus, en langue vulgaire, les noms de divers instruments qu'il n'est pas toujours facile de reconnaître. Ainsi, il nous parait peu probable que l'article : unk chergoir et un lingne, veuille dire, comme l'a pensé M. Piot?, un levier et une lme. La lime est un outil qui devait se trouver non pas seul, mais en grand nombre, dans un atelier de ce genre.
En 1415, le même Jamar du Pont, échevin, exerçait encore, lui et son fils Jaquême, les fonctions de maitres de la monnaie. Le 25 février de cette année, ils s'obligérent, par-devant les échevins, à payer au comte tout ce qu'ils pourraient lui devoir du chef de leur fabrication, et Jamar donnait pour caution spéciale et pour gage «tout l'argent entièrement que présenteit et mis » at sur son office d'eskevinage 5. »
Le dimanche, 42% jour de décembre 1417, on publia, au perron de Saint-Remi #, avec les formalités accoutumées et en présence du maïeur et des échevins, que monseigneur le comte faisait forger à sa monnaie de Neuveville-lez-Namur, de nouveaux deniers d'argent appelés timbez de Namur, à la facon des blaffarts , les grands pour trois heaumes et les petits ou demis, à neuf wihots. Ces deniers étaient aussi bons de poids et d’aloi que ceux de Flandre et de Brabant, et même meilleurs. Il était défendu de les refuser en payement, à peine d'amende ?.
t Comptes de la ville, 1400, fol. 10 v°.
2 Revue de la numismatique belge, t. K*', p. 63.
5 Registres aux transports de la ville de Namur de 1415 à 1418, fol. 454 (aux archives de la ville).
4 La chapelle de Saint-Remi et l’ancienne maison de ville occupaient le milieu de la grand -
place actuelle et non pas l'emplacement du moderne hôtel de ville. 5 Cette criée est tellement curieuse, et pour la forme et pour le fond, que nous croyons
Les timbez étaient des gros et des doubles gros imités de ceux que lon forgeait en Brabant et en Flandre, au type des deux écussons timbrés d'un heaume. Ces pièces n’ont pas été retrouvées, mais nous donnons plus loin un gros au même type de Jean HT, successeur de Guillaume.
L'impossibilité où l’on est de distinguer d’une manière certaine les pièces de Jean IT de celles de Jean 1° existe également pour les deux Guillaume. Quelques amateurs, il est vrai, pensaient que la suppression de la brisure (le bâton péri en bande) dans les armoiries du comte, pouvait leur offrir un moyen de déterminer, jusqu'à un certain point, Päge d’une monnaie. D'après plusieurs historiens namuroïis, et notamment d’après Galliot, Guillaume [° fit disparaitre cette brisure, lorsqu'il devint chef de la famille de Flandre, à la mort de Louis de Male, en 1384. Toutes les fois donc qu'une monnaie porterait le lion avec la bande, on la donnerait à Guillaume [*; mais quand les armoiries seraient pleines, elle pourrait appartenir aux dernières années de ce comte, comme à son successeur Guillaume EF.
Déjà M. Jules Borgnet, dans un curieux article sur les armoiries de la ville de Namur, inséré au Messager des Sciences de Gand, année 1843, avait fait remarquer que, depuis 4411 environ, on ne retrouve plus la bande sur le lion du contre-scel et sur la bannière du grand-sceau commu
devoir la donner en entier :
Une criéie de monnoïe forgié à le monnote à le basse Noeveville.
L'an mil IE et XVIL, le dimence xu‘ jour de décembre, fut crieit au perron à Saint-Remy le cry que senssuit, présens Massar Colle, maïeur et eskevin, Michar Heillarde, Johan de Warisoul, Gillekin Gaifier et Johan Baduelle, eskevins de Namur :
Oïez, oiiez que on vous fait assavoir de par nostre très-redobteit seingneur, monseingneur le conte de Namur, seingneur de Béthune, son soverain bailli, mayeurs et eskevins, que nostredit très-redobteit seingneur fait ovrer à se monnoie à le Noeveville deleis Namur, deniers d'argent appelleis timbez de Nam, à le fachon de blafars, les gros pour courir à iij h. et les petis à x wihos, lesqueils sont ossi suffissans de taille, d'argent et de pous (poids?) comme ceulx de Flandres et de Braibant sont, et meilleurs. Si est commandeit et commande-on que il ne soit nuls ne nulle qui lez refuze pour ledit pris si haut que sur l'amende ad ce afférante.
