DE LA STRUCTURE DES DENTS DES HYBODONTES
Les genres Hyhodus , Cladodus, Sphenonchiis et Diplodus qui font le sujet des quatre chapitres précédens , forment une petite famille à laquelle j'ai donné le nom d'HvBODONTES , d'après le genre Hybodus, le mieux connu de ce groupe. Malheureusement je n'ai pu jusqu'ici caractériser la plupart de ces poissons que d'après des dents détachées; il n'y a que le genre Hybodus dont on possède des mâchoires entières et diverses autres parties du corps, telles que des rayons épineux des dorsales et quelques lambeaux de chagrin. Cependant l'analogie que j'ai signalée entre les vrais Hybodus, les Cestraciontes et les Odontaspis, me permet d'affirmer que très-vraisemblablement les Hybodontes en général ne différaient pas notablement des Squales ordinaires dans leurs allures , et qu'ils formaient un type intermédiaire entre les Cestraciontes des terrains les plus anciens et les Squalides des terrains crétacés , tertiaires et de l'époque actuelle.
Il serait à désirer que le mode d'association de ces fossiles nous permît de fixer dès à présent la nature des rayons épineux que portaient les Cladodus, les Sphenonchus et lés Diplodus; mais je ne puis faire à cet égard que des rapprochemens vagues, basés seulement sur l'occurrence de divers types de rayons trouvés pêle-mêle dans les mêmes terrains. Je me bornerai donc à faire remarquer que les Ichthyodornlithes décrits sous les noms d'Onchus , de Tristichius et de Leiacanthus, pourraient bien avoir appartenu aux animaux dont je viens de décrire les dents dans les chapitres précédens.
D'après la structure intime des dents, on peut établir dans la famille des Hybodontes deux divisions, que nous retrouverons aussi dans la structure des dents des Squaloïdes. Dans les genres Hyhodus et Cladodus , qui appartiennent à la première de ces divisions , et qui se distinguent par leur couronne en cône obtus, on reconnaît, comme substance principale de la dent, une dentine à canaux médullaires réticulés, dont les mailles s'entrecroisent dans tous les sens. Il n'y a pas de cavité pulpaire principale ; seulement l'on voit quelquefois dans la partie supérieure de la couronne plusieurs canaux plus grands que les autres, qui en occupent la place, mais qui cependant sont toujours entourés de canaux secondaires, réticulés et plus ou moins considérables. En général, les canaux médullaires vont en grossissant vers l'intérieur de la dent; cependant leur arrangement n'est soumis à aucune règle fixe. La dentine qui les entoure est traversée par des tubes calcaires, pour la plupart dendritiques, qui
partent des canaux , et rayonnent dans tous les sens. On n'aperçoit pas de lisière distincte entre les systèmes de tubes calcifères de deux canaux adjacens. La racine squainmeuse des dents d'Hybodontes est entièrement formée par le tissu que nous venons de décrire. La couronne, au contraire, présente encore une autre substance qui entoure le noyau formé par la dentine. Cette substance est très-dure , et saute facilement en éclats , de sorte qu'il est assez difficile d'en obtenir des tranches bien minces. Elle est trèsnettement séparée de la dentine et forme à elle seule les rides et les plis dont la surface extérieure des dents est ornée. Chez quelques espèces, on aperçoit des tubes calcifères très-fins et très-serrés dans cette mince couche d'émail , tandis que dans d'autres , cette même couche est presque transparente et sans apparence de structure. Les tubes calcifères de la dentine qui se trouvent dans son voisinage sont plus régulièrement disposés que ceux du milieu de la dent. Ils sont parallèles , ondulés , peu ramifiés , à angle droit avec la face extérieure , et ont la même direction que les tubes des dents à dentine simple.
