VII. Tetragonolepis Leachii Agass
Vol. 2. Tab. 2?>d.
Cette espèce de Tetragonolepis paraît être la plus commune de celles que l'on trouve à Lyme Régis; j'en ai vu un grand nombre d'exemplaires et de fragmens dans les collections de Sir Phil. Egerton, de Lord Cole, de Miss Philpot et des Musées d'Oxford et de Pai'is. Je regrette beaucoup que la masse énorme de matériaux nouveaux que j'ai recueillis, et la résolution que j'ai prise de publier, s'il m'est possible, tous ces matériaux dans des limites qui originairement devaient en contenir au plus la moitié, m'obligent à écarter pour le moment plusieurs grandes figures qui auraient donné une idée très-complète des formes de cette espèce. Je me suis borné, en conséquence, à faire représenter les détails des écailles , et une tête entièrement détachée de la roche,
qiii fait partie de la collection de M™" Murchison, et sur laquelle j'ai pu étudier l'ostéologie du crâne et de la face beaucoup mieux que sur aucun autre exemplaire.
Cette espèce est très-caractérisée par sa forme arrondie, par la structure de ses écailles, et par la granulation qui recouvre les os de la tête. Tous les exemplaires que j'en connais proviennent de Lyme Régis ; je n'en ai point encore vu d'autres localités.
Tous les Tetragonolepis et Dapedius ont à-peu-près la même forme, c'est-à-dire, le corps aplati et formant un ovale plus ou moins large. L'espèce présente est des plus larges, et la forme de sa tête prouve évidemment que ces poissons n'avaient pas le tronc aussi aplati que la plupart de nos poissons vivans de même conformation. Dans l'exemplaire de M'"'' Murchison , on peut s'assurer que la partie antérieure des flancs était légèrement bombée, et que la tête, dont les os n'ont presque pas été disloqués, proportionnellement très-large, n'était pas plus épaisse que le tronc. La fig. i représente le côté droit de cette tête ; on y voit le crâne , les plaques suroccipitales , le suprascapulaire , le scapulaire, une partie de l'humérus, les pièces operculaires, les plaques buccales , les sous - orbitaires et les mâchoires. Tous ces os, ainsi que les écailles antérieures de la nuque , portent une grosse granelure en grains très-saillans, comparable aussi à de petites pointes obtuses. Dans la fig. 2, on voit le côté gauche de cette même tête j les pièces operculaires y sont disloquées; l'opercule, surtout, qui a glissé en arrière sur les écailles, a mis à découvert, à son bord inférieur et en arrière du subopercule, une partie de la branche descendante de l'humérus, dont le dessin est plus achevé dans cette figure que celui des autres parties. Ce dernier os est strié longitudinalement et ne porte que quelques grains saillans, tandis que les grandes écailles post-humérales sont fortement granulées. On voit aussi le temporal mis à découvert par l'enlèvement des plaques buccales. La partie supérieure de la ceinture thoracique y est aussi plus fortement exprimée. Dans la fig. 3, le crâne se voit par sa face supérieure; cette figure montre surtout combien la tête est large, et combien peu les os du crâne sont symétriques , non qu'ils soient disloqués , mais parce que les os pairs des deux côtés n'ont exactement ni la même forme ni la même grandeur. Le frontal gauche est plus large et plus long que le droit. Quant aux pariétaux, c'est l'inverse : le droit est sensiblement plus grand que le gauche , et la suture moyenne qui les sépare , au lieu de faire suite à celle des frontaux , se porte sur le côté gauche, sans que l'on puisse supposer que cela provienne d'ime dislocation, puisque les sutures pariéto-frontales ne sont pas déjointes. Le grand os qui borde de chaque côté les pa- . riétaux, me paraît êtie le soi-disant mastoïdien , que j'envisage comme l'écaillé temporale. En arrière de cet os et du pariétal, on aperçoit, fig, i et 3, une série de plaques semblables à des écailles, qui recouvrent les os de l'occiput: je les désigne sous le nom
àe plaques siiroccipitales ; on les retrouve dans plusieurs genres, même dans les Lépidostées. La surface du suprascapulaire et du scapulaire est granulée, comme celle de tous les os de la tête. L'opercule est proportionnellement petit, beaucoup plus haut que long. Le subopercule est triangulaire; son angle antérieur supérieur se prolonge en avant de l'opercule. L'interopercule est étroit et allongé; à son bord supérieur on distingue quelques trace du préopercule, qui, du reste, est entièrement caché par de larges plaques buccales occupant tout l'espace compris entre les pièces operculaires et les sous-orbitaires. Ceux-ci sont beaucoup plus petits que ces plaques. Dans quelques exemplaires j'ai remarqué que l'opercule et le subopercule étaient striés sur la plus grande partie de leur surface, et granulés sur quelques points seulement ; mais cette différence résulte de l'état de conservation de ces os et de l'ablation d'une partie des lames d'accroissement dont ils se composent. La mâchoire inférieure est trèscourte et très-large, armée de plusieurs rangées de dents coniques et obtuses, dont les extérieures sont les plus grandes, les plus pointues, et même légèrement arquées en arrière. La mâchoire supérieure offre des dents semblables, qui sont insérées sur l'intermaxillaire ; tandis que le maxillaire supérieur, dépourvu de dents, se dilate en arrière en forme de spatule, et recouvre le côté de la mâchoire inférieure. Il y a 6 rayons branchiostègues , au moins.
