DELAMBRE
(1) Voyez le grand ouvrage sur l'Égypte, Antiquités ,
Mémoires , tome 1, page 486.
deux cent quatre-vingt-dix (1). M. Latreille fixait l'époque du zodiaque à six cent soixantedix ans avant Jésus-Christ; celle du planisphère, à cinq cent cinquante; celle du zodiaque du grand temple d’Esné, à deux mille cinq cent cinquante; celle du petit, à mille sept cent soixante.
Mais il y avait une difficulté inhérents à toutes les dates qui partaient de la double supposition que la division marque le solstice , et que la position du solstice marque l’époque du monument; c’est la conséquence inévitable que Île zodiaque d’'Esné aurait dû être au moins de deux mille et peut-être de trois mille ans (2) plus ancien que celui de Dendera , conséquence quiévidemment battait en ruine fa supposition ; car aucun homme, un peu instruit de l’histoire des arts, ne pourra croire que deux édifices
(1) Rhode. Essai sur l’âge du zodiaque et l’origine des constellations , en allemand. Breslau , 1809, in-4°, p- 78.
(2) D’après les tables de la note ci-dessus, le solstice est resté trois mille quatre cent soixante-quatorze ou au moins trois mille trois cent sept ans dans la constellation de la vierge , celle de toutes qui occupe un plus grand espace dans le zodiaque , et deux mille six cent dix-sept dans celle du lion.
aussi ressemblans par l'architecture aient été autant séparés par le temps.
Le sentiment de cette impossibilité, uni tou- Jours à la croyance que cette division des zodiaques indique une date, fit recourir à une autre conjecture, à celle que les constructeurs auraient voulu marquer celle des années sacrées des Égyptiens où le monument a été élevé. Ces années ne durant que trois cent soixante-cinq Jours , si le soleil au commencement de l’une occupait lecommencement d’une constellation, il s’en fallait de près de six heures qu'il n’y fût revenu au commencement de l’année suivante, et après cent vingt-un ans il devait ne se trouver qu’au commencement du signe précédent.
Il semble assez naturel que les constructeurs d’un temple aient voulu indiquer à peu près dans quelle période de la grande année, de l’année sothiaque , il avait été élevé, et lindication du signe par lequel commençait alors l’année sacrée en était un assez bon moyen. On
comprendrait ainsi qu'il se serait écoulé de cent vingt à cent cinquante ans entre le temple d'Esné et celui de Dendera.
Mais, dans cette manière de voir, il restait à déterminer dans laquelle des grandes années ces constructionsauraient eu lieu : ou celle qui à fini en 138 après, ou celle qui à fini
en 1322 avant Jésus-Christ, ou quelque autre.
Feu Visconti, premier auteur de cette hypothèse , prenant l’année sacrée dont le commencement répondait au signe du lion, et jugeant, d’aprèsla ressemblancedes signes, qu'ilsavaient été représentés à une époque où les opinions des Grecs n'étaient pas étrangères à l’Écypte, ne pouvait choisir que la fin de la dernière grande année , ou l’espace écoulé entre l'an 12 et l'an 138 après Jésus-Christ (1), ce qui lui sembla s’accorder avec l'inscription grecque qu'il ne connaissait pas bien encore, mais où il avait oui dire qu'il était question d'un César.
M. Testa , cherchant la date du monument dans un autreordre d'idées, alla jusqu’à supposer que si la vierge se montre à Esné en tête du zodiaque, c’est que l’on a voulu y représenter lére d’Actium, telle qu’elle avait été établie pour l'Égypte par un décret du sénat, cité par Dion Cassius, et qui comme :çait au mois de septembre, le jour où avait eu lieu la prise d'Alexandrie par Auguste (2). |
(1) Traduction d’Hérodote, par Larcher, tome | page 970. | (2) Voyez la dissertation de l'abbé Dominique Testa : |
M. de Paravey considéra ces zodiaques sous un point de vue nouveau, qui pourrait embrasser à la fois et la révolution des équinoxes et celle de la grande année. Supposant que le planisphère circulaire de Dendera a dû être orienté , et que l’axe du nord au sud est la ligne des solstices, il vit le solstice d'été au deuxième gémeau , celui d'hiver à la eroupe du. sagittaire ; la ligne des équinoxes aurait passé par les poissons et la vierge, ce qui lui donnait pour date le premier siècle de notre ère.
