DES DIVERSES ESPÈCES
Après avoir obtenu , par la long;ue et pénible analyse r|ui a rempli les six précédentes sections ^ ^outes les pièces des squelettes de nos animaux; (iprès avoir assigné à chacune isolément la place qui lui convenait , il s'agissait d'en faire la synthèse, de les rapprocher, d'en opérer l'assemblage, et de reproduire aux yeux, sinon les animaux entiers, du moins leur charpente osseuse.
Four cet effet, nous avons pris pour base de notre travail dans chaque genre les squelettes fossiles les plus complets que nous en ayons eus; et, recherchant dans les sections précédentes les os qui manquent à ces squelettes, T. 27
4l8 POSStLfiS DE PAim.
mais qui appartiennent à leur espèce^ nous les y avons rattachés.
Nous avons d'abord employé le dessin seulement ^ en rendant, à l'exemple des géographes^ par des lignes ponotuéei) les parties rétablies sur de simples conjectures, et, par des traits pleins , celles que nous .avons copiées d'après les pièces effectives.
Nous avons imaginé ensuite un moyen encore plus convaincant , qui nous a réussi pour certaines parties.
Nous possédions, par exemple, un assez grand nombre cl'o$ séparés des pieds de Vanoplotheriuni commune , pour qu'en les assortissant d'après leur grandeur, nous ayons pu recomposer les quatre pieds, en suppléant seulement à ce qui pouvait avoir été enlevé 4 quelques os d'un coté , par des réparations en cire imitées d'après les os du coté oppose; nous avoiis donc rapproché toutes ces pièces après les avoir détachées du plâtre , et nous en avons f£Ût des parties de squelette comme si elles étaient pro venues du même individu, quoiqu'il nous ait fallu des morceaux fournis- peutêtre par vingt individus dîfférens. De cette manière, il a été plus aisé de dessiner correctement ces parties, et la réunion effective de
hetabli^ssmeNt des squelettes. 4^9
tous ces os frappe davantage l'observateur que si) ëtâit obligé de les rassembleîr seulement par la pensée, après avoir appris péniblement à les connaître chacun à part.
11 n'y a<iônc point à douter que les dessins (|nê nous allons donner, et qui offrent le ré^ sttltat général de nos recherches sur lès animaux inconnus dont les os remplissent nos oarrières à plâtre , ne représentent , à très-peu dé chose près, les squelettes de ces animaux tels qu'ils auraient été si oh les eût faits imlAédiatemeiit après leur mort.
ARTICLE premier.
Rétablissement des squelettes de palaeothériums.
G)mme c'est le palœotlverium miruis que nous avons le plus complet^ c'csfttpar lui qae nous coma)L,encerons ; passant ensuite au palœothe^ riiim mcignumy dont le trojùc nous manque en grande partie, mais dont nous possédons en entier la tête et les extrémités, hepalœoi/ierium crassum sera, le troisième; le médium^ le quatrième • attendu qu'ils sont de moins en moins complets. Quant aux autres » nous n en avons que des fragmens.
4ao rossiLRS db paki«.
§ I. Rélablissement du st/uelette du pidafOthè^
Hum ni/nusy pi. i45.
II a été trouvé presque complet à Pantin, pL 1 15. Il ikut y ajouter d'abord la mâchoire inférieure, trouvée assez souvent, pi. 90, fig. a, pl.9a, fig. I, pi. 1 ai, fig. a et 5, pi. ia5, fig.a et 5, et pi. i36, fig. 7. Le dessus de la tête nous manquera, mais il ne sera pas difficile d'en présumer la forme d'après celle des autres espèces. Au bras et à l'avant-bras il y aura à joindre le pied de devant, tels que nous pouvons le calculer d'après ce qui en reste, pi. loi, fig. 7. Le bassin demeurera incomplet, ainsi que le sacrum et la queue; mais nous avons dans le squelette presque tout le fémur et une grande partie du tibia. Ce dernier os est complété par ceux des pi. 10g , fig. a , et 1 10, fig. 2 , 5 et 4; et pour achever ce squelette, il suffit d'y ajouter encore le pied de derrière si bien conservé dans les morceaux de la pi. 99.
