AFFINITÉS RÉCIPROQUES DES MYXOSPORIDIES
On sait que les Myxosporidies produisent en général un très grand nombre despores. 11 y a cependant, parmi les espèces qui se présentent sous forme de corps amiboïdcs libres dans la vessie urinaire ou la vésicule biliaire des Poissons, quelques excepl ions remarquables sur lesquelles je désire attirer l'attention.
J’ai déjà eu l’occasion de signaler (8) plusieurs espèces de ces parasites, chez lesquelles le nombre des spores se montre constamment réduit à deux. J'ai pu, depuis, constater la même particularité dans un assez grand nombre de formes nouvelles que j'ai observées dans la vésicule biliaire de certains Poissons de la Méditerrannée (*2 .
Toutes ces Myxosporidies à deux spores appartiennent à la famille des Myxidièes , telle que je l’ai caractérisée dans mon Essai de classification (7) de ces organismes. Je n'entreprendrai pas ici la description de ces espèces ; je ferai seulement remarquer que la plupart rentrent nettement dans le genre Ceratomyxa, tandis que les autres, par des modifications successives dans la forme des spores, établissent la transition entre ce dernier genre et les Üphœrospora. Celles-ci. à leur tour, relient les espèces disporèes aux polysporèes, en même temps qu’au point de vue de l’habitat elles constituent le passade entre les formes libres et celles qui se développent dans l'épaisseur des tissus.
i l' Note parue dans le^ Compte-rendus do l'Académie des sciences, le 10 fcv. 1891.
"> Ces observations ont été faites dans les laboratoires maritimes de MM. les professeurs de Lacaze-Dutiiieks. M arion et KokoTNEFF, à qui je suis heureux d’adresser ici mes respectueux remerciements pour la bienveillante hospitalité qu’ils oui bien voulu m'accorder.
P. TIIÉLOIIAN.
Il n y a donc pas une séparation absolue entre les autre - Myxosporidies et les espèces qui ne produisent que deux spores.
Il faut remarquer que ces dernières vivent toutes à l’état de corps amiboïdes libres dans le liquide biliaire. De plus, ce sont elles qui présentent la motilité la plus grande, grâce a l'existence de pseudopodes très spéciaux, dont j'ai déjà signalés les particularités de forme et de dimensions ainsi que la localisation en une région déterminée.
En somme, on peut dire que ces Myxosporidies disporées à pseudopodes localisés et à mouvements rapides représentent, parmi ces parasites, les types les plus élevés en organisation. Nous avons vu qu’au point de vue morphologique elles se relient aux autres par une série d’intermédiaires.
Mais il ne suffit pas d’avoir constaté ces faits et la question se pose de savoir comment on doit interpréter les caractères qu’elles présentent. Faut-il les considérer comme des formes perfectionnées dérivant des formes inférieures, ou, au contraire, doit-on les regarder comme représentant le type primitif des Myxosporidies, les autres, et en particulier celles qui vivent au sein des tissus, n’étant que des formes dégradées par un parasitisme plus accentué et pour ainsi dire plus intime ?
Pour moi, je me rangerais volontiers à cette dernière manière do voir. Ne pouvant aborder ici la discussion des arguments que l’on peut invoquer pour l’appuyer, j’indiquerai seulement l’une des considérations qui me semblent avoir à cet égard la plus grande valeur.
On a vu que, chez les Myxosporidies qui présentent l’organisation la plus élevée. le nombre des spores est réduit à deux. Au contraire, le nombre de ces éléments s’accroît à mesure que l’on observe des formes plus dégradées, pour arriver à celles qui vivent dans l’épaisseur des tissus et chez lesquelles la quantité des spores est véritablement prodigieuse.
Or l’exagération du nombre des corps reproducteurs constitue, comme on lésait, un des attributs les plus constants du parasitisme.
Les Mjrxosporidies chez lesquelles on observe cette énorme production de spores étant par ailleurs inférieures aux autres au point de vue de leur organisation, et, d’un autre côté, leur siège au sein des tissus donnant h leur parasitisme un caractère plus accentué, il me semble très plausible d’admettre qu’elles représentent des fermes
SUR UKS M VXOSPO RI DIRS.
dégradées par ce modo d'existence spécial, et que celto dégradation s'esl traduite par la perte de certains caractères des formes libres et par l'aptitude à la formation de spores plus nombreuses.
Je ne puis m'étendre davantage sur ce sujet : j’ai voulu seulement attirer l'attention sur ce point de l'histoire de ces organismes, dont l'étude 111 e semble offrir un certain intérêt, en raison de l'importance ({ne présenterait la solution de ce problème au point de vue de la détermination des affinités des Myxosporidies, qui sont encore extrêmement obscures.