Les écailles, quelle que soit leur forme, sont très-finement dentelées à leur bord postérieur; cette serrature est même si fine, qu'on ne l'aperçoit pas dans toutes les inflexions de la lumière. Leur surface extérieure est parfaitement lisse, avec de petits points creux peu nombreux, épars, ressemblant à des piqûres. Sur les écailles des bords du dos et en avant de la dorsale, se voit une granelure plus fine et moins serrée que celle des os de la tête. La forme des écailles varie beaucoup, selon leur position : celles de la partie antérieure des flancs sont beaucoup plus hautes que larges ; mais vers les bords du dos et du ventre et vers le bout de la queue, leurs côtés deviennent de plus en plus égaux , et leur forme se rapproche par là même de plus en plus d'un rhombe régulier. Le bord postérieur de toutes les écailles est droit; il n'y a que les plus hautes des flancs qui l'ont faiblement arqué. Le bord supérieur de toutes celles de la partie antérieure du tronc est aussi légèrement arqué vers le dos, et incliné obliquement de bas en haut et en arrière ; il en est de même du bord inférieur, qui est faiblement concave. L'onglet articulaire est de moyenne grandeur, et placé au bord de la partie émaillee des écailles ; dans celles qui avoisinent la ceinture thoracique, il est à moitié sur leur racine. Ces bords supérieur et inférieur des écailles, sont droits dans celles du milieu du tronc, de la queue et des bords du dos et du ventre. Autour de l'insertion de l'anale, de la dorsale et de la caudale, il y a quelques rangées d'écaillés plus petites, plus étroites et plus longues que larges, qui
formaient probablement, sur les côtés de la dorsale et de l'anale, du moins, une gaîne pour la nageoire, comme dans les Lepidosteus.
Eu égard à quelques différences qu'offrent les écailles de divers exemplaires , on pourrait être tenté de distinguer deux variétés de cette espèce j dont l'une aurait les écailles lisses, comme dans les fig. 5 et 6, tandis que l'autre les aurait striées, comme celles delà fig. 4- Mais j'ai reconnu que ces stries étaient produites par des fissures plus ou moins régulières de l'émail, et qu'elles ne tenaient pas à sa structure. Aussi, les exemplaires que j'ai étiquetés du nom de T. striatus, dans quelques collections, doivent tous être rapportés au T. Leachii.
Les rayons des nageoires sont en général de moyenne grandeur; ce sont ceux des ventrales qui paraissent être les plus gros; les petits rayons de leur bord surtout sont très-massifs. Les rayons de l'anale ne sont ni fendus jusqu'à leur base, ni même articulés dans leur partie inférieure, tandis que ceux de la caudale le sont jusque vers leur insertion. Ceux du milieu de la nageoire sont en outre divisés très-profondément et à plusieurs reprises; mais ceux des bords du lobe supérieur et du lobe inférieur sont simples jusques environ le milieu de leur longueur. Quant aux petits rayons des bords, ils sont plus allongés et plus grêles que dans les ventrales. Les rayons de la dorsale sont, à ce qu'il paraît, les plus faibles, et les petits rayons de son bord antérieur les plus grêles et les plus longs.
Miss Marie Anning m'a fait voir à Lyme Régis le dessin d'un Tetragonolepis qu'elle a cédé au Musée de Bath, et qui paraît appartenir au T. Leachii. Cependant l'anale est beaucoup moins étendue et n'a de longueur qu'environ la moitié de celle de la dorsale. N'ayant pas vu l'original, je ne puis dire si cette différence ne proviendrait point d'une dislocation. Je me borne donc à signaler ce poisson à l'attention des naturalistes qui auront occasion de l'examiner.