La seconde division, comprenant les genres Sphenonchus et Diplodus, se distingue de la première par la structure de la couronne. Celle de la racine est la même, à quelques canaux médullaires près, qui sont plus considérables que les autres à la base de la couronne. Ces canaux se réunissent dans la couronne sous la forme d'une seule cavité pulpaire , qui monte jusque vers le sommet de la dent, en se rétrécissant insensiblement. Cette cavité est entourée d'une dentine à tubes calcifères droits, parallèles, faiblement ondulés dans leur cours et dirigés verticalement vers la surface de la dent. L'émail qui entoure la couronne est fort mince et plus ou moins séparé de la dentine proprement dite.
Cette structure des dents s'oppose, comme on le voit, au rapprochement que M. Owen a tenté entre les dents des Hybodontes et celles des Cestraciontes. En effet, les couronnes plates qui distinguent les dents des Cestraciontes, et qui en font des instrumens propres à broyer la nourriture , n'ont rien de commun avec les couronnes élevées et coniques des Hybodontes , qui, quoique obtuses dans quelques espèces, étaient évidemment destinées à saisir et à retenir une proie. De son côté, la structure des dents est tellement différente dans les deux familles, qu'elle ne peut que confirmer les conséquences tirées de la forme extérieure.
Du GENRE HyBODUS.
Vol 3, Tab. M', fig. 1— S.
Les différentes espèces du genre Hybodus que nous avons examinées au microscope sont tellement semblables dans leur structure, qu'il est difficile de les distinguer spécifiquement. Dans le //. Mougeoti, les tubes calcifères sont peu nombreux, dendritiques ; les canaux médullaires sont de grosseur moyenne. L'émail montre des tubes calcifères très-fins et parallèles , qui sont plus visibles que dans les autres espèces. Le H. longiconus a des tubes calcifères Carton. Tom. ITI.
moins distincts et d'une apparence plus veloutée ; dans le H. reticulatus , l'émail est presque entièrement dépourvu de tubes calciféres, tandis que ceux de la dentine se rapprochent par leur aspect extérieur de ceux du H. Mougeoti. La couche de tubes calciféres parallèles et ramifiés à la manière des peupliers d'Italie , qui se trouve à l'extérieur de la dentine , immédiatement au dessous de l'émail , est très-développée dans ces deux espèces. La fig. i montre une coupe verticale d'une dent de H. Mougeoti , prise au milieu de la dent par le grand diamètre de la racine ; fig. 2, une coupe horizontale de la racine ; fig. 3, une coupe horizontale de la couronne , près du sommet ; fig. k , une portion de la même coupe plus fortement grossie ; fig. 5 , une coupe du H. reticulatus.
Du GENRE ClADODUS.
Vol 3, Tab. M', fig. 6 et 7.
Les dents du genre Cladodus montrent en général la même structure fondamentale que celles des Hybodes ; cependant l'on peut signaler les différences suivantes : dans les Cladodes, les canaux médullaires sont plus gros et présentent moins de ramifications , principalement dans la couronne ; ils sont même parfois si indépendans , que les coupes transversales se rapprochent assez par leur apparence de celles des Cestraciontes , avec cette différence cependant qu'on n'y voit jamais ce parallélisme rigoureux qu'on observe dans plusieurs genres de cette famille. Les tubes calciféres sont gros, très-ramifiés et fort courts; les extrémités de leurs branches forment même quelquefois une espèce de feutre. L'on voit aussi souvent, sur la lisière entre les systèmes de tubes calciféres de deux canaux médullaires, de petites cellules calciféres dans lesquelles les branches des tubes paraissent aboutir. Ces cellules sont fusiformes, et ne présentent pas de ramifications propres. La fig. 6 montre une portion d'une coupe horizontale de la racine du C. marginatus; la fig. 7, une coupe de la couronne de Ja même dent.
Du GENRE SpHENONCHUS OU LeIOSPHEN.
Vol. 3, Tab. M-, fig. 1 et 2.
