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CHAPITRE III

BU GENRE CATOPTERUS.

Ce qui caractérise surtout ce genre, c’est la grandeur de la dorsale qui est opposée à l’anale ; puis la position reculée de ces deux nageoires qui sont très-rapprocliées de l’extrémité de la queue. La structure de la caudale n’est pas un caractère qui lui soit particulier. On retrouve la même disposition dans tous les poissons de l’ordre des Ganoïdes antérieurs aux dépôts jurassiques, savoir, dans les genres : Acanthodes, Amblvpterus, Palæoniscus , Platysomus, Pygoptenis et Acrolcpis. 11 n’est pas exact non plus de prétendre que tons les rayons sont sur le côté inférieur de la queue, et qu’il n’y a rien d’analogue parmi les poissons vivans , excepté dans les genres Lepidosteus et Acipenser. Il est vrai que tous les rayons du lobe inférieur de la caudale sont articulés sur l’extrémité des apophyses épineuses inférieures, d’un assez grand nombre des dernières vertèbres caudales ; mais les rayons du lobe supérieur sont articulés sur de petits osselets particuliers , qui sont des vertèbres peu développées et insérées en série oblique le long de l’apopbyse épineuse supérieure de la dernière vertèbre régulière; comme cela a lieu non-seulement dans le Lepidosteus, mais encore parmi les poissons bien connus, dans les genres Esox-, Saimo, Thymalus, etc. Les apophyses épineuses supérieures qui correspondent à celles sur lesquelles sont articulésics rayons du lobe inférieur, ne portent point de rayons , ou bien seulement de très-petits accolés le long du grand rayon externe du lobe supérieur de la nageoire. Il n’est même presque aucun poisson qui ait un nombre égal de rayons dans le lobe supérieur et dans le lobe inférieur de la caudale. Voyez à cet égard le chapitre sur l’ostéologie des poissons, inséré dans le premier volume de cet ouvrage.

Cuvier donne à ce genre une nageoire dorsale double, comme caractère distinctif des Palæoniscus ; cependant il m’a été impossible de me convaincre de cette différence sur les pièces que j’ai examinées. J'ai cru voir au contraire que des rayons cassés dans la partie antérieure de la dorsale pouvaient seuls avoir donné lieu à la supposition d’une séparation en deux nageoires , dont les rayons seraient du reste de la même nature. Dans tous les cas, cette dorsale est beaucoup plus grande et surtout plus large que dans les Palæoniscus ; elle est de plus opposée à l'anale, tandis que dans les Palæoniscus elle est opposée à l’espace qu’il y a entre l'anale et les ventrales. Les pectorales sont petites. La présence des ventrales est encore douteuse.

Tout le corps est recouvert d’écailles rliomboïdales, émaillées, de moyenne grandeur. Je n’ai pu recueillir aucun document sur la structure de la tète.

L’incertitude qui règne encore sur la présence de deux dorsales m’a fait préférer au nom générique Dipterus , proposé pour les poissons dont il s’agit , celui de Catopterus qui désigne la position reculée de la dorsale et de l’anale; ces nageoires étant plus rapprochées de la caudale que dans aucun autre genre de la famille.

Jusqu’à présent je n’ai vu de ce genre que quelques fragmens qui m’ont été communiqués à Paris par M. Pentland. L’examen que j’en ai fait m’a eonraincu qu’ils doivent être rangés dans la famille des Lépidoïdes, qui, quoi qu’on en dise, n’a rien de commun avec les Malacoptérygiens , si ce n’est le plus souvent des rayons mous dans les nageoires. Mais cette distinction des poissons en Malacoptérygiens et en Acanthoptérygiens comme divisions primaires n’est pas fondée sur des différences bien essentielles dans la structure du squelette, et elle rompt trop violemment les aflinités naturelles pour que j’aie pu la conserver. Les écailles des Dipterus n’ont j>as non plus la forme arrondie que Cuvier leur a donnée dans la figure restaurée qu’il en a esquissée (Geol. Trans. a' sér. vol. 3. tab. i/;. f. 4-)5 quoiqu’elles soient bien représentées dans quelques-unes des figures qui l’accompagnent. J’ai cherché à le reconstruire d’apres ce que j’en ai vu dans la tab. Â. f. 3 . du premier volume de cet ouvrage. N’ayant du reste rien à ajouter à ce qu’ont dit (dans leur mémoire sur la structui-e et les rapports des dépôts contenus entre les roches primitives et la série oolithique dans le nord de l’Ecosse) Scdgwick et Murchison sur ces fossiles, d’après les renseignemens de Cuvier, Yalcncicnnes et Pentland, je me bornerai à traduire leur description , en faisant remarquer cepeudant que je ne crois pas possible de distinguer quatre esi>èces, comme ils l’ont fait. Peut-être y en a-t-il deux, si les différences indiquées dans la grandeur des écailles ne proviennent pas d’un changement dans leur position relative , par l’affaissement du corps suivant la position qu’il a prise dans la roche qui le contient. Les différentes plaques figurées dans le mémoire susmentionné me paraissent plutôt les différens âges d’une môme espèce que je propose d’appeler Caloptenis analis. Voici ce qu’en disent Sedgwick et Murchison, Geol. Trans. a* sér. vol. 3. p. ia5 et suivantes :

