‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 2)Chapitre 54 sur 289 · IV. Cephalaspis Lloydii Agass · texte numérisé non relu

IV. Cephalaspis Lloydii Agass

Vol. 2, Tab. I bj fig. 9, 10 et ii.

Celte espèce ressemble beaucoup à la précédente ; la forme générale de la tête (qui est aussi la seule partie conservée dans les nombreux exemplaires que j'ai vus) est la même; seulement son bord antérieur est plus arrondi, et son extrémité postérieure moins rétrécie. Des quatre espèces c'est celle-ci dont la tête, au premier coup-d'œil, ressemble le moins à la tête d'un poisson. Dans les exemplaires dont la surface supérieure est conservée, on a de la peine à se défendre de l'idée que ces fossiles ne sont que des coquilles de Mollusques; tant leurs sti'ies extérieures sont régulières, et rappellent les stries d'accroissement des Testacés. Cependant, en examinant de près ces stries , on reconnaît qu'elles sont disposées autrement que dans tous les Mollusques ; car lors même que l'on partirait de la supposition que ces disques sont des tests de 3IoHusques univalves patelliformes , ou même de bivalves, la disposition des stries contredirait l'une et l'autre de ces hypothèses. En effet, ces stries sont disposées sur les côtés d'une ligne médiane dirigée d'avant en arrière du disque , et présentent dans leur partie postérieure un parallélisme presque parfait; tandis que , a,u bord antérieur, elles suivent sa courbure, et ne rappellent nulle part les lignes concentriques que forment les nouvelles lames des coquilles dans le sens de leur accroissement. Par la

comparaison de plusieurs exemplaires brisés de ces fossiles, il devient évident que cette surface striée est une couche d'émail, distincte de la substance qui forme la partie consistante du disque, que ces stries sont des rainures dans la couche superlicielle des plaques, et non point des bords relevés de lames d'accroissement successives. Ce qui le prouve évidemment, c'est que, d'un côté, sur une coupe transversale de tout le test, on n'aperçoit que de petites fentes perpendiculaires qui finissent brusquement, et que, d'un auti'e côté, malgré la régularité de ces stries, on les voit quelquefois distinctement se bifurquer; enfin, leur parité sur les deux côtés du disque, sans que dans les couches inférieures de sa substance il y ait la moindre trace d'une division longitudinale, est un caractère qui ne s'accorde nullement avec ce que nous connaissons de l'accroissement des Mollusques et des écailles de la queue des Crustacés; tandis que l'analogie de ces disques avec les têtes de Cephalaspis qui viennent d'être décrites, est d'autant plus frappante qu'on les examine plus en détail.

L'ovale de la tête de cette espèce est plus obtus que celui de la précédente ; son bord antérieur est complètement arrondi; cependant on y remarque évidemment- l'empreinte d'un ethmoïde semblable à celui du C. Lev^'isiij mais beaucoup plus étroit et plus allongé; il était même certainement plus long qu'il ne le paraît dans la fig. lo, dont l'original est brisé à son bord antérieur. Le bord postérieur du disque de la tête est tronqué obliquement, comme dans le C. Lewisii; mais il n'est pas relevé en bourrelet. Les bords latéraux sont inclinés uniformément de côté, et suivent la courbure générale de la voûte de la tête, qui n'est nulle part déprimée dans sa partie antérieure comme celle de l'espèce précédente. Outre la couche d'émail qui forme la surface extérieure du disque , et que l'on voit surtout bien au bord droit et antérieur de la fig. lo, ainsi que sur vm lambeau conservé vers le bord postérieur de ce même exemplaire, on distingue encore deux couches de structure différente : l'une, qui est la moyenne du test, a une structure granuleuse semblable à celle des os des poissons Chondroptérygiens, et parfaitement identique avec celle des lambeaux que nous avons aperçus dans le C. rostratus^ l'autre, qui est la couche inférieure, se décompose en feuillets superposés les uns aux autres comme les lames d'accroissement des coquilles des Mollusques. Cette dernière couche est la plus épaisse des trois. Dans l'exemplaire de la fig. 9, qui est celui dont les formes sont le mieux conservées, on ne voit des lames que de cette troisième couche, qui recouvre en partie l'empreinte en relief de la surface inférieure de la tête. Dans la fig. 10, au contraire, on reconnaît au bord de son disque, d'abord la couche extérieure, sous laquelle la couche moyenne est cachée, et un peu plus en avant dans l'intérieur du moule, des lambeaux de la couche inférieure. Enfin, dans la fig. 11 on voit un fragment cassé de manière à présenter ces trois couches dans leur superposition naturelle. Sur les côtés de la tête l'on n'aperçoit

aucune trace d'un prolongement latéral en forme de corne, pas plus que dans le C. Lewîsii; en sorte qu'il me paraît probable qu'un jour, lorsqu'on les connaîtra mieux, ces deux espèces devront être séparées génériquement des C. Ljelli et rostratus.

Ce qui vient d'être dit sur la structure de la tête des Ceplialaspis rappelle singulièrement le test des Crustacés, qui a aussi une couche extérieure colorée, sous laquelle se trouve d'abord une couche de structure granuleuse , puis une couche lamelleuse; et ce n'est pas sans avoir hésité long-temps, que je me suis décidé à envisager les fossiles représentés dans mes fig. 8, 9 et 10, comme des têtes de Cephalaspis j plutôt que comme des écailles terminales de quelque Crustacé inconnu. Il est, en effet, fort extraordinaire que des écussons dont les caractères ichthyologiques ne peuvent être révoqués en doute dans les espèces représentées fig. i, 3, 5 et 6, l'une desquelles, du moins, a été trouvée avec son tronc et ses nageoii-es, aient exactement la même structure que d'autres disques que Ton pourrait prendre aussi pour des queues de Trilobite. La difficulté d'ari'êter son opinion sur ces fossiles est d'autant plus grande, que le bouclier et la queue de plusieurs espèces de la famille des Trilobites ont aussi la couche extérieure de leur test ornée de sillons semblables à ceux delà tête des Cephalaspis, et leurs bords quelquefois relevés en bourrelet, comme le bord postérieur du disque du C. Lewisii. Cependant, la présence constante de la pièce qui me paraît être Tethmoïde, et l'arête longitudinale sur le milieu du disque, semblent trancher la question et nous obliger à placer définitivement toutes ces lilaques dans la classe des Poissons, et à les envisager comme des têtes de Cephalaspis ou d'uu genre voisin. Leur structure particulière exige la plus grande circonspection dans l'établissement des espèces, pour ne pas s'exposer à envisager comme des espèces particulières des empreintes dont les couches extérieures seraient enlevées, et donneraient à la sui'face du disque un aspect tout différent. Déjà de pareilles méprises ont eu .lieu dans la classe des Crustacés, chez lesquels la surface inférieure du test a fréquemment u\\ aspect tout différent de celui de la surface supérieure , en sorte que leurs empreintes ne se ressemblent point du tout.

Le C. Llojdiij dont j'ai vu un grand nombre d'exemplaires dans la collection de M. Murchison, paraît être très-commun dans le vieux grès-rouge, et se trouver dans le Pays de Galles dans toutes les localités oii l'on trouve le C. Lyellii. Ces deux espèces devront donc être envisagées comme caractéristiques pour cette formation.

J'ai dédié cette espèce à 31. Lloyd, médecin à Ludlow, qui le premier a fait connaître à M. Murchison l'existence de ces curieux fossiles dans le vieux grès-rouge.

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