‹ Recherches sur les ossemens fossiles (volume 4)Chapitre 66 sur 98 · OBSERV AT · texte numérisé non relu

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et demie , mais m'explique pas quelles toises; ilnedit pas non plus s’il a mesuré ou estimé ces dimensions, et s'il ne les rapporte seulement souvenir,

Quant au tissu, nous avons vu plus haut qu'il est absolument le même dans toutes les espèces , et les défenses du mastodonte ne se distinguent pas non plus à cet égard de celles des éléphans.

Il ne reste donc à comparer que la courbure.

Beaucoup de défenses fossiles n’ont qu'une courbure très-ordinaire : telles sont celles de notre Muséum ; telles sont celles de Tiede, la plupart de celles de Canstadt, ete.

Mais il en est un assez grand nombre dont la courbure est beaucoup plus forte qu'on ne la voit communément dans les défenses des éléphans vivans. Elle approche d’un demi-cercle ou de la moitié d’une ellipse partagée par son petit axe.

Il y en a quatre de cette sorte de décrites : celle de Messerschmidt , dans les Transactions philosophiques ; celle de la cathédrale de Strasbourse, selon Hermann; celle de l’église de Halle en Souabe, selon Hoffmann et Beyschlag , et celle du cabinet de Stuttgart selon, Autenrieth et Jæger. Cette ressemblance frappante des quatre défenses fossiles les plus entières que l’on connaisse , en un point qui les distingue des défenses vivantes, est digne de rernarque.

La courbure est encore plus forte dans les

FOSSILES. 197 défenses du squelette de M. Adams, qui font presque le cercle ou l’ellipse entière, et dont la pointe finit par revenir en arrière et même à redescendre un peu , en se dirigeant en même temps en dehors , en sorte que ces défenses ne devaient plus rendre à l’animal leur service ordinaire, qui est de percer ou de soulever

le corps avec leur pointe.

Quelques personnes ont cru pouvoir faire de cette courbure plus prononcée un caractère distinctif; mais on peut penser qu’elle ne tient qu'à la longueur des défenses où on l’a remarquée , et à la vieillesse des individus.

La partie de défense une fois faite ne changeant plus, si cette défense n’est pas tout-à-fait droite , chaque augmentation en longueur sera aussi une augmentation du nombre des degrés de l’arc qu’elle décrit.

C'est ainsi que les incisives des lapins, dont l’'opposée est rompue , se recoquillent tout-àfait en spirale.

Il est bon cependant d'observer qu’une défense d'Afrique de notre Muséum , quoique longue de six pieds, n’est pas à beaucoup près aussi courbée que les quatre que nous venons de citer.

On peut remarquer encore que dans les trèsvieux éléphans vivans les défenses s'émoussent

souvent par la pointe à mesure qu’elles s’allongent de la racine ; c’est ce que l’on voit dans le vieux crâne de la pl. 18. Mais peut-être les éléphans fossiles n’avaient-ils pas autant d'occasions que ceux d'aujourd'hui d’user les pointes de leurs défenses.

Il y a aussi des défenses fossiles contournées en tire-bourre, comme on en voit quelquefois de vivantes. Pallas en cite une du cabinet de Pétersbourg (1). Il y en a également upe , mais moins tordue, dans le cabinet de Stockholm ; M. Quensel a bien voulu m'en envoyer un dessin.

Ainsi les défenses ne peuvent établir de caractère certain, ni entre les espèces vivantes, ni entre celles-ci et l'espèce fossile.

5° Comparaison des crânes.

Le crane de l'éléphant est trop celluleux ; les lames osseuses qui le composent sont trop minces pour qu’il ait pu se conserver aisément dans l’état fossile : aussi en trouve-t-on des fragmens innombrables ; mais il n’est fait mention que de cinq crànes assez bien conservés

(1) Nov. Com., xur, pag. 473.

pour que l’on puisse en déterminer les caractéres, et l’on peut seulement leur ajouter aujourd’hui celui du squelette entier de M. Adams, copié sur notre pl. 17.