D’après cette manière de voir, la division du zodiaque du portique ne pouvait plus se rapporter aux colures, et il fallait chercher ailleurs la marque du solstice. M. de Paravey ayant remarqué qu'il y a entre tous les signes des figures de femmes qui portent une étoile sur la tête et qui marchent dans le même sens, et observant que celle qui vient après les gémeaux est seule tournée en sens contraire des autres , jugea qu'elle indique la conversion du soleil ou le tropique , et que ce zodiaque s’accorde ainsi avec le planisphère.
En appliquant l’idée de l’orientement au petit
Sopra due zodiaci novellamenti scoperte nel! Egitto. Rome, 1802, page 34.
QY
zodiaque d’'Esné, on y trouverait les solstices entre les gémeaux et le taureau, et entre le scorpion et le sagittaire ; ils y seraient même marqués par le changement de direction du taureau , et par des béliers ailés placés en travers à ces deux endroits. Dans le grand zodiaque de la même ville, les marques en seraient la position en travers du taureau et le renversement du sagittaire ; il n’y aurait plus alors qu’une portion de constellation d’écoulée entre les dates d’'Esné et celles de Dendera, espace toutefois encore bien long pour des édifices si ressemblans.
Une opération de feu M. Delambre sur le planisphère circulaire parut confirmer ces conjectures favorables à sa nouveauté ; car en plaçant lesétoilessur la projection d'Hipparque, d’après la théorie de cet astronome et d’après les positions qu'il leur avait données dans son catalogue , augmentant toutes les longitudes pour que le solstice passat par le second des gémeaux,
il reproduisit presque ce planisphère ; et « cette | « ressemblance, dit-il, aurait été encore plus | « grande s’il eût adopté les longitudes telles |
« qu’elles sont dans le catalogue de Ptolomée, « pour l'an 123 de notre ère. Au contraire , en « remontant de vingt-cinq ou vingt-six siècles, « les ascensions droites et les déclinaisons se-
« ront changées considérablement, et la pro- « Jection aura pris une figure toute diffé- « rente (1).
« Tous nos calculs , ajoutait ce grand astro- « nome, nous raménent à cette conclusion, « que les sculptures sont postérieures à l’épo- « que d'Alexandre. »
À la vérité, le planisphère circulaire ayant été apporté à Paris par les soins de MM. Saulnier et Lelorrain, M. Biot, dans un ouvrage (2) fondé sur des mesures précises et des calculs pleins de sagacité, a établi qu'il représente, d'après une projection géométrique exacte, l’état du ciel tel qu'il avait lieu sept cents ans avant Jésus-Christ; mais il s’est bien gardé d’en conclure qu'il ait été sculpté dans ce temps-là.
En effet, tous ces efforts d’espritetdescience, en tant qu'ils concernent l’époque des monumens, sont devenus superflus depuis que finissant par où naturellement l'en aurait com-
(1) Delambre. Note à la suite du rapport sur le Mémoire de M. de Paravey. Ce rapport est imprimé dans les Nouvelles Annales des Voyages, tome vu.
(2) Voyez l'ouvrage de M. Biot, intitulé Recherches sur plusieurs points de l’astronomie égyptienne appliquées aux monumens astronomiques trouvés en Egypte. Paris, 1823, in-8°.
mencé , si la prévention n'avait pas aveuglé les premiers observateurs, on s’est donné la peine de copier et de restituer les inscriptions grecques gravées sur ces monumens, et surtout depuis que M. Champollion est parvenu à déchiffrer celles qui sont exprimées en hiéroolypbes.
Il est certain maintenant, et les inscriptions grecques s'accordent pour le prouver avec les inscriptions hiéroglyphiques, il est certain, disons-nous, que les temples dans lesquels on a sculpté des zodiaques ont été construits sous la domination des Romains. Le portique du temple de Dendera, d’après l'inscription grecque de son frontispice, est consacré au salut de Tibère (1). Sur le planisphère du même temple on lit le titre d’Autocrator en caractères hiéroglyphiques (2), et il est probable qu'il se rapporte à Neron. .Le petit temple d'Esné, celui | dont on plaçait l'origine au plus tard entre deux | mille sept cents ou trois mille ans avant Jésus- | Christ, a une colonne sculptée et peinte la
(1) Betronne. Recherches pour servir à Fhistoire de l'Égypte pendant la domination des Grecs et des Ro- | mains, page 180.
