‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 5)Chapitre 199 sur 284 · TOM · texte numérisé non relu

TOM

Pour donner une idée de la dentition des Carcharodon , j'ai représenté en grandeur naturelle toute la mâchoire du C. Lamia, Tab. F, fig. 3 (*). Une première remarque à faire à ce sujet , c'est que ces dents sont loin d'être aussi dissemblables dans les deux mâchoires que celles des vrais Carcharias , et ceci nous rassure d'entrée sur la valeur des déterminations de dents isolées que nous avons tentées dans ce chapitre. La forme générale de toutes les dents est celle de triangles isocèles; celles de la mâchoire supérieure sont en général un peu plus larges que celles de la mâchoire inférieure ; les antérieures , c'est-à-dire les plus rapprochées de la symphyse ont les côtés à-peu-près entièrement droits ; les suivantes ont le bord postérieur de plus en plus échancré, et les dernières, qui sont très-petites, sont presque dépourvues de cône médian. Les dents de la mâchoire inférieure sont élancées et écliancrées de la même manière des deux côtés ; mais ce qui les distingue surtout de celles de la mâchoire supérieure, c'est la présence d'une échancrure assez sensible dans l'émail, à la base de la couronne , tandis que les dents de la mâchoire supérieure sont tout d'une venue ; ou bien l'échancrure, lorsqu'elle existe, est à la limite entre la racine et l'émail. Tout le pourtour de l'émail est garni de dentelures très - distinctes et uniformes dans les dents des deux mâchoires. La face externe est plate, voire même concave vers la pointe. Il existe aussi souvent à la base de l'émail des plis plus ou moins gros, ainsi que le montre la fig. Sade de Tab. F, qui représente une dent du milieu de la mâchoire supérieure vue par la face externe. La face interne est plus ou moins régulièrement bombée. La racine est fort haute, à base très-concave. L'émail descend plus bas à la face externe qu'à la face interne. Sur cette dernière l'on remarque ordinairement entre le commencement de l'émail et le renflement de la racine un espace plus ou moins large, qui est dépourvu d'émail. La base de l'émail est toujours plus échancrée à la face interne qu'à la face externe.

Certaines espèces fossiles ont à leurs bords antérieur et postérieur des bourrelets plus ou moins prononcés, qui dans beaucoup de cas sont très-utiles à la détermination spécifique, mais qui seuls ne me paraissent cependant pas suffîsans pour justifier l'établissement d'une nouvelle espèce , surtout lorsque leur forme est irrégulière.

Quelques espèces diffèrent des autres en ce qu'au lieu d'avoir la forme d'un triangle isocèle, elles sont très-arquées au bord antérieur. Tels sont les C. leptodon , dismiris , megalotis, heterodon, Tab. 28, que l'on devra peut-être un jour isoler des autres pour en faire un genre à part. Ce qui pourrait surtout faire croire que ces dents constituent un type particulier, c'est que dans l'espèce vivante cette tendance des dents postérieures à se courber en arrière est à peine sensible , tandis qu'elle est très-constante dans les Lamies et dans la plupart des vrais Carcharias. •

Quant à la répartition géologique des espèces , il est un fait qui ne peut manquer de frapper

(*) Dans l'explication des planches , cette espèce est désignée sons le nom de Carcharias venis , dénomination qni ne saurait être conservée maintenant que les Carcharias et les Carcharodon sont distingués génériquement.

— ili7 — , dans Fétude de ces poissons , c'est que les vrais Carcharias complenl un Irès-ni-and noiuhre dospèoes dans l'époque actuelle, tandis qu'on n'en connaît que fort peu de débris fossiles. En re^ anche, le genre Carcharodon qui n'est représenté dans notre époque que par une seule espèce, le Carcharodon Lamia, compte un grand nombre d'espèces fossiles. Cecijnous prouve qu'alors même qu'un type paraît comme isolé au milieu d'un ordre ou d'une classe d'animaux, on ne doit pas pour c(^la hésiter à le distinguer génériquement ; car il n'est pas rare , et le C. Lamia en est un exemple , qu'un type qui frappe par son étrangeté parmi les espèces vivantes, ait une foule d'analogues parmi les débris des créations passées.

Le genre Carcharodon ne remonte pas au delà des terrains tertiaires. Les plus anciens débris paraissent provenir du calcaire grossier, mais c'est dans les dépôts dé Tàge de la molasse que l'on en trouve le plus grand nombre.