« Lorsque l’attention des géologues se porta pour la première fois sur ces ich- » thyolithes , on ignorait qu’on en eôt trouvé des exemplaires dans d’autres carrières » que dans celles de Banniskirk. Les auteurs de ce mémoire oui cependant depuis U lors découvert que de semblables débris sont abondamment, et on pourrait môme >1 dire généralement , ré|^ndus dans les dépôts de Caithness , et que leur présence n n’est pas limitée à une seule couche particulière , mais qu’elle est caractéristique » poqr celte vaste formation schisteuse, depuis les assises les plus élevées jusqu’aux

«plus profondes. Dans les assises supérieures, les poissons ou leurs fragmens se H trouvent abondamment près de Howburn llead, au nord de Tburso, de même en «divers lieux le long de la côte de Pentland Firth, sur le revers septentrional de » laquelle des couches contenant le même poisson se prolongent jusqu’aux îles d'Orkn ney qui sont vis-à-vis. Sur une section transverse, dans l’intérieur de Cailliiicss,

U ces ichthyolithes ont été successivement découverts dans les carrières de schistes » de W idcl , à trois milles au sud-est de Tburso , à Banniskirk , h Cly tlie , à Ly bster ,

» et enfin à Latberon bcele, près de la base de cette formation.

» On trouve ce poisson constamment dans des assi.scs de sebistes calcaires d’un gris » foncé, très-bitumineux et micacé, dont les couches à Banniskirk et dans plusieurs » des autres localités susmentionnées, recouvrent immédiatement les meilleures et les «plus larges ardoises à touvrir les toits. Eu général, les débris de l'animal .se dis- «tinguent aisément de la roche qui les contient, par leur teinte plus foncée; mais » à Banniskirk ils sont aussi remarquables parce qu’ils changent de reHet , lorsqu’ils «sont exposés à l’air. Leur couleur ordinaire, qui est d’un gris foncé, passe alors à «un bleu pourpré, comme cela a été remarqué déjà précédemment. Quant à lem' «composition chimique, ces iclithyolithes diffèrent sensiblement les uns des autres.

« 1 j 3 proportion de magnésie est très-faible ; la matière bleue du poisson est un phos- « phatc de fer; toute la pierre contient de l’acide phosphorique dans la proj>ortion » d’un qnart pour cent, et un peu d’une matière carbonée et bitumineuse. Le fer U étant un protoxyde, la cassure fraîche est noire; mais en absorbant l’oxygène elle » devient jaune, et le phosphate qui passe à un perphosphatc devient bleu. Ainsi le » poisson est distinctement dessiné en traits bleus sur un fond jaune.

» Quant à la classification systématique de ces fossiles, M. le baron Cuvier nous a «communiqué une description intéressante de ceux de Banniskirk, qui lui furent «envoyés, en 1817, pour les examiner. « Lavoiei :

««Pour décrire les caractères du poisson fossile, sur lequel M. Murchison m’a « » demandé mon opinion , j’ai cherché à en tracer au complet les formes , en réunissant «« les parties que j’ai vues dans les dilTérens exemplaires. Le résultat de ce travail ««est l’esquisse de la tab. i 5 . f. 4-> ff"* montre comme caractère essentiel une « » caudale pointue dont tous les rayons sont insérés sur le côté inférieur de la queue. »»Cc caractère se retrouve dans les poissons du schiste cuivreux deAIansfcId et<l'Eis- «« leben. Parmi les espèces vivantes, je ne connais aucun poisson qui ail ce caractère, «« excepté le Lépisostée (Esox osscus L.) et à un moindre degré l’Esturgeon (.\cipen- M» scr); mais comme ces poi.ssons fossiles ont de fortes écailles, je les classerais plus »» volontiers |>armi les Lépisoslées. Us nesont cependant pas du même genre, n’ayant » « pas un museau aussi allongé. Les poissons de Mansfcld et d’Eisleben sont en consé-

