‹ Recherches sur les Poissons FossilesChapitre 121 sur 121 · QUELQUES REMARQUES · texte numérisé non relu

QUELQUES REMARQUES

srn les lépidoides e:« GÊNËnAL.

Ia?s genres nombreux que nous venons de décrire dans la première partie de ce volume , ont pour caractère commun d'étre alHlmninaux , d’avoir le corp» revêtu d'éeaillm émaillées, et le» mâchoire» , armée» de dent» obtuses ou en velours ras. Or, n’est-il pas surprenant que tous les poissons auxquels on peut appliquer cette diagnose , qui ne laisse pas que d'étre assez vague , appartiennent, sans exception, à des types éteints, dont pas un seul n’a de représentant dans l'époque actuelle? C'est là un des faits les plus curieux de la uMilogie comparée, qui nous explique en même temps les nombreuses ac<|uisilions que l'ichthyologie a faites dans ce domaine, depuis que l'attention des naturalistes a commencé à se |K>rter sur les poissons fossiles. Depuis la publication du tableau synoptique <]ui est en tète de ce volume , le nombre des espèces s’est considérablement accru, et un grand nombre de genres nouveaux sont également venus prendre rang dans cette grande famille , de manière que le nombre des cs|>éces, qui était alors de soixante-quatre, répartis dans quatorze genres, est aujourd’hui d'environ deux cents , répartis dans vingt-huit genres. Je n’avais pas plutéf reconnu et circonscrit la famille des Lépidoides, que je me vis forcé de la diviser en deux grands groupes, d'après la structure de leur nageoire caudale. Le premier de ces groupes , celui des Lépidoides hétéroeei-ipies , conqireud les Lépido'ides chez lesquels la colonne vertébrale s’étend jus<|u’à l'extrémité du lobe supérieur de la caudale. Ce lobe , toujours plus long que le lobe inférieur, est muni de rayons qui vont en diminuant graduellement du milieu de la nageoire jusqu’à sou extrémité , hnidis que le lobe inférieur, qui s’attache sous la colonne vertébrale, est toujours moins saillant, alors même que ses rayons sont plus longs. Le groupe des Lépidoides homoeeripies est composé de poissons qui ont la même physionomie générale , mais chez lesquels la caudale est en général équilobe, en ce sens, que les deux lobes sont articulés de la mêm<; manière à l’extrémité de la colonne vertébrale , de fafon que lors même que l’un des lobes déborde plus ou moins l'autre , cette inégalité ne peut être envisagée que comme un caractère secondaire. J’attache d’autant plus d’importance à cette distinction , qu’elle correspond à l’àge g('s)logiqiie des couches qui recèlentles ichthyolites de ces différens types, si bitm que tous les Lépidoides hétérocerques , à une seule exception près, sont antérieurs à la for-

malioi) jnra&sique , tandis que les I^pidokles lioniocer(|ues ne commencent à paraître qu'avec l’é|Kwnie du Lias.

Dans chacun de ces deux groupes se tixm\ent des genres à corps plus ou moins fusiforme , et d’auliTs à corps plat. Le rapport numérique de ces dilTércns gnmjMîs se trouve indiqué dans les tableaux ci-dessus, page 178 et page 297, avec les remarques relatives à leur gis<uiient.

Lhacune de ces grandes divisions miferme en outre plusieurs types distincts. Il règne surtout une grande dissemblance entre les genres des hétcrocerques, où nous distinguons des poissons à écailles très-petites et granulées (les genres .icauthoiles^ 6'Ac/r«cfl«//nM cl Cftei~ .ro/<yn‘« ), et d'autres à gi’audes écailles rhoinl>oidales, (^Üipteru», OnteolepiA y .■^inhlyptpniSi Gyrohpiny PlatyMtmui y Eurynutus. La seconde de ces sections peut encore se subdiviser d’aprt's la f(»rmc de la dorsale, <}ui est tantôt double ( Diptpvus , ÜHteolepis) , et tantôt simple

hnhhjptfniii y GyrolepUy PuUvoniscuA y PiahjAomm ci Eunjnolm), Enfin le genre Cc/>/ia/cpU forme à lui seul un ty|X^ particulier dont les caractères sont très-tranchés. Maintenant que je connais un plus grand nombre d’espèces et de genres <pie <*eiix qui sont décrits ci-dessus, je serais disposé ù en faire qiiatix^ familles distinctes. La première , celle des C.pphala^pides y embrasserait, outre le genre Ccphalaspis^ les genres iin^lits des Ptpvkhthyn y des Pumphractun , des Cocaysteus cl des Chehnivhthya ; la seconde, ou celle des DipUnPusiy comprendrait les genres Dipterus et OsttviepU ; la troisième , ou celle des . /c«n//mdiV/w , compi^iidrait les genres .icaulhodes y Cheirohpisy C/<ciVflcow//niJi et le genre inédit des Diplacnnlhun. Enfin les autres genres, savoir les JmhlypteruMy GyroiepU, Palœonisteiu y Platysomm y Eurynotu«y formeraient, avec les Homoccrc|ues , la famille des LépiddideH proprement dils, qui comprendrait en outre plusieurs genres inédils. Je crois devoir me borner ici à ces simples indications, en attendant que des matériaux plus complets me permcticnl de discuter plus amplement la valeur relative des différences que j'ai remarquées entre ces divers types.

