II. Psammodus porosus Agass
Vol. 3. tab. i3. fig. I— 18.
Sous cette dénomination je ne comprends que les dents à surface plane , dont la couronne est finement pointillée. M. le professeur Buckland possède une fort belle dent de cette espèce, qui montre très-bien les rapports de l'émail et de la racine; je l'ai fait représenter fig. 16 d'en haut, et fig. 17 en profil. Les originaux des autres figures de ma planche se trouvent au Musée de Bristol. Au Musée de Paris, il y a aussi un grand nombre de dents de cette espèce, provenant du laboratoire de Cuvier, qui me les avait communiquées et qui les devait lui-même à Miller. Il y en a également dans les collections de Lord Cole et de Sir Philippe Egerton. Toutes proviennent du calcaire carbonifère des environs de Bristol, des 11'' et 14" assises de Black Rocks, suivant le mémoire du D' Bright.
Les plus grandes de ces dents, fig. i5', 16, 18, ont une forme oblongue, légèrement tronqliée, le côté convexe étant un peu plus court que le côté concave; les plus petits côtés sont droits et convergent légèrement dans le même sens. Le plus grand côté est concave et me paraît être le bord postérieur. Il y en a d'autres, fig. 8, de forme à-peu-près semblable, mais plus petites, qui, sans être arquées, ont l'un de leurs grands bords plus long que l'autre, et alors ce bord est légèrement arqué. Le plus grand nombre de ces dents est cependant de forme carrée plus ou moins régulière ,
s'approchant de la forme rhomboïdale par l'inégalité, d'ailleurs peu apparente, des côtés. Il y en a de très-grandes de cette forme telles que fig. i4; d'autres sont plus petites, fig. lo, ii, 12 et iS^ ellesont un côté légèrement évasé, qui paraît être le côté postérieur; d'autres sont plus allongées, fig. -y et 9. Les plus grandes de ces dents, surtout celles de forme oblongue, me paraissent avoir dû occuper le milieu des côtés des mâchoires 5 celles qui sont plus carrées étaient probablement placées plus en arrière et les petites , fig. i, 2 , 3 et 4? de forme moins régulière, en losanges inégales, avec un bord plus ou moins évasé, fig. 3 et 4, occupaient vraisemblablement la partie postérieure de la gueule, vers 1 angle que forment entre elles les deux mâchoires en s'articulant ensemble. Les dents représentées fig. 5 et 6 ont une forme plus hétérogène encore, leur plus long côté, qui est probablement le bord postérieur, étant sensiblement rectiligne, tandis que lé côté opposé est arqué et s'unit à l'un des côtés courts, de manière à former un bec tronqué ; l'autre côté court est à-peu-près droit. Ces dernières dents me paraissent avoir du occuper la partie antérieure des mâchoires. La différence que l'on observe dans le coloris de toutes les figures de la planche i3, comme de celles des autres dents du calcaire carbonifère de Bristol, provient des difterens oxides de fer, dont elles sont pénétrées.
Malgré la diversité de leur forme et de leur grandeur, on observe un caractère commun dans toutes ces dents, c'est la fine porosité de la surface plane de la couronne qui est recouverte d'une multitude de pores très-distincts, fort petits, et ne formant nulle part d'anastomoses ; (ce sont les simples ouvertures des tubes dont se compose la partie émaillée des dents, qui paraît généralement un peu plus épaisse que dans le Psammodus rugosus et égale environ le tiers de l'épaisseur de la racine, comme on le voit dans la fig. 17. Entre la couronne et la racine, on remarque aussi généralement une légère dépression ou un étranglement plus ou moins marqué, suivant lequel l'émail se détache quelquefois de l'os qui le porte. Trois des côtés de ces dents sont coupés carrément et perpendiculaires 5 il n'y a que le bord du côté arqué qui soit taillé en biseau.
DU GEiNRE COCHLIODUS.