(2) dem , page xxxvu].
dixième année d’Antonin , cent quarante-sepi ans après Jésus-Christ, et elle est peinte et sculptée dans le même style que le zodiaque qui est aupres (1).
I y a plus; on a la preuve que cette division du zodiaque, dans tel ou tel signe, n’a aucun rapport à la précession des équinoxes, ni au déplacement du solstice. Un cercueilde momie, rapporté nouvellement de Thèbes par M. Cailliaud, et contenant, d'apres l'inscription grecque très-lisible, le corps d’un jeune homme mort la dix-neuvième année de Trajan ;, cent seize ans après Jésus-Christ (2), offre un zodiaque divisé au même point que ceux de Dendera (3); et toutes les apparences sont que cette division marque quelque thème astrologique relatif à cet individu , conclusion qui doit pro-
(1) Letronne. Recherches pour servir à l’histoire de l'Égypte pendant la domination des: Grecs et des Romains, pages 456 et 457.
(2) Letronne. Observations critiques et archéologiques sur l’objet des représentations zodiacales qui nous restent de Pantiquité, à l’occasion d’un zodiaque égyptien peint dans une caisse de momie qui porte une inscription grecque du temps de Trajan. Paris, 1824, in-8° , page 30.
(3) Idem ; pages 48 et 49.
bablement s'appliquer aussi à la division des zodiaques des temples ; elle marque ou le thème astrologique du moment de leur érection, ou celui du prince pour le salut duquel ils avaient été votés, ou tel autre instant semblable relativement auquel la position du soleil aura paru importante à noter.
Ainsi se sont évanouies pour toujours les conclusions que l’on avait voulu tirer de quelques monumens mal expliqués, contre la nouveauté des continens et des nations, et nous aurions pu nous dispenser d'en traiter avec tant de détail si elles n'étaient pas si récentes, et n’avaient pas fait assez d'impression pour conserver encore leur influence sur les opinions de quelques personnes.
Lezodiaque Mais il y a des écrivains qui ont prétendu estloin de por- =
ter en lui-mé- que le zodiaque porte en lui-même fa date de
etaine ete SON INVENTION , par la raison que les noms et
rente. les figures donnés à ses constellations sont un indice de la position des colures quand on l'inventa; et cette date, selon plusieurs, est tellement évidente et tellement reculée, qu'il est assez indifférent que les représentations que l’on possède de ce cercle soient plus ou moins anciennes.
Ils ne font pas attention que ce genre d’ar-
sumens se complique de trois suppositions également incertaines : le pays où l’on admet que le zodiaque à été inventé, le sens que l’on croit avoir été donné aux constellations qui occupent, et la position dans laquelle étaient les colures par rapport à chaque constellation, quand ce sens lui a été attribué. Selon qu'on a imaginé d’autres allégories, ou que l’on admet que ces allésories se rapportaient à la constellation dont le soleil occupait les premiers degrés, ou à celle dont il occupait le milieu, ou à celle où il commençait d'entrer, c’est-à-dire dont il occupait les derniers degrés, ou bien enfin à celle qui lui était opposée et qui se levait le soir; ou selon que l’on place l’invention de ces allégories dans un autre climat, il faut ‘aussi changer la date du zodiaque. Les variations possibles à cet égard peuvent embrasser jusqu’à la moitié de la révolution des fixes, c'est-à-dire treize mille ans et même davantage. Ainsi Pluche, généralisant quelques indications des anciens, a pensé que le bélier annonce le soleil commençant à monter, et l’équinoxe du printemps; que le cancer annonce sa rétrogradation au solstice d'été; que la balance, signe d'égalité, marque l’équinoxe d’automne(1 ); (1) Varro, de Ling. lat., lib. 6 : Signa , quod aliquid Là 22
et que le capricorne, animal grimpeur, indique le solstice d'hiver après lequel le soleil nous revient. Deféette manière, en plaçant les inventeurs du zodiaque dans un climat tempéré, on aurait des pluies sous le verseau, des naissances d'agneaux et de chevreaux sous les gémeaux, des chaleurs violentes sous le Hon , les récoltes sous la vierge, la chasse sous le sagittaire , etc., et les emblèmes seraient assez convenables. En plaçant alors les colures au commencement des constellations, ou du moins l’équinoxe aux premières étoiles du bélier, on n’arriverait en première instance qu’à trois cent quatre-vingt-neuf ans avant Jésus-Christ, époque évidemment trop moderne, et qui obligerait de remonter encore d’une période équinoxiale tout entière ou de vingt-six mille ans. Mais si l’on suppose que l’équinoxe passait par le milieu de la constellation , on arrivera à mille ou mille deux cents ans plus haut à peu près, à seize ou dix-sept cents ans avant Jésus- Christ ; et c’est là l’époque que plusieurs hommes célèbres ont crue véritablement être celle de l'invention du zodiaque, dont, sur d’autres
significent, ut libra æquinoctium. Macrob., Sat., lib. r, cap. 21 : Capricornus ab infernis partibus ad superas solem reducens capræ naturam videtur imitari.