Papiers des exploits, ete., en l'office de la marrie de Namur, depuis le jour de Noël l'an 1416, fol. 24 v°, aux archives de la ville.
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nal ‘. Il supposait que ce changement, postérieur au décès de Louis de Male, avait pu être apporté, vers 1405, à la mort de Marguerite de Flandre.
Si l’époque et la cause de la suppression de cette brisure sont restées incertaines, on n’est guère mieux renseigné sur son origine.
Philippe le Noble porte, sur le sceau que nous a conservé Olivier de Wrée, le lion au bâton péri en bande. Il était le second fils de Baudouin V, comte de Hainaut, et le frère de Baudouin VI, comte de Hainaut et de Flandre, qui prit le lion de Flandre pour armoiries. Ce serait done ce même lion de Flandre, avec la brisure , que Philippe aurait placé sur son écusson : ce n'étaient pas les armoiries de Namur, mais celles de la famille du comte.
Les marquis de la maison de Courtenay et de celle de Vianden conservérent également leurs armoiries propres. Baudouin IE porta celles de l'empire de Constantinople.
Gui de Dampierre, avant d’être comte de Flandre et marquis de Namur, eut d’abord un sceau aux armes particulières de sa famille, de gueules à deux léopards d'or, brisées d'un lambel à cinq pendants. Sa mère étant devenue comtesse de Flandre, il prit alors et avant la mort de son frère ainé Guillaume, le lion de Flandre avec le bâton péri en bande pour brisure. On connait de lui deux sceaux à ces armoiries brisées, l’un avec : S. Guidonis de Dampetra filii comitissae Flandriae et Hainoiae, l'autre avec S. Guidonis Atrebatensium advocati, Bethuniae et Tenremondae domini.
La bande disparait du sceau aussitôt que Gui y prend le titre de comte de Flandre. Mais il n’en est pas de même sur ses monnaies de Namur, où l'on ne voit jamais le lion sans la brisure ?.
Cette bande n'était done plus, ici, une brisure de puiné, mais un moyen de distinguer les armoiries du marquisat de Namur de celles du comté de Flandre , puisque le même personnage portait le même écusson, plain pour la Flandre et brisé pour Namur. Ce lion à la bande, primitivement armoiries de famille, était devenu celles d'un pays.
\ Ce sceau, comme presque tous les sceaux de ville, représente une enceinte fortifiée entourant un bâtiment (une église?) sur lequel flotte la bannière du comte.
2 Le lion ne figure sur aucune monnaie que l’on connaisse de Gui de Dampierre frappée pour Ja Flandre; nous n’avons donc que les sceaux pour point de comparaison.
Jean Ie, successeur de Gui, continue à porter le lion à la bande, mais il y ajoute une différence nouvelle : il met sur la tête du lion une couronne à trois fleurons.
Sur quelques monnaies de Jean IF, la bande commence à disparaitre.
La seule monnaie avec écusson que nous ayons de Philippe HF offre le lion couronné sans la bande.
Plusieurs pièces de Guillaume I*", antérieures par leurs types à la mort de Louis de Male, ont également le lion sans la bande.
Enfin, et comme en compensation , la bande reparait sur quelques pièces postérieures à la mort de Louis de Male et qu'on peut attribuer aux dernières années de Guillaume I: ou à son fils Guillaume H.
Sous Jean IE, dont on ne possède, au reste, qu'un petit nombre de monnaies, la brisure a tout à fait disparu.