Si nous pouvions ranimer cet animal aussi aisément que nous en avons rassemblé les os, nous croirions voir courir un tapir plus petit qu'un chevreuil, à jambes grêles et légères. Telle était à coup sur sa figure. Voyez pi. 147.
IlETABLiSSËNENT DES SQUELETTES. 4^1
Sa hauteur au garrot devait être de seize à dix-huit pouces.
§ II. Rétablissement du Sfjueleite dii paUco-therium magnum ^ pi . 1 46 •
Nous en avons la tête et les quatre extrémités; en suppléant le tronc d'après l'espèce précédente y il sera aussi très-facile d'en rétablir le squelette.
La tête est pi. i5i; la mâchoire inférieure , pi. 1 29, fi{j. 1; les extrémités antérieure et postérieure ^ pi. i3o et 14 1 •
Cet animal avait quatre pieds et demi et plus de hauteur au garrot; c'est la taille du rhinocéros de Java. Moins élevé qu'un grand cheval , il était plus trapu^ sa tête était plus massive, ses extrémités plus grosses et plus courtes, etc., pi. i47- Il n'est rien de plus aisé que de se le représenter dans l'état de vie.
§ Ili. Rélablissetnent du squelette du palœcH
therium crassum.
Nous conjecturons que c'est sa tête qui est si bien conservée, pi. i54 et i55.
Toutes ses autres parties ressemblent beau-
coup à celles du palœolh^rùim magnwik pW les formes, et n'en diffèrent que pa,F la grandeur, moindre de près de moitié. On a son extrémité de devant, pi. loi^fig. leta^etpl. ^Sg^fig. i, et son extrémité de derrière, pi. 98. C'était de tous nos animaux celui qui ressemblait le plus au tapir d'Amérique pour la configuratJou générale; mais il lui était inférieur pour la taille, et ne devait pas surpasser un cochon de grandeur médiocre.
Les omoplates , les humérus et les fémurs que l'on possède,. de moyenne grandeur, peuvent presque indifféremment être adaptés à cette espèce ou aux deux suivantes.
Le tronc de toutes les trois peut aussi être rétabli par conjecture d'après celui du palœo^ iherium minus , en ayant soin de proportionner la longueur totale du cou et de la tête à la hauteur des jambes de devant.
Il devait avoir ^ peu prés ti^ente pQuççs. de hauteur au garrot.
§ IV. Rétablissement du squelette du palœo^
therium mediUm.
La tête, pi. 85 et 86, partit avoir ou les os du pQ^ plq$ courts) et il ep résulte la conjec-
RETABLISSENKNT DES SQUELETTES. 4^^
tare probable qu^ 8a trompe était plus {oogue çt plus tnobile que celle du précédant.
lit» jambes étaient plus grêles , plus habtes qui eelles du paliéolheriuffi cratsutnj et bien qu'il l'égalât pour la taille , il se rapproahatli datantage du pa^ceNfèer/um- minus .pour tes %fiie64 .
On a soti cubftu^, pi. n^, fig. i5; son vê^ éÏMf pi. iSg^ fig. é; son pied de devanty pi. lOOy iig< i; son tibia, pi. i34^ figi if) son pied de derrière, pi. 97, fig. i et 2, et ailleurs.
ii devait représenter un tapir à jambeS' grcles, et être dans ce genre à peu près ce qu'est le babiroussa parmi les cochons. Sa hauteur au garrot devait être de trente^iHi à treute-^deux pouces.
therium iaiui9U'
Celui-ci, dont nous ne pouvons donner avec quelque certitude que l'avant -bras, pi. 140, fig. i; et les pieds, pi. 142, fig. i, et pi. i/|0, fig. 2, 3 et 4, devait être l'opposé du médium pour les formes. D'après la brièveté
4a4 FOSSILES DE PARIS.
et la largeur de ses extrémités, on peut juger qu'il était l'extrême de la loardeur, et peut-être de la paresse. Il était dans la famille 06 qu'est le phascolome dans celle des marsupiaux.