motifs assez légers , ils ont fait honneur à Chiron. * Mais Dupuis, qui avait besoin, pour l’origine qu'il prétendait attribuer à tousdles cultes, que l'astronomie et nommément les figures du zodiaque eussent en quelque sorte précédé toutes les autres institutions humaines, a cherché un autre élimat pour trouver d’autres explications aux emblèmes et pour en déduire une autre époque. Si, prenant toujours la balance pour un signe équinoxial, mais la supposant à l’équinoxe du printemps, on veut que le zodiaque ait été inventé en Égypte, on trouvera en effet encore des explications assez plausibles pour le climat de ce pays (r). Le capricorne, animal à queue de poisson , marquera le commencement de l'élévation du Nil au solstice d'été; le verseau et les poissons, les progrès et la diminution de l’inondation ; le taureau, le labourage ; la vierge, la récolte ; et ils les marqueront aux époques où en effet ces opérations ont lieu. Dans cette hypothèse le zodiaque aura quinze mille ans (2) pour un
(1) Voyez le Mémoire sur l’origine des constellations, dans l’Origine des Cultes de Dupuis, tome m, page 324 et suivantes.
(2) Idem, tome nr, page 267.
soleil supposé au premier degré de claque signe, plus de seize mille pour le milieu , et quatre mille seulement, en supposant que l'emblème:a été donné au signe à l’opposite duquel était le soleil (1). C’est à quinze mille ans que s’est attaché Dupuis, et c'est sur cette date qu’il a fondé tout le système de son fameux ouvrage. pe
Ilne manque.cependant pas de gens qui, tout en admettant que le zodiaque a été inventé en Égypte, ont imaginé des allésories applicables à des temps postérieurs. Ainsi, selon M. Hamilton, la vierge représenterait la terre d'Égypte lorsqu'elle n’est pas encore fécondée par l'inondation; le lion, la saison où cette terre est le plus livrée aux bêtes féroces, etc. (2).
Cette haute antiquité de quinze mille ans entrainerait d’ailleurs cette conséquence absurde que les Égyptiens, ces hommes qui représen- | taient tout par des emblêmes , et qui devaient | attacher un grand prix à ce que ces emblêmes | fussent conformes aux idées qu’ils devaient | peindre, auraient conservé les signes du zodia- |
| (1) Dupuis suggère lui même cette seconde hypo=! thèse , sbid., page 340.
(2) Ægyptiaca, pag. 215.
que des milliers d’années après qu’ils ne répondaient plus en aucune manière à leur sens primitif. |
Feu Remi Raige chercha à soutenir l’opinion de Dupuis par un argument tout nouveau (1).
Ayant remarqué que lon peut trouver aux noms égyptiens des mois, en les expliquant par les langues orientales , des sens plus ou moins analogues aux figures des signes du zodiaque; trouvant dans Ptolomée qu’epifi, qui signifie capricorne , Commence au 20 de juin, et vient par conséquentimmédiatement après le solstice d'été, ilen conclut qu’à l'origine le capricorne lui-même était au solstice d'été, et ainsi des autres signes, comme l'avait prétendu Dupuis.