La conclusion qu’il est permis, nous semble-t-il, de tirer de tout cela , c’est que la brisure fut mise par Gui sur les armoiries de Namur, dans le but de les distinguer de celles de Flandre, qu'elle devint à peu près inutile depuis qu'il existait entre ces armoiries une autre différence, la couronne du lion, et que, enfin, à cause de cela même, elle fut souvent négligée , puis tout à fait abandonnée sous le règne de Guillaume HF. Il en résulte évidemment que la présence ou l'absence de cette bande sur une monnaie au nom de Guillaume ne peut être d'aucun secours pour déterminer son attribution.
L'aigle biceps, soit seule sur un écusson, soil écartelée avec le lion de Namur, ne peut servir non plus à distinguer les monnaies des deux Guillaume. Cet emblème fut adopté, selon l'opinion la plus probable, par Guillaume I, en 1363, après que l'Empereur l'eut admis à faire hommage direct à l'Empire, de son comté qui, depuis Philippe le Noble, relevait du Hainaut !. On trouve l'aigle sur des monnaies qui, du reste, paraissent bien appartenir à Guillaume I, comme le roosebeker n° 150; on la trouve sur les monnaies de Guillaume IT et sur celles de Jean HT.
L'écusson écartelé de deux aigles et de deux lions qu’on remarque sur des pièces de Jean LT et aussi sur un roosebeker de Guillaume, qui, à cause de
‘ Alex. Pinchart, Mémoire couronné sur l’inféodation du comté de Namur au comté de Hainaut.
cela même, serait plutôt de Guillaume I que de son père , semble avoir été composé de cette manière pour imiter les armoiries que l’on voyait sur les monnaies de Brabant, monnaies que les comtes de Namur S’eflorçaient de copier le mieux possible.
N° 172. Deux écus juxtaposés, l’un à l'aigle biceps, l’autre au lion couronné, entourés de trois fleurs de néflier et sommés d’un chapel de roses : + GUILLELM : DEI : GRA : UOMES : LAMVROEN.
—— Écu central au lion couronné, posé sur une espèce de eroix d’où se détachent huit têtes de serpent : «4 MONEMX : ROVX : GOMES : NAMVR- LŒarSIS.
Collection de M. Goddons.
A. 5.26. (Ébréché.)
Ce roosebeker, ainsi que le suivant, peut également appartenir aux dernières années de Guillaume Er.
N° 173. Deux écus juxtaposés, l’un éeartelé de deux aigles biceps et de deux lions, l’autre au lion couronné, entourés de trois fleurs de néflier et sommés d’un chapel de roses : x GVILLEŒLM : DEI : GRA : ŒOMES : LAMVRAEN.
—— Écu central au lion couronné, posé sur une espèce de croix d’où se détachent huit têtes de serpent : + MOREMR : NOVR : UOMES : LAMVR- CEALSIS.
Collection de M. le comte de Robiano.
N° 174. Deux écus juxtaposés, l’un à l'aigle biceps, l’autre au lion avec le bàton péri en bande. Au-dessus le mot : HAMVRES : x GUILLELSN : DEI: CRA : ŒOMES : RNAMVRAENSIS.
— Croix pattée dans un cercle. Légende intérieure : + MOHEMX ® HO ® HAMVRE. Légende extérieure : + SIM & ROMAN (sic) & DO- MINI @ BÆANEAIEMUENR (sic).
Cabinet royal de la Haye.
hnitation du double gros de Jeanne , duchesse de Brabant. Ce type a été également employé par Philippe le Hardi en Flandre, par Marie de Brabant, douairaire de Gueldre, à Oyen, et par Guillaume Ie, due de Gueldre et de Juliers (1393-1402).
N° 175. Deux écus juxtaposés, l’un à l’aigle biceps, l’autre au lion avec le bâton péri en bande. Au-dessus le mot : HAMVRES : *X GVILLEÆL : DE : GRASSE T7
— Croix pattée dans un cerele. Légende intérieure : * MOHEMX & HO & HAMVREL. Légende extérieure : X SITx ROME x DOMINIX BE- READIENVEA.
A. 5.05. (Ébréché.)
Collection de M. Serrure.