Tox. II. ‘I

II» queuce, à ti-cs-peu près, du même genre que ceux de Banniskirk, excepté que les U» derniers ont une nageoire dorsale double, tandis que ceux de Thuringe n’en ont U U qu’une simple qui est placée plus en avant. Il ne manque que les nageoires pectorales nu et les ventrales pour compléter la détermination de ces individus. On trouve bien U » quelques restes des pectorales , mais je n’ai pas encore pu découvrir un seul vestige Mil des ventrales. Je suis cependant d’avis qu’elles sont placées assez loin des pecto- ■I » raies , pour que ce genre soit de l’ordre des Malacoptérygicns abdominaux et par Il II conséquent analogue du Lépisostéc . » n

«Depuis que les exemplaires décrits ci-dessus ont été envoyés à Paris, on en a » découvert de plus parfaits. Les ayant examinés attentivement, MM. Valenciennes Il et Pentland ont non-seulemont confirmé l’opinion du baron Cuvier, mais encore ils Il nous ont mis à même d’ajouter les détails suivans :

Il Les poissons de Caithness appartiennent à l’ordre des 3Ialacoptérygiens abdomi- II naux et forment deux nouveaux genres. On propose d’en nommer un Diptenis à Il cause de sa nageoire dorsale double. L'autre a été appelé Osteolepis.

Il On connaît les espèces suivantes de Dipterns :

Il La première et la plus commune (tab. 1 7 . f. i . a. 3.) est reconnaissable k son anale Il qui est très-courte et qui ne dépasse pas la moitié de la longueur du lobe inférieur Il de la caudale. Cette espèce, qu’on peut appeler D. brachypygoptenis , parait avoir Il atteint parfois une grandeur considérable , car les écailles mesurent un peu plus » d'un sixième de pouce.

Il Une seconde espece (tab. i5. f. i . a. (*) 3.) que l’on peut nommer D. macropy- II gopterus, égale par sa grandeur la précédente, dont on la distingue cependant aisé- II ment par la longueur de l’anale qui se termine en pointe aiguë et se prolonge sous Il la caudale presque aussi loin que son lobe inférieur. Les écailles de cette espèce sont Il plus grandes que celles de l’espèce précédente; elles ont un quart de pouce de large.

Il Une troisième espèce semble n’avoir jamais atteint la grandeur des précédentes, Il quoiqu’elle soit remarquable par les dimensions beaucoup plus considérables de ses » écailles. La nageoire anale, quoique longue, n’égale pas celle du Dipterus macropy- II gopterus, dont elle diffère aussi bien que du Dipterus bracbypygoptcrus par sa cau- » dale arrondie.

Il Une quatrième espèce (tab. 16 . f. i. 3.) qui est beaucoup plus petite, a été Il nommée D. Falenciennesii d’après l’observateur ingénieux qui, le premier, en a Il découvert les caractères distinctifs.

Il Parmi les fragmens il y a une plaque recouverte de grosses écailles, qui ne Il montre aucune trace de la tête , ni dos nageoires , mais qui présente , comme un autre (*) L« figure 3 c»t tournée sous dessus dessous Agass.

>1 exemplaire (tab. i6. f. 5.) des débris qui paraissent avoir été les os de la tête et des » opereules. D’apres eela il est impossible de déterminer avec certitude si ces frag- »mcns sont d’un Dipterus. L’analogie cependant conduirait à cette conclusion; car » les écailles sont rondes , imbriquées et couvertes de granulations , caractères ]kar >1 lesquels ils ressemblent au Dipterus. En attendant que de nouvelles observations » fournissent des matériaux pour prononcer d’une manière définitive à quel genre ce >i poisson appartient , il peut être nommé provi.soiremcnt D. macrolepidotus. L’exem- » plaire représenté tab. i6. f. a. parait être un jeune individu de la même espèce. »

Cette dernière obsen'ation nous apprend donc, je pense, le nom de la troisième espèce mentionnée plus liaut.

J’ai fait copier les plaques les plus complètes de ces poissons, .sur la tab. a. du vol. a. La fig. I . représente le Dipterus niacropjgoplenis des auteurs susmentionnés ; la fig. a. leur D. micropygoplerus ; la fig. 3. leur D. macrolepidotus , et la fig. leur D. f'alenciennesii.

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