Mais indépendamment de tout ce qu’il y a de hasardé dans ces étymologies, Raige ne s’aperçut point que c’est par un pur hasard que, cinq ans après la bataille d’Actium, en l’année 25 avant Jésus-Christ, à l'établissement de l’année fixe d'Alexandrie, le premier jour de thoth se trouva correspondre au 29 d’août julien, et
(1) Voyez, dans le grand ouvrage sur l'Égypte , Antiquités , Mémoires , tom. 1 , le Mémoire de M. Remi Raige sur le zodiaque nominal et primitif des anciens Égyptiens. Voyez aussi la table des mois grecs, romains et alexandrins, dans le Ptolomée de M. Halina, tome 11,
y correspondit depuis lors. C’est seulement de cette époque que les mois égyptiens commencérent à des Jours fixes de l’année julienne, mais à Alexandrie seulement ; et même Ptolomée n’en continua pas moins d'employer, dans son Almageste, l’ancienne année égyptienne avec ses mois vagues (1).
Pourquoi n’aurait-on pas à une époque quelconque donné aux mois les noms des signes ou aux signes les noms des mois, tout aussi arbitrairement que les Indiens ont donné à leurs mois douze noms choisis parmi ceux de leurs vingt-sept maisons lunaires, d’après des motifs qu’il est impossible de deviner aujourd’hui (2)?
L’absurdité qu’il y aurait eu à conserver pendant quinze mille ans aux constellations des figures et des noms symboliques qui n'auraient plus offert aucun rapport avec leur position,
(1) Voyez les Recherches historiques sur les observations astronomiques des anciens, par ‘M. Ideler, dont M. Halma a inséré la traduction dans le troisième tome de son Ptolomée ; et surtout le Mémoire de Fréret sur l'opinion de Lanauze , relative à l'établissement de l’année d'Alexandrie , dans les Mémoires de l’Académie des belles-lettres , tome xvr, page 308.
(2) Voyez le Mémoire de sir Will. Jones sur l’antiquité du zodiaque indien , Mém. de Calcutta , tome 11.
aurait été bien plus sensible si elle fût allée jusqu'à conserver aux mois ces mêmes noms qui étaient sans cesse.dans la bouche du peuple, et dont l’inconvenance se serait fait apercevoir à chaque instant.
Et que deviendraient en outre tous ces systèmes, si les figures et les noms des constellations zodiacales leur avaient été donnés sans aucun rapport avec la course du soleil ? comme leur inégalité, l'extension de plusieurs d’entre elles en dehors du zodiaque, leurs connexions manifestes avec Îles constellations voisines semblent le démontrer (1).
Qu’arriverait-il encore si, comme le dit expressément Macrobe (2), chaque signe avait dû être un emblème du soleil, considéré dans quelqu'un de ses effets ou de ses phénomènes
(1) Voyez le Zodiaque expliqué, où Recherches sur l’origine et la signification des constellations de la sphère grecque, traduit du suédois de M. Swartz. Paris, 1809.
(2) Saturnal., lib. , 1, cap. 21 , sub fin. Nec solus leo,
sed signa quoque universa zodiaci ad naturam solis jure referuntur, etc. Ce n’est que dans l’explication du lion et du capricorne qu’il a recours à quelque phénomène relatif aux saisons : le cancer même est expliqué sous un point de vue général , et relatif à l’obliquité de la marche du soleil. Die à
généraux, et sans égard aux mois où il passe, soit dans le signe, soit à son opposite?
Enfin que serait-ce si les noms avaient été donnés d’une manière abstraite aux divisions de l’espace ou du temps, commeles astronomes les donnent maintenant à ce qu’ils appellent les signes, et n'avaient été appliqués aux constellations ou groupes d'étoiles qu’à une époque déterminée par le hasard, en sorte que l’on ne pourrait plus rien conclure de leur signification (1)?
En voilà sans doute autant qu’il en faut pour dégoüter un esprit bien fait de chercher dans l'astronomie des preuves de l'antiquité des peuples; mais quand ces prétendues preuves seraient aussi certaines qu'elles sont vagues et dénuées de résultat, qu’en pourrait-on conclure contre la grande catastrophe dont il nous reste des documens bien autrement démonstratifs ?
Il faudrait seulement admettre, avec quelques modernes, que l’astronomie était au nombre des connaissances conservées par les hommes que cette catastrophe épargna.
