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CHAPITRE IX

DU GENRE GYROLEPIS.

Mes recherches sur ce genre ne m'ont point encore conduit à un résultat définitif. Partout je n'ai trouvé que des fragmens détachés , des écailles incohérentes et même rarement entières ; en sorte que les caractères particuliers de ce genre ne sont point encore étahlis d'une manière satisfaisante. La première écaille que j'en ai vue m'a été communiquée par M. le Prof. Jœger de Stuttgart : j'ai bien reconnu d'abord qu'elle sortait du type des genres que je connaissais ; mais mon espoir de réunir des pièces suffisantes pour établir les caractères d'un nouveau genre, ne s'est point encore réalisé. J'ai vu, il est vrai, un nombre immense de fragmens appartenant tous évidemment à différentes espèces de ce genre ; mais dans aucune des collections que j'ai examinées, je n'ai trouvé parmi ces fragmens la moindre trace de nageoire, ni même aucune portion de tronc qui eût pu donner quelque idée des proportions du corps. Cependant l'aspect de ces écailles est tel, qu'il serait impossible de les rapprocher d'aucun des genres que j'ai déjà décrits. La surface extérieure des écailles est ornée de grosses rides, tantôt concentriques et parallèles aux lames d'accroissement, tantôt obliques et irrégulièrement ramifiées. J'ai cru pendant quelque temps que ces rides étaient toujours concentriques ; mais plus tard je me suis assuré qu'elles étaient souvent aussi disposées en peignes irréguliers. Les collections qui contiennent le plus grand nombre de ces fragmens, sont celles de feu M. le D"^ Gaillardot de Lunéville, de M. d'Alberti, de M. le comte de Munster et de M. le Prof. Otto. Dans les collections de M. Gaillardot et de 31. le comte de Munster, j'ai observé, outre ces écailles, deux fragmens de mâchoire avec des dents , qui me paraissent devoir être rapportés à ce genre, puisqu'ils ont été trouvés avec les écailles et qu'ils ne sauraient appartenir à aucun des autres fossiles de la même formation. Ce sont de petites dents en forme de cônes obtus , dont l'extrémité est arrondie , et qui sont disposées , comme dans la famille des Pycnodontes , sur toute la surface des os qui les portent. Les premières espèces que j'ai connues de ce genre proviennent exclusivement du grès bigarré, du Muschelkalk et du Reuper. Pendant mon séjour en Angleterre, en 1 834, j'en ai observé une autre espèce provenant du vieux grès-rouge, et dont les écailles ont déjà été décrites par M. le D"^ Fleming; et j'ai retrouvé dans les environs de Bristol une partie de celles qui caractérisent sur le continent la formation triasique de M. d'Al-

berti. Celles de la collection de M. Gaillardot ont été présentées à la Réunion tlet. Géologues français à Strasbourg, et décrites par M. Mougeot, Bulletin de la Soc. Géolog. de France j Tom. VI, p. 20, sous le nonr de Ptjcholepis que je leur avais d'abord donné , mais que depuis j'ai consacré à un genre particulier au Lias. M. Mougeot me faisant espérer un envoi considérable de poissons fossiles du Muschelkalk des Vosges et de la Meurtbe, dans lequel j'espère trouver quelques complémens aux espèces de cette formation , je m'abstiendrai pour le moment de citer les figures de ces espèces, que je réunirai dans ma planche 19 , qui leur est consacrée, et qui fera partie d'une prochaine livraison. Ce genre deviendra important, je crois, parce que plusieurs de ses espèces, étant très-répandues, peuvent être envisagées comme caractéristiques. Le G. asper de mon Tableau synoptique des Ganoïdes, p. 6, appartient au genre Acrolepis (Voy. aussi page 69 de ce volume.)

. I. GvuoLEPis Albertii Agass.

Vol. 2, Tab. 19.

