CHAPITRE YIl
nu GEIVUE GYRODUS Agass.
La forme extérieure de ces poissons rappelle toul-à-fait celle des vrais Pycnodus et Microdon. C'est la même forme du corps , la même disposition des nageoires et la même structure des écailles. Ce qui les distingue, c'est leur dentition. Quant à leur dimension, les dents des Gyrodus peuvent être envisagées comme intermédiaires entre les dents des Microdons et celles des vrais Pycnodus. Elles sont elliptiques ou circulaires; mais leur couronne, au lieu d'être unie, est entourée d'un sillon qui, en séparant le sommet de la dent de son pourtour, lui donne une apparence ombiliquée très-caractéristique. A mesure que la dent s'use par la mastication , le sommet, d'abord plus ou moins saillant , s'élargit, devient lisse, et laisse apercevoir un fin pointillé qui indique l'issue des canaux médullaires.
A la mâchoire supérieure, les maxillaires et les intermaxillaires ne sont garnis que d'une seule rangée de dents. Le vomer, en revanche, en compte cinq rangées longitudinales, qui vont en diminuant de dimension d'arrière en avant , et dont la rangée médiane est toujours la plus développée. A la mâchoire inférieure , les dents sont plus nombreuses ; on en compte (jualre rangées de chaque côté ; c'est toujours la troisième rangée, à partir du bord externe , qui est la plus développée. Celles des deux autres rangées sont plus petites et plus irrégulières. Les difïérences spécifiques consistent dans les dimensions , la position et la forme des différentes rangées et la manière dont elles se combinent entre elles. Il est toujours assez facile, pour peu que l'on rencontre quelques dents réunies, de déterminer si elles proviennent de la mâchoire inférieure ou de la mâchoire supérieure. Celles de la mâchoire inférieure sont ordinairement elliptiques , et toujours implantées obliquement sur l'os, du moins celles des deux rangées principales ; celles de la mâchoire supérieure sont plus circulaires, et lorsqu'elles sont allongées, elles sont toujours transversales. Il faut se mettre en garde contre l'apparence plus ou moins unie des dents, et ne pas lui accorder une valeur qu'elle n'a pas, en la rangeant parmi les caractères spécifiques. Je me suis assuré , par l'observation de plusieurs mâchoires complètes, que dans l'origine la couronne de toutes les dents est ridée, plissée et rugueuse ; mais celte rugosité disparaît par la mastication, et une dent sera d'autant plus lisse qu'elle aura servi plus long-temps. C'est ce qui nous explique aussi pourquoi, à la mâchoire inférieure, la seconde rangée, qui occupe le fond d'une gouttière entre la première et la troi-
sième rangée , a des dents toujours rugueuses , tandis que celles des rangées plus exposées au frottement ont toujours leur couronne plus ou moins lisse. Une remarque qu'il importe encore de faire, c'est que les petites dents des rangées secondaires de certains Pyenodus sont sillonnées et ridées à-peu-près comme celles des Gyrodus, ensorte qu'il n'est pas toujours facile de les distinguer. Il m'a cependant paru que les sillons de ces dents étaient toujours moins profonds que ceux des Gyrodus.
Les Gyrodus sont, comme les Pyenodus et les Microdon , un type essentiellement jurassique. La plupart proviennent des terrains jurassiques supérieurs. Cependant on en connaît aussi plusieurs espèces dans la craie.
\. Gyrodv's macrophthalmus Agass.
Au premier abord on, est tenté de confondre cette espèce , non seulement sous le rapport générique , mais même sous le rapport spécifique , avec certains Microdon et notamment avec le Microdon elegans (Tab. 696). C'est la même forme générale, les mêmes dimensions et la même position des nageoires. Mais si, au lieu de se borner à ces caractères généraux , on entre dans le détail de la structure des différentes parties du corps , on ne tarde pas à reconnaître des différences notables , que nous allons essayer d'examiner.
Voyons d'abord les nageoires : la caudale est grande , largement fourchue , composée de
deux lobes allongés et étroits; elle n'est pas accolée immédiatement au tronc, comme dans
les Microdon; elle est, au contraire, portée par un pédoncule distinct et très-robuste. Un
nombre assez considérable de vertèbres caudales lui servent d'appui. Les premières portent
les g'rands rayons, et celles qui viennent immédiatement après, les rayons antérieurs ou petits
rayons de la nageoire. En examinant en détail les rayons eux-mêmes, on trouve que leurs
articles se rapprochent insensiblement vers l'extrémité des lobes , ainsi que le montre la
lig. h , qui représente deux fragmens de rayons grossis. 11 ne parait pas que les grands rayons
soient fourchus, tandis que ceux du milieu de la nageoire le sont selon toute apparence.