Les trois premiers de ces crânes isolés appartiennent à l’académie de Pétersbourg (1); le meilleur a été trouvé sur les bords du fleuve Indighirska, dans la Sibérie la plus orientale et la plus glacée, par le savant et courageux dantzickois Messerschmidt (2), qui en donna un dessin à son compatriote Breynius. Ce dernier le fit graver à la suite d’un Mémoire qu'il inséra dans les Transactions philosophiques (3); et c'était jusqu’à M. Adams le seul document public que l’on eût sur cette partie du squelette de l’éléphant fossile.

J'ai fait copier la figure de Breynius dans ma planche 8, figure 1, à côté de celles des crânes des /ndes et d'Afrique , et je les ai fait réduire toutes les trois à peu près à la même grandeur, pour faciliter la comparaison des formes. Le premier coup d'œil montre que

(1) Pall., Nov. comment. ac. Petrop., xu1, pag. 472, (2) Zdem., ibid.

(3) Vol. xz, n° 446, pl. et ur.

l'éléphant fossile ressemble, par le crâne ainsi que par les dents, à l'espèce des Zndes beaucoup plus qu’à l’autre.

Malheureusement le dessin n’est pas assez correct pour une comparaison exacte, et il n'est pas fait sur une projection bien déterminée. La partie des alvéoles, celle du condyle pour la mâchoire inférieure, et le bord antérieur de la fosse temporale et de l'orbite, sont vus un peu obliquement en arrière, tandis que l’occiput et les molaires sont en profil risoureux.

Cependant on y voit nettement une différence frappante de proportion , celle de lextrême longueur des alvéoles des défenses. Elle est triple de ce qu’elle serait dans un crâne de l'Inde ou d'Afrique de mêmes dimensions que celui-ci; et la face triturante des molaires prolongée , au lieu de rencontrer le bord alvéolaire , couperait le tube de l’alvéole au tiers de sa longueur.

Cette différence est d'autant plus importante qu'elle s'accorde avec la forme de la mâchoire inférieure, comme nous le verrons plus bas; et, comme nous l'avons dit ci-dessus, elle nécessitait une autre conformation dans la trompe de l'éléphant fossile; car,oules attaches des muscles de la trompe étaient les mêmes,

c'est-à-dire le dessus du nez et le bord inférieur des alvéoles des défenses , et alors la base de cet organe était trois fois plus srosse, à proportion, que dans nos éléphans vivans : ou bien les attaches des muscles étaient différentes , et alors sa structure totale était à plus forte raison différente.

Si l’on pouvait s’en rapporter entièrement au dessin, on trouverait encore : 1° que l’arcade zygomatique est autrement figurée ;

2° Que l’apophyse post-orbitaire du frontal est plus longue, plus pointue et plus crochue ;

5° Que le tubercule de l'os lacrymal est beaucoup plus gros et plus saillant.

Dés que je connus ce dessin de Messerschmidt, et que je joignis aux différences qu'il m'offrait celles que j'avais observées moi-même sur les mâchoires inférieures et sur les molaires isolées, je ne doutai plus que les é/éphans Jossiles n’'eussent été d’une espèce différente des éléphans des Indes.

Cette idée que j’annonçai à l’Institut, dès le mois de janvier 1796 (Mémoires de l’Institut, 1'*classe, tome 11, p.20 et21), m'ouvritdesvues toutes nouvelles sur la théorie de la terre; un coup d'œil rapide jeté sur d’autres os fossiles me fit présumer tout ce que j'ai découvert depuis, et me détermina à me consacrer aux lon-

gues recherches et aux travaux assidus qui m'ont occupé depuis vingt-cinq ans.

Je dois donc reconnaitre ici que c’est à ce dessin , resté pour ainsi dire oublié dans les Transactions philosophiques depuis soixantedix ans, que je devrai celui de tous mes ouvrages auquel j'attache le plus de prix.

Mais je ne me dissimulai point que les caractères qu'il m'offrait avaient besoin d’être confirmés par quelque autre morceau, pour ne point être considérés comme individuels ; et, malgré leur accord avec ceux de la mächoire inférieure, j'étais bien aise de voir encore un dessin d’un autre eràne.

Je m'adressai à l’Académie impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg , et ce corps illustre, auquel j’ai aujourd’hui l'honneur d’appartenir, répondit à mon vœu avec une générosité digne d’une compagnie à laquelle les sciences doivent tant de progrès.