Lorsque j'ai rangé dans le genre Psammodus les dents figurées tab. ify , fig. i6-33, sous le nom de Psammodus contortus j je ne connaissais encore que des dents isolées de ce type, et j'étais incertain sur la question de savoir si la forme particulière qui les caractérise provenait d'une position avancée dans la partie antérieure des mâchoires qui les portaient, ( comme on remarque, chez le Cestracion de la Nouvelle Hollande, des dents de forme particulière en avant des mâchoires, différant beaucoup des dents plates qui sont insérées plus en arrière ) , ou si ces dents se rapprochant
Ton. m. 16
des Ceratodus j constituaient un genre à part, caractérisé par la forme contournée des dents qui s'y rapportent. Ce doute vient d'être complètement levé par la communication que m'a faite Lord Cole d'un moule de fragment de mâchoire , découvert dans le calcaire carbonifère de Tynare, comté d'Armagh en Irlande, et qui se trouve dans la collection de M. Jones, capitaine de la marine anglaise. Ce fragment, représenté tab. 19, fig. i4, est de la plus haute importance pour l'histoire entière des Cestraciontes des formations anciennes, car non-seulement il m'a servi à résoudre bien des doutes au sujet des Psammodus, mais encore j'ai acquis, en le voyant, la confirmation des suppositions que j'avais faites au sujet du genre Ceratodus ^ que j'ai toujours cru devoir envisager comme un Squale, n'ayant qu'une seule large plaque dentaire, au lieu de plusieurs rangées de dents, sur chaque branche des mâchoires. Le fragment en question vient non-seulement à l'appui de cette opinion, mais encore il constitue un type intermédiaire entre les Ceratodus et les Cestraciontes ordinaires vivans et fossiles. En effet, mon Psammodus contortus devenu, à l'aide de la pièce mentionnée, le type d'un nouveau genre que j'appelle CochlioduSj a. cause de la forme enroulée de ses dents , au lieu d'avoir un grand nombre de rangées de dents placées les unes derrière les autres , de manière à former de larges plaques plus ou moins bombées, comme dans les genres Acrodus et Ptychodus, ou des bourrelets en forme de fuseaux tordus, comme dans le génie Cestracion, présente seulement un petit nombre de dents disposées de manière à recouvrir une large portion de la surface renflée du bord dentaire de la mâchoire. Dans le fragment dont j'ai le moule sous les yeux, pi. 19, fig. i4, on ne voit qu'une rangée de trois dents de chaque côté ; cependant il paraît qu'il y en avait une quatrième en avant qui a disparu , et dont on ne voit plus qu'une paitie de la racine. Je crois en outre, qu'en dehors de ces deux rangées principales il y avait encore, de chaque côté , une rangée de dents plus petites ; ce qui me le fait supposer, c'est la manière dont l'os de la mâchoire déborde extérieurement les deux rangées des grandes dents qui sont conservées. Quoi qu'il en soit, il est évident que ce petit nombre de dents que l'on voit si bien conservées dans la fig. i4, est en lieu et place des nombreuses rangées de dents qui forment les bourrelets fusiformes du genre Cestracion, et que ce qui caractérise mon nouveau genre Cochliodus c'est justement d'avoir ces larges dents contortes, embrassant un très-grand espace sur la mâchoire, et conformées d'ailleurs comme les dents de Psammodus, c'est-à-dire, ayant une couronne émaillée, poreuse. Qu'il n'y ait donc dans ce genre que la grande rangée de dents que l'on voit à la mâchoire dont il s'est agi , ou qu'il y en ait en outre une extérieure de dents plus petites, toujours est-il que le genre Cochliodus est intermédiaire entre les Cestraciontes à dents nombreuses et le genre Ceratodus ou il n'y en a plus que quatie , c'est-à-dire , une à droite et une à gauche en haut et en bas. Ce
fragment prouve en outre, incontestablement que ni les Psammodus proprement dils à larges dents plates, ni les Chomatodus à couronne entourée de plis plus ou moins saillans , ni les Helodus à dents mamelonnées ne sauraient se trouver dans la même mâchoire avec des dents du type que l'on trouve dans mon Cochliodus, ou en d'autres termes que ces différentes modifications de dents s'excluent génériquement , aussi bien que les Slropliodus, dont il sera question plus tard.
Cochliodus contortus Agass.
Vol. 3. Tab. 19. fig. i4 etTab 14. fig. i6-33.
Psammodus contortus. Agass. Planche citée, et Sir Pliil. Egerton , Catal.