(1) Voyez le Mémoire de M. de Guignes sur les zo— diaques des Oridnitaux. ( Académie des belles-lettres , tome xLvII. )
9 . : LT : ‘té Exagérations L'on a aussi beaucoup exagéré l'antiquité de ten … certains travaux de mines. Un auteur tout ré- #5, ravaux cent a prétendu que les mines de l’ile d'Elbe, L e , p A A à en juger par leurs déblais, ont dû être exploitées depuis plus de quarante mille ans; mais un autre auteur, qui à aussi examiné ces déblais avec soin , réduit cet intervalle à un peu plus de cinq mille (1), et encore en supposant que les anciens n’exploitaient chaque année que le quart de ce que l’on exploite maintenant. Mais quel motif a-t-on de croire que les Romains, par exemple, tirassent si peu de parti de ces mines, eux qui consommaient tant de 2?
fer dans leurs armées ? De plus, si ces mines avaient été en exploitation il y a seulément quatre mille ans, comment le fer aurait-il été si peu connu dans la haute antiquité ?
Je pense donc, avec MM. Deluc et Dolomieu, Conclusion
k F générale relaque, S'il y a quelque chose de constaté en géo- tive à l'époque logie , c’est que la surface de notre globe a été révolution. victime d’une grande et subite révolution dont la date ne peut remonter beaucoup au-delà de
cinq ou six mille ans ; que cette révolution a
(1) Voyez M. de Fortia d’Urban , Histoire de la Chine avant le déluge d'Ogvoës , page 33.
enfoncéet fait disparaitre les pays qu’'habitaient auparavant les hommes et les espèces des animaux aujourd'hui les plus connus ; qu’elle a, au contraire, mis à sec le fond de la dernière mer, et en a formé les pays aujourd'hui habités; que c’est depuis cette révolution que le petit nombre des individus épargnés par elle se sont répandus et propagés sur les terrains nouvellement mis à sec, et par conséquent que c'est depuis cette époque seulement que nos sociétés ont repris une marche progressive, qu’elles ont formé des établissemens , élevé des monumens, recueilli des faits naturels, et combiné des systèmes scientifiques.
Mais ces pays aujourd’hui habités, et que la dernière révolution a mis à sec, avaient déjà été habités auparavant, sinon par des hommes, du moins par des animaux terrestres ; par conséquent une révolution précédente, au moins, les avait mis sous les eaux ; et, si l’on peut en juger par les différens ordres d'animaux dont on y trouve des dépouilles, ils avaient peut-être subi jusqu’à deux ou trois irruptions de la mer.
Idées desr Ge sont ces alternatives qui me paraissent
cherches à fai-
re nltérieure- Maintenant le problème péologique le plus im-
ment en géolo-
gie. portant à résoudre, ou plutôt à bien définir, à bien circonscrire; car, pour le résoudre en
entier, il faudrait découvrir la cause de ces !
événemens, entreprise d’une tout autre difficulté.
Je le répète, nous voyons assez clairement ce qui se passe à la surface des continens dans leur état actuel ; nous avons assez bien saisi la marche uniforme et le succession régulière des terrains primitifs ; mais l'étude des terrains secondaires est à peine ébauchée : cette série merveilleuse de zoophytes et de mollusques marins inconnus, suivis de reptiles et de poissons d’eau douce également inconnus, remplacés à leur tour par d’autres zoophytes et mollusques plus voisins de ceux d'aujourd'hui ; ces animaux terrestres , et ces mollusques, et autres animaux d’eau douce tou) ours inconnus qui viennent ensuite occuper les lieux, pour enêtre encore chassés, mais par des mollusques et d’autres animaux semblables à ceux de nos mers; les rapports de ces êtres variés avec les plantes dont les débris accompagnent les leurs, les relations de ces deux règnesavec les couches minérales qui les recèlent, le plus ou moins d’uniformité des uns et des autres dans les différens bassins : voilà un ordre de phénomènes qui me paraît appeler maintenant impérieusement l'attention des philosophes.
intéressante par la variété des produits des révolutions partielles ou générales de cette
époque, et par l'abondance des espèces diverses qui figurent alternativement sur la scène, cette étude n’a point l’aridité de celle des terrains primordiaux, et ne jette point, comme elle, presque nécessairement dans les hypothèses.
Les faits sont si pressés , sucurieux , si évidens, qu'ils suffisent, pour ainsi dire, à l’imagination la plus ardente ; et les conclusions qu’ils amenent de temps en temps, quelque réserve qu’y mette l'observateur, n’ayant rien de vague, n’ont aussi rien d’arbitraire ; enfin c’est dans ces événemens plus rapprochés de nous que nous pouvons espérer de trouver quelques traces des événemens plus anciens et de leurs causes, si toutefois il est encore permis, après de si nombreuses tentatives, de se flatter d’un tel espoir.