Nous ne pouvons guère lui supposer plus de vingt-quatre à vingt-six pouces de hauteur au garrot , mais sa tête et son corps ne devaient pas être moins gros, ni ses membres moins épais que ceux des précédens.
§ VI. Rétablissement du squelette du pà/œO"
therium curtunti
Nous en avons la tête, pi. laS, fig. i , et quelques portions des pieds, ib., fig. 6, et pi. iSsy fig. 1^9 d'après lesquels on peut juger en toute sûreté qu'il ressemblait beaucoup au palseotherium latum, mais qu'il étsût considérablement plus petit.
'RETABUSSËMEIST DES SQUELETTES. 4^^
ARTICLE II
RétibliMeinent des squelettes d'ano^ilothériaiiis.
S L Bétablissement du squelette de Vanoplo^ iherium commune ^ pi. i43.
Le fond de notre dessin est pris du squelette de Montmartre, pi. ii6.
Nous rétablissons plus complètement la tête, d'après celui d'Antony, pL 117 et 136, ainsi que d'après les morceaux des pi. 1^5 y fig. i , et i38.
Les vertèbres atlas et axis nous sont fournies, pi. 118, fig. i, 2, 3, 4 ^^ ^-
Nous ne pouvons avoir recours qu'à la conjecture pour les cinq autres vertèbres du cou; mais leur longueur totale nous est donnée par celle des jambes de devant.
Le squelette d'Antony, pi. 117, nous procure lés vertèbres du dos et celles des lombes, et nous trouvons les côtes et la queue dans celui de Montmartre, pi. 116.
Nous avons l'omoplate, pi. 11 5, fig. 11; l'humérus de face, pL m, fig. i; son arti-
culatîon inférieure, îi/if., fig. 2 ct3; ce mi os plus complet, pi. i4o, fig. 5, 6 et 7; le radius, pi. iSa, fig. iG; sa tète inférieure, pi. III, fig. 8; la tète supérieure du cubitus, pi. 113, fig. 6, et pi. 1^2, fig. 13 et iB. La longueur de cet os est dounée par celle du radius.
Le carpe, pL iSa, fig. 6; presque toute la main, pi. 12.5, fig. 5; les phalanges, pi. io5.
?4qus restaurons le bassin en combinaDtce que nous offre le squelette de Montmartre, pi. il6, avec les débris de la pi. 1 14; le fémur est pi. 106, fig. 7; le tibia, pi, 108, fig. 8 et g, avec ses. têtes, pi. no^ fig. 6, p!. 108, fie. i3, etc.
Il ne reste rien à ajouter à ce que pous avons dit et représenté touchant la composition du pied de derrière, pi. 94, et pi. 128, fig, 2 et S, etc.
Ainsi voilà l'osteologie de notre animal complètement reconstruite; toutes les attaches des muscles sont donc données, et les musclés eux-mêmes peuvent être aisément replacée.
Saliauteur au garrot était encore assez considérable; elle pouvait aller à plus de trois pieds et (iuel([ues pouces. Mais ce qui le dïMinguait le plus, c'était son énorme queue. ËUe
RETABLISSEMENT DES SQUELETTr-S. 4^7
lui donnait quelque chose de la stature de la loutre, et il est très-probable qu'il se portait sour vêtit comme ce carnassier sur et dans les eaux, surtout dans les lieux marécageux; mais ce n'était sans doute point pour y pêcher. Comme le rat d'e^u , comme l'hippopotame , comme tout le genre des sangliers et des rhinocéros , notre anoplothérium était herbivore; il allait done chercher les racines et les tiges succulentes des pl^pte^ ^uatiquea. D'après ses habitudes de n^eur et de plongeur, il devait avoir le poil liasQ QpipmQ ]a loutre; peut-être même sa neau était-«^ll!Q,dea]ki''nue comme celle des, par chydçrme^ dont lious venons de parler. Il n'est pas vraisemblable non plus qu'il ait éa de Iqpgues; oreilles qui l'aniigiient gêné dans son geqrç; da vie aqu$bûciu§ , et je penserais volontiers (|u'U . ressemblait , à cet égards à V hipffQ^cmj^t ai aux autres quadrupèdes qui ftréqueateqit bes^ucpup le$ âau](. Yoy. pi. \^f.
