‹ Recherches sur les origines de l'ÉgypteChapitre 46 sur 87 · Lepsius, Denkmiiîer^ III, i · texte numérisé non relu

Lepsius, Denkmiiîer^ III, i

mais s'étendait au delà, vers l'ouest, où M. Legraîn a retrouvé leurs silex et leurs kjœkkenmœddings jusqu'à Toasis deKhargiéh. Une fois cette population asujettie, en Egypte, et sa civilisation supprimée par les envahisseurs, elle aura continué d'exister plus à l'ouest, en Lybie, et aura eu de là ses relations avec le développement de la civilisation insulaire grecque. Cette durée plus longue en Libye * expliquerait plus facilement les faits, si Ton trouve, dans des tombeaux postérieurs, des produits céramiques du type de Négadah; en effet, même si Ton ne veut pas admettre que les Égyptiens aient fait usage d'anciens objets trouvés dans des tombeaux, comme le font actuellement les Arabes avec les anciens vases égyptiens, il n'est pas difficile d'admettre que, de temps en temps, on importa de l'ouest des échantillons de cette céramique, bien supérieure à la céramique égyptienne, de môme qu'on importa, sous le Nouvel Empire, des produits de la poterie mycénienne.

De tous ces faits il me parait ressortir que les autochtones de l'Egypte étaient apparentés aux « Lybiens », qu'ils furent vaincus par un autre peuple et réduits plus ou moins en esclavage, de sorte qu'ils ne formaient plus, au commencement de TAncien Empire, que la classe inférieure de la population dans la vallée du Nil. Il surgit maintenant une seconde question : quel fut, ou, tout au moins, d'où vint ce peuple de conquérants?

L'opinion générale est que les Égyptiens venant d'Asie auraient pénétré, par l'isthme de Suez, dans leur nouveau pays, et l'auraient occupé en remontant le fleuve. Dans cette hypothèse, l'idée de l'origine asiatique des nouveaux maîtres de l'Egypte est parfaitement fondée : la langue égyptienne appartient à la môme famille que l'indoeuropéen et le sémite, en se rapprochant davantage du dernier groupe, mais pas assez toutefois pour pouvoir être rangée parmi les langues sémitiques. D'après les caractères anthropologiques, d'autre part, le peuple se range dans l'ensemble des mômes races et diffère notable-

I. On a préteaduque la poterie kabyle répondait à celle du type de Ncgadab, ce qui serait une preuve de l'idée émise plus haut; malheureusement, il m'est impossible, faute de matériaux nécessaires, de constater cette donnée. D'autre part, M. Schweinfurth [Steinbruche de^t mons Claudianus dans la Zeitschrift der Gesellschaft fur Erdkunde zuBerlin, XXXII, 1897, p. i), a signalé la ressemblance des vases trouvés à Négadah avec ceux des Bédaûye (Ababdeh et Bischaris) actuels. Les Égyptiens rangeant parmi les Tchennu leurs voisins du sud-ouest et du sud, ce fait n offrirait aucune difficulté pour notre théorie.

ment des races nègres et ouralo-altaïques. Cette affinité avec les autres peuples méditerranéens rend plus que probable une origine asiatique des peuples de la vallée du Nil, provenance déjà indiquée par le plus ancien système ethnographique que nous possédions*.

L'idée que ce peuple entra en Egypte par le nord a été déduite de la remarque que les plus anciens monuments se trouvent au nord, près de Memphis et qu'ils deviennent de plus en plus récents à mesure qu'on remonte le fleuve. Les nouvelles découvertes ont démontré que ce raisonnement est faux; les monuments trouvés par MM. de Morgan, Pétrie et Amélineau,en Haute-Egypte, sont plus anciens que les pyramides de Memphis. D'un autre côté, une tradition ancienne* fait venir les Égyptiens de l'Ethiopie, c'est-à-dire du sud, et Ezéchiel (xxix, 14), suivant sans doute dans cette donnée une tradition égyptienne répandue de son temps, désigne Pathros, le pays du sud, et plus particulièrement la Haute Egypte, comme la patrie des Égyptiens. Ce serait donc plutôt du sud que ce peuple est arrivé en descendant le fleuve, dans la direction de la mer; mais l'Afrique centrale ne doit pas pour cela être nécessairement son pays d'origine. Au-dessus des cataractes, les monuments anciens disparaissent, et cette contrée n'a été occupée par les Égyptiens qu'après la conquête de l'Egypte proprement dite. Il faut donc que cette nation soit arrivée par une des routes conduisant de la mer Rouge à la Haute Egypte.

La route la meilleure est celle qui, venant de la côte, près deCosseïr, passe par la vallée de Hammamat pour aboutir à Coptos; elle était déjà connue des Égyptiens depuis l'Ancien Empire*, en sorte qu'elle fut aussi probablement celle que prirent les envahisseurs. Ils gardèrent leurs relations avec la mer Rouge pendant assez longtemps : on trouve dans les tombeaux du type de Négadah des coquilles qui ne peuvent venir que de là, et les statues ithyphalliques du dieu Min, découvertes à CoptosS qui offrent tous les indices d'une origine des plus anciennes, sont ornées de coquilles Pteroceras, originaires de la môme mer. Les schistes que ces gens employaient pour y découper leurs amulettes proviennent, d'après les remarques de MM. de Morgan et Schweinfurth, des montagnes à l'est du Nil, tandis que

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