Même pièce que la précédente, mais d'un autre coin, plus petite et avec des différences dans les légendes.
N° 176. Écu à l'aigle biceps : * GVILLEL : ŒOM : LAMVRE. — Écu au lion : *X MOREMX : LOVX : NAMVRE.
Planche de M. Lelewel.
Décrite dans la Revue de la numismatique belge, 1. V, 2" série, p. 215.
Variété : RAMVE à la légende du revers.
Collection de M. le comte de Robiano.
N° 177. Écu au lion couronné : * GVLLEL : ŒOM : LAMVRC. — Écu à l'aigle biceps : * MOXNEAMX : ROVA : LNAMVRE.
Collection de M. Serrure.
N° 178. Mêmes types (le lion sans la couronne) : * GVILREL : XOM : DAMVRE. > MOREAMX : NOVX : LAMVRE.
Décrite dans la Revue de la numismatique belge, t. V, 2% série, p. 215.
Variété : GVILLEL — — —
Même collection.
N° 179. Écu au lion : # GVLLUEI : ŒOM : RAMVME. — Éeu à l'aigle biceps : * MGVLLEI : ŒOM RAIVIE (sic). Collection de M, le comte de Robiano.
N° 180. Écu au lion : X MOREMX ROVER RAMVRE.
Éeu à l’aigle biceps : X MOREMR : ROUX : RAMVRE.
Collection de M. Serrure.
Décrite dans la Revue de la numismatique belge, 1. V, 2% série, p. 215.
Variété : les mots séparés par deux points, au lieu de trois. Collection de M. le comte de Robiano.
N° 181. Écu au lion : X MOREMA : ROVR: RAMVIE. — Écu à l'aigle biceps : *k MOREMA : ROVA MURME.
Collection de M. R. Chalon.
Les légendes bizarres et incorrectes de cette pièce portent à croire qu'elle est une contrefaçon de la véritable monnaie de Namur, faite par quelque
dynaste du voisinage, dont le nom se cache, peut-être, sous le déguisement pseudo-namurois de Hurme et de Namuic.
N° 182. Lion dans le champ, sans le bâton péri en bande : * GVILEL.... AMV. — Croix fleurdelisée: % M....... RO (sic). Peut-être un © retourné.
Collection de M. le comte de Robiano.
N° 183. Dans le champ, les lettres DAM : X GUILLELHVS x ŒO0MES. — Croix fleurdelisée : *k MOREMX : PAMVREEN.
Collection de M. Serrure.
Cuivre. Pied-fort.
Variété : GUILLEALMVS : ŒOME.
Collection de la Société archéol, de Namur.
N° 184. Dans le champ, les lettres DAS : X.. WILIÆLMVS : GORS (sic). -— Croix fleurdelisée : k NODEMXZ : RANEÆNEISI (sic).
Planche de M. Lelewel.
Décrite dans la Revue de la numismatique belge, 1. NV, 2% série, p. 216.
Nous croyons, avee M. Piot, que cette pièce aux légendes incorrectes et barbares, est une contrefacon de la véritable monnaie de Namur, dont nous donnons ci-dessus le pied-fort.
N° 185. Dans le champ, les lettres 2 À A : X GULILEÆLMVS : ŒOM.… — Croix fleurdelisée : * MORE : RLAMORERS.
Collection de M. R. Chalon.
N° 186. Dans le champ, les lettres À A : % GARILLELM... COME : RP (sic). — *X MORTE : RAM... f.
Collection de la Société archéol. de Namur.
Gette pièce de mauvaise fabrique et aux légendes incorrectes pourrait bien être une contrefaçon des monnaies véritables de Namur, ainsi que les numéros suivants.
N° 187. Dans le champ, les lettres DAS : x GVLHRELHVS : ŒOMES. — Croix fleurdelisée : * MOLEMXZ : RANVRAS.
Même collection.
N° 188. Dans le champ, les lettres D A 1H : au-dessus, un trait horizontal : *% GVIli- LALMVS COMES »r.
— Croix fleurdelisée : *k MORNEMX RAMEARNEIS.
