CHAPITRE II
Durée du traitement.
On concevra aisément que cette durée est toujours relative d'abord à la nature de la maladie , el ensuite à l'âge , au tempérament et au sexe.
Sous ie rapport de la saison dans laquelle on prend les eaux minérales de Bagnères-Bigorre , on sait qu'elle dure environ quatre mois.
S'il est assez rare de la voir se prolonger pour
quelques malades , il est assez commun aussi de la voir se borner à un ou deux mois pour un grand nombre d'affections. La nature des maladies , l'idiosyncrasie , l'âge des malades , l'effet des eaux , et une foule d'autres causes d'une influence générale, modifient cette durée.
Nous ne pouvons nous empêcher de convenir ici, avecBordeu, Recherches sur les maladies .,ch. I, pag. 34i , que les préjugés superstitieux de nos ancêtres touchant le choix de certaines saisons de l'année furent enfantés par l'ignorance ; nous avouerons avec la même franchise que l'été est néanmoins l'époque de l'année la plus favorable pour l'usage des eaux minérales de toute nature. On sait que c'est aussi le temps où les maladies se guérissent plus facilement. Toutefois , il est constant qu'elles peuvent être prises à Bagnères dans toutes les saisons, et que , depuis que la thérapeutique est plus éclairée, il y a un assez grand nombre de malades qui, déterminés par des succès antérieurs , prolongent leur séjour durant l'automne et l'hiver pour y continuer l'usage des eaux minérales , dont les propriétés sont les mêmes dans toutes les saisons. On peut se convaincre, sur les lieux, que les habitans de Bagnères et des campagnes voisines se font un plaisir de les utiliser pendant tout le cours
de l'année dans la plus grande partie des maladies aiguës ou chroniques qui les affligent.
Les eaux minérales de Bagnères ne s'exportent guères, excepté celles des sources de là Bassère (p). Cette eau est essentiellement sulfureuse; elle peut donc être transportée à des distances fort éloignées sans souffrir la moindre altération. On la coupe quelquefois avec du lait y avec du petit-lait , avec la tisane d'orge ou toute autre boisson analogue.
Toutes les fois que la température est douce, elle est toujours plus propice pour l'usage des eaux thermales; or elle l'est , en général , dans nos contrées méridionales, durant le printemps et l'été, saisons beaucoup plus caractérisées qu'ailleurs. Les divers traitemens marchent alors avec bien plus de succès. Quand le temps est pluvieux, il est assez ordinaire de suspendre ou de modifier d'une foule de manières l'usage, soit des boissons, soit des bains, soit des douches. La sérénité du temps , la chaleur extérieure , facilitant toute guérison , c'est alors sur-tout qu'il convient de prolonger tout traitement. La nature des maladies et une foule d'autres circonstances guident le médecin dans l'emploi des eaux.
A mesure que la fin du traitement s'avance
*9° ou que la guérison se prononce, on diminue toujours la dose des boissons d'eaux minérales.
Dans leur administration , il est des bornes que l'on ne peut dépasser sans exposer les malades à des dérangemens plus ou moins grands , plus ou moins variés. L'accroissement de vitalité , augmentée par l'usage des eaux dans les divers systèmes qu'elles atteignent, ne pourrait se perpétuer sans produire une excitation vitale qui entraînerait de nouveaux accidens , de nouveaux désordres plus ou moins graves. Ainsi , des douleurs intestinales, des coliques, des tranchées, des déjections alvines , etc., succéderaient à l'usage trop prolongé des eaux salines.
S'agirait-il de celui des eaux ferrugineuses ou sulfureuses? s'il était également trop prolongé, en continuant à donner trop de ton , trop d'énergie à tel ou tel système , il amènerait, il susciterait dans les fonctions des organes des désordres de touteespèce. L'éréthisme,leténesme, la faiblesse, seraient peut-être les moins graves. L'action augmentée de la circulation donne naissance à la fièvre. Celle de la peau , soit par la boisson , soit par les bains , pourrait aussi faire naître des phénomènes pathologiques plus ou moins multipliés.