Ces idées m'ont poursuivi, je dirais presque tourmenté pendant que j'ai fait les recherches sur les os fossiles, dont je présente maintenant au public la collection, recherches qui n’embrassent qu’une si petite partie de ces phénomènes de l’avant-dernier âge de la terre, et qui’ cependant se lient à tous les autres d’une manière intime. Il était presque impossible qu'il n’en naquit pas le désir d’étudier la généralité de ces phénomènes, au moins dans un espace limité autour de nous. Mon excellent ami, M. Brongniart, à qui d’autres: études
donnaient le même désir, a bien voulu m’associer à lui, et c’est ainsi que nous avons jeté les premières bases de notre travail sur les environs de Paris ; mais cet ouvrage, bien qu'il porte encore mon nom, est devenu presque en entier celui de mon ami, par les soins infinis qu'il a donnés, depuis la conception de notre premier plan et depuis nos voyages, à l’examen approfondi des objets et à la rédaction du tout. Je l'ai placé, avec le consentement de M. Brongniart, dans la deuxième partie de cet ouvrage, dans celle où je traite des ossemens de nos environs. Quoique relatif en apparence à un pays assez borné, il donne de nombreux résultats applicables à toute la géologie, et sous ce rapport il peut être considéré comme une partie intégrante du présent discours, en même temps qu'il est à coup sûr l’un des plus beaux ornemens de mon livre (1).
(1) On en a tiré des exemplaires à part, sous le titre de Description géologique des environs de Paris, par MM. G. Cuvier et Al. Brongniart. Deuxième édition. Paris, 1822. In-4° (*.
(*) Cette deuxième édition de la Description géologique des environs de Paris étant totalement épuisée , il en sera également tiré des exemplaires à part de la présente réimpression des Recherches sur les
ossemens fossiles ; troisième édition. Paris, 1834. Un volume in-8°, avec atlas in-4°. (Nore DE L'ÉDITEUR.)
On y voit l’histoire des changemens les plus récens arrivés dans un bassin particulier, et il nous conduit jusqu’à la craie, dont l’étendue sur le globe est infiniment plus considérable que celle des matériaux du bassin de Paris. La craie, que l’on croyait si moderne, se trouve ainsi bien reculée dans les siècles de l’avantdernier âge; elle forme une sorte de limite entre les terrains les plus récens, ceux auxquels on peut réserver le nom de tertiaires, et les terrains que l’on nomme secondaires, qui se sont déposés avant la craie, mais après les terrains primitifs et ceux de transition.
Les observations récentes de plusieurs géologistes qui ont donné suite à nos vues, tels que MM. Buckland, Webster, Constant-Prevost, et celles de M. Brongniart lui-même , ont prouvé que ces terrains, postérieurs à la craie, se sont reproduits dans bien d’autres bassins que celui de Paris, quoique avec quelques variations ; en sorte qu'il a été possible d'y constater un ordre de succession dont plusieurs étages s'étendent presque à toutes les contrées que l’on a observées.
Résimé des Les couches les plus superficielles, ces bancs
observations
sur la succes- de limon et de sables argileux mêlés de cailloux
sion des ter-
rains.
roulés provenus de pays éloignés, et remplis d’ossemens d'animaux terrestres, en grande
partie inconnus où au moins étrangers, semblent avoir recouvert toutes les plaines, rempli le fond de toutes les cavernes, obstrué toutes les fentes de rochers qui se sont trouvées à leur portée. Décrites avec un soin particulier par M. Buckland, sous le nom de diluvium, et bien différentes, de ces autres couches également meubles, sans cesse déposées par les torrens et par les fleuves, qui ne contiennent que des ossemens d'animaux du pays, et que M. Buckland désigne par le nom d’alluvium, elles forment aujourd’hui, aux yeux de tous les géologistes , la preuve la plus sensible de l’inondation immense qui a été la dernière des catastrophes du globe (x).