Une première observation à faire à l'égard de l'exemplaire figuré, que nous prenons pour type du genre , c'est que ce poisson est vu en grande partie par sa face interne. Le côté droit étant ainsi appliqué contre la pierre à laquelle les écailles sont restées adhérentes, il en résulte que les losanges de la région dorsale ne montrent que le revers de la cuirasse émaillée ; ce qui nous explique pourquoi Ion voit sur le même exemplaire des écailles et des parties du squelette, (des osselets inlerapophysaires).
La dorsale ne commence pas au milieu du dos , mais un peu en arrière ; elle rappelle a cet égard la dorsale des Microdon , mais elle est proportionnellement bien moins développée. Les ])remiers rayons sont petits, ils augmentent rapidement jusqu'au quatrième, qui est le plus
— 22 s — long et qui forme, avec les dix ou douze suivaus, un lobe assez saillant. Les suivans se raccourcissent de nouveau brus(|ueinent pour se continuer plus loin sous la forme de petits rayons très-uniformes, qui s'étendent jusqu'à l'origine de la caudale. L'anale a absolument la même forme (|ue la dorsale . mais son insertion est encore plus en arrière. J'ai cru remarquer aussi que les rayons du lobe antérieur étaient plus vigoureux que ceux de la dorsale. Les osselets interapopliysaires qui correspondent aux rayons de ces deux nageoires sont assez vigoureux . mais cependant en rapport avec la taille des rayons ; les premiers sont assez petits, mais ils vont en augmentant rapidement en arrière, de manière que les plus grands portent les rayons les plus longs. Ceux qui leur succèdent diminuent de nouveau , mais d'une manière insensible jusqu'aux derniers , qui sont très-courts et très-grèles. Les pectorales n'ont laissé que des traces très-imparfaites, mais cependant suffisantes pour nous faire voir qu'elles étaient composées de rayons excessivement minces et nombreux.
Les écailles sont conservées en assez grand nombre ; mais , ainsi que nous l'avons dit plus haut, elles ne sont visibles que par leur face interne. Les losanges qu'elles forment sont plus grands dans la partie postérieure du corps que vers la nuque. 11 n'y a qu'un endroit , en avant de la dorsale, où les écailles, s'étant détachées, ont laissé sur la roche une empreinte de leur face extérieure. La tig. 5 montre quelques écailles grossies à la loupe.
L'appareil operculaire est bien conservé; l'on distingue surtout, en avant de l'humérus, une pièce en demi-cercle, de structure rayonnée, qui parait être l'opercule.
Les difFérens os du crâne ne sont pas assez distincts pour pouvoir être reconnus ; en revanche , la forme et les contours généraux de la tête sont très-nets, et ce qui frappe surtout , c'est la grandeur de l'orbite, qui a valu à l'espèce le nom de G. macrophthahmis. Les côtes ne sont pas distinctes ; cependant ce que l'on en voit nous montre qu'elles étaient très-vigoureuses.
La dentition , qui est le caractère le plus important pour la détermination générique , est assez bien conservée dans notre exemplaire , et c'est en la comparant avec certains Microdon, dont le squelette est également conservé , que nous avons acquis la certitude que les Gyrodus, quoique très-voisins sous tous les rapports, forment néanmoins un type à part. Les dents maxillaires sont de la grosseur de petites lentilles ; leur couronne présente le sillon caractéristique qui distingue les Gyrodus et sépare en quelque sorte la surface en deux terrasses ou renflemens annulaires qui sont ici ornés de petits sillons transverses. Les fig. 2 et 3 représentent une de ces dents grossie à la loupe, par la face supérieure (fig. 2) , et de profil (iig. 3). En avant des molaires on aperçoit, sur chaque mâchoire, une rangée distincte de dents incisives, petites, cylindriques, et qui paraissent avoir été médiocrement aiguës.
Jusqu'ici cette espèce n'a été trouvée que dans le calcaire lithographique de Kehiheim. L'original se trouve dans la collection de M. le comte de Mi'inster. C'est par erreur que l'étiquette de la planche indique comme origine Solenhofen.
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