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Il est donc hors de doute que si le» malades, après avoir été guéris ou soulagés , s'obstinaient à vouloir dépasser lesbornes prescrites par l'expérience dans l'administration des eaux minérales de toute nature , ils s'exposeraient à contracter de nouvelles maladies. 11 en est, au surplus, de ce remède comme de tout autre, comme il en est des meilleures choses, qui ont le pire destin. L'abus de celles qui sont même le plus utiles à notre existence est , dans tous les cas, dangereux. Si l'attrait même du plaisir est dans la nature, sa durée devient toujours funeste (q).
Une observation non moins intéressante est qu'en générai, l'effet des eaux minérales, quoique plus sensible pendant leur usage, continue presque toujours, après sa cessation, par une amélioration constante et permanente de la santé.
La perturbation salutaire qui a lieu durant le traitement est, sous tous les rapports, relative aux diverses circonstances dans lesquelles se trouvent les malades. Si, dans des cas, assez rares, il est vrai, cette médication n'est pas sensible sur les lieux , nous apprenons assez souvent qu'elle se manifeste lorsque les buveurs d'eaux minérales sont rendus à leurs habitudes ordinaires.
C'est ainsi que les personnes qui avaient des
digestions difficiles, des embarras hépatiques, des dérangemens rénaux, continuent à voir les fonctions attachées aux divers organes qui les remplissent s'améliorer. Combien de malades ont dû leur entière guérison à des crises salutaires , provoquées par le travail intestinal primitif produit pendant l'usage des eaux minérales salines ! travail lent , dont les résultats n'ont eu lieu qu'à des époques plus ou moins éloignées. Combien d'autres qu; , à la suite de dépôts, d'éruptions de toute nature, survenus dans l'éloignement, n'ont reconquis leur santé qu'à la suite de l'emploi des eaux minérales !
Nous ne pouvons non plus laisser ignorer que leur effet est, parfois, suspendu durant quelque temps. La perturbation critique qu'elles produisent ne se développe donc, dans certaines circonstances, que quelque temps après leur usage. Il est même des symptômes qui présagent cet heureux avenir. Ainsi, nous avons eu., parfois , la douce satisfaction d'apprendre que tel malade, parti deBagnères sans avoiréprouvé un très-grand soulagement apparent, acquérait de jour en jour de l'amélioration dans sa santé, et la récupérait enfin contre toute espérance.
Aussi, pour ne pas contrarier les efforts de la nature médicatrice, ou mieux, pour la favo-
fisev dans ses mêmes efforts , dans son travail , convient-il de suivre, durant quelque temps, un régime sanitaire , et de ne faire usage d'aucun autre remède actif.
Si l'altération des organes, si celle des forces constitue les genres et les espèces de maladies , dont toutes les différences consistent essentiellement dans les degrés, la nature et le siège de l'altération, leur excitement, porté à un certain degré et soutenu pendant quelque temps par l'usage des eaux minérales , produira les codions , les crises , les solutions des maladies, et constituera les forces médicatrices de la nature (r).
Les remèdes n'ayant que des propriétés relatives , c'est autant de leur choix que de la méthode rationnelle ou éclairée de leur administration, que l'on doit espérer leur utilité.
C'est peu encore que d'avoir fait un bon choix des remèdes qui conviennent à la guérison des malades , il importe aussi de savoir les continuer aussi long-temps que persiste l'indication à suivre , ou qui en a commandé ou nécessité l'emploi. La saine et judicieuse expérience doit être alors 5e seul guide à consulter. C'est en elle seule, et non dans des théories toujours fautives ou chimériques , qu'on doit trouver la véritable méthode à suivre. En effet.
pourquoi changer de médicament quand la cause du mal est la même, et sur-tout lorsque le remède a été utile et continue à l'être ? Niliil œque sanitatem œgrotantium impedit quàm remediorum crebra mutatio. Hoffmann.
Si la persévérance dans l'administration des eaux minérales qui réussissent est sur-tout avantageuse pour le traitement des maladies chroniques , elle ne l'est pas moins pour empêcher leur retour. Il faut souvent plusieurs années pour en retirer le fruit désiré. Qui ne connaît les bons effets de la continuité de l'usage des ferrugineux dans les maladies qui attaquent plus ou moins profondément le système lymphatique?