‹ Recherches Sur Les Ossemens Fossiles (volume 3)Chapitre 61 sur 73 · DES ESPECES VIVANTES · texte numérisé non relu

DES ESPECES VIVANTES

Il n'est pas bien prouvé que le nom de ba-^ leine ait été pris par les anciens précisément dans le même sens que parmi nous; les seuls caractères distincûfs qu'ils lui attribuent^ étant la grandeur et la position des évents plus en avant que dans les dauphins, s'appliquent aux cachalots aussi bien qu'aux baleines.

La seule espèce de ce dernier genre qu'ils aient clairement indiquée est le mysticeius d'Âristote (Hist. An., liv. III, chap. xji),qui avait la bouche garnie en dedans de poils seni^

â5o BALEINES

hlables à des soies de cochon. Les fanons dtt baleines s'effilent en effet à leur bord interne, ce qui fait que toute la concavité du palais formée par ces fanons paraît garnie de soies raides et élastiques. La comparaison d'Anstote est donc parfaitement j uste ^ qvoiqu elle ait donné lieu à une multitude de fausses conjectures de la part des premiers commentateurs.

Pline ^ à l'endroit où il rapporte le même fait^ donne à l'animal le nom de Musculus, et le fait supérieur à la baleine (i); mais cet écri-

(1) Tel est du moins le sens que quelques commentateurs donnent à ces paroles : antecedit ùalœnam. £a effet , la baleine la plus commune dans la Méditerranée, qui appartient au sous-genre des rorquals , devient fort grande , autant et plus que la baleine du Groenland. C'est probablement à cette espèce qu'appartenaient ces os que Scaurus dans son édilité (au rapport de Pline, lib. IX , cap. IV ) fit apporter de Joppé à Rome , et ^pie l'on prétendait être ceux de l'animal auquel Audi*omède avait été exposée. Ib formaient une longueur de quarante pieds ; Tépine était épaisse d'un pied et demi , et les côtes surpassaient la hauteur des éléphaus des Indes ; mais on prenait vraisemblablement pour des côtes les branches de la mâchoire inférieui*e , comme le peuple le fait encore à présent. Quelque individu échoué sui* la cote de la Palestine aura donné lieu à cette légende.

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▼ain ayant donné le même nom à un petit poisson que les anciens prétendaient servir de guide à la baleine, il est encore résulté de là des embarras sans nombre , dont réclaircissei» ment nous entraînerait dans des longueurs inutiles. Nous aimons mieux passer immédia* tcment à Texposition des faits positifs.

ARTICLE PREMIER

Détermination des espècet.

Les baleines, dans l'acception moderne et précise de ce mot, c'est-à-dire les cétacés à palais garni de fanons (i), se diviseraient,

(1) On les appelle aussi les cétacés sans dents, par la raison que les adultes n'ont aucunes dents; mais M» Geoffroy a observé que la mâchoire inférieure d'un fœtus de baleine avait chacun de ses arceaux creusé dans sa longueur d'un sillon profond , où il a t/ ouvé des germes de dents dans une chair analogue à des gencives. Il paraîtrait que ces germes disparaissent de; très- bonne heure, et qu'alors le sillon se f cri ne et que l'os devient plein et solide. Voyez les Annales du Muséum , t. X, p. 365.

dSa Baleines

d'après les indications que Ton en a données, en trois sous-genres : les baleines propres^ qui n'ont point de nageoire sur le dos ni de plis sous la gorge; \%sfoifi$ch ou gibbars, qui ont une nageoire sur le dos sans plis sous lago^; et les rorquals f dont la gorge est cannelée de plis ou de sillons longitudinaux. Cette division est appuyée^ comme on voit, de caractères fort nets ; mais il s'en faut de beaucoup qu'il en soit de même des espèces que Ion doit compter dans chacun de ces sous-genres. !Nous verrons même que c'est à peine si l'existence du deuxième sous-genre est suffisamment constatée.

La plus célèbre des baleines proprement Jiie:, celle qui attire le plus les pêcheurs, e^t la grande baleine des mers du Nord , qui venait autrefois jusque dans le golfe de Gascogne, où les Basques ont appris à la poursuivre et que l'on est obligé aujourd'hui d'aller chercher jusque sur les côtes du Groenland, de l'Islande et duSpitzberg (i).

(1) Il y a grande apparence qu'elle était déjà connue,

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Qui croirait que Von n*a eu pendaiii ]plus d'un siècle qu'une seule figure un peu authentique d*un animal dont la pèche occupe tant de milliers d'hommes ! Cependant il est très*vrai que les figures gravées dans presque tous les livres, avant celui de M. Scoresby, sont copiées de celle que donna, en 1671, le chirurgien hambourgeois Frédéric Mar* tens (1)9 en lui faisant seulement subir quelques altérations, dans la vue peut-être, de la part des dessinateurs, de dissimuler la plagiat.