La racine de ces dents est fort semblable dans sa structure intime à celle des genres précédens ; les tubes calciféres y sont peu nombreux et n'ont que peu de ramifications dendritiques, qui ne se distinguent en rien de celles des Hybodontes proprement dits. En revanche, les tubes calciféres de la couronne sont très-élégamment ondulés et si bien espacés que l'on peut suivre facilement chaque tube jusque dans ses rameaux les plus effilés. La cavité pulpaire à laquelle ils se rattachent est très-spacieuse , et a la même forme de crochets com-
primés latcralonient que la dent elle-même. La couche d'émail qui recouvre la couroiuie esl très-nettement séparée de la denline , et présente par-ci par-là quelques traces de tubes calcifères veloutés. La fig. i représente une coupe verticale de la partie moyenne d'iuie denl de Spli. hamatus : la fig. 2 . une coupe transversale de la couronne.
Du GENRE DiPLODUS.
Vol. 3, Tab. 0,tig. 5 et 4.
Ce genre se rapproche des Sphenonchus par la forme extérieure de la couronne, avec cette difTérence qu'il y a jusqu'à cinq couronnes distinctes, implantées sur ime seule racine. La structure de la racine est absolument la même que dans le genre précédent ; on trouve une cavité pulpaire unique pour chaque couronne. Les tubes calcifères qui partent en rayonnant de cette cavité sont ondulés et disposés parallèlement, mais ils sont plus serrés et plus gros que dans le genre précédent, ce qui rend le tissu beaucoup plus obscur. On voit souvent des dents dans lesquelles la dentine de la couronne est déposée en plusieurs couches concentriques. Les tubes calcifères se continuent d'une couche à l'autre sans interruption ; mais les limites de ces couches sont marquées par des rangées de petites cellules calcifères , fusiformes et sans ramifications, dans lesquelles les tubes calcifères viennent souvent aboutir. Il n'y a pas de couche d'émail distincte ; mais la couche extérieure de la dentine joue son rôle , en ce qu'elle est presque entièrement dépourvue de tubes calcifères. Les fig. 3 et k représentent des coupes verticales du D (jihbosiis.
Tableau synoptique des Hyhodontes.
Houille.
Cladodus mirabilis. — Cale, carbonif. Arniagh.
» striatus. — Cale, earbonif. Armagh.
» marginatus. — Cale, earbonif. Armagh.
» Milleri. — Cale, carbonif. Bristol.
» conicus. — Cale, earbonif. Bristol.
» acutus. — Cale, earbonif. Laughgal , eomté d' Armagh.
» Hibberti. — Cale, liouiller. Burdie-House.
» parvus. — Cale, houiller. Burdie-House. Diplodus gibbosus. — Houille de Carluke , près de Glaseow.
» mimitus. — Cale, carbonif. Burdie-House.
Trias (Grès-bigarré, Miischelkalk et KeuperJ.
Hybodus plicatilis. — Muschelkalk. Taebingen, Schwenningen (Wurtemberg), Tarnovitz ,
Lunéville.
)) Mougeoti. — Muschelkalk, Lunéville, Schwenningen. n angvstiis. — Muschelkalk. Lunéville.
» longiconus. — Muschelkalk. Lunéville, Giremont (Vosges). » obliqims. — Muschelkalk des Vosges. » polycyphus. — Muschelkalk. Lunéville. » cuspidatus. — Grès keupérien. Rietheim près de Hall (Wurtemberg). Brèches keu-
périennes. Taebingen.
» sublaevis. — Brèches keupériennes. Taebingen, près de Rottweil. » apicalis. — Grès keupérien ferrugineux. Hildesheim.
Jtltra.
a) Lias.
Hybodus reticidatus. — Lynie-Regis.
» pyramidalis. ^Lyme-Reg\s.
» minor. — Aust-Clifï.
» médius. — Lyme-Regis.
Sphenonchus hamatus. — Lyme-Regis.
— 2H — b) Jura proprement dit.
Hybodm grossiconus. — Ool. de Stonesfield et de Caeii.
» pohjprion . — Stonesfield .
» obtusus. — Ool. de Caen.
» inflatus. — Ool. inf. de Caen.
» raricostatus. — ?
» dubius. — Cale, de Purbeck. Linksfield.
» iindulatm. — Cale, de Purbeck. Linksfield. Sphenottchuselongatus. — Terrain weldien. Forêt de Tilgate. » Martini. — Cale, de Purbeck. Linksfield.