CHAPITRE XVIII
DU GENRE CORAX Agass.
Je réunis aujourd'hui sous ce nom plusieurs dents fossiles que j'envisageais autrefois comme appartenant au genre Gaieus, nom sous lequel elles se trouvent en partie iigurées sur notre Tab. 26. La ressemblance est sans doute grande entre ces dents et celles des Gaieus, cl surtout celles des Galeocerdo ; mais, d'un autre côté, elles se distinguent aussi par un caractère constant qui ne laisse pas que d'être d'une certaine valeur, c'est l'homogénéité des dentelures sur tout le pourtour de l'émail; tandis que les Gaieus et les Galeocerdo présentent sous ce rapport de très-grandes irrégularités. Ce qui prouve, au reste, que cette distinction du genre Corax est réellement fondée dans la nature, c'est que les dents de cette forme se distinguent profondément des deux genres ci-dessus mentionnés par leur structure microscopique : elles sont massives, tandis que les Gaieus et les Galeocerdo ont un cône creux à l'intérieur, ainsi que nous le verrons plus bas, en traitant des caractères microscopiques de la famille. Les plus grandes dents de ce genre ont un peu plus d'un demi-pouce de long et autant de haut.
La plupart des espèces sont propres aux terrains crétacés ; il n'en existe ni dans l'époque actuelle ni dans l'époque tertiaire , dans laquelle ils sont en quelque sorte remplacés par les Galeocerdo.
Comme on ne connaît point encore d'espèce vivante de ce genre , il est impossible de dîre quelle était la forme et la physionomie de ces poissons. Mais si l'on songe que les Notidans et les Galeocerdo , les deux genres dont les dents se rapprochent le plus de celles de nos Corax (le premier, par la structure microscopique, et le second par la forme extérieure), sont construits à-peu-près sur un même plan , il n'y a rien de hasardé à admettre que les Corax , qui sont intermédiaires quant aux dents , devraient être des poissons de forme et d'allure à-peuprès semblables, et qu'ils atteignaient probablement les mêmes dimensions, puisque la grandeur de leurs dents est la même.
l. Corax pristodontus Agass.
Vol. 3, Tab. 26, fig. 9-13 (sous le nom de Gaieus pristodontus).
Cette espèce se fait remarquer par sa forme pyramidale et la largeur considérable de la couronne, qui provient de ce que le côté postérieur est à peine échancré. Le bord antérieur ne forme pas un arc parfaitement régulier, mais présente une espèce de coude plus ou
moins prononcé. La pointe n'en est pas moins très-aiguë et fort tranclianle. La hauteur totale de la dent, y compris la racine, égale environ sa longueur. Plusieurs exemplaires ont jusqu'à trois-quarts de pouce de haut et autant de long. La racine est fort grosse et comprend à-peu-près la moitié de la hauteur de la dent ; elle est légèrement concave, ainsi que la base de la couronne. Quant aux dentelures marginales de la dent , elles sont sans doute très-homogènes ; néanmoins celles du bord antérieur sont un peu plus mar([uées que celles du bord postérieur.
Dans l'origine, lorsque je ne connaissais encore que peu d'exemplaires de ce type, j'avais confondu plusieurs espèces sous le nom de Galeus pristodontus ; mais l'expérience m'a appris plus tard que certains caractères que je considérais comme des variétés d'âge, sont trop constans pour pouvoir être envisagés comme tels; en conséquence, j'ai dû retrancher de mon Galeus pristodontifs les fig. 4-8 de Tab. 26 , qui appartiennent à une espèce particulière que je décris plus bas sous le nom de Corax Kaupii , et la fig. 1 h qui est encore une autre espèce que j'appelle C. falcalus.
Ainsi circonscrit, le C. pristodontus comprend des dents assez grandes et remarquables par leur largeur. Les exemplaires de fig. ii et 13 proviennent de la craie de Maëstricht et se trouvent dans la collection de M. le professeur Bronn. La fig. 10 qui se trouve dans la collection de M. Regley, provient de la même localité. On remarque à la base de l'émail de cet exemplaire quelques gros plis qui n'existent pas dans les autres, mais qui ne me paraissent pas constituer une différence spécifique. Quant à l'exemplaire de fig. 9 qui se trouve également dans la collection de M. Bronn , il se pourrait qu'il provînt d'un jeune poisson et de l'angle de la gueule ; c'est également un fossile de Maëstricht. Lord Enniskillen en possède aussi un exemplaire.
IL Corax Katjpii Agass.
Vol. 3, Tab. 26a, fig. 25-.54. Tab. 26 , fig. 4-8 (sous le nom de Galeus pristodontus).
