I. EURYNOTUS CRENATUS AgaSS
Yol. 1, Tab. i4 (ij et i4 b.
Cette espèce est celle qui m'a servi de type pour établir le genre 5 pendant quelque temps elle a même été la seule que je connusse. Elle paraît ne pas être très-rare dans le calcaire de Burdie-House; car j'en ai vu plusieurs exemplaires dans la collection de la Société R. d'Edimbourg, dans celle de M. le D' Hibbert, et un plus grand nombre encore dans celle de M. le professeur Jameson. Les originaux des fig. i, 2 et 3, Tab. i/f. ttj appartiennent à la Société Royale^ ceux de la fig. 4 5 et de la Tab. i4 hj appartiennent à M. Jameson. La fig. i, Tab. i4 «j donne l'idée la plus complète de la forme du tronc de ce poisson et de la structure de sa caudale. Dans la fig. 2, on distingue quelques détails de la structure de la tête; dans lajig. 3, la position relative de la dorsale, de l'anale et des ventrales, ainsi que la direction de la ligne latérale. La fig. 4 fait encore mieux voir la dorsale, la longueur de ses rayons antéiieurs, et même de ceux de l'anale. Dans la Tab. il^ bj fig. i , on voit surtout bien le bord antérieur de la dorsale, et la manière dont les rayons s'allongent insensiblement depuis le dos jusqu'à l'extrémité de la nageoire 5 c'est aussi de tous les exemplaires celui où les écailles sont le mieux conservées. On y voit encore quelques os du crâne, par leur surface extérieure. Enfin, la fig. 2 de cette planche montre toute l'extension des nageoires paires. Avant d'avoir vu les exemplaires de la collection de M. Jameson, et. surtout ceux de la Tab. 14 b^ il me restait des doutes sur la validité de ce genre, doutes qui me paraissaient surtout justifiés par la grande ressemblance que l'original de la fig. I, Tab. 14 a^ présentait avec le genre Platjsomus. Cette ressemblance était d'autant plus embarrassante, que cet exemplaire ne laisse apercevoir aucune trace de l'anale et des nageoires paires. La vue d'exemplaires évidemment de la même espèce, comme celui de la fig. i, Tab. i4 b^, et dont la dorsale a un aspect si différent de ce qu'elle paraît être dans la fig. i, Tab. 14 «j a fait disparaître à mes yeux les rapports si intimes que je croyais exister entre cette espèce et les Platysomes. Elle présente aussi un type de squamalion très-différent de celui des Ambljterus et des Platfsomus.
La forme générale du corps est élégante, quoique ce poisson soit passablement large proportionnellement à sa longueur. La tête est petite, car elle excède à peine le cinquième de la longueur totale. La hauteur extraordinaire du bord antérieur de la dorsale, qui égale à-peu-près celle du corps, donne à cette espèce un aspect tout particulier qui rappelle les Platax. Dans ses détails elle présente quelques traits remarquables ; la tête surtout diffère singulièrement des autres genres de cette famille , par le développement extraordinaire de quelques-uns de ses os. L'orbite est trèsgrande, proportionnellement à la petitesse de la tête; l'opercule, au contraire, est
très-étroit, et le suboperciile très-élevé, mais e'galement étroit. En dessous de l'orbite, la joue est couverte par une large plaque triangulaire qui me paraît être un sousorbitaire. Dans la lîg. 2, Tab. i4 0.3 on voit l'empreinte de tous ces os sillonnée de rides concentriques dans le sens de leur accroissement ; et a« bord inférieur de la tête, une des branches du maxillaire inférieur dont l'extrémité est dirigée en bas, et dont le bord est armé de plusieurs rangées de dents extrêmement fines et obtuses. Il est évident que, dans cet exemplaire, c'est la branche droite de la mâchoire inférieure que Ton Aoit par sa surface extérieure ; tandis que ce sont les os de la face du côté gauche qui y ont laissé leur empreinte. Ceci explique la position extraordinaire que la mâchoire inférieure semble avoir au dessous des sous-orbitaires. Dans la fig. i , Tab. i4 h , on voit encore distinctement les sillons de la surface extérieure de l'opercule. Les écailles ont un aspect très-particulier : elles sont beaucovip plus hautes que longues dans la partie antérieure du tronc et sur les flancs jusque vers le milieu de la queue, oii elles deviennent de plus en plus équilatérales 5 tandis que sur le prolongement du pédicule de la queue , elles prennent la forme de losanges allongées , dont les angles aigus sont tournés en avant et en arrière. La surface extérieure de toutes les écailles du tronc est parfaitement lisse, excepté dans celles des premières séries qui suivent la ceinture thoracique , et dont le bord antérieur est pointillé et orné de rides qui se perdent vers le bord postérieur, fig. 3, Tab. i4 h. Ce bord postérieur est fortement crénelé dans toutes les écailles, jusque sur le prolongement du pédicule, où leur dentelure disparaît. Cette dentelure est surtout marquée dans les hautes écailles de la moitié antérieure du tronc, fig. 4; on voit même encore, à travers l'émail qui les recouvre , la dentelure de plusieurs lames d'accroissement qui ont précédé celle dont les dents forment maintenant le bord crénelé de chaque écaille. Dans la fig. 3, on voit la ligne latérale qui s'étend sur le milieu du corps, en partant de l'angle supérieur et postérieur de l'opercule ; elle est légèrement arquée vers le ventre. Quant aux écailles en général, il est à remarquer encore que celles des bords du dos et du ventre sont plus petites que celles des flancs. Le bord supérieur de chacune d'elles est droit , tandis que , dans la partie antérieure du tronc , le bord supérieur est convexe et le bord inférieur concave. Yers le milieu du tronc, seulement, et sur les côtés de la queue, ils deviennent également droits. Leur surface intérieure est partout lisse , avec un gros onglet articulaire à son bord supérieur , et une fossette correspondante à son bord inférieur; de l'une à l'autre on remarque une quille aplatie.