L’académie me fit faire un superbe dessin colorié et de grandeur naturelle, en profil à peu près rigoureux, d’un autre crâne fossile de Sibérie, de sa collection. Elle le fit accompagner d’un dessin de mâchoire inférieure, et de eeux d’un crâne de rhinocéros fossile dans deux positions.

Ce dessin, après de longs délais occasionés

par les différends politiques des deux pays, me parvint au moment où je mettais la dernière main à la première impression de ce travail , et je fus transporté d’une joie que j'aurais peine à exprimer en y trouvant la confirmation de tout ce que celui de Messerschmidt m'avait appris.

Le crâne qui a servi de modèle est un peu moins complet. Les mächelières , une partie de leurs alvéoles sont enlevées , ainsi que la partie moyenne de l’arcade zygomatique.

Mais rien de caractéristique n’y manque :

même longueur et même direction des alvéoles; même grosseur du tubercule lacrymal, même forme générale : tout en un mot nous montre que les crânes fossiles, autant qu’on les connait, partageaient les mêmes caractères.

J'ai fait graver avec soin ce beau dessin dans ma pl. 14, fig. 2, au sixième de sa grandeur, et l'original est aujourd’hui exposé au Cabinet du roi.

Depuis ma première édition j'ai pu observer de mes yeux à Florence les mêmes caractères, dans un crâne fossile en nature. Cest celui dont a parlé Mesny, et qui, après avoir appartenu à feu Fontana, est maintenant en la possession de M. le comte Valsamachi de Céphalonie. J’en donne des figures réduites au huitième, pl. 15, fig. x et 2.

Bien que toute la calotte et les arcades soient enlevées, les alvéoles et leurs rapports de grandeur et de position avec la mâchoire supérieure y sont très-sensibles, et l’on y peut juser de leur excessive longueur.

Encore plus récemment j'ai retrouvé ces longs alvéoles dans le crâne des bords du Volga, gravé par M. Tilésius, et dont je donne une copie pl. 15, fig. 7.

Il est vrai que ce caractère ne se montre pas sur le grand squelette de M. Adams, mais M. Tilésius nous dit expressément que les Tongouses avaient mutilé les bords des alvéoles lorsqu'ils en arrachèrent les défenses, et qu’ensuite M. Adams, pour les y rajuster, fit encore rogner et égaliser ces bords (1).

Le crâne trouvé dans le Necker, près de Manheim, dont j'ai parlé ci-dessus d’après Keissler et Merk, et que j'ai fait copier pl. 15, fig. 12, ne laisse pas bien juger non plus de la longueur des alvéoles dont les bords paraissent y avoir été fort mutilés ; mais ce crâne n'étant connu que par une mauvaise figure , on ne peut en tirer de conclusion valable.

Une différence qui a pu être constatée sur

(1) Mém. de l’Acad. de Pétersb., t. v (1815), p. 511.

des morceaux plus nombreux que celle des alvéoles, et qui s'accorde aussi avec celles de la mâchoire inférieure, c’est le parallélisme des molaires.

M. Jæger me l’assure positivement par rapport à une portion de crâne du cabinet de Stuttgart, dont il m’a adressé une figure qu’on voit pl. 10, fig. 4. Une autre portion , dessinée par Pierre Camper, montre à peu près le même caractère (1). J'ai fait copier sa figure, pl. 10, fig. 3, et j'ai fait placer à côté, fig. 1 et 2, celles des cranes des Indes et d'Afrique, vus en dessous, pour montrer la convergence beaucoup plus marquée de leurs molaires en avant.

La base du cräne de M. de Valsamachi, que je donne pl. 15, fig. 2, offre un parallélisme à peu près égal; il est vrai que, dans le crâne de Manheim , les molaires paraissent se rapprocher en avant, mais j'ai déjà fait remarquer que la figure en est trop mauvaise pour qu’elle puisse faire autorité.

Nous possédons en ce muséum une portion de l’occiput et du temporal d’un éléphant fossile , rapporté de Sibérie par l’astronome Delisle (Daubenton, Histoire naturelle, xr,

(1) Mém. de Haarlem, pl. xxur, pl. D.

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