‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 61 sur 156 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DES GENRES SPHYR^EXODUS , HYPSODON, SALROCEPHALUS ET SAURODOIV.

1° Dv GENBE Sphyraenodus Agass.

On a trouvé dans l'argile de Londres plusieurs têtes de poissons qui se rapprochent par leur forme et par leur dentition des Sphyrènes de nos mers actuelles. J'en ai fait provisoirement un genre à part, sous le nom de Sphyraenodus , en attendant que leurs vraies affinités soient connues d'une manière plus complète. M. Owen a distingué, de son côté, le même type sous le nom de Dictyocbis Je n'en connais jusqu'ici qu'une seule espèce.

Sphyraenodus priscus Agass.

Vol. S,Tab. 26, fig. i-6.

Syn. Dictyodus Owen Trans. Brit. Assoc. 1838, p. 142. — OJontography Tab. 54.

Le poisson dont proviennent les débris figurés devait atteindre une taille considérable , à en juger d'après le rapport ordinaire de la tète avec la longueur du corps dans les Scombéroïdes réguliers. La tête est allongée ; elle a, dans l'exemplaire de fig. 5 , sept pouces de long depuis la pointe du museau jusqu'à l'arête occipitale ; la gueule en occupe la moitié ; il paraît que le museau était tronqué. La hauteur de la tète n'égale guère que la moitié de sa longueur. Parmi les os de la tête qui sont conservés , on remarque , outre les mâchoires , le jugal qui est très-bien conservé, avec son articulation et une partie des pièces operculaires qui sont brisées.

Les mâchoires ont une apparence fibreuse des plus distinctes. La disposition des dents rappelle à plusieurs égards celle des Sphyrènes ; elles sont implantées, comme chez ces dernières, dans une rainure profonde ; mais il existe cependant des différences notables dans les détails. C'est ainsi que toutes les dents sont à-peu-près de même grandeur et de même forme ; elles sont coniques, légèrement comprimées et toutes à base large; chez les Sphyrènes, au con-

traire, il y en a de coniques et d"aulres comprimées, et de plus une quaiililé de petites qui alternent avec les grandes. Fig. 6 représente une dent isolée sous un faible grossissement, pour montrer les plis verticaux de la surface qui s'étendent à-peu-près jusqu'au sommet de la dent, mais en s'oblilérant de plus en plus.

M. Owen a décrit et figuré, dans son Odontographie, la structure microscopique des dents du Spliyraenodus ; elle est fort semblable à celle des Sphyrènes ; mais il paraît, d'après le dessin qu'il en donne , que les canaux médullaires sont plus serrés et moins branchus que dans les dents de ce dernier genre.

De l'argile de Londres de Sheppy. L'original de mes figures fait partie de la collection de Idrd Enniskillen

J'ai distingué une seconde espèce de ce genre sous le nom de Sphyraenodus crassidens. Elle provient du même terrain et de la même localité.

2" Du (lENRE Hypsodon Agass.

Je désignais dans l'origine ce genre sous le nom de Megalodon , nom que j'ai changé plus tard en celui de Hypsodon , pour éviter le double emploi avec un genre de Mollusques fossiles établi par Sowerby. M. Mantell , qui a fait connaître les premiers débris de ce type remarquable , les envisageait comme appartenant à la classe des Reptiles , erreur bien pardonnable , quand on songe à la grande ressemblance des dents de Sauriens avec celles de certains poissons. A cette époque , on ne connaissait que quelques fragmens de la tête et des mâchoires, et l'ouvrage si remarquable de M. Owen, sur la structure microscopique des dents, n'avait pas encore fait connaître l'importance de cette structure pour la distinction des types. Aujourd'hui il ne peut plus y avoir de doute sur la nature de ce fossile. C'est à tous égards un poisson. Je le rapporte provisoirement à la famille des Sphyrénoïdes , à cause de la ressemblance de sa dentition avec celle des vraies Sphyrènes.

Hypsodon lewesieinsis Agass.

Vol. S,Tab. 2Sa,et2§6.

SvN. Megalodon saiiroides Affass. in Egerton Cat. of foss. Fishes. — Feuill. p. 55.— Mantell Geol. of Sussex. Pi. 42, fig. 1-S et PI. 33 , fig. S.

On n'est pas encore parvenu, que je sache, à découvrir autre chose de ce poisson que des fragmens de la tète , quelques vertèbres et quelques écailles dont l'identité est encore douteuse. Parmi les pièces les plus remarquables se trouve une mâchoire à-peu-près complète (Tab. 25 «, fig. 2) dont les diiuensions indiquent un poisson de très-grande taille. Pour se

