‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 2 sur 289 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Ce volume renferme l'Histoire d'une grande division de la classe des poissons qui a été entièrement méconnue des naturalistes jusqu'ici et dont la plupart des genres n'existent qu'à l'état fossile. Avant d'avoir appris à connaître tous ces types si remarquables , dont les feuilles suivantes contiennent la description, il m'aurait été bien difficile, sinon impossible, de saisir les vrais rapports des familles que je réunis maintenant dans cet ordre. Conmient en effet supposer à première vue que le Lepidostée et le Bichir que l'on range parmi les Malacoptérygiens abdominaux sont très-voisins des Balistes , des ColTres , des Diodons et des Syngnathus , et que même les Esturgeons , que l'on a toujours associés aux Chondroptérygiens , font partie du même groupe? Et cependant j'espère démontrer qu'il existe des liens assez étroits entre tous ces poissons. Les rapprochemens que j'ai établis n'ont, il est vrai , été entrevus que successivement , et c'est très à la longue seulement que j'ai pu fixer les rapports naturels de ces diverses familles. Tout en reconnaissant cependant que les difficultés contre lescpielles j'ai eu à lutter pour y parvenir sont inhérentes au sujet que j'avais à traiter, je crois pouvoir affirmer que l'étude des poissons fossiles pouvait seule mettre sur la voie d'une classification naturelle de la classe, et que sans la connaissance des nombreuses espèces, des genres et même des familles qui n'existent plus , il aurait été à tout jamais impossible de se faire une juste idée des affinités qui lient tous ces poissons entre eux. Si je suis parvenu à saisir des relations plus ou moins intimes entre des familles que l'on avait jusqu'ici l'habitude de placer à de grandes distances les unes des autres dans les classifications ; si j'ai pu démontrer que les familles qui existent de nos jours, et qui prévalent sur d'autres types par le nombre de leurs représentans dans les mers actuelles, se sont développées successivement en reniplacement d'autres groupes qui existent maintenant en très-petit nombre ou qui sont complètement éteints, c'est à l'étude des poissons fossiles que je le dois. Sous ce point de vue, l'étude des Ganoïdes est surtout intéressante , parce que dans cet ordre nous voyons, d'une manière plus évidente peut-être que dans aucun autre , comment les dififérentes familles ont dominé aux différentes époques et

comment elles se sont succédé dans leur apparition. Il n'y a que les Placoïdes qui puissent rivaliser d'importance à cet égard avec l'ordre qui nous occupe spécialement ici. Mais abstraction faite de cet intérêt spécial , qui se rattache à l'étude de l'histoire de la vie en général , les Ganoïdes fossiles sont si nombreux ; ils renferment des types si difïérens de ceux qui existent maintenant , et nous offrent des combinaisons de caractères si inusitées parmi les poissons vivans , que leur connaissance est en elle-même indispensable au zoologiste qui veut se familiariser avec toute la série des formes que peuvent alîecter les poissons. D'un autre côté , les géologues apprécient tous les jours mieux l'importance d'une connaissance approfondie de l'ensemble des fossiles qui sont ensevelis dans la série des terrains dont se compose lécorce stratiliée de notre globe , et sous ce point de vue, les poissons fossiles de l'ordre des Ganoïdes ofifrent d'autant plus d'intérêt, qu'on en a trouvé des débris dans toutes les formations géologiques fossilifères, depuis les plus anciennes jusqu'aux plus récentes. Mais il y a plus, ces débris sont partout assez fréquens pour servir de guides sûrs dans l'appréciation de l'âge relatif des terrains ; car, comme les espèces ne parcourent pas une série bien étendue de couches , et que les genres eux-mêmes se reproduisent au plus dans d(;ux ou trois formations successives, tandis que toutes les espèces connues sont limitées successivement à une seule formation . il en résulte que les espèces les plus répandues peuvent être envisagées comme d'excellens caractères pour les foraiations et qu'elles déterminent même des horizons géologiques plus précis que la plupart des autres fossiles. A ce titre, les poissons fossiles en général et les Ganoïdes en particulier réclameront de plus en plus l'attention des géologues. Déjà le nombre des cas où la comparaison des espèces de différentes localités a servi à préciser l'âge géologique auquel elles ont appartenu , s'est considérablement accru , et je ne doute pas que lorsque les poissons fossiles des autres continens seront aussi bien connus que ceux d'Europe, leur comparaison ne conduise aux résultats les plus importans. En attendant, je ne saurais trop recommander à ceux qui possèdent de ces précieux débris, de chercher à compléter les descriptions des espèces dont je n'ai connu que des fragmens incomplets. En recueillant avec soin tous les fragmens de toutes les espèces , et même de celles dont on possède des exemplaires entiers, on parviendra sans doute aussi à découvrir des parties de la charpente intérieure , et à déterminer ainsi la forme des vertèbres , des côtes et des osselets interapophysaires qui portent les nageoires. L'examen comparatif de la plaque caudale qui porte la nageoire caudale, conduira vraisemblablement à la connaissance de diverses particularités distinctes dans plusieurs genres. Il ne serait pas moins intéressant de recueillir les os détachés