A en juger par ces figures, sa forme serait très-épaisse, sa tête occuperait plus du tiers de la longueur de son corps, sa peau serait généralement noirâtre , excepté le dessous de

sinon des naturalistes , du moins des soldats romains ëta« btis sur les cdtes de la Gaule et de la Bretagne ; et que c*68t à elle que Juvénal fait allusion dans ce vers , Sat. X^ Y. Ut

Quanto delphmii bûUena brUanntca majùr^

(J) Dans son Voyage au Spitzberg » imprimé cette an* né^Ià à Hambourg ; reproduit en italien, Bologne, 1683; en français dans la Collection des Yoyfiges au Nord , im« primée à Amsterdam eu 1715, AKouen en 1716, t. Il, etCi

la mâchoire inférieure, un ruban lelongin bord de la supérieure et le tour des yeux, qui seraient blanchâtres. 11 paraît qu'ilyaanssi diverses marbrures, mais il faudrait pouvoir les observer directement pour en donner nue description distincte.

Nous savons aujourd'hui, par la figure et ladescriptionde M. Scoresby, que cette énorme épaisseur n'a pas lieu, à beaucoup près, dans tous les individus, ou qu'elle a été fort exagérée par le premier dessinateur; et il paraît que cette exagération, jointe à quelques expressions obscures du même Martens, a donné lieu de doubler l'espèce.

Cet auteur dît , en passant , que les baleines qui se prennent auprès du cap Nord ne sont pas si grosses que celles du Spitzberg et qu'elles donnent moins de lard; il ajoute qu'elles sont plus dangereuses parce qu'étant plus légères ell^s s'agitent avec plus de facilité quand on les harponne; enfin il désigne ces baleines en allemand par l'ac^jectif nord-caper (nordcaper wallfisch, baleine du cap Nord). Il n'en a^nnlHlIu davantage potir que l'oti ima^nât d^ën jkire une espèce avec le nom substantif de nordçaper, et même depuis on a cru que ce

nom signifiait pirate du yord^ attendu que le mot caper, pris substantiTement et derire d'une autre racine, signifie en allemand ^ra/e ou corsaire.

A cette équivoque de Martens s*en est jointe une autre de Zorgdrager (t ). Cet auteur faollandais parlé de poissons de glaces, f^fisch ( en allemand ei^fiseh)^ par otl il youlaît dire seulement les baleines que Ton ra prendre près ou au milieu des glaces , et qui offrent quelques différencesd'ampleur ou de grosseur, ou d'habitudes; il distingue même celles des glaces du sud que l'on prend entre le Spitzbei^ et la Nouvelle-Zemble, et celles des glaces de Fonest entre le Spitzberg et le détroit de ]>avis; Une lecture superficielle a fait transformer ces accidens en caractères spécifiques, et Klein n'a pas manqué d'établir un lalœna gîacialis^ qu'il divise en Oustralis et en occidentalisa et a laquelle il joint comme variété le nordcapeP sotTs le ÉrMfd de horealis^ tandis

(1) ConwâDé-Gisbcrt Zôrgdn^ a fait en bollafid«M, en 17», ntt owrrage des plus embrcPtoUa lur la péek/; de h baloBe du Groëalaiid et de U mr^rue d« Te»fe- Heure, dont on a ue tradiictioa aUemaiMi^. , fiattmU. 1723 et 1750, in^. '

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qu'en réalité le nordcaper serait pins méridional que le halœna glacialîs aiisiralis.

Ce nom de nordcaper 9l ensuite été employé Snâistinctement pour désigner divers grands cétacés plus minces on supposés plus minces que la baleine franche, à peu près comme on a employé {{fendant long -temps celui de caïman pour désigner tout crocodile que ron trouvait inférieur à l'idée qu'on s'était faite du crocodile du Nil. Ainsi je vois dans Kai que Yépanlard est nommé de cette manière en certiains endroits de l'Ecosse; les Hollandais du cap de Bonne^Espérance ont même donné ce nom à la grande baleine des mers antarctiques y à laquelle assurément il ne va pas trop bien.

Mais quant à la baleine de glace f au vrai nordcaper^ au nordcaper du cap Nord^ le seul dessin, le seul document muni de quelque authenticité que l'on ait cru pouvoir y rapporter consiste dans les figures faites au Groenland par Bachstrom , envoyées par sir Joseph Banks à M. le comte de Lacépède , et que celui-ci a fait graver dans son Histoire naturelle des Cétacés, pi. II et III, Ces figures pouvaient en effet paraître différente des celles

de la baleine franche , tant que Ton ne prenait ces dernières que dans Martens ; mais aujourd'hui que nous avons de cette baleine une représentation récente et exacte dans l'ouvrage du capitaine Scoresby, il suffi t de la comparer avec celle de Bachstrom pour être convaincu qu'elles ne représentent toutes les deux qu'une seule et même espèce. C'est ce qu'affirme en effet M. Scoresby, l'un des hommes qui ont affronté avec le plus de suite et de courage les tristes climats où s'exerce maintenant la pêche de la baleine ; et qui avait ^ dès 18:10^ contribué personnellement à la prise de trois cent vingtdeux individus; il déclare que l'ancien dessin de Martens ne représente rien qui existe dans la nature y et qu'il n'y a point d'espèce particulière du nordcaper. MM. Olafsen et Powelsen n'en font non plus aucune mention dans leur énumération des baleines de l'Islande. M. Scoresby assure de plus n'avoir vu aucune baleine franche qui excédât soixante pieds de longueur, et déclare que la plus grande dont il ait entendu parler avait soixante-sept pieds, et prouve, par de nombreux témoignages, qu'à aucune époque elles n'ont été plus grandes (i).

(1) Scoresby, an Account oftlieArcticBegîons,!, p. 448. VIII, 2* part. 17

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