Cette espèce est la plus commune et la plus répandue du genre, et celle que j'ai connue la première. En Allemagne , on la trouve dans le Muschelkalk, dans les localités suivantes : à Friedrichshall, à Rottweil, dans le lignite argileux de Rietheim et de Biberfeld, dans une brèche osseuse de ce lignite à Rottenmiinster, dans la Dolomie qui le recouvre , et dans les environs de Bayreutli et de Breslau ; en France , dans les départemens des Vosges et de la IMeurthe ; enfin en Angleterre, à Wickwarr près de Bristol , dans une brèche osseuse très-semblable à celle du Wurtemberg qui vient d'être mentionnée.

Ces écailles ont une forme rhomboïdale -, leur partie émaillée est équilatézale, leurs bords sont droits, excepté dans la pai'tie cachée qui fait un angle très-obtus avec la partie émaillée. Les rides de la surface extérieure de ces écailles sont assez éloignées, dirigées obliquement du bord antérieur au bord postérieur 5 elles forment de temps en temps des anastomoses, ce qui les rend sinueuses, et se terminent au bord postérieur sans faire de saillie et sans y produire par conséquent de dentelure. Dans les exemplaires dont l'émail est en partie détruit, on voit très-distinctement au bord des lames d'accroissement de petits bourrelets. La surface intérieure de ces écailles est parfaitement lisse, surmontée vers son milieu d'une quille transversale plate, qui se termine au bord supérieur par un onglet articulaire obtus et proportionnellement trèscourt. Au bord inférieur se trouve une fossette, dont les dimensions correspondent à celles de l'onglet.

On conçoit que ce n'est qu'avec la plus grande réserve que l'on doit se laisser aller

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à des suppositions sur les formes d'animaux dont on ne possède que des fragmens si incomplets. Cependant, ayant fait à l'égard des Ganoïdes la remarque, qu'en général les espèces dont les écailles sont proportionnellement plus hautes que longues, ont le corps très-large; que celles dont les écailles sont équilatérales sont plutôt fusiformes, et enfin que celles dont les écailles sont plus longues que larges , ont ordinairement une forme plus élancée, il me paraît probable que les espèces du genre Gjrolepis avaient à-peu-près la forme et les proportions des espèces trapues du genre Ambljpterus^ comme je l'ai fait observer dans les additions à ce genre qui se trouvent à la suite du chapitre des Palœoniscus. Il reste pourtant ici encore une difficulté à résoudre : c'est celle de la pluralité des espèces trouvées sur le Continent. J'ai déjà fait remarquer à différentes reprises que les écailles n'avaient pas sur toute la surface du corps exactement la même forme ; il ne serait donc pas impossible que toutes ces écailles du Muschelkalk et du Reuper eussent appartenu à une même espèce , et que leurs différences ne résultassent que de leur position. Je ne le pense cependant pas, et je crois que l'on ne doit envisager comme appartenant au G. Alhertii que les écailles dont les rides ondulées , mais continues, ne sont pas extrêmement rapprochées. Car, si même les écailles changent de forme dans différentes régions du corps, il est rare que la nature du relief de leur surface extérieure présente des différences bien notables. Je pense donc que les écailles qui vont être encore décrites proviennent de deux espèces qui diffèrent réellement du G. Alhertii.

Quant à la formation dans laquelle on trouve toutes ces écailles, je ferai remarquer encore que sur le Continent c'est dans le Muschelkalk et le Reuper, dépôts que M. d'Alberti envisage comme différens étages d'une même formation qu'il appelle Trias. Cette dénomination que M. d'Omalius d'Halloy a changée en celle de terrain triasique j en admettant la réunion du grès-bigarré, du Muschelkalk et du Reuper, proposée par M. d' Alberti , et qui est confirmée par tous les fossiles trouvés dans ses différens étages, et en particulier par les espèces de poissons suivantes : les Placodus impressus et G/f'as, trois espèces de Gjrolepis j, les Psammodus Elytra^ angustissimus ^ lieteromorplius et reticulatus j, les Acrodus Braunii et Gaillardotij et les Hjbodus plicatilisj obliquus et sublœvis.

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