Collection de M. Ulysse Capitaine.
N° 189. Dans le champ, les lettres retournées ff OT : * GVILLEALMVS : ŒOMES. Croix fleurdelisée : * GVILLGI: HŒOM: RAMV.
Collection de la Société archéol. de Namur.
N° 190. Dans le champ, les lettres DA A (le A seul est visible): + G... ŒÆLMS ŒOM . RAMVRC.
— Croix pattée dans un cerele : x MVRORVS EŒIVIS.
Planche de M. Lelewel.
Décrite dans la Revue de la numismatique belge, t. V, 2% série, p. 216. M. Piot est tenté d'y voir une imitation d’une pièce de Namur, à cause de la légende Turonus civis inusitée sur les monnaies véritables de ce comté.
N° 191. Dans le champ, les lettres DA :.. VILÆLMVS : HO... — Croix pattée dans un cercle : x M0...MZ : NOV: VILUI :. Planche de M. Lelewel.
Décrite dans la Revue de la numismatique belge, t. V, 2% série, p. 216.
JEAN HI pr THIERRI.
Après trois ans de règne, ce prince, obéré et ne pouvant plus obtenir des états de Namur de nouveaux subsides, fut réduit à vendre son comté à Philippe le Bon, duc de Bourgogne. D’après la plupart des auteurs namurois, les. embarras d'argent dans lesquels se trouvait le comte Jean IT avaient eu pour cause principale un événement bien singulier. Le comte de Namur s'étant rendu à Hui pour conférer avec Jean de Heinsberg, évêque de Liége, qui l'y avait invité, fut jeté, disent-ils, dans une prison d’où il ne sortit qu’en promettant une rançon énorme. Selon le père de Marne, l'évêque, craignant à juste ütre les suites d’une pareille violence, et connaissant la simplicité (sic) du comte, lui fit jurer sur les saints Évangiles de ne jamais révéler la cause de sa dette. On ne connut qu'après sa mort, par un billet cacheté qu'il avait laissé, l’horrible trahison dont il avait été victime. |
Des historiens modernes ont mis en doute cette dramatique histoire. Ils n'attribuent les dettes du comte Jean qu’à sa prodigalité et à l’état dans lequel les dépenses excessives de son prédécesseur avaient mis les finances du pays.
Le contrat de vente du comté de Namur et de toutes les terres qui appartenaient à Jean IT fut passé à Gand, le 15 janvier 1421. L’acquisition était faite par le duc de Bourgogne au prix de 132,000 couronnes d’or ! et à la condition que le comte Jean conserverait l’usufruit sa vie durant. Les terres
1 De 42 gros, monnaie de Flandre.
de Vieuville et de Montaigle avec le winage de Hastières , qui formaient le douaire de Jeanne de Harcourt, veuve de Guillaume Il , he pouvaient être rachetés par le due que du consentement de cette princesse.
Quelques mois plus tard, Philippe vint à Namur se faire reconnaitre par les états comme héritier de Jean HE, et prit, de fait, si pas de droit , le gouvernement du pays.
Jean mourut le 1° mars 1429, ne laissant qu'un fils naturel qu'il avait eu de sa cousine, Cécile de Savoie. Ce fils Philippe, seigneur de Dhui, est la souche d’où sont sorties les deux branches de la famille de Namur-d'Elzée et de Namur-Jonqueret qui subsistent encore aujourd'hui. L'opiniâtreté de l'évêque de Liége, dit le père de Marne, fut la seule cause qui enleva à Philippe les droits d’une naissance légitime. Xean HE, qui n’était encore que seigneur de Winendaele, voulait épouser sa cousine, mais le prélat refusait obstinément les dispenses nécessaires entre parents. Cécile mourut en couches avant l'arrivée des dispenses qu'on avait demandées au souverain pontife.
Jean se maria , peu après, avec Jeanne d’Abscoude, mais il n’en eut point d'enfants.