— dOO —

faire une juste idée de la disposition des parties , il ne faut pas perdre de vue que la pièce inférieure (la mâchoire inférieure) est seule dans sa position normale, tandis que la partie antérieure de la pièce supérieure (probablement l'intermaxillaire) est renversée en dehors et en haut. La mâchoire inférieure est d'une épaisseur remarquable ; le bord de l'os est armé de douze grosses dents peu saillantes, quoique coniques et placées de champ. Il n'y a que la première dent qui soit beaucoup plus étroite que les autres. La mâchoire supérieure a de grosses dents en avant qui paraissent être implantées sur l'intermaxillaire ; elles forment plusieurs rangées au bout de la mâchoire. La fig. h représente la coupe de l'extrémité postérieure de la mâchoire supérieure. Une autre pièce non moins remarquable (Tab. 2Sa, fig. 1), c'est une portion du crâne, dont les dimensions s'accordent parfaitement avec la mâchoire que nous venons de décrire , et qui a tout-à-fait l'air de provenir du même animal. Ce fragment est ici représenté par la face supérieure. On y distingue surtout l'occipital supérieur, qui n'est qu'une petite plaque plate ; sur ses côtés et en dehors se trouvent les pariétaux qui sont également plats ; les bords de la tête sont occupés par les mastoïdiens dont l'état de conservation ne permet pas d'apprécier la forme; enfin le milieu du crâne montre par deux larges frontaux, dont la partie antérieure est brisée, mais qui se distinguent par les fortes cannelures qui divergent du centre de l'ossification vers les bords, et qui deviennent surtout larges en arrière. J'ai représenté ( Tab. 256 , fig. i , 2 , 5 et 4 , et fig. 3 de Tab. 25 «) d'autres fragmens de mâchoires non moins intéressans ; l'un surtout (fig. 3 de Tab. 25 6) paraît provenir d'un individu de taille colossale ; les dents n'ont pas moins d'un pouce et quart de hauteur sur un tiers de pouce de largeur ; elles sont toutes verticales et très-pointues. Quant au fragment de fig. i , il paraît provenir d'un exemplaire qui avait à-peu-près la taille de celui de Tab. 25 o, fig. 2. C'est, selon toute apparence, une mâchoire supérieure, et la cassure qui sépare sa partie antérieure a de la pièce b me fait penser que la mâchoire supérieure était réellement formée de la réunion des intermaxillaires avec les maxillaires supérieurs. La fig. 2 de Tab. 256 représente l'extrémité antérieure de l'os de fig. la; la fig. 3 de Tab. 25 « l'extrémité antérieure de fig. 3 de Tab. 25 6. Les vertèbres qu'on a trouvées avec ces débris, et que je crois provenir du même poisson, parce qu'elles correspondent par leurs dimensions aux fragmens de la tète , sont en double cône creux , et l'on reconnaît au bord supérieur la base de deux branches de l'apophyse épineuse supérieure , tandis que le bord inférieur est fortement échancré (Tab. 25 6, fig. 6 et 7). L'os représenté Tab. 25 6, fig. U et 5, est un jugal trèsbien conservé avec sa grosse tête articulaire et la jointure à laquelle s'attachait le maxillaire inférieur.

Les pièces figurées sont ainsi :

Tab. 25a , fig. 1 , une portion du crâne montrant la face supérieure de la tête.

Fig. 2 , une portion antérieure des mâchoires montrant les dents dans leur position naturelle.

Fig. 3 , un fragment de mâchoire avec d'énormes dents.

Fig. 1 , une coupe de la mâchoire supérieure.

Les fig. 5 et 6 représentent des écailles que je crois maintenant devoir rapporter à mon genre Cladocyclus , plutôt qu'au genre Hypsodon.

Tab. 256, fig. 1, une mâchoire supérieure composée de deux fragmens rajustés.

Fig. 2 , un fragment de la partie antérieure de cette mâchoire avec plusieurs dents dont l'une montre la cavité intérieure.

Fig. 3 , un fragment de mâchoire armé d'une série de dents énormes entremêlées de dents plus petites.

Fig. 4 et 5 , un os jugal vu de côté (fig. k), et par sa face antérieure (fig. 5).

Fig. 6 et 7, une vertèbre isolée , de profil fig. 6 , et par sa face antérieure fig. 7.

Tous ces fragmens proviennent de la même jocalité , de la craie de Lewes, et font partie de la collection de M. Mantell, qui, aujourd'hui, est incorporée au musée britannique. Il en existe aussi de beaux fragmens dans le collections de lord Enniskillen et de sir Philipp Egerton. Une étude plus complète de ce type remarquable serait une précieuse acquisition pour l'ichthyologie fossile.

Je connais encore deux autres espèces du genre Hypsodon , provenant toutes deux de l'argile de Londres de Sheppy, et que j'ai inscrites dans mes notes sous les noms d'HypsoDOX to- LiAPicus et Hypsodon oblongus. Je les décrirai en détail dans ma Monographie des poissons fossiles de Sheppy.

3° Du GENRE Saurocephalus Harl.

M. Richard Harlan a décrit , sous le nom de Saurocephalus , des débris de mâchoires trouvés dans la craie d'Amérique , qu'il rapporte à l'ordre des Sauriens. Il faut convenir en effet que ces débris , et notamment les dents , ressemblent fort à des dents de Saurien , par leur forme aussi bien que par les plis verticaux de leur couronne. Cependant, lorsque je vis, dans la collection de M. Mantell, à Brighton, des fragmens semblables provenant de la craie d'Angleterre, et sur l'identité desquels il ne pouvait y avoir de doute, je fus frappé du mode dinsertion des dents, et les ayant examinées avec attention, je ne tardai pas à reconnaître qu'elles n'appartenaient nullement à la classe des Reptiles , mais que c'était évidemment des dents de poissons , et leur assignai leur place dans la famille des Sphyrénoïdes. Mes prévisions ont été par la suite confirmées de la manière la plus complète par les recherches de M. Owen (*), qui démontrent que sous le rapport de la structure microscopique des dents , ces deux genres ont la plus grande analogie avec les Sphyrènes. Le genre Saurocephalus diffère du genre Saurodon , en ce que ses dents sont droites et aplaties , garnies de gros plis verticaux , tandis que les dents du genre Saurodon sont plus subulées et plus ou moins tordues.

Ce genre est propre à la craie blanche.

(«) Odontography p. 130.

Page 1