Quoique le bord antérieur de la dorsale soit extrêmement élevé, ce ne sont cependant pas ses rayons antérieurs qui sont les plus longs; au contraire, les premiers sont très-courts, et les suivans vont en s'allongeant insensiblement jusqu'au dix-huitième, qui est celui qui atteint la partie la plus élevée de la nageoire, et qui
est aussi long que le corps est large. Les rayons qui viennent ensuite diminuent rapidement de longueur jusqu'au trente-cinquième, en sorte que l'extrémité de la nageoire est très-échancrée. La partie de la nageoire qui occupe la seconde moitié du dos, se compose de rayons à-peu-près de même longueur, jusqu'aux derniers qui se raccourcissent encore un peu. Cette conformation de la dorsale se voit surtout bien dans la fig. 4) Tab. i4 Cl, et dans la fig. i, Tab. \l\ bj où l'on remarque en outre, surtout dans cette dernière, luie particularité de la structure des nageoires, très-fréquente dans l'ordre des Ganoïdes, mais qui est plus évidente ici à cause du développement prodigieux de la nageoire, et qui rappelle ce que j'ai dit au chapitre des Palœoniscus du passage insensible des écailles aux rayons des nageoires : c'est que, dans la série impaire des écailles du milieu du dos, celles qui se trouvent en avant de la nageoire se i-edressent insensiblement et passent à la forme de rayon par des transitions gi-aduelles, en s'articulant sur les osselets interapopbysaires supérieurs. Mais ce qu'il y a de plus curieux dans cette espèce, c'est de voir, fig. i , Tab. ït\ bj comment les dix premiers de ces petits rayons sont simples , sans porter à leur bord antérieur de ces petits osselets qui , dans la plupart des genres , sont accolés dès la base de la nageoire contre ses plus longs rayons 5 tandis qu'ici ils s'interposent successivement entre leurs exti'émités, depuis le dixième rayon jusqu'au dix-huitième, qui atteint l'extrémité de la nageoire. Ces osselets peuvent donc être envisagés, ou comme des articulations obliques, détachées du bord antérieur des rayons, ou comme des écailles accolées contre ce bord et qui seraient interposées entre les extrémités des rayons. Dans les grandes espèces du genre Lepidotus j ces transitions des écailles aux rayons antérieurs des nageoires seront encore plus évidentes. On ne les remarque pas seulement en avant de la dorsale , elles ont encore lieu au bord antérieur de l'anale , de la caudale, et même des nageoires paires. Du reste, la dorsale de VE. crenatus paraît avoir environ 80 rayons, sans qu'il soit possible de les compter exactement, à cause du mauvais état de conservation de son bord postérieur. Leurs articulations transversales sont très-éloignées, surtout celles des petits rayons antérieurs. Depuis le plus long jusqu'au dernier, leur extrémité est bifurquée à plusieurs reprises , et les articulations transversales sont un peu plus rapprochées. La caudale n'est pas très-grande , proportionnellement aux autres nageoires 5 mais le pédicule qui la porte est considérablement rétréci, en sorte qu'en avant des rayons, la largeur de la queue égale à peine le tiers de la largeur du tronc dans sa partie la plus élevée. Le prolongement du pédicule caudal se rétrécit tout d'un coup, et diminue ensuite très-insensiblement jusqu'à son extrémité, Tab. i4 «j, fig. i ; ses côtés sont couverts d'écailles en forme de losanges très-allongées. Le long de son bord supérieiu' il y a de longues écailles imbriquées, qui sont très-grosses en arrière de la dorsale, Tab. i4 bj, fig. 2. La eau-
dale elle-même est peu ccliancrée, les rayons antériems de sou lobe inférieur n'étant pas très-allongés j ceux du lobe supérieur diminuent très-insensiblement de longueur jusqu'à son extrémité. Tous ces rayons ont des articulations transversales beaucoup plus rapprocbées que celles des rayons de la dorsale. L'anale, qui est surtout l)ien conservée dans les fig. 3 et 4 de la ïab. i4 n, est étroite, et ses rayons antérieiu^s sont si allongés, qu'ils dépassent l'insertion du lobe inférieur de la caudale. Ses rayons sont un peu plus gros que ceux de la dorsale, et bifurques seulement jusqu'au tiers de leur longueur ; et quoique leurs articulations transversales soient plus rapprochées , elles sont cependant encore assez éloignées pour que les articles soient plus longs que larges. Le milieu de cette nageoire est opposé à l'extrémité postérieure de la dorsale 5 à son bord antérieur il y a une série de petits rayons accolés aux plus grands jusqu'à leur extrémité. Les ventrales et les pectorales ne sont distinctes que dans la fig. 2 de la Tab. i4 h ; ces deux nageoires sont grandes, proportionnellement à la taille du poisson. Ce qui les distingue surtout de celles des Amblypterus j avec lesquelles elles ont le plus de rapport par leur grandeur, c'est qu'au lieu d'être arrondies elles sont acuminées, et composées de rayons beaucoup plus gros, dont les articulations transversales ne sont pas très-rapprochées, et dont l'extrémité est bifurquée à plusieui's repiises jusqu'à la moitié de leur longueur dans les ventrales, et jusque près de leur insertion dans les pectorales. A leur bord antérieur il y a une série de petits rayons allongés et fortement accolés aux plus grands. Cependant les ventrales sont plus petites que les pectorales, dont l'extrémité déborde l'insertion des ventrales.
Cette espèce n'a encore été trouvée que dans le Calcaire de Burdie-House.