IvC groupe des llomocerques , quoiqiu^ aussi nombreux (jiie celui des Hélérocer(|ues , est bien nmins varié. I>e {lassage des cspt'xes plates aux espèces fusiformes est plus iusensible. Ix*s (Tailles sont surtout bien plus uuiformes, ce qui fait qu'il (^t souvent difficile de connaître le genre de certaines esjïèces dont on ne possède que des fragmciis de la cuirasse émaillée. Nous retrouvons aussi dans ce groupe des genres à une seule dorsale et d’autres à deux dorsales; mais ces derniers sont relativement bien moins nombreux que dans les llèléi'ocerques. cl les Nütagogus et les PropleriLs sont bien plus voisins des Pliolidopliores et des Ophiopsis, que les Dipterus et les Osleolepis ne le si^nt des Palaeoniscus et des Plalysonius.

Ix?s L(‘pIdoTdes nous offrent dans leur généralité plusieurs points de ressemblance avec leurs contemporains , les Sauroides et U's Pycnodonles. L’émail dont leurs écailles sont recouvertes est de tous les traits (|u’ils ont en commun le plus saillant, et il faut convenir que. sous ce rapport, ils sont plus uniformes que h»s poissons de nos mers aclnelles. Il existe bien des différences dans la forme, la grandemret rarrangetncnl de ces plaques émaillées, mais

ces différences ne constlUicnl guère que des caraclères géncriques, car nous renoonïrons souvent sous ce rapport des différences plus notables entre les geims d’une même faiiiille qu’entre certains genres ap|>ar(eiianl à îles faniilles différentes, l'f) autre caractère euinimin à ces différentes familles et (|ui parait être intimement üé à celui des écailles , consiste dans la présence de fulcrt^ ou de petits rayons l'oitles , tout le long du bord externe <bi premier grand rayon des nageoires. Ix?s fulcres qui ne sont en réalité que des écailles niodiliée.s se retrouvent sur toutes lo^ nageoires ; mais ils sr>iit surtout trés-développt*s au lK)rd dn lobi* supérieur de la caudale f noUmiinenl dans les llélérocerqiu's cl dans les Homocerques du Lias. On rencontre, il est vrai , une quantité de Lépidoïdes, où les fulcres manquent partiellement; et Ton pourrait dès-lors être tenté d’eitvisager leur absence comme un caractère géologi4|iie ; ce (pli serait une erreur, car je croîs m’étre assurt* ijiie lui'squ’ils maiiqiieiil, c'est à Tétai de conservation de Tindividii qu’il faut altribiier leur absence, du moins dans la famille des Lépidoîdes. Il y a certains terrains, ic calcaire lithographique de Soleuliofeii, par exemple, où il est assez rare de k>s rencontrer intacts, tandis qu'ils sont ordinairement bien constTvés dans le Lias.

Mais à C()té de ces caractères que les [iépidoïdes ont en commun avec les Sauroïdes et U*s Pycimdontes , nous hmr en avons reconnu d’autres, qui leur sont exclusivement propres: la forme du corps et la grandeur relative des nageoires, jointes à Tanmire des mâchoires, nous fournissent entre autres des moyens sûrs de distinguer leurs débris de ceux de leurs contemporains et nohimmenl des Sauroïdes et <h^ Célacanthes. Kii effet , ce sont généralenieiil des poissons trapus, d’une allure peu dégagée; et comme leur caudale est en même temps peu dcvcloppé(‘ relativement à la masse de leur corps , nous en coindtioiis cpi'ils étaient pour la plupart assez mauvais nageurs. Leur dentition est assez uniforme et annonce des poissons omnivores destinés à sc nourrir d’animaux mous ou en décomposition , et de substances végétales <|u'ils broyaient facilement entre leurs petites dents. Ils sont bien différens, sous ce rapport, d(^ Sauroïdes, qui tout en étant revêtus, comme eux, d’une cuirasse émaillée, étaient munis de dents formidables, et sc distinguaient en outre par une taille plus élancée et plus appropriée à une natation rapide. Aussi soiit-ce pour la plupart des poissons voraces, et il est prol>ablc que les Lépidoïdes furiiiai(‘iil en grande partie leur pâture. J'ai du moins reconnu des écailles de ces derniers dans les coprolithes de plusieurs esp(*ces de Sauroïdes.

La limite est plus difficile à tracer entre les I>epidoïdes et les Pyciiodontes. qui étaient aussi des poissons essentiellement broyeurs. Il y a surtout une très-grande analogie entre les vrais Lepidotus et les Pycncnlus , et il serait souvent fort difficile de savoir auquel des deux groupes tel ichthyolite <pie Ton a .sous les yeux appartient, si Tâge 1 ‘tdalif d(}S terraîiis ne venait en aide à la détermination zoulogiquc. Kn effet, les Lepidotus appartiennent à-peu-prés exclusivement aux pi'emiers dépôts de Tépoqut» jurassique, et en particulier au Lias. L<^ Pyciuxlontes, au amlraire, sont surtout nombreux dans les dépôts récens de Tépoque jurassique, et même, à l’exception du genre Placodus, dont les affinités sont encore très-peu connues , tou.s les Pye-

nodoiiles dont on poiuéde des débris caraclérisliques sont plus récens que le Lias. Il y a sans

doute des Lépidoldes dans les étages récens de la formation jurassique, mais ils sont d’une forme particulière , et puur'la plupart plus élancés que les vrais Lepidotus ; tels sont eu particulier les Pliolidopliures , dont les espèces, quoique très-nombreuses, se distinguent par leur petite taille et différons autres caractères de détail que nous avons mentionnés en traitant de ces genres en particulier.

liC tableau qui préctVle, dans lequel j'ai compris toutes les espèces qui n'ont p«s pu trouver place dans ce volume , donnera une idée de la distribution géologique de cette famille et de sa fn^uence relative aux différeutes époques de l’histoire du globe.

Page 1