La première des dents qui sont entièrement conservées dans mon Cochliodus, a une forme subtrigonale ; le côté postérieur qui est le plus grand est droit ; le côté intérieur est arqué en S très-ouvert, le côté antérieur qui est droit également, passe au côté extérieur par luie ligne brisée assez courte. Sa surface est déprimée dans la partie antérieure , oii l'on remarque un sillon à-peu-près parallèle au bord antérieur ; la partie postérieure est au conti'aire fortement renflée en forme de bourrelet allongé, de plus en plus large de dehors en dedans. Parmi les dents isolées que j'ai fait représenter, tab. i4, il en est plusieurs qui correspondent évidemment à cette première dent de ma mâchoire j telles sont deux dents du côté droit, fig. 29 et 31 , et une dent du côté gauche ou peut-être une dent de la mâchoire opposée^ fig. 30 (car elle n'a pas exactement la même forme, quoique son apparence générale soit la même.) La seconde dent a à-peu-près la même forme , seulement elle est plus grande 5 à quelque distance de son bord antérieur elle présente de même un sillon presque parallèle au bord ; la partie postérieure est renflée , mais dans l'exemplaire figuré , il est évident que le point le plus saillant est aplati par l'usure due au frottement des dents des deux mâchoires. La planche 1 4 représente quelques dents qui me paraissent correspondre à celles-ci; c'est du moins le cas des dents fig. 32 et 33. Celles des fig. 22, 23, 24 et 25 pourraient bien être aussi leurs correspondantes à la mâchoire opposée , ou appartenir à une seconde espèce du genre ; elles sont plus petites et moins tordues. La troisième dent est beaucoup plus étroite que les deux premières, proportionnellement à sa longueur, qui égale celle du bor-d postérieur de la seconde dent; elle a la forme d'une arête renflée, un peu plus large du côté interne que du côté externe de la mâchoire. La fig. 28 de la planche 14 me paraît représeiiter une dent analogue de la mâchoire opposée ou d'une autre espèce ; elle est moins étroite que celles du fragment de la mâchoire. Les petites dents des fig. 16,
1 7, 1 8 , 1 9 , 20 , 21 , 26 et 27, qui appartiennent évidemment au même type générique que celles que je viens de décrire , me paraissent prouver ou que ce genre compte plusieurs espèces dans le calcaire carbonifère, ou que les mâclioires du C. contortus ont plus d'une rangée de dents, comme je l'ai déjà fait remarquer plus haut. Ces dents qui sont plus petites seraient insérées en dehors de la i^angée de grandes dents que la fig. 14, pi. 19, représente ; il y en a, fig. 16, 19, 20, 26 et 27, qui ne sont pas plus longues que larges, et dont la partie moyenne est relevée d'une arête plus ou moins saillante, ou d'une bosse transversale arrondie. Je pense que celles-ci occupaient la partie antérieure de la mâchoire, et que les dents plus allongées fig. 17, 18 et 21 étaient placées plus en arrière. En recherchant avec attention ces dents dans leur association naturelle, dans le gisement qui les renferme, on découvrira bientôt les moyens de résoudre tous ces doutes. Les dents isolées qui sont représentées tab. 14, proviennent toutes du calcaire carbonifère de Bristol , et sont déposées au Musée de cette ville. Lord Cole et Sir Philippe Egerton en possèdent également dans leurs collection, qui proviennent de la même localité. Je rapporte encore à cette espèce une dent du Millstone Grit de Honeypen Quany , Clifton.
Le Cochliodus contortus est la seule espèce du genre que je connaisse maintenant.
DU GENRE STROPHODUS.
Voisin par ses caractères des Helodus et des Psammodus du terrain houiller, le genre Strophodus les remplace à des époques géologiques plus récentes , et les diverses variétés de ces dents trouvées dans la même localité, prouvent, aussi bien que les pièces plus complètes que l'on possède de certaines espèces, que le genre Strophodus doit reposer sur des modifications d'organisation encore imparfaitement connues , il est vrai , mais qui pour cela ne militent pas moins en faveur de l'établissement d'un genre. La grande diversité de forme que présentent les dents d'une même espèce, rend l'indication d'un caractère qui leur soit commun, d'autant plus difficile que les diverses modifications que je sais devoir être réunies, passent insensiblement les unes aux autres. Il en résulte un rapprochement des extrêmes à certaines modifications d'autres types que l'on pourrait prendre pour un passage si ces extrêmes n'avaient pas des points de départ très-différens , que l'on voit se répéter sous des formes semblables dans chaque espèce du même type ; circonstance qui confirme bien évidemdemment la validité d'une séparation, quelque précaires que puissent paraître les signes extérieurs qui doivent servir à en tracer les limites.
Les caractères les plus marquans et les plus constans que présentent les dents de Strophodus j c'est d'être allongées, plus ou moins rétrécies et tronquées aux deux
bouts, de présenter une torsion plus ou moins sensible suivant le diamètre longitudinal, d'être plus ou moins renflées dans la partie moyenne, ou vers l'une des extrémités de la couronne et d'offrir une surface réticulée, dont le réseau, plus ou moins en relief, rend les pores de l'émail quelquefois très-peu sensibles. Ces dents sont tantôt très-allongées et faiblement renflées? tantôt plus fortement arquées et tordues, tantôt plus plates et plus larges, mais toujours d'un aspect uniforme, et sur toute la couronne, sans arête ou crête saillante dans une direction déterminée. La racine est large et plate ; dans les dents les plus hautes seulement elle est échancrée au milieu. Les espèces de ce genre dominent dans la série oolitique, cependant elle existaient déjà à l'époque triasique et l'on en trouve également dans les terrains crétacés. Les différences les plus saillantes que je puis signaler entre les diverses espèces que je connais, consistent dans les dimensions et les proportions des différentes modifications de dents qui appartiennent à la même espèce.