Par sa forme et sa physionomie , cette espèce ne diffère pas essentiellement du véritable C. pristodontus ; cependant elle est de beaucoup plus petite , ainsi que j'ai pu m'en assurer en comparant une vingtaine de dents toutes bien conservées. Or comme les dimensions ont une valeur réelle lorsqu'elles se maintiennent dans des limites constantes, j'en ai inféré que les dents du Corax Kaupii devaient provenir d'un Requin beaucoup plus petit que le C. prisdontus. Mais là ne se bornent pas les différences ; notre espèce est en général plus pyramidale, et , ce qui mérite surtout d'être remarqué , le bord antérieur forme un arc régulier, au lieu de former un coude, comme c'est le cas du C. pristodontus. 'Le bord postérieur est peu échancré, plus fortement cependant dans les petits exemplaires que dans les grands. Les dentelures marginales sont fines et souvent tout-à-fait enlevées par l'usure. La pointe de la dent est ce-
pendant assez aiguë et les bords sont tranchans, La face externe est quelquefois entièrement plate , tandis que la face interne est très-bombée , ensorte que la dent représente une section du cône. La racine est de moyenne épaisseur, ordinairement arquée à sa base. Quelquefois l'une des cornes de la racine est plus allongée que l'autre ; mais c'est une particularité exceptionnelle à laquelle il ne faut pas attacher une bien grande valeur.
Les dents de cette espèce sont, à ce qu'il paraît, très-fréquentes dans le grès vert d'Aix-la- Chapelle et de Haldem. Notre Tab. 26 a, fig. 25-34, en représente toute une série dont les originaux m'ont été communiqués par M. Kaup, à qui je dédie cette nouvelle espèce.
Les fig. 4 et 5 de Tab. 26 représentent des dents du même terrain, de la collection de M. le ])rofesseur Bronn. L'original de fig. 6 se trouve au Musée de Paris , et provient, d'après son étiquette, des bords du canal de Delaware, aux Etats-Unis. La dent de fig. 7 et 8 se trouve au Musée de Prague.
IlL CORAX FALCATUS AgaSS.
Vol. 3, Tab. 26 a, fig. 1-15 ; Tab. 26, fig. 14 (sous le nom de Galeus pristodontus) .
■ Ainsi que le C. Kaupli, cette espèce a été confondue dans l'origine avec le C. pristodontus. Je n'en connaissais qu'une seule dent lors de la publication de ma Tab. 26, et je l'envisageais comme appartenant à la mâchoire inférieure. Depuis lors, j'ai trouvé dans la belle collection de M. Mantell , à Brighton , une série assez nombreuse de ces mêmes dents , qui m'ont démontré qu'elles proviennent d'une espèce particulière et m'ont en même temps appris qu'elles sont propres à la craie blanche.
Ce qui distingue cette espèce des deux précédentes et notamment du C. pristodontus, c'est qu'elle est beaucoup plus élancée, plus conique et plus pointue. Sa hauteur surpasse ordinairement sa longueur. Le bord antérieur est bien moins arqué. Le bord postérieur en revanche présente une échancrure plus notable. Il paraît aussi que la base de l'émail est moins échancrée, surtout à la face externe ; la face interne est comme d'ordinaire bombée , et la base de l'émail y est plus échancrée qu'à la face externe. Les dentelures des bords sont fines et distinctes , et l'on ne remarque à cet égard aucune différence sensible entre le bord antérieur et le bord postérieur.
Les fig. 1-7 de Tab. 26a se trouvent dans la collection de M. Mantell, et proviennent de la craie blanche des environs de Brighton. Lord Enniskillen et sir Philipp Egerton en possèdent aussi des exemplaires de la craie de Kent.
L'original de fig. 14, Tab. 26, fait partie du Musée de Paris et provient, selon toute apparence, de la craie blanche.
Je rapporte à la même espèce les dents de fig. 8, 9, 10 et 11, Tab. 26a, qui proviennent de la craie marneuse (Planer) de Strehla près de Dresde , et se trouvent dans la collection de
M. lo comte do Munster. Les (ig. 10 et 1 1 l'eprésentenl la inèinc dent, par la face interne . montrant la base très-écliancrée de l'émail (fig. 10), et par la face externe (fig. H).
Enfin les (ig. 12-1?) pourraient n'être qu'une variété de la même espèce; ce sont deux dents vues par la face interne fig. 12 et l^l, et par la face externe fig. 13 et 15. Les originaux se trouvent dans la collection de M. le comte de Munster, et proviennent de la ci'aie de Quedlimbourg.