(le la tête . loiiles les fois (jue l'on pourra déterminer les espèces auxquelles ils ont appartenu; car c'est le seul moyen d'arriver à la connaissance de toutes les modifications qu'offre la charpente solide du crâne et de la face dans les diverses combinaisons des os dont elle est composée. Enfin l'examen microscopique de la structure des dents est devenu une nécessité, depuis que les belles recherches de M. Owen nous ont appris combien leur structure est variée. .L"a])plication que j'ai faite de ce procédé à l'étude de plusieurs familles , m'a convaincu qu'on ne saurait pousser trop loin ce genre de comparaison J'ai même acquis la conviction que la ■ structure microscopique des écailles varie beaucoup plus qu'on n'aurait pu le supposer et que les caractères qu'elle offre peuvent acquérir une nouvelle valeur par un examen détaillé. Il n'y a pas jusqu'aux plaques osseuses qui recouvrent la tète, dont l'analyse microscopique ne puisse fournir d'excellens caractères ; mais elles exigeront des recherches multipliées et plus étendues que celles que l'on a faites jusqu'ici, avant qu'on en retire tout le parti qu'elles peuvent offrir au zoologiste, à l'anatomiste et au paléontologiste.

Il me reste à dire un mot de l'ordonnation de ce volume. Commencé il y a plus de dix ans, il ne se "ressent que trop du défaut d'unité inhérent à toutes les publications fragmentaires, et qui doit nécessairement être d'autant plus sensible que les progrès de la science qu'on traite sont plus rapides. Or, il est certainement peu de branches des sciences naturelles dont le développement ait été aussi prodigieux que celui de l'étude de ces curieux poissons dont la race s'est perdue. C'est ce que prouve suffisamment le tableau additionnel qui termine ce volume. Non seulement le nombre des espèces s'est plus que triplé depuis la publication du tableau primitif (Chap. I), mais une foule de genres nouveaux et même des familles entières sont venus prendre rang dans ce cadre. .l'ai ainsi été à même de préciser d'une manière toujours plus rigoureuse les caractères distinclifs des différentes divisions que j'avais établies précédemment. C'est ce qui explique les additions et les modifications que j'ai été dans le cas de faire successivement à des chapitres déjà traités antérieurement. Si par cela même la première partie de ce volume qui est consacrée ex<;lusivemenl à l'histoire de la famille des Lépidoïdes, peut paraître indigeste à certains égards , elle est, d'un autre côté , l'expression fidèle des progrès que l'étude de ces fossiles a faits depuis la publication des premières livraisons jusqu'à ce jour : et j'aime à me persuader que quelques naturalistes me sauront gré de lui avoir conservé sa forme primitive.

.l'aurais désiré pouvoir traiter avec autant de détail la seconde partie de ce volume, qui comprend les familles des Sauroïdes , des Célacanthes , des Pycnodontes , des Sclérodermes ,

— vni — des Lophobranches et des Acipenserides. Mais ici aussi les matériaux se sont accrus dans une

proportion si inattendue , que pour ne pas retarder indéfiniment la clôture de cet ouvrage , j'ai dû souvent me borner à ne décrire que quelques espèces de tel ou tel genre très-nombreux. Il y a même une foule de genres nouveaux qui sont simplement mentionnés, et dont j'ai été obligé de renvoyer la publication à une autre époque. Ces indications ne seront pas sans utilité , parce qu'elles donnent par anticipation une sorte de sanction aux citations qui pourraient être faites de ces espèces par les géologues dans les collections desquels je les ai observées. D'un autre côté , je n'ai pas voulu m'en attribuer dès à présent la propriété scientifique par la publication de simples diagnoses , qui seraient insuffisantes pour les faire reconnaître , afin de ne détourner personne d'une étude qui réclame le concours d'un plus grand nombre de cultivateurs. Malgré ces lacunes, j'ai cependant la conviction que, tel qu'il est, ce volume suffira pour donner une idée du caractère propre du type des Ganoïdes aux différentes époques , et des modifications qu'il a subies dans le cours des âges géologiques.

Les mêmes considérations s'appliquent aux trois autres volumes de cet ouvrage , en particulier au troisième volume qui renferme l'histoire de l'ordre des Placoïdes.

Il me reste encore à faire une remarque sur la manière de compter les vertèbres , que j'ai suivie dans cet ouvrage. Toutes les fois que les exemplaires étaient assez bien conservés pour le permettre, j'ai appelé première vertèbre la vertèbre nuchale qui s'articule avec le crâne, et j'ai continué l'énumération en marchant vers l'extrémité postérieure de la colonne vertébrale ; mais lorsque la portion caudale était seule bien conservée , j'ai suivi un ordre inverse , en appelant première vertèbre celle qui porte la caudale ; enfin lorsque le milieu du tronc était seul bien conservé, j'ai dû partir de la réunion de la queue au tronc et compter les vertèbre* caudales en allant d'avant en arrière , et les vertèbres abdominales en allant d'arrière en avant. En faisant attention aux figures il sera toujours facile de s'y reconnaître.

IVeuchâtel , en Novembre 1843.

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