Le 21 juin 1419 , une criée des monnaies, faite au perron de Saint-Remi, fixait le cours de diverses pièces étrangères dans le comté de Namur‘. Il était défendu de les donner en payement ou de les prendre à une autre valeur, sous peine d'une amende de ZZ1 vies gros, dont deux pour le comte et le troisième au profit du dénonciateur.
Ces monnaies étaient :
Le vieux noble d'Angleterre à 114 heaumes.
La couronne de France. 57 — Le noble de Gand 10% — L'écu de Dordrecht . 4T — Le florin du Rhin ne] 44 — Le florin d’Arem (d’Arnheim?) . 40 — Le mouton de France . 38 — Le blaffar de Flandre 52 — Le — de Brabant . 3 —
Le kamabu
44 wihots.
se 5e ee À … EE —
® Transport de la haute cour de Namur, 1418 à 1495, fol. 84 verso (archives de la ville ).
102 RECHERCHES SUR LES MONNAIES Lourieillé haie: LT) at ré Moseait te et MEANS 1312 wihots. Lasnouvelle haie tarot ARR EE OT RARE 2 heaumes. Le vieux délivrété (2) TO EE 10 wihots.
Les autres délivretés @ ht MONS RME ME ERREMANNIE 8 — Ler-délivreté deiNamur:se Nr a EE RNA Ur 7. —
Une lettre, malheureusement sans date, mais que M. Jules Borgnet croit être de Jean IE, écrite par le comte à l'échevinage de Namur, se trouve placée dans un registre aux transports de la haute cour ‘, entre des actes de 1419 et de 1420. Ce document curieux et que nous croyons devoir reproduire en entier contient une évaluation nouvelle des monnaies étrangères en heaumes de Namur. C'était, comparativement à la crie précédente, un retour à une monnaie plus forte de 5/57,
A honerables, saiges et discreis le mayeur et eskevins delle ville de Namur, mes chiers signeurs et amis.
Chiers signeurs, ilh vous plaist que vous lettres à moy envoués ay bien entenduez, contenantez comment vous sariiés le maniere d'argent, en queil pris il at esteit en Braibant novellement assis et ordonneit, Sur ce, chiers signeurs, je vous fay savoir le pris d’or et de paiement ensi qu'il est ordineit en Braibant, c’est assavoir : une vies noble d'Ingleterre pesant 5 esterlins, 104 h. (heaume, sans doute). — Le coronne de France petisante 2 esterlins et demi, 52 h. — Le nuef noble pesant 4 esterlins et demi, 92 h.— Le nuevez coronnez de France, 49 h. — Le mouton à l’angnial de France, 52 h. 2 es... — Le florin Darem, 54 h. — L’escut de Hollande, 40 h. — Une florin dou Rin, 38 h. — Une pietre d’or à hiame, avoec le scut de Malinez, cescun 55 h. demi. — Une vies eseus, 61 h. — Paiement. Unc vies denier Joh. de Flandres ? 16 gros, et Baibant vault 2 h. 2 es... — Les nuef lions de Flandres, 2 h. un es... — Les boddrag. de Lovangne, 2 h. — Les vies haiez, 2 h. — Le vies boddrag. de Flandres, 51 h. et demi 5. Et cest ordinance dessusdite est ordinée et commenchié sur le premier jour dou mois de décembre derrain passeit, mais sur ce n’en est encor fait nulle mencion, ne tierme assis, ne ordineit de durer à certaines annéez. Chiers signeurs, sachiés que tout ce que faire puis en quoy vous seriiés desirans ou suy tous jours appareilheit, ce sceit Dieu que vous aist en sa garde. Escriptes à Lovangne le 15"° jour de décembre.
{ De 1457 à 1458, fol. 9. M. Borgnet nous fait remarquer que les années indiquées en tête de ces registres n’empêchent nullement qu’on ne puisse y trouver des actes d’une date plus ancienne,
5 Ce chiffre doit être une erreur, s’il s’agit ici d’une monnaie d'argent.
N° 192. Deux écus juxtaposés, l’un écartelé de deux aigles biceps et de deux lions, l’autre au lion rampant. Au-dessus un heaume de profil à gauche : XIORAN- NES : TOMES : LVAMVROEANS.