Sa longueur totale, laquelle comprise, était au fiioîns Aq htit pteds> et sans ta quefué, d4 cinq et quelques pouces. La longueur de son €3orp9 étflkit donc à peu près la même que datis un âne de taille moyenne; mais sa haateitt* n'était pas tout-à-»fait aussi considérable.
§ II. Rétablissement du squelette d^anoplotke^
vium gracile j pi. i44*
Il nous manquera pour celui-ci le tronc et la queue; mais sa tête y une partie de son cou et toute son extrémité antérieure nous sont fournis ensemble ; pi. i55; son tibia et son tarse se voient y pi. io8 , fig. i ; son pied de derrière tout entier jusqu'aux phalanges ongué^es, pi. g6^ fig. I ; la tête inférieure de son fémur, pi. 109^ fig. 10; et l'os tout entier y pi. 134» fig. 4; enfin son pied de devant dans son intégrité, pi. 143, fig. II et i4* Il devait avoir un peu plus de deux pieds de hauteur au garrot, et égaler le chamois en hauteur, bien que sa tête et ses os ne soient pas si gros; mais cela tient à l'excessive élongation de ses membres; sa tête égale à peine celle de la Corinne. On voit qu'autant les allures de Yanoplotlierium commune étaient lourdes et traînantes quand il marchait sur la terre, autant le gracile devait avoir d'agilité et de grâce ; léger comme la gazelle ou le chevreuil, il devait courir rapidement autour des marais et des étangs où nageait la première espèce ; il devait y paître les herbes aromatiques des ter-
RF.T4BI.ISîîKME\T DKS SQUELETTES. 4:19
rainssecs^ ou brouter les pousses des arbris*seaux ; sa course n*étaît point sans doute embarrassée par une longue queue; mais, comme tous les herbivores agiles, il était probablement an animal craintif, et de grandes oreilles trcsmobiles, comme celles des cerfs, Taver tissaient du moindre danger; nul doute, enfin, que son corps ne fût couvert d*un poil ras, et par conséquent il ne nous manque que sa couleur pour le peindre tel qu'il animait jadis cette contrée ou il a fallu en déterrer , après tant de siècles, de si faibles vestiges. Voyez pi. 147 • Remarquons en passant qu'ainsi revêtu de sa peau, s'il eut été rencontré par quelques-uns de ces naturalistes qui veulent tout classer d'après des caractères extérieurs, on n'eût pas manqué de le ranger avec les ruminans » et cependant il en est à une assez grande distance par ses caractères intérieurs, et trèsprobablement il ne ruminait pas.
§ III. Rétablissement d'une partie du squelette de Vanoplotherium leporinum.
Nous n'avons ni son cou , ni son tronc , ni sa queue; mais sa mâchoire inférieure nous est fournie plusieurs fois, pi. 89, fig. 3 et 4;
4So FOSSILES DE PARtS.
pi. 90, fig. i; pi. 93, fig. 4. Nous pouvons aisément refaire une tête dessus , d'après Tstnalogie des deux espèces précédeÂtës.
Nous avons sa jambe et son pied de derrièr^^ pi. 104 y fîg- 1 1 ; son avant-bras et son pied d^ devant; ibid.^ fig. 9 et 10; son humérus^ pi. III y fig. i5 à 16, et son féinur^ pi. 126 ^ fig. 7.
Si X anoploilierium gracile était, dans le monde antédiluvien^ le chevreuil de notre région, V anoplotherium leporinwn en était le lièvre; même grandeur, même proportion de memrbres devait lui donner même degré de force et de vitesse , même genre de mouvemens.
ARTICLE lu.
Résumé général , et caractères zoologiques des deox genres
et de leurs espèces.
En dernière aixalyse , il résulte des longues combinaisons et recherches dont ce chapitre se compose jusqu'ici, que nos environs fournissent au catalogue systématique des atiimaux deux genres entièrement nouveaux, que Ton peut caractériser ainsi :