Entre ce diluvium et la craie sont les terrains alternativement remplis des produits de l’eau douce et de l’eau salée, qui marquent les irruptions et les retraites de la mer, auxquelles, depuis la déposition de la craie , cette partie du globe a été sujette ; d’abord des marnes et des pierres meulières ou silex caverneux remplis
(1) Voyez le grand ouvrage de M. le professeur Buckland , intitulé Reliquiæ diluvianæ. Londres, 1823, in-4°, page 185 et suivantes; et l’article Eau par M. Brongniart, dans le quatorzième volume du Dictionnaire des sciences naturelles.
de coquilles d’eau douce semblables à celles de nos marais et de nos étangs ; sous elles des marnes, des grès, des calcaires, dont toutes les coquilles sont marines, des huitres, etc. Plus profondément des terrains d’eau douce d’une époque plus ancienne, et nommément ces fameuses platrières des environs de Paris qui ont donné tant de facilité à orner les édifices de cette grande ville, et où nous avons découvert des genres entiers d'animaux terrestres dont on n’avait aperçu aucune trace ailleurs. Elles reposent sur ces bancs non moins remarquables de la pierre calcaire dont notre capitale est construite, dans le tissu plus ou moins serré desquels la patienceet la sagacité de MM. Defrance , Deshayes , et d’autres ardens collecteurs, ont déjà recueilli plus de huit cents espèces de coquilles toutes de mer, mais la plupart inconnues dans les mers d'aujourd'hui. Ilsne contiennent aussi, presque généralement, que des ossemens de poissons, de cétacés et d’autres mammifères marins. Tout au plus voiton, dans leurscouchesles plus voisinesdu gypse, des os semblables à ceux de ce dernier terrain. Sous ce calcaire marin est encore un terrain d’eau douce, formé d'argile, dans lequel s’interposent de grandes couches de lignite ou de ce charbon de terre d’une origine plus récentes
que la houille. Parmi des coquilles constamment d’eau douce, il s’y voit aussi des os, mais, chose remarquable, des os de reptiles et non pas de mammifères. Des crocodiles, des tortues, le remplissent, et les genres de mammifères perdus que recèle le gypse ne s’y voient pas; ils n’existaient pas encore dans la contrée, quand ces argiles et ces lignites s’y formaient.
Ce terrain d’eau douce, le plus ancien que l’on ait reconnu avec certitude dans nos environs, et qui porte tous les terrains que nous venons de dénombrer, est porté et embrassé lui-même de toute part par la craie, formation immense par son épaisseur et par son étendue, qui se montre dans des pays fort éloignés , tels que la Poméranie, la Pologne , mais qui, dans nos environs , règne avec une sorte de continuité en Berry, en Champagne, en Picardie, dans la Haute-Normandie et dans une partie de l'Angleterre, et forme ainsi un grand cercle ou
plutôt un grand bassin dans lequel les terrains
dont nous venons de parlersont contenus, mais
dont ces terrains recouvrent aussi les bords
dans les endroits où ils étaient moins élevés. En effet, ce n’est pas seulement dans notre
bassin que ces sortes de terrains se déposaient.
Dans les autres contrées où la surface de la craie
leur offrait des cavités semblables , dans ceux
Es 23
même où il n’y avait point de craie, et où les terrains plus anciens s’offraient seuls pour appui, les circonstances amenèérent souvent des dépôts plus ou moins semblables aux nôtres, et recélant les mêmes corps organisés.
Nosterrains à coquilles d’eau douce des deux étages ont été vus en Angleterre, en Espagne, et jusqu'aux confins de la Pologne.
Les coquilles marines placées entre eux se sont retrouvées tout le long des Apennins.
Quelques-uns des quadrupèdes de nos plàtrières, nos palæotheriums, par exemple, ont aussi laissé de leurs os dans des terrains g#ypseux du Vélay, et dans les carrières de pierres dites molasses du midi de la France.
Ainsi les révolutions partielles qui avaient lieu dans nos environs, entre l’époque de la craie et celle de fa grande inondation , et pendant lesquelles la mer se jetait sur nos cantons ou s’en retirait, avaient lieu aussi dans une | multitude d’autres contrées. C'était pour le globe une suite de tourmentes et de variations | élblément assez rapides, puisque les dépôts | qu'elles ont laissés ne montrent nulle part beaucoup d'épaisseur ou beaucoup de solidité. |
La craie a été le produit d’une mer plus | tranquille et moins coupée; elle ne contient que des produits marins, parmi lesquels il en |
ty: £ a “Le
LE \ MOT son
” 1 srù NL: À dede Ê
fermer” À
âr