— Croix patiée dans un cercle perlé et anglée de deux aigles biceps et de deux lions : > MONEAMX 5 DOVR ES OMIS 5 RAMVREAENS.
Collection de M. le comte de Robiano.
” Cette pièce a été décrite et gravée dans la Revue de la numismatique belge, t. VI, page 359.
N° 195. Écu écartelé de deux aigles biceps et de deux lions. Dans un double grènetis : HIORANNES S HOMMES E DAMVRE.
— Croix fortement pattée et anglée de deux aigles biceps et de deux lions. Dans un double grènetis : k MONEMX 5 DOUX S NAMVROENS.
Collection de M. Serrure.
\° 194. Écu au lion (couronné?) : X ŒRVMAR : MOD : ID O : Légende rétrograde et en partie renversée, qu'on doit lire : lOhannes : MerŒlus ÆOMes NA- MVRE:.
— Ecu à l’aigle biceps : X MORE : LOVA RAMVRE.
Collection de M. le eomte de Robiano.
N° 195. Écu au lion couronné : X IORARRES 5 HOMES 5 RAMVR. — Croix pattée dans un cercle : X MONEMX 5 ROVXE RAMVRCEN.
N° 196. Même pièce avec D'AMVRE. Tous les Æ ont un annelet en tête.
Collection de M. le comte de Robiano.
Ji
Décrite dans la Revue de la numismatique belge, t. V, 2% série, p. 217. N° 197. Dans le champ les lettres : DAM . + LCA 0 OP
— Grande eroïx coupant la légende : MOI | ...|....|..1..
Collection de M. Serrure.
Cette pièce, peu lisible, semble être une imitation de la monnaie de Namur, faite par un seigneur du nom de Jean.
N° 198. Dans le champ les lettres : DAM : x I0ORANLRES : HOMMES : NX. __ Croix fleurdelisée dans un cercle : X MOREMX : LAMVROAEN.
Collection de M. Serrure.
M. le comte de Robiano possède un pied-fort de cette pièce. Le M du mot moneta y à la forme carrée, ainsi que sur un exemplaire de cette même monnaie qui se trouve aussi dans sa collection.
Variété : avec comes : I.
Collection de M. Ulysse Capitaine.
N° 199. Dans le champ les lettres : DAM : HIORARRES : TOMES. __ Croix fleurdelisée dans un cercle : X MO. EMX.NAMEANE.
Planche de M. Lelewel.
Décrite dans la Revue de la numismatique belge, t. V, 2% série, page 217.
N° 200. Dans le champ les lettres : DAM : XIORARRES . HO... — Croix pattée dans un cerele et anglée de deux lis et de deux roses quatre-
feuilles : * MONE..... FIND CAN UE
Même planche, B.N.
Décrite dans la Revue de la numismatique belge , 1. V, 2% série, page 217.
N° 201. Dans le champ les lettres FL, sous un petit trait horizontal :.. # 10R.... ŒOM.AI I.
— Croix fleurdelisée : * MONET : LAMOLEIN.
Collection de la Société archéol. de Namur.
Pièce singulière que nous proposons de lire de la manière suivante : Jo-
A en ee D = es ———— ee à Pr |
hannes (d. g. ou d. B., Dei gratia ou dominus Bethuniae) comes tertius. La pièce ci-dessus, où le mot tertius est exprimé en lettres, autorise à interpréler de cette manière les trois traits perpendiculaires.
La forme namonensis pour namurcensis se trouve sur une monnaie de Guillaume I. Quant aux lettres du champ, FL, ce sera tout simplement un type, employé sans autre intention que celle de contrefaire une monnaie de Flandre, la double mite de Philippe le Hardi.
N° 202. Écu au lion : .. IORARNES ŒOMES.N..
— Croix pattée dans un cercle, anglée au premier canton d’un lis, au quatrième d'un lion : * MOREMX : NO RAM... :
Planche de M. Lelewel.
Décrite dans la Revue de la numismatique belge, 1. V, 2% série, page 217.