Les espèces connues jusqu'à ce jour se montent à dix-huit. Mais comme dans ce nombre il y en a plusieurs qui ne sont connus que par un exemplaire , il est probable que l'on sera conduit par la suite à en identifier plusieurs , lorsque l'on connaîtra mieux les variations qui peuvent exister pour toutes les espèces dans la dentition des deux mâchoires aux difTérentes époques de leur vie.

Nous avons dit plus haut que la plupart des espèces fossiles rentraient dans le genre Carcharodon . ensorte que le nom de Carcharias , sous lequel elles se trouvent inscrites sur nos planches, nedevra être conservé que pour le Carcharias tenuis.

l. Cakcharodon megalodois Agass.

Vol. a , Tab. 28.

SVN. Carcharias megalodon Ag. in Egci'ton Catal. — Carcharias macrodon Ag. in Egcrton Catal. — Carcharias grosseserradis Ag. in Egerton Catal.

Les dents de cette espèce sont de nature à exciter un vif intérêt, à cause de l'idée effrayante que nous nous faisons, en les voyant, de l'animal qui les portait. Il est probable , en effet, que malgré la disproportion que nous avons signalée à l'article du genre entre les dents et le corps des Carcharodons , l'espèce dont celles-ci proviennent était de très-grande taille ; car dans la création actuelle, il n'existe aucun Carcharias dont les dents aient même la moitié de ces dimensions. Les difficultés de la détermination spécifique se présentent ici d'entrée. Et d'abord, les dents que j'ai réunies dans ma Tab. 28 sous le nom de C inefjalodon sont loin de se ressembler, et je conviens que les différences au moyen desquelles on distingue les espèces, sont dans nombre de cas moins inqîortantes que ne le sont ici les différences individuelles. Malgré cela, on peut , dans certains cas , parvenir à reconstruire une mâchoire ou une partie de mâchoire de Carcharodon fossile , d'après des dents isolées , lorsque ces dents présentent cet air de famille qui , pour l'œil exercé , équivaut à une foule de caractères spéciaux. Ce sont ces

considérations qui m'ont engagé à envisager comme d'une même espèce les dents de Tab. 28, que j'ai essayé de représenter dans leur ordre de succession naturelle. J'envisage leslîg. 1 et 5 comme représentant les deux dents impaires; les fig. Set i comme provenant de la mâchoire supérieure, ol les fig. 6 , 7 et 8 comme provenant de la mâchoire inférieure. Je doute à peine que la fig. k, malgré sa largeur, ne soit spécifiquement identique avec celle de fig. 2 ; les fig. 6 à 8 de leur côté, ont cette forme pointue et effilée qui caractérise les dents de la mâchoire inférieure, relativement à celles de la mâchoire supérieure. Je conviens qu'à l'égard des fig. 1 et ë les probabilités sont moins grandes ; cependant , comme leur forme et leurs dimensions relativement aux autres dents sont à-peu-près dans les mêmes rapports que chez plusieurs espèces vivantes, il serait fort possible que la place que je leur assigne fut la véritable. Nous savons, en efïet , que la dent impaire des Carcharias se distingue ordinairement par sa base élargie et par sa forme grêle , et que celle de la mâchoire inférieure a les côtés plus droits , tout en étant étroite. Cependant pour ne pas préjuger la question d'une manière absolue , nous allons décrire en peu de mots les caractères des différentes dents qui sont ici figurées , en prenant pour type celle de fig. 2 et 3 qui est la plus belle et la plus complète que je connaisse. Sa forme générale est sensiblement équilatérale , c'est-à-dire que le bord postérieur et le bord antérieur présentent le même contour , étant l'un et l'autre légèrement évasés. Les dentelures marginales sont uniformes sur tout le pourtour de la dent. L'émail déborde à peine la racine à la limite de cette dernière ; il est échancré à angle presque droit à la face interne (fig. 2), tandis qu'il est simplement concave à la face externe (fig. 3). L'épaisseur de la dent n'est pas très-considérable (fig. 2o); la face interne est bombée ; la face externe en revanche est plate et même un peu concave. La racine est très-grosse ; elle forme à elle seule plus du tiers de la hauteur totale de la dent ; dans d'autres exemplaires ces proportions peuvent varier suivant leur position sur la mâchoire. La dent de fig. k est plus large , plus trapue et d'une épaisseur proportionnelle à sa largeur ; sa face externe est très-bombée, sa face interne sensiblement concave, surtout vers la pointe (fig. ka). Les dents de fig. 6 et 8 se caractérisent par leur forme élancée comme des dents de la mâchoire inférieure ; celle de fig. 8 se fait surtout remarquer par ses dimensions et par sa forme un peu inéquilatérale , le côté antérieur étant arqué, tandis que le côté postérieur est échancré. La dent de fig. 7 est moins caractérisée ; par sa forme elle est intermédiaire entre les fig. 2 et 6 ; elle s'amincit fortement vers la pointe et est même sensiblement recourbée en avant (fig. 7a). La racine, qui est ici admirablement conservée, est proportionnellement moins grosse que dans la fig. 2 , du reste très-régulière , concave, à cornes arrondies. Une échancrure assez sensible s'aperçoit entre la racine et l'émail. La dent de fig. 4 , malgré sa petitesse, a tous les caractères essentiels des autres dents que nous venons de décrire ; sa racine est très-grosse , et la base de son émail forme à la face interne (fig. 1) un angle très-prononcé; seulement, au reboms des autres, sa pointe est légèrement tournée en dedans (fig. 1 «), ensorte que sa face interne est plutôt convexe que concave. La fig. 5 est, comme nous l'avons dit, la plus pro-

