TROISIÈME PARTIE
de la plus élevée des deux eneeintes en pierres sèches et de moindre grandeur qui s’y rattachent. Ce mur, situé au milieu de l’île de Malte, à environ un kilomètre et demi nord-est de Casal-Musta, a été dessiné sur les lieux, le 2 k juin 1 83 3 , par M. l’ingénieur Grongnet, pour M. le marquis de Fortia d’Urban, de l’Institut de France; ce dernier s’est empressé de m’en envoyer le dessin pour être exécuté en relief et réuni aux autres monuments pélasgiques de la bibliothèque Mazarine.
Pour préparer une explication au moins analogique de ce monument, qu’on croit pouvoir faire considérer comme le mur d’un hiéron ou d’une enceinte sacrée, il faut le comparer d’abord avec celui du mont Sipylus, près de Smyrne, ensuite avec le grand mur de Delphes, et enfin avec d’autres murs de meme construction et de même plan purement rectiligne, qu’on voit à Suna en Sabine, et ailleurs.
Cette explication, suggérée par la comparaison de l’ordre des constructions, nous a paru acquérir un grand degré de certitude par le passage suivant de Cicéron :
lnsula est Melita, judices , satis lato ab Sicilia mari periculosocjue disjoncta , in (]ua est codent nomine oppidum, guo iste nunquam accessit: guod tamen isti textrinam per triennum ad muliebrem vestem conficiendam fuit. Ab eo oppido non longe, in promontorio , fanum est Junonis an tu jauni : rpiod tanta religione semper fuit, ut non modo illis punicis bcllis, guœ in hisfere locis navali copia gesta atgue versata sunt, sed etiam in hac preedonum multitudine semper inviolatum sanctumqae faerit. «Juges, l’île que Ion appelle « Malte est séparée de la Sicile par un bras de mer
302 MONUMENTS GYCLOPÉENS.
« assez large et assez périlleux ; dans cette île existe une «ville du même nom, où Verrès n’est jamais venu, et « qui, cependant, lui servit, durant l’espace de trois an- «nées, d’atelier pour la fabrication des vêtements de «femme. Non loin de la ville, sur le promontoire, il y «a un temple antique de Junon, pour lequel la dévo- «tion est si gi'ande que, non-seulement au temps des «guerres puniques durant lesquelles ce lieu fut le «théâtre de grandes batailles navales, mais récemment « encore , lorsque ces côtes étaient infestées de nom- «breux pirates, il demeura intact et à l’abri de toute « profanation b »
Ce temple de Junon, principale divinité des Pélasges, déjà regardé comme antique du temps de Cicéron; la construction polygone irrégulière des murs encore existants aujourd’hui, joints à la tradition conservée par Strabon et Etienne de Byzance, qui fait des Phéniciens et des Carthaginois les premiers colons de file de Malte, tout se réunit pour rattacher ces monuments à f origine pélasgique. Ce qui ajoute encore à la vraisemblance de cette conclusion c’est que, selon M. Grongnet, le plateau sur lequel ce mur se trouve est connu et désigné, parmi les Maltais, sous une dénomination qui correspond à celle de plaine des géants. Cet ingénieur ajoute que les murs découverts par lui, mesurés et dessinés, sont de la plus ancienne construction pélasgique, à l’instar de celle de Tirynthe, Ly cosure, et autres du même genre.
Le terrain des environs se compose d’une plaine de roches aplaties, dont la superficie calcaire est semée,
1 Discours contre Verrès, action II, liv. IV. chap. xlvi.