STATUE N° 1 DU MUSÉE DE GUIZEH
au contraire plutôt épais et lourds, d'un naturalisme très vivant quoique souvent un peu exagéré. Étudiés avec le plus grand soin, ils ont les muscles très saillants, indiqués de la même manière que ceux des pieds de taureaux en ivoire des tombeaux de Négadah et d'Abydos, et cette manière est exactement semblable à celle des représentations d'animaux dans les sculptures chaldéennes et assyriennes, que nos plaques de schiste rappellent d'une manière frappante. Les taureaux surtout, au registre supérieur du verso de celle de Guizeh, sont la reproduction exacte de ceux qui sont figurés sur les intailles chaldéennes ^
Une question plus difficile à élucider est celle des hiéroglyphes : que signifie, sur une des plaques du Louvre, cette série d'enseignes se terminant par des mains qui saisissent une corde? Je ne vois guère pour le moment à cela une explication satisfaisante. De même pour les cartouches crénelés du grand schiste de Guizeh : ils sont semblables, à peu de chose près, à ceux des rois d'Om-el-Ga'ab, aussi est-il possible d'y voir des noms de princes ou de gouverneurs de nomes, dont la province serait indiquée par l'animal armé de la pioche qui surmonte chacun de ces cartouches, et qui parait un signe purement géographique, indiquant un pays cultivé. Nous aurions alors ici les noms des personnages dont on voit encore les pieds au registre supérieur, qui a disparu. Je ne donne du reste cette opinion que comme une hypothèse nouvelle à ajouter à celles qui ont été émises jusqu'ici, car il n'est pas possible actuellement de se prononcer d'une manière définitive.
Il faut encore rapprocher de ces plaques de schiste, au point de vue de la facture et des représentations d'animaux, deux objets dont le premier n'est autre que le couteau de silex à gaîne d'or qui provient de Guebel-el-Tarif (v. pi. V) *. Quant à la plaque d'ivoire de la collection Pitt-Rwer^ son usage n'est pas ancore bien défini (fig. 865)'; sur lin des côtés elle est percée d'un trou rectangulaire, et les deux faces sont couvertes de ciselures représentant des animaux divers qui rappellent ceux d'un des cylindres de Négadah autant que ceux des schistes dont nous venons de parler.
1. Je suis lente de croire celle-ci antérieure à celles du Louvre dont la facture témoigne d'un art plus avancé et surtout plus libre.
2. Cet objet a déjà été représente dans le précédent volume, p. ii5, fig. i36.
3. M. Flinders Pétrie, qui a publié le premier ce petit monument {Neqadah and Ballas, pi. LXXVII), veut y voir une garde de poignard.
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Tels sont donc, en résumé, les objets que nous pouvons attribuer aux premiers temps de la domination des rois de la Haute et de la Basse Egypte. Ceux-ci se révèlent peu à peu à nous avec leurs noms, leurs coutumes, leurs arts, et^ ce qui est pins important encore pour nous, leur origine. Tous les monuments, par leurs caractères, montrent que la race des conquérants venait de l'Orient, peut-être de la
Fig. 865. — Objet en ivoire. Collection Pilt-River. Grandeur naturelle.
Mésopotamie, peut-être, comme le pensent MM. Wiedemann et Schweinfurth, de TArabie Heureuse; cette race apporta avec elle ses coutumes et ses arts, qu'elle imposa d'abord aux vaincus et qui se modifièrent peu à peu au cours des siècles pour devenir la civilisation égyptienne des époques classiques. Mais l'innovation la plus importante qu'ils aient introduite dans leur nouveau pays, la chose qui sans doute leur a donné la supériorité sur les autochtones armés de pierres