blônialique. Aussi ne serais-jc pas étonné si l'on venait à démontrer qu'elle appaiiienl à luie espèce particulière. Dans ce cas, on pourrait l'appeler C. aequilateralis , qui est le nom sous lequel je l'avais désignée dans l'origine.

J'avais aussi distingué dans mes notes plusieurs espèces parmi les dents que je réunis aujourd'hui sous le nom de C. meijalodon, et j'avais appelé l'une C. macrodon et l'autre C. yrosseserrutus, à cause des fortes dentelures marginales qui m'avaient frappé dans quelques dents ; mais j'ai reconnu plus tard que ce caractère n'avait pas assez de fixité pour justifier une distinction spécifique. Si j'en parle ici, ce n'est que parce que j'ai étiqueté des dents sous ces noms dans quelques collections.

Quoique le gisement des exemplaires figurés ne soit pas connu dune manière précise , je ne doute cependant pas que l'espèce ne soit tertiaire.

Les originaux de fig. f , 2 et 5 se trouvent au Musée de Carlsruhe sans indication d'origine.

Les fig. h et 7 font partie du Musée de Strasbourg et proviennent de la collection GouUet ; leur

base est couverte de paillettes de gyps. L'étiquette indique comme origine l'île de Malte {*).

L'original de fig. 6 se trouve dans la collection de M. Bronn , et provient de Styrie ; mais le

terrain n'est pas indiqué.

Il existe également au Muséum de Paris deux fort belles dents qui paraissent être l'une et l'autre de la mâchoire inférieure. La fig. 8 représente le contour de l'une d'elles, mais je n'ai retrouvé aucune indice de leur origine.

La collection de M. Bronn contient une seconde dent de cette espèce, provenant du sable quartzeux de Dax. La collection de M. Alex. Brongniart et celle de M. Desnoyers à Paris; celles de M. le comte de Miinster, de M. d'Alberti, de M. le professeur Walchner, de M. Thurmann , de lord Enniskillen et celle du Musée de Prague renferment également des dents de cette espèce. Celle qui se trouve dans la collection de M. le comte de Miinster provient de Malte (*), et, parmi celles de Lord Enniskillen, il s'en trouve une de la molasse suisse, une autre de la formation tertiaire de Maryland et deux du Pliocène de Malte (*). M. Charlesw orth la cite dans le crag d'Angleterre. Il résulte de ces diverses indications que notre C. megalodoii ;,'.^.^^ serait une espèce propre à l'étage tertiaire moyen.

{") J'ajoute peu de foi à ces indications de gisement ou d'origine tirées d'anciennes collections , et je doute l'ort (ju'il y ait dans les musées d'Europe un aussi grand nombre de ces dents de C. megalodon provenant de Malte, comme on le prétend. Je crois bien plutôt que ces indications proviennent de ce que ^cilla ayant figuré de ces grosses dents pro- /S venant de Malte , mais d'iuie espèce différente, elles ont été plus tard généralement désignées sous le nom de rhnts maltaises, et rangées sous cette dénomination dans les collections, quelle que fût leur origine.

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